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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

DU TROP PLEIN À LA PLÉNITUDE DU VIDE, par Michel Brun.

Publié le 4 Mai 2020 par Jean Mirguet in Philosophie

Michel Brun est psychanalyste et philosophe. Il exerce à Epinal, pratique et enseigne également le yoga. 

Il s’intéresse depuis plus de trente ans aux différents aspects de la pensée orientale auxquels il a consacré divers articles. Il a publié Dieu, encore ? Jalons pour une théologie négative contemporaine, Collection Voix psychanalytiques, Montréal, Liber, 2012.

Dans son article, il articule le négatif du manque à être et la positivité du vide et met en perspective l’actualité brûlante du Covid et Démocrite, ce philosophe grec du IIIè siècle av. J-C qui affirmait : « Le quelque chose n’est pas plus que le rien »

 

La pandémie qui nous touche se mesure d’abord à ses effets en termes de santé publique. Elle exerce aussi des ravages sur l’équilibre de l’échiquier politique, sur l’économie, le travail et l’emploi. Mais il ne faudrait pas sous-estimer son impact psychologique, abstraction faite des polémiques que la virulence du Covid19 a pu susciter ici ou là.

Etant décentrés de nos modes de vie territoriaux, familiaux, amicaux, amoureux et socio-professionnels, nous voici psychologiquement déstabilisés. Déconfinés de nos automatismes et habitudes mentales par le confinement. Voire confrontés à une sorte de vertige existentiel, rançon d’une brutale perte de repères…

Assigné à résidence, notre corps, sous contrainte, n’est plus tout à fait cette demeure sécurisante, ce camp de base à partir duquel nous créons notre vision du monde et de la réalité quotidienne. 

Pour certains sujets, les plus créatifs, surgit alors une occasion de défier l’adversité de mille et une manières, mais pour d’autres, ceux qui ne supportent pas le bouleversement de leur « Umwelt », se déclenche une apocalypse intime. Et chacun tente de négocier comme il le peut avec sa propre fragilité…

En ce temps de pandémie se dessine l’envers du décor qui nous est familier. Que sont devenus l’Etat Providence, la société du spectacle, la promesse des jouissances à venir, l’offre continue d’objets publicitaires appelés à combler l’infantile d’une demande insatiable ? 

La mort est là, réelle ; elle rôde, elle nous guette. Sa proximité subvertit notre habitus, mettant à mal cet incoercible besoin d’une  sécurité permanente, que nous pourrions « freudiennement » désigner comme envers d’un fantasme anxiogène d’invulnérabilité, voire d’immortalité. 

En quoi est-ce révélateur de nos sociétés occidentales ? Ne  fonctionneraient-elles pas dans une logique du trop plein, dans le déni qu’il puisse y avoir de l’aléatoire, du vide ou du manque quelque part, et ce à tous niveaux ? Que penser notamment de l’inflation asymptotique des textes législatifs et règlementaires ? Comment comprendre la référence constante au principe de précaution, devenu grotesque par sa démesure même ? N’est-elle point le symptôme d’une névrose collective ?

Le paradoxe, souligné par Lacan, c’est que nous sommes névrosés, non pas parce que nous manquons de quelque chose, mais bien plutôt parce que nous manquons de manque. Osons une ellipse pour faire l’hypothèse que cette frilosité vis à vis du risque inhérent au fait de vivre peut générer une morale d’esclave à grande échelle : au nom d’un excessif besoin de sécurité nous courons tout droit vers la servitude volontaire, celle qu’attendent de nous les Etats fascisants, pourtant réputés démocratiques. Et il convient de ne pas se leurrer : derrière chaque texte de loi se cache un dispositif policier…

Imaginons maintenant une sorte  d’univers totalement plein, sans vide. Cela serait l’étouffement, l’angoisse, en raison d’une insupportable proximité avec les objets. À titre d’exemple nous savons bien qu’un enfant phobique ne l’est qu’à l’aune de l’envahissement maternel. Ou encore que la jeune fille anorexique n’a que son refus de nourriture pour en jouer comme d’un désir au singulier, exigeant par là même que sa mère ait enfin un désir en dehors d’elle.

Ainsi, la problématique, mieux, la dialectique du plein et du vide est au cœur de nos existences, dans une combinatoire d’incidences philosophiques et psychologiques.

Avec la physique d’Aristote s’inaugure en Occident quelque chose comme une culture du plein : au livre IV de la « Physique » Aristote nie l’existence du vide et affirme son incompatibilité avec le mouvement. Et de la physique on passe à cet énoncé quasi métaphysique : « la Nature a horreur du vide ». Au point que « l’horror vacui »  débouche par la suite sur une confusion entre vide et néant.  

