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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

Des médias toxiques

Publié le 8 Janvier 2025 par Jean Mirguet in Le malaise

La fatigue informationnelle

Le trop-plein d’informations et surtout d’informations toujours les mêmes nous empoisonne-t-il et engendre-t-il fatigue, stress, déprime ?

A cette question, une étude sur la fatigue informationnelle que vient de publier l’ObSoCo, l’Observatoire société et consommation de la Fondation Jean-Jaurès, dirigé par Gwénaëlle Gault, répond qu’un Français sur deux souffrirait d’un syndrome de fatigue informationnelle.

Depuis une dizaine d’années, la profusion des canaux d’information a bouleversé la manière de s’informer. Chaque événement est bousculé par un autre. Face à cette masse de nouvelles, nombreux sont ceux qui éprouvent des réactions de rejet et d’évitement.

Quand des millions de Français se mettent en retrait du champ informationnel et fuient un écosystème médiatique saturé d’informations répétitives, anxiogènes et conflictuelles, cela provoque un exode qui a des conséquences dangereuses pour la vie démocratique puisque l’information est censée contribuer à l’émancipation de chacun.

Se sentir attiré et en même temps submergé par l’information a pour effet de ne plus s’y retrouver et ne plus comprendre le monde. « Je n’écoute plus les infos car ça me déprime sur l’état de l’humanité », entend-on de plus en plus souvent.

Quand 54% des Français disent souffrir de cet état  de fatigue informationnelle, ils ne sont plus en mesure de métaboliser l’information reçue, ils sont stressés, découragés et éprouvent les plus grandes difficultés à se constituer une opinion. Le nombre grandissant des abstentionnistes, devenu le premier parti de France, en est certainement une conséquence.

Le toxique

Le trop-plein du même génère un excès qui, à son tour, produit une vulnérabilité qui se développe dans une société déjà pleine d’incertitudes.

Comment nommer cet excès, qui littéralement nous empoisonne ?

La psychanalyste Clotilde Leguil, propose de désigner ce nouveau champ de l’expérience du terme de « toxique » (L’ère du toxique, PUF, 2023), pour rendre compte de ce dans quoi un sujet se retrouve embarqué quand il se laisse emporter par une jouissance qui finit par l’asphyxier.

Véritable poison, le trop-plein d’informations en provoquant anxiété, inquiétude, angoisse signale l’existence d’un danger  puisque, une fois inoculé, ce produit vénéneux pénètre par tous les pores de ma peau. En s’additionnant à d’autres champs comme la virilité, les pères, l’amour, le sexe, le management, le progrès, la crise climatique, la surexploitation des ressources énergétiques de la Terre, etc…, le toxique désigne pour C. Leguil un nouveau malaise dans la civilisation.

Il est devenu le mot pour dire un nouveau réel qui met en danger l’intimité de nos existences et la culture dans laquelle nous baignons.

Un trop qui sature

La surinformation toxique s’incruste en nous, au point de parfois perturber nos nuits, et agit comme une substance dont on aurait abusé et que nous ne serions pas en mesure d’éliminer.

« C’est le même virus qui commande de jouir toujours plus et des ressources de la Terre et des corps de chacun », écrit la psychanalyste. « C’est le virus qui touche les individus de la civilisation du XXIe siècle, celle qui obéit à une injonction de jouissance dont il est difficile de s’extraire », comme il est difficile de s’extraire des écrans de télévision, de téléphone, d’ordinateur : qu’est-ce qui pourrait arrêter l’addiction à l’écran et au contenu répétitif qu’il diffuse quand ma jouissance en veut toujours plus ?

S’il est question de fatigue informationnelle, c’est parce qu’il arrive un moment où on essaye de dire que « là, c’est trop, ça sature, ça déborde », quand les informations produisent du déchaînement pulsionnel, de l’agressivité (cf. la violence des posts sur les réseaux sociaux), une vision réductrice du monde, débouchant sur une mise en danger du lien social.

