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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

gente et sexualite

L’idéologie nocive de « l’autodétermination de l’enfant »

Publié le 21 Novembre 2023 par Diane Drory, Jean-Yves Hayez, Jean-Pierre Lebrun dans Gente et sexualité

C'est un décret qui ne cesse de faire débat en Belgique. Adopté à la quasi-unanimité par le parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le jeudi 7 septembre, il oblige l'ensemble des élèves de sixième et de seconde, du sud du pays, à suivre des séances relatives à l'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (Evras). Une décision loin de faire l'unanimité et fermement critiquée dans cette Tribune, publiée récemment dans La Libre Belgique et signée Diane Drory (psychologue et psychanalyste, spécialiste de l’enfance), Jean-Yves Hayez (pédopsychiatre) et Jean-Pierre Lebrun (psychiatre et psychanalyste).

En voulant nous libérer des limites oppressantes, nous avons rejeté les limites structurantes. La boussole du ressenti ne peut pas prendre la main. L’enfant n’est ni autonome, ni d’emblée responsable. Le mettre à la même place que l’adulte, comme le fait le guide Evras, est un non-sens.

La question se pose : pourquoi les professionnels de la santé rencontrent-ils de plus en plus d’enfants et de jeunes manquant des repères dont ils ont besoin pour se construire psychiquement ? Pourquoi rencontrent-ils de plus en plus de parents en désarroi de ne plus trouver d’appui dans le discours social pour soutenir leur autorité ?

Il faudra interroger la nouvelle conviction actuellement promue : “l’autodétermination de l’enfant”. L’individualité de l’enfant devrait trouver son épanouissement sans entrave, sans aucun appui sur une limite qui lui serait imposée et pour ce faire, il s’agirait seulement de l’entourer d’amour. Ceci est devenu l’axe éducatif qui devrait désormais s’imposer à tous, sans qu’il y ait eu débat pour en valider les fondements ! Si l’autonomie responsable est un programme tout à fait légitime et bienvenu pour les citoyens en démocratie, il n’est pourtant pas inscrit d’emblée dans la tête de l’enfant. Aucun enfant ne peut se construire seul, ni trouver en lui-même le sens de sa vie.

Une fausse conviction

Cette fausse conviction demande qu’en place d’un cadre clair et bien défini s’impose un cadre flou laissant à l’enfant tout le loisir du choix et de la décision ; “Penses-tu que c’est l’heure de ton repas ?”“D’accord d’aller se coucher ?”… Ce programme d’éducation demande des négociations sans fin comme par exemple dans cette famille où dès leur réveil les enfants rentrent en concurrence bruyante et parfois musclée pour avoir “la” bonne place à table. À peine levés, les enfants sont alors sous l’emprise de la loi de la jungle.

Au nom de l’épanouissement, cette autodétermination sacralise les droits de l’enfant au point de délégitimer les parents. Les normes sont alors décrites comme un frein à la liberté de l’enfant. On le veut autonome alors qu’il n’a pas encore intégré ce qu’implique cette autonomie.

S’il fallait tirer le fil rouge de ce changement, nous avancerions que, certes, une volonté d’égalité démocratique accrue nous guide depuis un demi-siècle, mais aussi qu’une grande méconnaissance s’est glissée dans ce programme : en voulant nous libérer des limites oppressantes, nous avons rejeté les limites structurantes. C’est alors la boussole du ressenti qui a pu prendre la main…

Des parents emportés dans cette “idéologie”

Nous entendons de plus en plus de parents emportés dans ce qu’il faut bien appeler cette “idéologie”. Ainsi, certains veillent à ne plus appeler leur enfant d’un prénom sexué, pour d’autant mieux le laisser choisir au cas où, plus tard, il voudrait changer de genre. Pourtant, à regarder les choses d’un peu plus près, il est étonnant que lesdits parents ne s’aperçoivent pas, non seulement qu’ils n’ont fait que substituer une exigence (ne pas nommer l’enfant comme sexué) à une autre (le nommer sexué) mais qu’en plus, cette nouvelle contrainte veut faire croire à l’enfant qu’il va pouvoir choisir son genre indépendamment de son sexe anatomique – ce qui est un mensonge parce que le sujet devra toujours faire avec son anatomie de départ même s’il change d’identité de sexe ou de genre.

