Si Dieu ne fait plus recette, et cela se vérifie car les églises sont désormais presque vides , en revanche l’arrivée à Paris de Lionel Messi pour y intégrer le PSG a galvanisé les foules jusqu’à l’extase. Certes le sport est fédérateur, mais l’engouement pour les dieux du stade a dépassé toute mesure. Et ce sont les matches en ligue 1 qui tiennent lieu aujourd’hui de messe dominicale. Le succès des footballeurs a de quoi faire pâlir d’envie les hommes politiques, eux qui doivent constamment faire face à des adversaires, voire des ennemis. Au Japon les sumo sont considérés comme des demi-dieux. Ce qui montre à l’évidence que la divinisation du sport ne se cantonne pas aux limites de l’hexagone. Dans la Rome antique la puissance de l’Empire se mesurait à la taille de ses amphithéâtres. Mais les Romains n’étaient pas pour autant en panne de divinités. Et les lauriers accordés aux vainqueurs des jeux n’éclipsaient en rien la gloire de l’empereur, seul dieu vivant reconnu par la plèbe.
Au XXI ème siècle le fanatisme du ballon rond sert à masquer un vide existentiel vertigineux. Rien n’est trop beau pour ses prêtres qui en viennent à incarner une nouvelle forme de l’Idéal du moi, c’est à dire de l’illusion poussée à son plus haut degré. Toutefois il convient de ne pas se méprendre : l’illusion n’est pas l’erreur, même si elle est de l’ordre du semblant. Elle appartient à ce que Winnicot appelait l’aire transitionnelle, c’est à dire cet interface entre la douceur du maternel et la dure réalité. En bref, l’illusion aide à vivre, console, et parfois procure de la jouissance. Mais c’est aussi une marchandise comme une autre, faisant les choux-gras des chefs de sectes, et au quotidien, des publicitaires dont le discours veut nous convaincre que leurs produits changeront notre vie. Donc, bienvenue au nouveau Messi(e), pourvoyeur de rêves en bleu, à l’intention des gamins issus des banlieues déshéritées.
Bien sûr Messi n’est pas mort et devra encore attendre un peu pour être définitivement divinisé, à l’instar de Maradona. C’est ainsi qu’à l’occasion de la disparition du célèbre footballeur l’équipe d’Argentine a publié sur Twitter : « Adieu, Diego. Tu seras éternel dans tous les cœurs de la planète football. »
Un clin d’œil pour terminer aux « Frères ennemis », un couple d’humoristes des années 60/70 :
- Allo Jésus, ici Marie !
- Mais non !
- Messie …
PS. salaire annuel de L.M : 71 millions d’euros.
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Dans le dernier numéro de la revue Etudes
"Il est certaine façon d'adorer Dieu qui fait l'effet d'un blasphème. Il est certaine façon de nier Dieu qui rejoint l'adoration", écrit André Gide dans son
Journal
Blasphémer revient donc à préserver l’essence du sacré à partir du repérage de l’envers du décor c’est-à-dire de ce que l’Idéal peut receler de nauséabond. Ce Bien que les êtres
humains jugent supérieur, moral, admirable, Freud l’a appelé l’Idéal du Moi. Or, cet Idéal du Moi a considérablement tendance à maltraiter le sujet, à lui reprocher de ne pas être aussi bien
qu’il se l’imagine, il est cruel avec lui voire tyrannique. En témoignent ceux qui, s’identifiant à un objet méprisé et rejeté, se disent insultés et blessés par les caricatures : ils
s’imaginent être pris pour de la merde. Il est vrai que cela dépend aussi des époques et des lieux puisqu’en effet, le visage du Prophète de l’islam pouvait être représenté sans difficulté
jusqu’au XVIe siècle ; les indécences du Caravage étaient reconnues par ses contemporains comme une très grande peinture religieuse. Elles n’ont été affublées de la « qualité » de
blasphématoires qu’à partir du XIXe siècle.