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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

"Soleil vert", la suite...

Publié le 14 Mai 2012 par Michel Brun

Réalisé par Richard Fleisher en 1973, Soleil vert est un film d’anticipation crépusculaire où, en 2022, l’humanité qui a épuisé ses ressources naturelles en est réduite à se nourrir avec une sorte de substance élaborée à base de chair humaine recyclée. Seuls quelques initiés sont au courant du secret de sa nature et de sa fabrication.

 

Nous aurions tort d’imaginer que la transgression du tabou du cannibalisme ne concerne plus que quelques rares “primitifs” ou encore que sa mise en scène relève exclusivement de l’œuvre de fiction.

 

Le 11 mai dernier, un site médical, Médisite, a diffusé sur le net une information selon laquelle les Chinois auraient mis au point et commencé à commercialiser des gélules labellisées “booster de force physique”, “rajeunissantes”, ou encore recommandées pour les malades du cancer en fin de vie, et produites à partir de fœtus, de bébés mort-nés et de placenta humain réduits en poudre.

 

De quoi frémir d’horreur, du moins chez ceux qui ont la mémoire courte. Les usages les plus baroques du corps humain ont été faits  au cours de l’Histoire. Dans l’Egypte du XIXème siècle, par exemple, les mécaniciens alimentaient leurs locomotives avec des momies. Anne Godfraind-De-Becker ( in “Revue des Questions Scientifiques”, Bruxelles, 2010, 181 (3): 305-340) est l’auteur d’une étude scientifique montrant à quel point a été répandu un peu partout en Europe et ailleurs l’usage médicinal des momies. Celui-ci fut encore très prisé dans l’Angleterre victorienne où l’extrait de “moumie” était réputé avoir des vertus roboratives.

 

Au-delà du fantasme d’immortalité gisant au fond de cette coutume, on peut se questionner sur ce curieux tropisme par lequel l’homme se mange lui-même. Pour sa part Pline l’Ancien évoque cet animal mythique -mais au fond s’agissait-il réellement d’un animal ?- le Catoblépas, qui se dévorait lui-même en commençant par les pieds.

 

Si “manger le Livre” (cf.  l’ouvrage du même nom) est, selon Gérard Haddad, prendre sa place dans l’histoire humaine d’un groupe, se manger les pieds relèverait plutôt des forces de déliaison fomentées par la pulsion de mort. Manger son semblable ou se manger soi-même est équivalent sur le plan imaginaire. Mettons de côté le cannibalisme totémique et ses enjeux symboliques, ce n’est pas ce dont nous parlons ici. En revanche celui qui se mange lui-même a perdu tout espoir et s’exclut de la communauté des humains. Tel est le sort du sujet psychotique qui se mutile pour s’auto-dévorer.

Et qu’en est-il lorsque, par métaphore, une société se dévore elle-même ? Devient-elle folle ? Est-elle là dans l’amorce de sa décadence ? A y bien réfléchir il nous semble que l’autophagie, comme subversion de la relation au symbolique, est un mode de jouissance mutique dont le seul horizon ne peut-être que le néant.

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Dernière minute : décret sur le titre de psychothérapeute

Publié le 9 Mai 2012 par Jean Mirguet

Si vous êtes titulaire du titre de psychologue et que vous avez accompli le stage professionnel lié à l'obtention de ce titre, vous pouvez ipso facto être autorisés à faire usage du titre de psychothérapeute, c'est ce qu'annonce le A votre écoutenouveau décret sur l'usage du titre de psychothérapeute.

Est-ce une happy end ? En ce cas, que de temps perdu il y a deux ans dans les paperasseries et autres procédures.

Quoiqu'il en soit, la vigilance reste de mise.

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Los Angeles 20 ans après les émeutes

Publié le 9 Mai 2012 par Coralie Garandeau & Olivier Mirguet dans Villes

29 avril 1992 : des centaines d'habitants de Los Angeles laissent exploser leur colère et leur indignation après qu'un jury ait acquitté quatre policiers ayant passé à tabac Rodney King, un automobiliste noir américain. Entre 50 et 60 personnes furent tuées et environ 2300 blessées. Après un important déploiement de la police et de la Garde nationale, plusieurs milliers de personnes furent arrêtées. Pendant six jours,  les émeutes embrasèrent Los Angeles, la laissant dévastée et traumatisée.