Le dogmatisme du guide Evras

Que penser alors du guide Evras qui explique avec une certitude parfois dogmatique que la théorie du genre devrait primer sur les caractéristiques sexuelles biologiques. Qui promeut explicitement de nous dégager de toute “hétéronormativité” et annonce l’effacement du sexe biologique au profit du genre qui vise à faire primer le ressenti. Ou lorsqu’il soutient des façons de dire comme “la notion de genre assigné à la naissance”. Ou qu’il propose “le droit à l’autodétermination indépendamment de l’âge de l’enfant comme droit humain fondamental”. Tout ceci allant à contresens du développement psychique d’un enfant.

Groupes de pression infiltrés dans les cabinets ministériels

D’où vient que les responsables politiques se soient laissés ainsi quasi unanimement convaincre au point d’adopter un décret (7 septembre 2023) qui permet d’entériner un guide dans lequel on trouve un ensemble de considérations favorables à l’autodétermination par l’enfant de son identité de genre ? Pour avoir sans coup férir la permission pour un enfant de changer de prénom dès l’âge de 12 ans (loi du 25 mai 2017). Pour se faire tellement prier pour interdire avant la majorité légale les médicaments bloqueurs de puberté, et ce malgré toutes les recommandations scientifiques ? Ce n’est pas parce que d’aucuns se sont organisés en groupes de pression et infiltrés dans les cabinets ministériels que nous avons à acquiescer à cette volonté de mainmise.

Manière de concevoir la sexualité plutôt que d’être d’abord à l’écoute des jeunes

Cela fait depuis plusieurs années que de nombreux cliniciens interviennent, efficacement et utilement, en faisant de l’EVRAS (de l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle) dans les écoles pour permettre que les questions qui se posent aux jeunes soient entendues. Travail indispensable et fructueux. Mais aujourd’hui c’est un renversement qui est à l’œuvre : le dernier-né “guide Evras” soutient, décrit en détail pour chaque tranche d’âge, les pré-acquis et nouveaux acquis à construire. L’ensemble des 300 pages ressemble à un enseignement demandant d’appliquer une manière de concevoir la sexualité plutôt que d’être d’abord à l’écoute des jeunes. C’est une orientation que nous ne pouvons que refuser, celle de penser devoir apporter des réponses avant que de pouvoir poser ses questions ; celle de penser que l’on doit ne plus imposer une hétéronormativité sans s’apercevoir que c’est une autre normativité qu’alors on impose, celle qui exclut les termes “hommes” et “femmes” et contraint de parler de “personnes ayant un utérus” et de “personnes ayant un pénis”.

Si d’aucuns ont des doutes à ce sujet, qu’ils interrogent simplement pourquoi le guide est-il écrit en écriture inclusive ? ; pourquoi l’enfant doit-il être informé de la pertinence de son ressenti à un âge où il ne se pose pas ces questions ? ; quel intérêt à faire entendre à l’enfant qu’il pourra choisir son genre indépendamment de son anatomie ? ; qu’un ado éprouvant un malaise par rapport à son sexe biologique devrait d’emblée être soutenu dans son désir de transgenrer ? Avons-nous vraiment la liberté de tout choisir, et même si nous l’avions, ceci nous dispenserait-il d’aider l’enfant à accepter de renoncer à ce qu’il n’a pas choisi ?

