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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

Les lumières de la ville

Publié le 14 Février 2012 par Stéphane Degoutin dans Villes

LA depuis le Mt Wilson Photo de Los Angeles prise depuis l'observatoire du Mont Wilson.

Le texte qui l'accompagne est extrait d'un article de Stéphane Degoutin, publié dans la revue d'architecture Parpaings, juin 2002.

Il est repris dans son livre, Prisonniers volontaires du rêve américain, Editions de la Villette, 2006.

Publié avec l'aimable autorisation de l'auteur (http://www.nogoland.com)

 

 

 

 

Los Angeles sans lumière


Contrairement à la ville moderne éclairée 24H/24, où la nuit et le jour tendent à se ressembler de plus en plus (Paris "ville lumière", New York "qui ne dort jamais"), la banlieue américaine est plongée dans les ténèbres dès que le soleil se couche, comme si l'on était en rase campagne. Los Angeles est une ville fantôme la nuit : comme dans un rêve, elle est soudain vidée de ses habitants, de son énergie, de sa substance ; et l'on se promène dans les rues vides à l'infini, sans jamais reconnaître les lieux que l'on traverse.
 

 

Vouée au culte du soleil et du climat idéal, Los Angeles nie l'existence même de la nuit et on se comporte exactement comme si elle n'existait pas. On se couche tôt, on se lève tôt ; les fêtes et les activités sociales se déroulent de préférence sous le soleil, l'après-midi autour d'un barbecue, au bord d'une piscine ou à la plage. On peut aussi prolonger la journée pendant les heures où le soleil est couché, mais ces activités restent une extension de la journée. Par exemple, on peut aller acheter à quatre heures du matin une perceuse chez Home Depot ou des carottes chez Ralph's, comme si l'on était en plein jour ; on peut passer la nuit au bureau, ou devant la télévision, ou encore en voiture à sillonner les rues.

 

Du fait de la faible densité construite, l'éclairage nocturne ne vient pas tant des fenêtres des bâtiments ou de l'éclairage public que des phares des voitures, des enseignes des magasins ou des hélicoptères de la police. Un quartier pourrait s'éteindre si toutes les voitures s'en allaient dans une autre direction -- tandis qu'un autre s'allumerait à sa place. C'est ce qui rend Los Angeles si belle vue d'avion, ou vue du haut des collines d'Hollywood. Sur une nappe d'obscurité se détachent des lumières en mouvement continu : les lignes lumineuses des avenues principales et les courbes des autoroutes scintillent des phares des voitures. Cette trame irrégulière s'étend aussi loin que porte le regard, jusqu'à se fondre dans l'océan ou se perdre dans les collines.

On traverse des quartiers immenses en quelques minutes par l'autoroute, en regardant négligemment défiler les billboards, les buildings, les arbres, les autres voitures : la réalité de la ville obscure s'éloigne alors dans la séduction esthétique des jeux de lumières. Mais dès que l'on s'éloigne des grands axes et que l'on s'enfonce dans l'arrière-plan de la carte postale, l'obscurité est moins séduisante. Dans un inextricable réseau de rues secondaires désertes, seuls les phares de son propre véhicule éclairent, de biais, des façades menaçantes. L'obscurité glacée, mieux que le soleil écrasant, révèle la profondeur infinie des panoramas ; et Los Angeles apparaît alors comme un affolant labyrinthe orthogonal dans lequel il ne vaut mieux pas trop s'enfoncer.

La nuit est à la banlieue américaine ce que la forêt est à la civilisation médiévale. Tout comme la forêt est fréquentée par des loups, des bandits nomades, des sorcières, des elfes, des trolls, des ogres et autres créatures mystérieuses, les nuits de Los Angeles appartiennent à des populations menaçantes. La hantise de tout Angelino est de se retrouver en panne d'essence dans l'un de leurs territoires.

Los Angeles est fréquemment présentée comme une succession de décors de cinéma : architectures fragiles construites en matériaux non pérennes, couleurs criardes, formes en renouvellement permanent, affiches publicitaires… Sous le soleil, on oublie qu'il s'agit d'un décor ; mais la nuit, du fait notamment de la disparition des couleurs, cet environnement prend un caractère inquiétant. La fragilité de l'architecture, notamment, contribue au sentiment d'une ville de papier, très vulnérable.

Si le sentiment d'insécurité est aussi fort la nuit, c'est parce que l'on pénètre, à proprement parler, dans l'envers du décor : on rentre rarement dans un bâtiment par la façade sur rue, mais plus souvent par derrière, en venant d'un parking, d'une rue secondaire ou d'une contre-allée qui sert aussi à sortir les poubelles. La porte de derrière des commerces est souvent plus utilisée que celle de devant (s'il existe une porte de devant). Et si le soleil humanise le coin de rue le plus inhospitalier, l'obscurité au contraire ne met pas en valeur les parkings sans éclairage, les portes dérobées, les entrelacs de petites rues sombres, les enseignes de néon fatiguées perdues au milieu de nulle part, les escaliers de service, les cours d'immeubles, les couloirs étroits - qui sont l'environnement nocturne de l'Angelino ; contrairement au New Yorkais qui se promène dans la nuit au milieu de la foule des noctambules dans un décor fantastique.