Vingt ans après, Olivier Mirguet et Coralie Garandeau sont retournés sur les lieux des émeutes, dans le quartier de South Central.

Reportage pour Arte Journal du 30/04/2012

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Penser le désordre

Publié le 27 Avril 2012 par Jean Mirguet dans Politique

Alain Badiou  définit la politique comme la perspective de possibilités de vie qu’une situation déterminée bloque et rend impossibles, stérilisant les capacités individuelles et collectives. «La politique est l’action collective organisée, conforme à quelques principes, et visant à développer dans le réel les conséquences d’une nouvelle possibilité refoulée par l’état des choses ».

Cette visée est voisine de celle de la psychanalyse qui s’applique à désenclaver un sujet d’un état originel d’impuissance. C’est ainsi que Lacan, adversaire d’un usage de la psychanalyse à des fins d’adaptation à son milieu social, ne cherche plus la guérison comme Freud mais fait de la psychanalyse un vecteur d’émancipation c’est-à-dire d’affranchissement d’un état de dépendance et de promotion du désir.

L’émancipation est « un mouvement de torsion, d’exception par rapport à la Loi », observe Alain Badiou.  Elle advient le plus souvent « dans une figure localisée, une exception, une sorte de faille presque invisible dans l’ordre des choses ». Émancipation et exception, deux termes qui qualifient ce qu’est le communisme dont Badiou fait « la bonne hypothèse » et qui n’est ni la Révolution brusque de la totalité sociale ni la survenue du Grand Soir. Le communisme  est pour lui le vrai nom du réel comme impossible, nom des exceptions émancipatrices. L’abandonner équivaudrait à se résigner à l’économie de marché, à la mise sous tutelle de l’Etat par les puissances financières et au caractère inévitable des inégalités les plus criantes.

 

Il y a un peu moins de cinq ans, peu de temps après les élections présidentielles gagnées par Nicolas Sarkozy, Alain Badiou avait publié aux Editions Lignes, De quoi Sarkozy est-il le nom ? Il soulignait l’importance prise aujourd’hui par les affects collectifs propagés par les médias plus soucieux de spectaculaire, d’immédiateté et de culte de l’actualité que d’information.

Par définition, l’affect – la peur plus particulièrement – est sans principe, il désorganise la raison, brouille les convictions et mène au populisme et à l’apolitisme. C’est la voie suivie aujourd’hui par le candidat Sarkozy qui fait son beurre de la peur en ne craignant pas d’aller patauger dans les écuries du FN, en attisant les craintes de la société française devenue pétocharde, en stigmatisant les "élites", jetées en pâture au "peuple", en dénonçant le "système", dont on se demande bien ce qu'il est, sinon la République dont, comme Président, il devrait être le garant.

L’avertissement de Badiou mérite d’être entendu quand il affirme que la peur n’a jamais d’autre avenir que la terreur. Quelques semaines avant la Présidentielle de 2007, le philosophe pointait déjà le programme néopétainiste de Sarkozy : travail, famille, patrie. Il précisait : pétainisme et non fascisme qui est une force affirmative puisque le pétainisme « présente les abominations subjectives du fascisme (peur, délation, mépris des autres) sans son élan vital ». Depuis quelques jours, ce programme s’adresse à une nouvelle catégorie de Français baptisée la France invisible. C’est, dans la terminologie sarkozyste, le nom des sans noms, de ceux qui souffrent, nous dit-on, de ceux qui ont peur comme de ceux qui ont peur de la peur.

 

Je dois bien avouer que ces Présidentielles ne sont pas spécialement enthousiasmantes puisque qu’elles se déroulent dans un contexte de crise très préoccupant. Il ne faut pas un nez spécialement exercé pour flairer dans le pays comme une odeur de dépression.

Certes, Sarkozy n’a pas à lui seul le pouvoir de nous déprimer. Il est plutôt, pour suivre les développements d’Alain Badiou, le serviteur de cette Chose nauséabonde, obscène, innommable dont il est un prête-nom. Au service de la pulsion, il tord les symboles qui organisent nos représentations du monde. Ces symboles  constituent l’atmosphère que nous respirons et ordonnent notre pensée. Si leur sens devient instable et flottant, il a pour effet de désorienter un certain nombre de nos concitoyens. On ne s’étonnera pas alors que 6,4 millions de Français accordent leurs suffrages à la candidate FN.