Fausse route

À croire pouvoir mener toujours plus loin et plus jeune l’émancipation de l’individu, ne faisons-nous pas fausse route ? Cette autodétermination trop précoce fait perdre à l’enfant le sens de la transmission entre générations. Grandir demande de rencontrer des adultes qui n’obligent pas l’enfant à prendre des responsabilités qui ne sont pas les siennes en lui demandant son “D’accord !” pour tous les faits et gestes de son quotidien.

Quand allons-nous nous apercevoir qu’inviter, voire inciter au libertarisme de l’autodétermination des enfants a des conséquences délétères sur la vie collective ? Cette dernière a apparemment perdu sa prévalence au profit de la particularité de chacun mais s’ensuit que ce sont alors l’autorité, l’altérité et l’antériorité qui ne sont plus au programme. Ce dont d’ailleurs tout le monde se plaint !

L’enfant n’est ni autonome, ni d’emblée responsable ; alors le mettre à la même place que l’adulte est un non-sens. Son trajet est d’avoir à “grandir”, c’est-à-dire de renoncer à sa toute-puissance d’enfant.

 

 

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Le meilleur des mondes trans

Publié le 3 Janvier 2023 par Gérard Biard dans Gente et sexualité

Article de Gérard Biard, paru dans Charlie Hebdo du 28 décembre :

La croisade des militants trans contre Caroline Eliacheff et Céline Masson continue. Impossible pour ces pédopsychiatres et psychanalystes de venir parler publiquement de leur livre La Fabrique de l’enfant-transgenre (Éditions de l’Observatoire), dans lequel elles analysent en détail les dangers du prosélytisme transactiviste sur les jeunes enfants et les dérives qu’il peut entraîner. Notamment quand il les incite à s’engager dans des transitions de sexe par chirurgie ou traitement hormonal. Chaque débat, chaque conférence engendre une avalanche d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux, avec à la clé, trop souvent, l’annulation pure et simple.

Un palier a toutefois été franchi le 15 décembre, lors de leur intervention au Café Laïque de Bruxelles. Des militants cagoulés on fait irruption lors du débat et, outre les agressions physiques et verbales habituelles, ont balancé des excréments dans le local et sur les participants. Plus précisément des merdes de chat et de chien mélangées à de la litière. Dans L’Express du 19 décembre, une cinquantaine d’universitaires et d’intellectuels signaient une tribune pour dénoncer cette attaque. Sans surprise, le mot « fascisme » y est prononcé. Pour une fois, il n’est pas usurpé : balancer de la merde sur les communistes faisait partie des jeux favoris des fascistes italiens.

Dans les geôles des dictatures, on laisse les victimes baigner dans leur merde et leur pisse. On retrouve les excréments dans les outils d’humiliation et d’avilissement de tous les régimes totalitaires de la planète. Dans Salò ou les 120 Journées de Sodome, de Pasolini, le « cercle de la merde » précède juste le « cercle du sang », celui des tortures et des exécutions… Est-ce cela qu’ont voulu nous dire les petits nervis qui ont fait irruption dans le Café Laïque ?

Lorsqu’il est adulte et responsable, un citoyen doit être libre de faire ce qu’il veut de son corps et de sa sexualité, si cela ne nuit à personne. Mais dès lors qu’il prétend faire de son « ressenti » un modèle de société, le débat est indispensable. Or le débat, c’est précisément ce que refusent ces activistes, avec des méthodes d’intimidation qui sentent de plus en plus, au minimum, le camp de rééducation. Tout récemment, le seul groupe lesbien qui demeurait encore affilié au centre LGBT de Paris, les Senoritas, a été exclu – du coup, le centre n’est plus que GBT –, au motif qu’il serait « transphobe ». C’est vrai que pour parler d’identité sexuelle, on est mieux entre hommes… Ces militants font le ménage au nom de la transphobie comme d’autres le font au nom de la pureté ethnique. Ils auraient tort de se gêner puisque, désormais, la transidentité est devenue le sujet plus hype qui soit, et qu’il est du dernier chic parisien d’afficher une identité sexuelle « fluide ».