Une dernière danse avant la fin du monde

A Los Angeles, s'amuser la nuit semble toujours bizarre. Non que les Angelinos ne sortent pas le soir, mais cette habitude héritée de la culture urbaine des métropoles modernes semble inadaptée au rythme de vie suburbain. Bien sûr, on trouve ici aussi des soirées branchées "comme à New York", mais l'éclairage tamisé ne met pas en valeur la plastique et le bronzage des Angelinos, qui réclament le plein soleil et les ombres franches. Lorsque l'éclairage est insuffisant, on se croirait dans un film sous-exposé.

Tout au fond de la nuit, le plus loin qu'il soit possible d'aller à Los Angeles, c'est-à-dire le plus au centre possible, dans la zone industrielle de Downtown, entre Openspace Avenue et Nogoland Boulevard , on trouve des lieux qui auraient peut-être eu l'air branché dans les années 80 (du XXe siècle). Les avenues, larges et désertes, sont bordées de bâtiments industriels vides, jaunis par la lumière fatiguée des lampadaires. Des sans-abri, noirs, dorment au coin des rues, entre les déchets qui jonchent le sol ; et parfois une ombre passe à l'arrière-plan. Le paysage sordide pourrait servir de décor à un film hollywoodien sur les bas-fonds de la mégapole.

Perdus au milieu de ce décor, on trouve quelques clubs de house music. Même si vous vous garez à 200 mètres d'un de ces clubs, un vigile portant une arme bien en évidence vous sautera dessus dès votre descente de voiture pour vous escorter jusqu'à l'entrée. Votre ange gardien vous aura repéré dès votre arrivée -- personne ne se promène par hasard ici au milieu de la nuit.

A l'entrée des clubs, d'autres vigiles armés procèdent à une fouille systématique pour vérifier que personne n'entre avec une arme. A l'intérieur, de nombreux autres vigiles armés sillonnent les salles de danse. Si on exhibe autant d'armes, c'est pour rassurer les clients, et si ce sont des vieux Noirs qui travaillent dehors, c'est que leur vie coûte moins cher que celle d'un jeune Blanc. Le développement de la police privée (qui a dépassé depuis longtemps la police publique en nombre) offre ainsi quantité d'emplois mal payés et à hauts risques.

On vient ici pour gober de l'ecstasy et danser dans une ambiance de fin du monde -mais si on allume une cigarette ou si l'on commande une bière après deux heures du matin, on se fait immédiatement rappeler à l'ordre. Les vigiles sont sous ecstasy aussi eux aussi ; oubliant les vingt ans qui les séparent de la moyenne d'âge des jeunes danseurs, ils agitent leur graisse comme des damnés, rouges de sueur, bavant de plaisir, exhibant leurs armes comme s'ils montraient leur sexe.



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La psychanalyse aujourd'hui (V) : l’autisme, enjeu idéologique

Publié le 13 Février 2012 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

La dernière séanceAprès les expertises successives de l’INSERM sur le dépistage et la prévention des troubles mentaux chez l’enfant et l’adolescent en 2002, sur l’efficacité comparée des psychothérapies en 2004, sur les troubles des conduites de l’enfant en 2005, après la publication du Livre Noir de la Psychanalyse (2005) puis le brûlot anti-Freud d’Onfray en 2010, voici le député UMP Fasquelle  qui, après avoir lancé sa proposition de loi « visant à interdire la psychanalyse pour l’accompagnement des personnes autistes », poursuit sa croisade  en se préparant à « saisir le Conseil national des universités afin que l'enseignement et la recherche sur les causes et les prises en charge de l'autisme ne fassent pas référence à la psychanalyse ». La Haute Autorité de Santé n’est pas en reste qui déclare officiellement la psychanalyse inadaptée à la prise en charge de l’autisme (cf. Libération d’aujourd’hui).

Cette offensive idéologique contre la psychanalyse exhale de pestilentiels effluves populistes et antidémocratiques. Elle fait craindre un retour de la pensée vers l’obscurantisme du Moyen-Age et une promotion de politiques liberticides.

 

Comme l’indique le communiqué  de presse du Collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire, une loi n’a pas à se substituer aux praticiens en matière de choix d’un traitement. Les familles et tous les citoyens doivent pouvoir garder le droit inaliénable d’une liberté de choix de leur praticien et de la façon dont ils souhaitent se soigner, en respectant  la nécessaire pluralité des approches.