 

Le monde dans lequel nous vivons s’avère être de plus en plus celui de l’instabilité, de l’incertitude, de la désorganisation, autant de termes qualifiant la crise et le désordre qui menacent. Si l’on veut résister à ce dérèglement, il vaut mieux avoir la ferme volonté de ne pas se laisser entraîner à la dérive, autrement dit, pour reprendre une formule célèbre de Lacan, ne pas céder sur son désir.

La psychanalyse et la pensée lacaniennes demeurent essentielles pour tenter d’ordonner la crise symbolique à laquelle nous sommes confrontés. Encore faut-il qu’on ne se laisse pas aller, comme le titrait récemment le Nouvel Observateur, à vouloir brûler la psychanalyse, outil incomparable pour penser le désordre. 

 

 

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La psychiatrie biologique : une bulle spéculative ? (fin du résumé)

Publié le 10 Avril 2012 par Jean Mirguet dans Clinique et pratique en institution

Plusieurs auteurs américains ont dénoncé l’influence de l’industrie pharmaceutique dans la médicalisation excessive de la souffrance psychique. Mais, l’intensité de la médicalisation dépend aussi des règles sociales : aux États-Unis, si un enfant américain a des difficultés scolaires, il a droit à une assistance personnalisée à condition qu’il ait été diagnostiqué comme souffrant d’un trouble handicapant comme le TDAH.

D’où l’hypothèse de F. Gonon : l’intensité de la médicalisation des troubles psychiques pourrait dépendre aussi du type de démocratie. Dans les pays anglo-saxons où l’égalité est pensée comme égalité des chances à la naissance alors qu’en Europe continentale l’égalité est plutôt conçue comme égalité des places, la psychiatrie biologique serait utilisée pour démontrer que l’échec social des individus résulte de leur handicap neurobiologique.

Il en résulte que la politique américaine de santé mentale risque d’être lourde de menaces pour les plus défavorisés.

La question se pose ainsi à propos de l’augmentation importante de la prescription d’antipsychotiques chez les enfants américains : en 10 ans, elle est passée de 0,27% des enfants à 1,44%. Or, les effets à long terme de ces médicaments sur le développement psychique et intellectuel de l’enfant sont mal connus et les effets secondaires ne sont pas anodins. Aux Etats-Unis, leur prescription n’a été approuvée par l’autorité régulatrice que pour certaines indications (schizophrénie précoce, manie, irritabilité associée à l’autisme). Quid de l’avenir des enfants traités par cette thérapeutique alors que 75% d’entre eux ne relèvent pas de ces diagnostics ?

 

Depuis une trentaine d’années, les inégalités sociales ont beaucoup augmenté aux Etats-Unis avec un taux d’incarcération multiplié par plus de cinq, alors que dans le même temps, étaient réduites l’offre publique de soin en santé mentale ainsi que les aides sociales. Ces facteurs ont probablement contribué à augmenter la prévalence des troubles psychiatriques aux États-Unis, en particulier chez les plus défavorisés.

D’autre part, malgré des budgets en expansion, notamment pendant la «décennie du cerveau» au cours des années 1990, les recherches en psychiatrie biologique n’ont que très peu bénéficié à la pratique clinique.

Pour F. Gonon, cette politique globale concernant le soin et la recherche en santé mentale est inefficace et sa persistance depuis trois décennies suggère qu’elle est moins guidée par les faits que par la défense implicite de l’idéal anglo-saxon qui privilégie l’égalité des chances.

 

Le neurobiologiste Marc Jeannerod pointait ce  paradoxe lié à l’enracinement du sens dans le réel biologique : «l’identité personnelle, bien qu’elle se trouve clairement dans le domaine de la physique et de la biologie, appartient à une catégorie de faits qui échappent à la description objective et qui apparaissent alors exclus d’une approche scientifique. Il n’est pas vrai qu’il est impossible de comprendre comment le sens est enraciné dans le biologique. Mais le fait de savoir qu’il y trouve ses racines ne garantit pas qu’on puisse y accéder». Toute maladie, même la plus somatique, affecte le patient de manière unique. A fortiori la souffrance psychique ne peut trouver son sens et son dépassement que dans l’histoire singulière de la personne.