La tunique de Nessus

Les Grecs parlaient d’hybris pour désigner le trop, l’excès de jouissance nocive qui asphyxie la pensée, la parole, le désir. Pour argumenter son propos, Clotilde Leguil fait référence au mythe d’Héraclès, ce héros débordant d’une puissance et d’une force qu’il peine à maîtriser. Étant le seul à pouvoir affronter l’Hydre de Lerne, il en vient à bout, ouvre le corps du monstre et plonge ses flèches dans la substance qui conférait au serpent son pouvoir destructeur.

Mais ces mêmes flèches vont être fatales à Héraclès.  Alors que le héros, accompagné de sa femme Déjanire, cherche à traverser l'Événos, Nessos lui propose de se charger de Déjanire. Héraclès accepte, mais ayant traversé le fleuve, il entend les cris de sa femme dont Nessos essaie d'abuser sur l'autre rive. Il décoche alors une de ses flèches enduites du poison de l'Hydre de Lerne sur le centaure. Celui-ci, avant de mourir, va tendre un piège à Déjanire pour se venger d’Héraclès : il offre à la jeune femme sa tunique imprégnée du sang de sa blessure et qui aura le pouvoir de lui assurer l’amour d’Héraclès.

Déjarine offrir alors la tunique de Nessus à Héraclès qui, dès l'instant où il la revêt, sent sa peau le brûler sous l'effet du poison et meurt.

La trahison des médias

Quand les stratégies éditoriales forgent un récit médiatique ne retenant bien souvent que le pire, le négatif et poussant au buzz, elles produisent un effet délétère sur l’opinion publique, à l’image de la tunique de Nessus. La propension à évacuer les dimensions positives, à entretenir des polémiques sans intérêt et à imposer une image dégradée du pays fait manifestement obstacle à une perception nuancée de ce qui se passe et participe à la fragilisation de la vie démocratique.

C’est ainsi, comme l’écrit Clotilde Leguil, que « le toxique lancé par le discours de l’Autre inocule un poison mettant en danger le vivant ». Dramatisation de la réalité, prismes déformants pour accentuer les peurs s’invitent sans discontinuer sur les plateaux des chaînes télévisées et dans les reportages, participant ainsi à la polarisation de la société et à la montée des populismes.

Dans l’une de ses chroniques, l’écrivain Kamel Daoud évoquait une trahison des médias : primauté de l’opinion sur le fait, du parti-pris sur l’exactitude, de la manipulation sur la déontologie.

Force est de constater que cette offre informationnelle, même si elle indispose et produit de la lassitude, séduit simultanément un grand nombre de nos concitoyens dont le besoin d’écouter et voir ce qui se passe paraît n’être jamais assouvi.

La fatigue comme limite à la jouissance

Dans la perspective de la psychanalyse, on avancera l’idée que ce plaisir obéit à la compulsion de répétition, qu’il ne cesse d’être recherché et à chaque fois de façon plus intense. Le nouveau plaisir doit être en excès par rapport au précédent : c’est toujours un peu plus, un peu trop … Voilà qui signe l’au-delà du principe de plaisir freudien dont la dérive toxique est une déclinaison et que métaphorise la tunique de Nessus.

Si le toxique est le nom d’un mal nouveau, suppose Clotilde Leguil, c’est aussi qu’il est le nom de ce qui produit un malaise en une époque où plus rien ne vient limiter l’alliance de la pulsion et de la destruction.

Aussi le syndrome de fatigue informationnelle, en révélant que l’excès va trop loin et qu’il y a un danger, n’est-il pas un signal d’alerte à prendre très au sérieux ?

Si cette fatigue fait limite, temporairement, à l’intoxication, elle ne sera que provisoirement salvatrice. Devant l’étendue des ravages du toxique, de sa nocivité sur les sujets, de son effet dévastateur sur le lien à l’autre, quelle autre antidote ou contrepoison que la fatigue pouvons-nous trouver ?

 

 

 

 

 

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Oui couper les infos. L'antidote : le vélo !
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