Depuis quand une loi devrait-elle se faire l’arbitre puis le censeur dans le débat scientifique ? Quid de la liberté de pensée et de recherche ?

Le député Fasquelle et ceux qui le suivent vont-ils bientôt emprunter le chemin des fondamentalistes chrétiens américains et nous gratifier  d’une loi interdisant le darwinisme ? L’interdiction du député Fasquelle est-elle l’héritière des autodafés nazis des livres de Freud et de l’interdiction de la psychanalyse comme science juive, ou  celle du stalinisme qui l’avait décrété science bourgeoise, à moins qu’elle ne s’inspire de la censure des colonels grecs  ou de l’actuelle dictature syrienne ?

 

La psychanalyse, qui a fait ses preuves depuis plus d’un siècle, constitue un aspect fondamental de la formation des praticiens. Elle est, avec d’autres, l’une des boussoles essentielles permettant de s’orienter dans le traitement des sujets autistes.

En témoignent les publications régulières concernant le traitement de l’autisme dans de nombreuses institutions accueillant des enfants, adolescents ou adultes, tant en France qu’à l’étranger. Elles nous apprennent que les méthodes qui aident le mieux les autistes sont celles qui ne gomment pas les particularités et la liberté du sujet et qui savent miser sur ses inventions et ses compétences.

 

La psychanalyse a toujours été interdite là où la liberté était confisquée aux citoyens. On peut ne pas partager sa théorie et sa méthode mais avoir le projet d’en interdire l’exercice et empêcher des personnes d’y avoir recours constituent une menace grave pour les libertés.

 

 

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L'autre zen de Lacan

Publié le 10 Février 2012 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

On peut supposer une certaine témérité à ceux qui, aujourd’hui, s’adressent à un psychanalyste quand ils désirent réaliser ce qu’ils sont vraiment plutôt qu’accomplir ce que les autres attendent d’eux. Toutefois, l’engagement dans ce long et difficile travail n’est pas motivé par le seul dessein de se connaître, il faut aussi que la sorte de stimulant donné par le malaise de vivre et le tourment du symptôme y prenne part.

C’est pourquoi la psychanalyse implique une décision éthique : il s’agit soit d’opter pour une adaptation à son milieu social et familial et s’endormir dans le confort du conformisme conservateur soit de choisir la voie de l’éveil, au sens que ce mot peut avoir dans le bouddhisme.

 

Le bouddhisme et spécialement le zen ne sont pas sans affinité avec la psychanalyse. Lacan, qui s’est beaucoup intéressé à la culture extrême-orientale, s’est engagé, le premier, dans cette voie.

En inventant l’objet a, il s’est référé à ce fait inhérent à la parole : il est impossible de tout dire. Le mot n’est pas la Chose, il n’est que son représentant. Ce qui reste et qui ne peut se dire se trouve dans l’écart entre la Chose et le mot qui la désigne. Or, le Tao s’avance sur un chemin analogue puisque, tout en ne rejetant pas le pouvoir de la parole, il professe qu’elle ne dit pas tout du réel.

 

Lacan confiait qu’il était lacanien car il avait fait un peu de chinois... litote de sa part ?

Dans les tout premiers mots qu’il prononce en ouvrant son Séminaire, en 1953, il en appelle au zen pour exprimer ce je-ne-sais-quoi qui se passe aussi dans la psychanalyse : « Le maître interrompt le silence par n’importe quoi, un sarcasme, un coup de pied (...) Il appartient aux élèves eux-mêmes de chercher la réponse à leurs propres questions. Le maître n'enseigne pas ex cathedra une science toute faite, il apporte la réponse quand les élèves sont sur le point de la trouver ». Et d’ajouter que « cet enseignement est un refus de tout système ».zen

 

L’intervention du maître zen est un koan ; il a pour but de décontenancer et surprendre le disciple afin de déclencher son éveil. On trouve ainsi dans Les entretiens de Lin-tsi(publiés en 1972) le koan suivant : un moine demanda quelle était la grande idée du bouddhisme. Le maître fit khât (soit une éructation dont Lin-tsi passait pour être un virtuose). Le moine s’inclina. Le maître dit : « En voilà un qui se montre capable de soutenir la discussion».

Pour Lacan, le khâtn’est pas loin d’être un joyau. De toute façon, c’est pour lui ce qu’il y a de mieux dans le bouddhisme car ça consiste « à te répondre par un aboiement, mon petit ami ».

 

Alors, Lacan, maître zen lui aussi, laïc cependant ?

C’est, sans nul doute, une autre fonction que celle de maître au sens antique ou cartésien ou universitaire du mot ! Ce qu’il énonce avec Lin-tsi, c’est : « Soyez votre propre maître », rendant la fonction du maître autant indispensable qu’inutile. 