 

François Gonon conteste la prétention de certains neurobiologistes affirmant la supériorité de leur approche au prétexte qu’elle serait plus scientifique. Il reprend, pour le compte de la psychiatrie biologique, les recommandations de ceux qui dénoncent la « bulle génomique » : équilibre dans le financement de la recherche entre sciences biologiques et sciences humaines, respect d’une éthique de la communication scientifique tant de la part des chercheurs que des journalistes s’adressant au grand public.

Il lui semble que l’option anglo-saxonne « égalité des chances » est plus pathogène quant à la santé mentale et que les troubles mentaux ayant tendance à se transmettre d’une génération à l’autre, cela peut avoir des effets considérables à long terme. On ne peut donc, écrit-il, que souhaiter que le lien entre santé mentale et système démocratique fasse l’objet d’études systématiques.

En outre, son point de vue plaide en faveur du modèle démocratique favorisant l’égalité des places, puisque si « l’égalité, c’est la santé », une politique qui limite l’ampleur des inégalités sociales pourrait bien être à long terme « la meilleure manière de réaliser l’égalité des chances».

 

François Gonon conclue son article en militant pour une indépendance de la psychiatrie vis-à-vis de la neurologie, du moins tant que la neurobiologie ne la guidera pas plus dans sa démarche. Or, rien n’annonce des progrès majeurs en psychiatrie biologique pour les prochaines décennies.

Il plaide donc en faveur d’une recherche en neurosciences dont la créativité ne serait pas bridée par des objectifs thérapeutiques à court terme, pour une pratique psychiatrique nourrie par la recherche clinique et pour une démédicalisation de la souffrance psychique, compétences que les pays européens ont mieux su préserver que les Etats-Unis.

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La psychiatrie biologique : une bulle spéculative ? (résumé 2)

Publié le 5 Avril 2012 par Jean Mirguet

Aucune nouvelle cible pharmacologique, aucun mécanisme thérapeutique nouveau n’a donc été découvert depuis quarante ans. Quid alors de la crédibilité des promesses de la psychiatrie biologique ?

Pour l’instant, la plupart des recherches ont tenté de lier causalement des paires d’observations, par exemple un gène et une pathologie. Selon John Sadler, cette démarche de la génétique moléculaire a bien peu de chance d’aboutir à la découverte de nouveaux traitements et un changement de paradigme s’impose. Il faudra développer, écrit François Gonon, de nouveaux concepts et des outils de calculs puissants pour rendre compte de la complexité et du caractère multifactoriel des maladies mentales.

 

Reste que la plupart des leaders de la psychiatrie biologique continue à prédire des progrès dans un futur proche. Face à ces promesses peu réalistes, F. Gonon pose trois questions : comment ce discours abusif est-il produit, a-t-il un impact sur le public et quelles en sont les conséquences sociales ?

Il existe souvent un écart considérable entre les résultats des chercheurs et les conclusions abusives qu’en tirent les médias. Les neurobiologistes ne sont pas étrangers à la production de ces déformations, en omettant, par exemple, de mentionner dans leurs résumés, certains éléments qui minorent la portée de leurs conclusions ou en affirmant abusivement des perspectives thérapeutiques. De surcroît, la fréquence de ces affirmations abusives augmente avec la renommée du journal, ce qui nourrit les espoirs illusoires du grand public.

Un autre biais très fréquent dans les articles scientifiques consiste à citer de préférence les études qui sont en accord avec les hypothèses des auteurs. D’autre part, il est connu depuis longtemps que les résultats positifs sont beaucoup plus souvent publiés que les résultats négatifs.

Par exemple, la première étude portant sur la relation entre le TDAH (hyperactivité) et le taux d’expression de la protéine transportant la dopamine a été publiée en 1999 dans The Lancet et a montré une augmentation de 70% de ce taux chez les patients. Les études ultérieures ont rapporté des effets plus faibles puis nuls.

Une étude longitudinale de plusieurs dizaines de méta analyses a mis en évidence la généralité de ce phénomène : la première étude publiée rapporte très souvent un effet plus spectaculaire que les études ultérieures. Qu’une observation en infirme une autre n’est pas le problème ; le problème surgit avec la médiatisation : le public, y compris les médecins et les politiques, entend parler de ces découvertes initiales spectaculaires, mais n’est pas informé qu’elles sont souvent invalidées ultérieurement.