Dans un reportage diffusé le 11 décembre sur France Inter, on apprend qu’entre 2010 et aujourd’hui, en Suède, les demandes d’enfants voulant changer de sexe ont augmenté de 2 300 % (!). Certes, on peut tout mettre sur le dos des pesticides et des perturbateurs endocriniens. Mais on peut aussi y voir le résultat spectaculaire d’un lobbying agressif, dans un contexte politique et institutionnel très favorable. Alors qu’une campagne militante bat son plein contre un auteur de bandes dessinées accusé de pédophilie pour avoir simplement dessiné ses fantasmes, on ouvre micros, plateaux de télévision et colonnes de journaux à des individus dont le seul but est d’intervenir sur la sexualité d’enfants et d’adolescents. Des institutions déroulent même le tapis rouge pour leur donner la parole, croyant, on espère de bonne foi, qu’il ne s’agit là que de lutter contre les discriminations subies par les personnes trans. C’est un lieu commun, mais il est bon de le rappeler, vu les circonstances : toutes les idéologies totalitaires visent la jeunesse en priorité. •

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Troublant travesti

Publié le 28 Juillet 2021 par Jean Mirguet dans Gente et sexualité

J’ai déjà indiqué dans ce blog tout l’intérêt que présente l’excellente enquête conduite par Eric Marty dans son dernier livre, Le sexe des Modernes, paru au Seuil cette année.

Après avoir évoqué, dans un précédent article de ce blog, la question du genre et de la race, je voudrais évoquer le trouble qu’engendre son chapitre intitulé « Le sexe travesti », dans lequel il démontre avec brio la valeur emblématique du travesti.

Pour nous occidentaux, la première figure du travesti est celle du drag queen.

En voulant être une femme, il exhibe outrageusement ses attributs féminins : poitrine énorme, talons aiguilles, perruque, maquillage caricatural …. Par la répétition de gestes et d’énoncés, il subvertit les stéréotypes attachés à la féminité et  interroge les semblants permettant d’identifier le féminin et le masculin.

Or, plus le drag queen dissimule les signes de la masculinité pour exhiber ceux du féminin, plus il fait apparaître ce qu’il veut cacher au spectateur (ses mains masculines, sa pilosité, sa musculature, sa pomme d’Adam…). Son déguisement « ne cesse de renvoyer à un dessous du corps », identifiable à un phallus.

A l’opposé, le travesti oriental ou japonais décrit par Roland Barthes dans L’Empire des signes, ne copie pas la Femme, il la signifie et « ne cherche rien d’autre qu’à combiner les signes de la Femme ». Il transforme le corps de la Femme en écriture et fait de la Féminité ce qui est « donné à lire et non à voir ». C’est un sujet dépourvu de génitalité. Le travesti oriental, écrit Eric Marty, est un sujet désexué, dégénitalisé.

Cette conception donne à la catégorie du Neutre la puissance de « dé-faire le sexe, en délivrant la sexualité du paradigme homme/femme au profit d’un Neutre, ni homme/ni femme ».

Elle libère le sujet travesti de son assignation sexuée.

Pour Eric Marty, le devenir-femme du travesti occidental et le devenir-femme de la femme ont en commun l’expérience de ce que Lacan appelle la mascarade.

Pour Lacan qui reprend la thèse de Joan Rivière, une psychanalyste anglaise qui articule féminité et mascarade, la mascarade est l’organisation inconsciente d’un trompe-l’œil. C’est un masque qui permet à la femme de créer un paraître pour masquer ce qui lui manque, son but inconscient n’étant pas de posséder ce qui cause le désir de l’homme mais de paraître le posséder… paraître le posséder pour autant que l’on tienne pour établie l’équation qui ordonne le lien du sujet féminin à la fonction phallique.