Ce que sait ce maître particulier c’est qu’il sait ne pas savoir alors qu’on le suppose savoir. Sa feinte consiste à tenir le rôle qui lui est demandé, pour interroger le désir de celui qui a recours à lui.

 

À la différence des philosophies et des religions, la psychanalyse et le zen ne sont pas des Weltanschauung, des visions du monde.

Par contre, à la différence du zen qui se fixe comme horizon un au-delà des mots et qui trouve son aboutissement dans le silence, Lacan théorise la recherche du sens comme un acte de parole, indissociable du langage.

À rebours de cette conception, la vérité dans le zen se révèle au-delà des multiples différences qui séparent les mots les uns des autres ; elle s’atteint en crevant l’écran du langage.grenouille

On trouvera peut-être, dans le « bruit » - intraduisible - de la fameuse grenouille de Bashô plongeant dans l’eau, le signe de cette «  possibilité d’une pensée réelle, seule absolument vraie, détachée de toute forme verbale, de tout acte implicite ou explicite d’élocution », ainsi que l'écrit Maurice Pinguet dans Le texte Japon.

La technique du zen paraît donc diverger de la pratique lacanienne de la psychanalyse qui laisse, selon la formule de Mallarmé, l’initiative aux mots. Mais toutes deux sont faites d’une pensée en mouvement, à l'égal de celle produite par l’interprétation analytique qui, comme dans le zen, n’est pas faite pour être comprise mais, comme le dit Lacan, « faite pour faire des vagues ».

 

En pleine détresse, elle déclara à Lacan qu’elle n’avait plus de moi. - "Eh bien, qu’est-ce qu’il vous faut !", énonça-t-il. (Jean Allouch, Allô, Lacan ? Certainement pas, E.P.E.L, 1998)

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Crise de la dette et évaluation

Publié le 9 Février 2012 par Jean Mirguet dans Politique

Le supplément Economie  du Monde (7 février 2012) publie une interview de Christian Walter, professeur associé à l’IAE (Université Paris I) et directeur de la chaire Ethique et Finance de l’Institut Catholique de Paris.

Il est interrogé sur la façon dont la BCE (Banque Centrale Européenne) tente de calmer la crise de la dette : des prêts à bas coût qu’elle octroie aux banques pour leur permettre d’absorber les titres d’Etat, alors que, dans le même moment, de fortes inquiétudes pèsent sur les bilans bancaires.

Christian Walter met en garde contre la surenchère des normes de prudence visant à limiter les risques. « Il faut sortir de l’illusion prudentielle selon laquelle, par le calcul, on peut tout contrôler et prévoir ». L’idée que le risque est maîtrisable grâce au calcul repose sur des modèles mathématiques et techniques jugés éthiquement et idéologiquement neutres.

Ce fantasme obsessionnel de maîtrise, entretenant l’illusion qu’on peut tout calculer, contrôler et prévoir, ne tient pas compte du facteur d’incertitude c’est-à-dire de la part de nous-même et du monde qui nous échappent. Il ne s’agit pas de subir ce qui se dérobe à nous mais d’inventer un savoir-y-faire avec.

La neutralité éthique est un oxymore et la technique – y compris financière - n’est jamais neutre ni éthiquement ni idéologiquement.

 

Cette question éthique dans la technique est au cœur des pratiques d’évaluation, fondées sur la mesure et le calculable.

Dans un petit ouvrage publié chez Grasset en 2004, Voulez-vous être évalué ?, Jacques-Alain Miller et Jean-Claude Milner expliquent que les évaluateurs se présentent au nom de la science. Or, l’évaluation n’est pas une science : ce n’est pas parce qu’on chiffre, mesure, calcule ou prévoit que c’est scientifique. L’évaluation s’apparente plutôt à un art du management.

Mais, plus que tout, le problème éthique posé par l’évaluation est celui du consentement de l’évalué à l’évaluation puisque l’évaluation est une chose qui se demande (cf. les demandes faites aux agences de notation d’être noté). En compromettant l’évalué dans le processus de sa propre exclusion, l’évaluation devient une méthode d’élimination. En consentant à être noté, évalué, vous vous condamnez vous-même, spécialement si les évaluateurs misent sur votre couardise et votre docilité.

En établissant un système normatif qui exclut l’incertitude, les évaluateurs construisent des instruments de mesure aboutissant à une autocondamnation  des évalués qui, dès lors, voient leur capacité à se révolter amputée.

Que dire de ce système sinon qu’il est cynique, abject, pervers ?