 

Un autre problème est celui de l’usage de termes qui prêtent à confusion. Par exemple, un article du Monde d’octobre 2010 titre : « La génétique impliquée dans l’hyperactivité », écho d’une étude publiée dans The Lancet dans laquelle les auteurs observent une anomalie chromosomique chez 12% d’enfants affectés du TDAH et 7% chez des enfants en bonne santé.

Or, rien ne prouve une relation de cause à effet. Il s’agit donc d’une pure corrélation statistique, ce qui n’empêche pas Le Monde d’employer le terme « impliqué ».

Ce terme est l’un des nombreux mots imprécis utilisés si souvent dans la littérature scientifique tels involved, play a role ou take part. Toutes ces expressions n’affirment pas ouvertement un lien causal, mais en suggèrent la possibilité alors que les faits observés ne sont le plus souvent que des corrélations. Ces imprécisions de vocabulaire affectent la compréhension du grand public, mal préparé à distinguer une éventualité d’une preuve scientifique de lien causal.

 

Pour le public américain, « une base neurobiologique » d’un trouble mental exclut des causes psychologiques et sociales, d’où la tendance à minimiser le poids de l’environnement et à méconnaître les mesures de prévention correspondantes. Dans le cas du TDAH, il n’y a pas d’action préventive envisagée s’il est considéré comme une maladie causée par un déficit en dopamine d’origine génétique ; or, diverses conditions d’environnement favorisent le risque de TDAH : naissance prématurée, mère adolescente, pauvreté, faible niveau d’éducation des parents. À niveau de vie comparable, plus une société est inégalitaire plus ces facteurs de risque augmentent. La prévention du TDAH résulte donc au moins en partie de choix politiques.

 

Le discours réductionniste de la psychiatrie biologique n’est pas l’apanage de la société nord-américaine, mais c’est là qu’il a trouvé sa plus large expression, peut-être parce que la santé mentale des Américains est moins bonne que celle des Européens. L’épidémiologiste Richard Wilkinson soutient l’idée que, dans les pays riches, des inégalités trop fortes produisent chez ceux qui vivent au bas de l’échelle sociale un fort sentiment d’insécurité et d’humiliation entraînant des troubles mentaux (anxiété, dépression, paranoïa) avec leurs conséquences somatiques (maladies cardiovasculaires, etc.) expliquant ainsi le lien entre pauvreté relative et faible espérance de vie. Puisque les inégalités sociales sont plus marquées aux États-Unis que dans les pays d’Europe continentale, elles pourraient donc contribuer à la différence de prévalence des troubles mentaux.

 

Dernière partie du résumé publiée dans quelques jours.

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La psychiatrie biologique : une bulle spéculative ? (résumé 1)

Publié le 28 Mars 2012 par Jean Mirguet dans Clinique et pratique en institution

MiroirLa revue Esprit publie dans son numéro de novembre 2011 un article du neurobiologiste François Gonon, intitulé  : « La psychiatrie biologique : une bulle spéculative ? », à propos des recherches concernant la psychiatrie biologique et son cortège de faux espoirs et de questions essentielles. J’en propose un résumé, mais je recommande la lecture de son intégralité (une vingtaine de pages), consultable en accès libre à http://esprit.presse.fr/archive/review/article.php?code=36379&folder2

 

La psychiatrie biologique soutient que tous les troubles mentaux peuvent et doivent être compris comme  des maladies du cerveau. Certes, il existe des cas où des symptômes d’apparence psychiatrique ont des causes cérébrales identifiables et traitables grâce aux progrès de la neurobiologie, de l’imagerie cérébrale et de la neurochirurgie.

Mais peut-on en inférer que, bientôt, tous les troubles psychiatriques relèveront de la neurologie et seront traités en tant que tels ? Pour l’auteur de l’article, on peut en douter, compte tenu des incertitudes exprimées actuellement par les experts reconnus de la psychiatrie biologique dans les revues américaines les plus renommées. C’est le cas, par exemple, de Steven Hyman qui, dans un numéro d’octobre 2008 de Nature, écrit : « Aucune nouvelle cible pharmacologique, aucun mécanisme thérapeutique nouveau n’a été découvert depuis quarante ans. »

Mais, alors que l’origine de troubles comme la schizophrénie, la dépression ou la dépendance à l’alcool est un composé complexe associant biologie, psychologie et sociologie, il est remarquable de constater que pour le grand public, l’origine exclusivement neurobiologique de ces troubles est majoritairement admise. S’ajoute à cela la tendance de la psychiatrie américaine  à imposer sa conception étroitement neurobiologique des maladies mentales.