La mascarade est ce comportement  dans lequel le sujet féminin affiche sa non-renonciation au phallus, symbole de son anatomie imaginaire. La mascarade est liée à l’insigne, à l’emblème : cf. la série d’objets touchant au corps féminin : bijoux, chaussures, vêtements, etc…. Ce sont des simulacres de phallus dont une femme de structure hystérique fait parade, rejetant par là, paradoxalement, une part essentielle de sa féminité. Du coup, écrit Eric Marty,  « cela fait de la féminité  un genre complexe, la complexité même du genre ».

Ce travestissement est de même nature que celui du drag queen qui met en branle « un phallus imaginaire caché sous la robe de la femme à qui il l’a emprunté ». S’il fait rire – un rire grinçant - c’est parce qu’il imite la femme hystérique en la caricaturant, devenant en quelque sorte son miroir. En exagérant outrageusement les signes morphologiques sexuels secondaires féminins (maquillage très prononcé, gros seins, talons très hauts, robes voyantes, perruques …) qui sont autant de manières de refléter l’érection masculine, « le travesti aspire à devenir femme, non parce qu’il aurait renoncé à son pénis, mais pour être le phallus féminin ».

En somme, résume Eric Marty, le travesti imite une femme qui bande mais, citant l’écrivain Severo Sarduy, « seulement pour symboliser que l’érection est une apparence ».

Cela fait de la simulation opérée par le travesti un simulacre grâce auquel sa robe est un voile posant la question de l’existence d’un phallus latent. C’est plus qu’un simple déguisement, c’est une tromperie qui interpelle le sujet du désir, le voile étant ce « au-delà de quoi le sujet demande à voir » (Lacan, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse) : ainsi la simulation du féminin exprimée par la robe du travesti invite-t-elle à un dévoilement … celui du phallus comme étant lui-même un simulacre.

Pour aboutir à cette affirmation, il nous faut suivre l’enquête menée par Eric Marty lorsqu’il convoque Genet et Divine, le personnage qui, dans Notre-Dame-des-Feurs, entame une carrière de travesti et de prostitué à Pigalle.

Divine simule, travestit la jouissance féminine pour attirer d’autres hommes dont il désire être l’objet sexuel. Mais il sait que la nature de cette jouissance-là, la jouissance divine ou féminine, se dérobe à celui qui croit la procurer. Or, Divine en promet le dévoilement, elle prétend posséder le secret qui fait du travesti une femme « plus femme que les femmes », non, comme le prétend Judith Butler, parce qu’il se soumet aux normes de « l’hégémonie hétérosexuelle blanche » mais parce qu’il célèbre « la victoire du faux sur le vrai, du simulacre sur l’essence, de l’artifice sur la nature ».

Autrement dit, la vérité est déguisement, elle a structure de fiction puisque le travesti peut se substituer à la femme et, grâce au semblant, l’emporter en vérité sur elle. La vérité ne peut s’offrir que sous la forme d’un semblant.

Ainsi, le travesti montre qu’une autre loi, qu’un autre monde sont possibles, fondés sur « l’illusion comme loi ». Ce qui conduira l’hétérosexuel Sartre à se demander, face à Divine : « Qui ne désirerait cette charmante aventurière ? Seulement voilà, cette femme est un homme. Pédérastes par la puissance des mots, nous goûtons un instant, dans l’imaginaire, la volupté défendue de prendre un homme et d’être pris ».

En somme, constate Eric Marty, le travesti ne déconstruit pas seulement les normes de genre, il est également celui qui fait vaciller une autre séparation, celle entre homosexualité et hétérosexualité. En théâtralisant avec Divine un paradigme de la subversion des genres, Jean Genet fait entrer la notion de perversion dans le genre : si Divine est objet de désir et de fascination pour le sujet hétérosexuel, c’est parce que, comme l’indique Lacan, « rêver de la perversion, quand on est névrosé, sert à soutenir le désir, ce dont, quand on est névrosé, on a bien besoin».

 

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