 

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Le Los Angeles de John Fante

Publié le 6 Février 2012 par Olivier Mirguet & Coralie Garandeau dans Littérature

Fante

Dans Personne ne bouge, revue culturelle diffusée sur Arte le 5 février, balade dans Los Angeles et Malibu avec Dan Fante, fils de l'écrivain John Fante.

http://videos.arte.tv/fr/videos/personne_ne_bouge_-6370596.html

(33ème minute de l'émission)

Réalisation Coralie Garandeau

Images Olivier Mirguet

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Vertus de l'insulte ?

Publié le 29 Janvier 2012 par Jean Mirguet dans Politique

"Attention à l’arrogance, vous êtes très sûr de vous", lance jeudi soir à la télévision Alain Juppé à François Hollande. Le lendemain du débat, Coppé enfourche le même argument, il a "découvert une vraie arrogance, qu'Alain Juppé a notée aussi". Et Xavier Bertrand n’est pas en reste qui « préfère quelqu'un qui fait preuve de sincérité, comme Nicolas  Sarkozy, plutôt que quelqu'un qui a de l'arrogance, comme François Hollande ».

Voici donc la dernière trouvaille de l’UMP: l’adversaire socialiste est arrogant. Candidat présomptueux, il a l’audace de vouloir devenir chef de l’Etat, il ose demander à ses concitoyens de lui confier la direction du pays, s’avise de s’arroger le droit de devenir Président. Pour ceux qui, à l’UMP, considèrent que le pouvoir est leur chose, que tout leur est dû, et qu'il n'y a qu'une seule politique, la leur, la pilule Hollande est difficile à avaler.

Je parie que cette dénonciation de l’arrogance du candidat socialiste permettra bientôt aux aficionados sarkozystes de mettre en lumière, par contraste, la  modestie de leur champion qui, entre fausses confidences et regrets sincères (?), évoquait, mardi, l’éventualité de la fin de sa carrière politique.

 

Dénoncer l’arrogance de l’autre, est-ce injurieux ? Ou est-ce une insulte ?

Est-ce injurieux ou insultant quand Jacques-Alain Miller moque François Hollande, « relooké Imperator » et écrit dans Le Point du 20 octobre 2011 que «  le makeover de Hollande faisait rire. Plus maintenant : il symbolise la transformation politique de l'Homme-de-gauche-édition-2012. Ses premiers pas sont encore hésitants ? Normal, après une opération aussi lourde : une mue, une métamorphose à la Kafka, le lifting de tout le corps. Fade et flou face à une Aubry en noir et blanc, Hollande vainqueur a prononcé dimanche soir - pour la première fois, j'en jurerais - le mot "impérieux". Son discours était au diapason. Pour ainsi dire, Clemenceau perçait sous Flanby (...) Cette image de synthèse tiendra-t-elle la distance ?  ».

Arrogant, relooké Imperator, Flanby, image de synthèse : des insultes ? des injures ?

 

Faire injure à quelqu’un, c’est d’abord commettre une injustice à son égard, c’est une offense par des paroles blessantes, un outrage alors que l’insulte tente de vous atteindre et de vous détruire dans votre existence de sujet.

Alain Didier-Weill (Les trois temps de la loi, Seuil, 1995) distingue radicalement l’injure de l’insulte : l’injure dit quelque chose de faux tandis que l’insulte nomme un réel que le sujet n’est pas en mesure de contester. L’insulte renvoie le sujet à un jugement  portant sur ce qu’il est réellement, depuis toujours. C’est une affirmation.

Quand l’insulteur jouisseur, débordant de colère ou se contenant froidement (ça dépend de sa structure), déverse son flot d’insultes, on sent bien qu’il n’y a pas assez de mots pour dire l’insulte définitive, celle qui ferait mouche pour atteindre l’être de l’adversaire et le réduire à néant : le mot ultime fait défaut pour pouvoir dire ça. L’insulteur éructe ou persifle quand il n’a plus assez de mot pour métaboliser la colère qui l’étouffe. Haddock

 

Enfin, last but not least, l'insulte peut se cacher sous l’hypocrisie des bonnes manières et se donner les airs de raffinement qu’on trouve chez le dandy, l’esthète ou pire, le gommeux ou le bobo pédant.

Mais il y a aussi des psys qui revendiquent l’usage d’une certaine forme d'insulte dans la direction de la cure et qui considèrent que l’insulte est une coupure salutaire, notamment dans les discours prétentieux qui ignorent qu’ils sont insultants... . Politiquement incorrecte, l’insulte peut se révèler un remède possible contre les boursouflures narcissiques...

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La nouvelle ruée vers l'or noir

Publié le 27 Janvier 2012 par Jean Mirguet dans Villes

Aux Etats-Unis, les pétroliers ont le vent en poupe...Le prix du baril frôle les 100 euros et il ne cesse de grimper. Du coup, des gisements abandonnés dans les années 90 redevie
nnent rentables. C'est le cas en Californie. La ville de Los Angeles est assise sur l'une des plus énormes réserves d'or noir des Etats-Unis...
Voir le reportage signé Olivier Mirguet et Coralie Garandeau : http://www.arte.tv/fr/La-nouvelle-ruee-vers-l-or-noir/6305542.html
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La psychanalyse aujourd’hui (IV) : interdire la psychanalyse ?