 

Avec son a-théorisme, la publication en 1980 du DSM-3 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) a rompu avec les classifications précédentes, afin d’améliorer les diagnostics et faire entrer la psychiatrie dans le champ de la médecine scientifique. À l’époque, cet espoir pouvait sembler raisonnable puisque certains traitements ayant fait leurs preuves montraient qu’on pouvait agir sur le fonctionnement cérébral à l’aide d’une chimie appropriée.

Aujourd’hui, l’espoir fait place au doute : dans un article publié le 12 février 2010 dans Science, on peut lire que les responsables de l’American Psychiatric Association (APA) reconnaissent qu’aucun indicateur biologique n’est suffisamment fiable pour mériter de figurer dans la version 5 du DSM. De surcroît, le NIMH, principal organisme américain de recherche en psychiatrie biologique, propose de financer des recherches en dehors du DSM puisque « la classification des troubles a entravé la recherche ».

Il en va de même pour les avancées concernant les médicaments psychotropes, tout aussi décevantes, selon la revue Nature Neuroscience.

L’insuccès est également au rendez-vous à propos de la schizophrénie où n’a pas été mis en évidence d’anomalie génétique ; idem pour le TDAH (déficit d’attention avec hyperactivité).

Le constat est général : les effets génétiques paraissent de plus en plus faibles et comme l'énonce le docteur Sonuga-Barke, l’un des leaders de la pédopsychiatrie anglaise, « même les défenseurs les plus acharnés d’une vision génétique déterministe revoient leurs conceptions et acceptent un rôle central de l’environnement dans le développement des troubles mentaux ». Seul, fait exception l’autisme où 5% des cas sont expliqués par des anomalies génétiques.

Reste un aspect, connu depuis longtemps : celui de l’héritabilité des troubles psychiatriques, plus fréquents dans certaines familles que dans d’autres. Mais une héritabilité élevée n’implique pas nécessairement la seule cause génétique, celle-ci pouvant interagir avec l’environnement.

Ces considérations ont conduit Rudolph Uher à distinguer entre des maladies très invalidantes, peu fréquentes et à forte composante génétique probable d’une part, et des troubles fréquents et à forte composante environnementale d’autre part.

 

De ces recherches, François Gonon déduit que, dans l’état actuel des connaissances, il semble illusoire d’espérer découvrir une cible moléculaire spécifiquement responsable des troubles fréquents.

Quant aux médicaments psychotropes découverts dans les années 1950-1960, s’ils  ont représenté un progrès majeur pour les troubles sévères, ils sont peu efficaces à long terme pour les troubles fréquents. Par exemple, le taux de rechute après un traitement antidépresseur est de 70%. Par contre, les psychothérapies sont considérées comme efficaces aux États-Unis, y compris celles se référant à la psychanalyse.

 

L’épigénétique, un nouvel axe de recherche de la psychiatrie biologique, est actuellement en plein essor. Il concerne les altérations de l’activité des gènes dues à des facteurs environnementaux. Par exemple, une maltraitance sévère dans l’enfance peut entraîner des modifications de l’activité génique profondes, durables et parfois transmissibles à la génération suivante. Dans un article de synthèse, plusieurs auteurs américains ont souligné que les études épigénétiques commençaient à révéler les bases biologiques de ce qui était connu depuis bien longtemps par les cliniciens : les expériences précoces conditionnent la santé mentale des adultes.

Revient ainsi sur le devant de la scène l’importance des facteurs de risque environnementaux des périodes pré et postnatale. En conséquence, les études épidémiologiques, qui ont mis en évidence les facteurs de risques sociaux et économiques, retrouvent du crédit. Il en va de même pour les actions préventives en direction des jeunes enfants et de leurs parents.

 

Suite du résumé dans quelques jours.