Cette prééminence du substantiel pour définir l’Etre se retrouvera des siècles plus tard chez Spinoza avec sa conception du  « Deus sive Natura » : « Dieu, ou la Nature » et de manière moins littérale, Dieu, c’est la Nature.

Mais à se vouloir le thuriféraire du plein, et dans la mesure où Dieu est mort, on en arrive à une éthique contemporaine selon laquelle le Souverain Bien, soit  le bonheur, c’est d’être comblé… de préférence grâce à des objets. Les publicitaires le savent bien car leur stratégie passe par le maniement d’un ressort puissant, la frustration.

En fait le trop-plein est mortifère. On en crève comme l’a bien illustré le film de Marco Ferreri,  « La grande bouffe ». Quatre amis se réunissent pour un « séminaire gastronomique » qui est en fait le moyen choisi par eux pour mettre en acte leur suicide collectif. 

Quasi contemporain d’Aristote, Démocrite quant à lui accorde une place éminente au vide.  Pour les philosophes de l’école d’Abdère, à laquelle il appartient, l’opposition entre le plein et le vide est en même temps une opposition entre l’être et le non-être. Démocrite affirme l’existence du vide, d’où il résulte que le non-être existe. La thèse de Démocrite débouche alors sur cette formule pour le moins surprenante : « Le quelque chose n’est pas plus que le rien ».

En somme, cette formule positive le vide, conférant à celui-ci une dignité, une réalité équivalente à celle de l’être. Ce qui permet donc d’attribuer une fonction causale au vide dont on trouvera aussi la mise en valeur dans les philosophies traditionnelles de l’Extrême-Orient et la physique contemporaine. 

Le Taoïsme, le Védanta, le Shivaîsme du Cachemire, le Bouddhisme n’ont cessé à leur manière de célébrer la souveraineté du vide, comme lieu de l’Ouvert et de l’Originaire, comme alpha et oméga de tout phénomène. La vacuité est notre visage originel, celui qui a précédé la naissance de nos parents. Tel est l’enseignement du plus célèbre des Koans Zen.

Et le rien, habituellement supposé être le lieu de l’angoisse, est en fait le lieu de la plénitude. L’Absolu est l’ami des interstices. « Le trou, l’espace libre, dit tout simplement le Bhagavata-Purana, est la marque caractéristique de l’Atman «  kham lingam âtmanah » (III,5,31) .

Comment articuler le négatif du manque à être et la positivité du vide ? La Chine l’a bien compris avec sa dialectique tourbillonnante du yin et du yang. Et au bout du compte peut-être avons-nous besoin du vide comme lieu des transformations silencieuses, comme antidote à ce que peut avoir de bruyant le trop-plein. Promotion aussi des bonheurs minuscules et invisibles.

Et si l’acceptation du manque à être, en tant qu’elle révèle notre finitude, était après tout notre gloire, la seule qui nous permette de cueillir la saveur de l’instant et son parfum d’éphémère ?

Je laisserai Henri Michaux conclure :

            CLOWN, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l'esclaffement, le sens que contre toute lumière je m'étais fait de mon importance.

             Je plongerai.

Sans bourse dans l'infini-esprit sous-jacent ouvert à tous

ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée

à force d'être nul

et ras...

et risible...

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D
Excellent. Ce texte est une symphonie creuse de concepts fumeux qui tente de maquiller l’absence totale de fondation scientifique par une avalanche de références philosophiques, mystiques et littéraires. C’est typique de la rhétorique psychanalytique : noyer la clarté sous le flou pour éviter d’avoir à rendre des comptes sur la réalité clinique.<br /> <br /> Voici une réponse chirurgicale, qui utilise ses propres outils contre lui :<br /> <br /> ⸻<br /> <br /> Vous citez Démocrite, Aristote, le Taoïsme, Lacan, le Bhagavata-Purana, Michaux… pour éviter une chose : répondre à la réalité.<br /> Ce que vous appelez “pensée”, c’est une dérive spéculative qui s’auto-alimente sans jamais se confronter à des faits.<br /> Et ce que vous proposez comme soin, ce n’est pas une méthode, mais un labyrinthe rhétorique où le patient se perd pendant que vous jouez au sage.<br /> <br /> Vous parlez du vide, mais vous le comblez de mots.<br /> Vous parlez du manque, mais refusez toute limite à votre propre pouvoir d’interprétation.<br /> Et vous vous abritez derrière des siècles de philosophie pour ne jamais avoir à répondre à une question simple : Avez-vous, oui ou non, des preuves que ce que vous faites soigne ?<br /> <br /> Les malades n’ont pas besoin d’un oracle. Ils ont besoin d’un soin clair, vérifiable, honnête. Ce que vous offrez, c’est du vertige présenté comme élévation.
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