Publié le 20 Janvier 2012 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

Après le film de Sophie Robert, voici un nouvel épisode dans la guerre menée contre le travail psychanalytique avec les autistes : un post du Point du vendredi 21 janvier 2012 nous apprend que le député UMP Daniel Fasquelle a déposé, aujourd'hui, sur le bureau de l'Assemblée Nationale, une proposition de loi visant à interdire les pratiques psychanalytiques dans l'accompagnement des personnes autistes au profit de la généralisation des méthodes éducatives et comportementales, et la réaffectation des financements existants à ces méthodes.

"Pour aider ces personnes à s'en sortir, la France ne peut plus continuer à cautionner et financer les pratiques de type psychanalytique dans le traitement de l'autisme", affirme le député qui s’indigne « en constatant qu'en France ce sont les pratiques psychanalytiques généralisées dans nos établissements hospitaliers et médico-sociaux qui sont financées par l'Assurance Maladie".

Il ajoute que "l'approche psychanalytique a été abandonnée depuis au moins 20 ans dans la plupart des pays occidentaux au profit de méthodes éducatives et comportementales". La psychanalyse "ne figure dans aucune recommandation nationale ou internationale en matière d'autisme", écrit-il, alors que l'apport de "certaines techniques de rééducation spécifiques (outils de communication, méthodes éducatives, méthodes comportementales) a été démontré dans plusieurs études".

Selon ce député, une étude est en cours au Conseil économique social et environnemental sur "le coût économique et social de l'autisme en France" et qui "devrait permettre de pointer le coût induit par la mauvaise prise en charge et démontrer la nécessité d'un accompagnement éducatif et comportemental, le plus précocement possible".

Si certains, comme ce député, jugent que la psychanalyse ne constitue pas un remède contre l’autisme, on pourrait leur rétorquer avec Jacques Lacan que, si elle est un remède contre l’ignorance, elle est sans effet sur la connerie, sur ce trop-plein de préjugés résolument hostile et hermétique à toute nouveauté, au radicalement Autre.

Ce qui n’empêche pas des psychanalystes conservateurs, transis et rivés au dogme de demeurer des abonnés fidèles à cette connerie, puisque croyant dialoguer avec les autres, ils ne font, malheureusement, que monologuer dans la galerie des glaces de leur communauté.

Alors, quoi, faut-il interdire aux psychanalystes de travailler avec les autistes ? Faut-il interdire aux autistes de rencontrer des psychanalystes ? Faut-il interdire la psychanalyse et encourager la chasse aux sorcières ? Ou encore : ne faudrait-il pas interdire l’autisme ?

L’Unapei (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis, créée en 1960) vient de publier un communiqué de presse par lequel elle s’oppose à la proposition de loi de M. Daniel Fasquelle. Christel Prado, sa présidente s’insurge : « Interdire une forme d’accompagnement ne sert à rien et est clivant. Concentrons nos énergies à développer de façon urgente les méthodes qui ont prouvé leur efficacité. Si l’autisme est la grande cause 2012, c’est pour développer la recherche et permettre de répondre au mieux aux besoins des personnes autistes le plus précocement possible. Les personnes autistes et leurs familles ont besoin de compétences multiples pour répondre à leur problématique. Par ailleurs, en tant que Rapporteur au Conseil économique social et environnemental du projet d’avis sur « le coût économique et social de l’autisme en France », il est tout à fait prématuré d’en tirer de quelconques conclusions.»

 

 

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Les Etats-Unis à la parade

Publié le 17 Janvier 2012 par Jean Mirguet dans Spectacles

Lundi 2 janvier, 8h15 heures du matin. Nous venons d’arriver à l’angle de Colorado Boulevard et de Raymond Avenue, en plein centre de Pasadena, dans la banlieue nord-est de Los Angeles.Rose parade 1555 (2)

La 123e Rose Parade bat son plein depuis environ un quart d’heure. Son thème cette année : « Just imagine »... tout un programme ! Pas moins de 44 chars superbement décorés de roses (mais pas uniquement), 22 troupes à cheval et 21 marching bands d’au moins 200 musiciens chacun composent la parade. Les « fanfares » sont américaines, bien sûr, mais pas seulement : certaines viennent de Porto Rico, du Canada, du Japon et même de Suède. Cet après-midi, se déroulera le Rose Bowl Game, le match de football américain universitaire le plus prestigieux.Marching band

A ses débuts en 1890, la Rose Parade était destinée à valoriser les hivers cléments du Sud de la Californie.  En l’espace d’un siècle, elle est devenue une attraction mondiale - suivie par plus de 50 millions de téléspectateurs aux Etats-Unis et retransmise dans plus de 200 pays - de même qu’une source d’importantes retombées économiques - 400 millions de dollars dans le Sud de la Californie.

