Vendredi 18 novembre, coup de sonnette de la factrice : elle m’apporte un pli recommandé de l’Agence Régionale de Santé.
Je devine immédiatement ce dont il s’agit. J’ouvre fébrilement la lettre et alléluia ! alléluia ! le Chef du Département Ambulatoire et Accès à la Santé, agissant par délégation du Directeur Général de l’ARS Lorraine, a le plaisir de m’informer que, suite à l’avis favorable émis par la commission régionale d’inscription de Lorraine, il m’est délivré une autorisation d’inscription sur la liste départementale du registre national des psychothérapeutes !
Me voici donc répertorié, fiché et dûment consigné dans les grands livres de l’Administration !
Je possédais un diplôme de l’Université, ne garantissant pas grand-chose certes mais quand même... Je reconnaissais bien la nécessité de limiter la prolifération des charlatans qui thérapisent à qui mieux mieux le corps et l’âme de nos contemporains, mais se soumettre à la procédure de contrôle exigeant de produire de multiples pièces administratives, des attestations pour valider des diplômes que je possédais déjà ainsi qu’un titre de psychologue reconnu, voilà qui était un peu fort de café !
Mais foin de tout cela puisque me voici, désormais, labellisé !
Cependant, psychothérapeute, est-ce un nouveau métier ou s’agit-il « seulement » d’une fonction c’est-à-dire de la place particulière que je suis amené à tenir dans la relation avec un patient ? Là-dessus, le législateur a codifié les choses : la loi ne réglemente pas la pratique psychothérapeutique mais le titre de psychothérapeute. Elle ne dit rien de l’essentiel, c’est-à-dire la nécessité d’une expérience de modification subjective qui vaille comme garantie première contre les dérives de la psychothérapie autoritaire, donneuse de conseils et de modes d’emploi existentiels standardisés. La loi exige une formation en matière de psychopathologie, ce qui n’est pas rien, mais reste très insuffisant.
Cette réglementation devrait encourager les psychothérapeutes à se montrer vigilants quant aux discours dans lesquels ils sont pris et qu’ils repèrent la commande sociale qui leur est adressée. Il n’est sans doute alors pas vain de rappeler cette célèbre remarque de Canguilhem : « Quand on sort de la Sorbonne par la rue Saint Jacques soit on descend et on va vers le commissariat de police, soit on monte vers le Panthéon, ce lieu des grands hommes ».
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