700000 personnes sont massées tout le long du parcours. Parmi elles, de nombreuses familles entières se sont installées sur les trottoirs depuis la veille ; pour ne rien rater du spectacle, elles ont apporté matelas, sac de couchage, de quoi faire à manger et ont installé leur campement tout le long de Colorado Boulevard, la longue avenue de 5 miles et demi qui traverse Pasadena d’Est en Ouest.

Quelle ferveur ! Mais alors que, moment où nous arrivons, la foule en liesse acclame les chars fleuris, les fanfares et les cavaliers, un avion furtif de l’US Air Force survole la Parade !

Pour être à l’heure, nous nous sommes levés tôt. Un quart d’heure de voiture jusque Highland Park Station, la station de métro la plus proche située sur la Gold Line.

Le métro est bondé. Impossible de monter dans la première rame qui  se présente. Nous avons plus de chance avec la suivante qui nous dépose vingt minutes plus tard à Memory Park.

Nous nous laissons porter par le flot de tous ceux qui, calmement, se dirigent vers le parcours où passe l’immense corso. Mais difficile de voir quelque chose derrière toutes ces rangées de spectateurs qui crient, applaudissent, sifflent.

Le défilé va durer deux heures, survolé à un moment par un petit avion qui tracte une banderole sur laquelle est inscrite « Impeach Obama ! » (Obama destitution !)Impeach Obama

Quelle ambiance ! Pas de doute, la Rose parade, c’est la tradition qui défile, en exhibant sans complexe, les symboles de la puissance américaine. Manifestement, une fierté émane de cette exultation populaire, fierté d’être tous américains, surtout dans cet état d’immigration qu’est la Californie...la glorieuse Star-Spangled Banner est là, toute proche, faisant bomber les torses d’orgueil !

Alors que les derniers chars viennent de passer et que la Parade se termine, une autre s’annonce, bien différente de l’officielle.  C’est celle du rassemblement « Occupy the Rose Parade » qui s’est créé dans la mouvance de « Occupy Wall Street ».Occupy the rose parade Ce mouvement de contestation pacifique s’était formé en septembre à New York pour dénoncer les abus du capitalisme financier. Après avoir occupé le parc Zuccotti, les manifestants ont été expulsés violemment par la police new yorkaise un mois plus tard. Leur revendication s’adresse à Obama à qui ils demandent la création d’une commission présidentielle pour mettre fin à l’influence de l’argent sur la représentation du peuple à Washington.

En novembre, ils ont occupé l’Hôtel de Ville de Los Angeles et ils avaient annoncé leur intention d’occuper la Rose Parade ! Après moult tractations, la police leur a donné quand même l’autorisation de marcher tout de suite après les derniers chars, à la condition de ne pas perturber la cavalcade, sous peine de se voir infliger 1000 $ d’amende et 6 mois de prison !

La parade des occupy protesters s’ouvre avec « Goldie Sachs », une pieuvre géante faite de sacs en plastique et référence à la banque Goldman Sachs dont on connaît le rôle désastreux dans la crise financière actuelle. « Goldie Sachs » étale ses tentacules sur toute la largeur de Colorado Boulevard, et se faufile, tel un immense monôme, entre les spectateurs toujours présents.

We the peopleA côté des militants de « Occupy the Rose Parade », manifeste toute une faune hétéroclite de militants des droits des animaux, de sectes religieuses prédisant la fin du monde, de militants pour les droits civiques, d’opposants à la guerre...etc. L’ambiance est joyeuse, festive, nous sommes loin des chars fastueux qui, tout à l’heure, faisaient l’admiration de l’Amérique conservatrice.

Mais, le défilé se termine car se profile derrière les manifestants, une escouade d’impressionnants véhicules de la police anti-émeute. Arnachés comme des robocops, ils ferment la manifestation.Police 1627

Tout de suite après, les voitures recommencent à circuler ou du moins essayent-elles de le faire car il nous faudra pas moins d’une heure pour que le bus dans lequel nous nous sommes engouffrés puisse sortir de Pasadena et ramener sa cargaison de spectateurs à Union Station, la superbe et principale gare de LA.

 

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Voyous et aristocrates

Publié le 11 Janvier 2012 par Jean Mirguet dans Littérature

J’ai suivi le conseil de Sarkozy, j’ai lu le Limonov d’Emmanuel Carrère : formidable ! Ce livre est fascinant, autant du fait de Limonov lui-même que de la fascination qu’il exerce sur son biographe.

Limonov fait penser à Céline à moins qu’il ne soit une sorte de Bukowski soviétique voire un personnage à la John Fante.

Aucun d’eux n’est politiquement correct. Vivre dans la normalité n’est pas leur viatique. Fuyant comme la peste tout ce qui pourrait ressembler à un sentier battu, ils défendent des thèses provocatrices, perturbantes, choquantes. Dans un ricanement ininterrompu, ils ont systématiquement exclu de leur vie toute banalité.

L'année de ses 34 ans, Edouard Limonov passe le plus clair de son temps  dans une chambre d'hôtel miteuse de Broadway ; il ne connaît pratiquement personne à New York et il est trop pauvre pour aller faire la fête dans les clubs branchés du coin. Faute de mieux, il entame la rédaction de son Journal d'un raté, titre qui n’est pas sans faire écho au Souvenirs d’un pas grand chose de Bukowski.

La plupart des hommes avancent comme ils peuvent, pas après pas, en essayant de se débrouiller avec les embûches du réel. Mais Limonov veut davantage, il veut s’assurer qu’il est toujours bien vivant. Aussi, n’hésite-t-il pas à braver la mort ou à faire d’elle la compagne journalière de ses tribulations.

Contrairement au suicidaire qui prétend n’être sur terre que par la volonté d’un autre, il se soumet au sévère impératif consistant à demander à vivre. Il n’est pas si différent de Bukowski qui avouait que, dans le fond, c’est pour ça qu’il écrivait : « pour sauver ma peau, pour échapper à la maison de fous, à la rue, à moi-même (...) Plus je vieillis, plus je noircis de la copie tandis que la Grande Faucheuse m’entraîne dans une dernière valse », cette Grande Faucheuse avec laquelle il se prétendait copain comme cochon.

Le monde ennuyeux des normaux, le fade univers des bien-pensants et des vertueux ne fait pas partie de leur réalité : eux seront poète, clodo, alcoolo, hors-norme. Ils brûlent d’une vie d’exception, en dehors de la loi commune, non par narcissisme mais par amour pour le réel. S’avouer tels qu’ils sont, refuser de porter un masque : c’est comme ça qu’ils sont des bads guys, des mal-pensants, des voyous aristocrates.

Il y a toutefois une différence entre eux car si Limonov fréquente les diables plutôt que les saints, se toque de Karadzic, s’affiche avec Jirinovski et crache sur Soljenitsyne, Sakharov et Rostropovitch, c’est pour être là où ça barde, où il y a encore de la place pour ceux qui ne tiennent pas à être secourus. Alors que pour Bukowski, seule lui convient la solitude devant sa machine à écrire : « quand vous lâchez votre machine à écrire, vous lâchez votre fusil automatique, et les rats rappliquent aussitôt ».

Des égaux, des frères, Bukowski en comptait peu (Dostoïevski, Céline, Fante, Baudelaire, Kafka). Pourtant, Limonov aurait pu faire partie de sa famille, une famille de gosses fantasques, roublards, excessifs, christiques et nietzschéens à la fois, en quête de beauté, d'émotions, de sentiments jamais assez forts.

Aujourd’hui, face à la norme du bien-être collectif, des bonnes pratiques et de la bien-pensance, les écrivains, membres de cette famille, font figure de malades et on peut supposer que, bientôt, sera prononcée leur mise entre parenthèses pour atteinte aux bonnes mœurs (voir ce qui est arrivé récemment avec la défunte année Céline). Que comprendront alors les non-malades à Women, aux Contes de la folie ordinaire, à Pulp ou à Voyage au bout de la nuit ?

A un journaliste qui lui demandait si boire n’était pas une maladie, Bukowski répondit que respirer était une maladie. A Emmanuel Carrère qui lui demande comment il se voit vieillir, Limonov répond que c’est en Asie Centrale, dans des villes comme Samarcande ou Barnaoul qu’il se sent le mieux. Là-bas, il y a des mendiants qui, quand on leur jette une piécette sur le bout de velours placé devant eux, ne disent pas merci. « On ne sait pas ce qu’a été leur vie, on sait qu’ils finiront dans la fosse commune. Ils n’ont plus d’âge, plus de biens, à supposer qu’ils en aient jamais eu, c’est à peine s’il leur reste encore un nom. Ils ont largué toutes les amarres. Ce sont des loques. Ce sont des rois. »

 

Deux rendez-vous:

A voir vendredi 13 janvier dans 28 minutes, sur Arte, à 20h05, Olivier Mirguet part sur les traces de Bukowski à Los Angeles.

Le lundi 30 janvier à 17h30, à l’Opéra National de Lorraine à Nancy, Françoise Rossinot reçoit Emmanuel Carrère dans le cadre des Rencontres du Livre sur la Place.

 

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