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La Shoah et les musulmans britanniques

Publié le 20 Mars 2012 par Jean Mirguet dans Racisme et antisémitisme

Il y a quelques mois, je me suis trouvé être l’un des destinataires d’un mail faisant état d’articles antisémites et négationnistes émanant de médias du Hamas. La Shoah y était désignée comme étant une invention juive et la promotion y était faite du Protocole des Sages de Sion.

L’information émanait du MEMRI, Institut de Recherche des Medias du Moyen-Orient, qui informe ses lecteurs des rapports journalistiques rédigés en arabe, des éditoriaux et autres sources médiatiques à thèmes antisémites.

Dans le cadre de son projet de documentation sur l’antisémitisme, l’une des activités du MEMRI consiste à recenser les articles arabes antisémites parus ces dernières années puisque l'antisémitisme arabe est devenu l'un des principaux catalyseurs des incidents antisémites dans le monde. Le MEMRI émet donc régulièrement des dépêches. Récemment, l’une d’entre elles rendait compte d’un article publié le 15 février 2012, commémoration de l´Holocauste au Royaume-Uni.

En voici le contenu, paru dans le Times of London. Son auteur est le progressiste arabe Mehdi Hassan. Il réside au Royaume-Uni.

 

Aujourd´hui, pour la douzième fois consécutive, le Royaume-Uni commémore la Journée de l´Holocauste, la libération d´Auschwitz le 27 janvier 1945.

 

Il est douloureux pour moi de l´admettre, mais l´attitude de certains de mes frères musulmans face à l´Holocauste est source d´une grande honte pour moi. Au Moyen-Orient, la réfutation de l´Holocauste est un phénomène répandu, du président [Mahmoud Ahmadinejad] d´Iran aux chauffeurs de taxi du Caire. L´attitude des musulmans britanniques se caractérise non seulement pas la réfutation, mais aussi par l´indifférence.

 

Certains musulmans et mosquées participent à la Journée du Mémorial. En 2006, un sondage sur la 4ème chaîne a révélé qu'un quart des musulmans britanniques ne savaient pas ce qu'était l´Holocauste, et que seulement un sur trois y croyait. C´est scandaleux. Comment pouvons-nous prétendre être des musulmans européens dignes et intégrés, et ignorer un moment critique de l´histoire de ce continent ?

 

Nous, musulmans britanniques, préférons nous vautrer dans une victimisation déplacée. Seules ´nos´ tragédies importent : on n´entend parler que de la Palestine, de l´Irak, l´Afghanistan, du Cachemire et de la Tchétchénie. Mais aucune de ces [tragédies] ne dépasse la barbarie de l´Holocauste. Le génocide nazi ne peut être relativisé ou généralisé. Ce fut un massacre industriel sans précédent, un crime unique par son horreur dans l´histoire de l´humanité.

 

"La souffrance des Palestiniens ne se trouve pas amoindrie par la minimisation du meurtre des Juifs d´Europe"

 

Et pourtant, entre 2001 et 2007, le Conseil musulman de Grande-Bretagne a pris la décision moralement infâme (et stratégiquement stupide) de boycotter cette journée, demandant honteusement à ce qu´elle soit renommée ´Journée de commémoration du génocide´. En 2008, le boycott est tombé, mais uniquement pour être renouvelé en 2009, après l´attaque israélienne contre Gaza. Je ne céderai face à personne dans mon soutien à la cause palestinienne. Mais réfuter ou ignorer l´Holocauste ne fait pas avancer la cause. La souffrance des Palestiniens ne se trouve pas amoindrie par la minimisation du meurtre des Juifs d´Europe.

 

En participant à des événements commémoratifs, les musulmans britanniques pourront imiter notre prophète. Mahomet a une fois vu passer un cortège funèbre juif et s´est levé en signe de respect. Ses compagnons lui ont demandé pourquoi il s´était levé pour un Juif mort. ´N´est-ce pas un être humain ?´, a répondu le Prophète.

 

´Tout homme est ton frère´, a une fois déclaré le grand calife musulman Ali ibn Abu Talib, ´ton frère dans la foi ou ton frère humain´

 

L´islam n´est pas une confession exclusive ou séparatiste. Heureusement, depuis 2010, le Conseil a renoncé à son boycott. Mais la communauté musulmane britannique dans son ensemble doit faire beaucoup plus pour se souvenir de l´Holocauste, soit en accueillant la tenue d´événements dans nos mosquées, soit en envoyant nos enfants visiter Auschwitz.

 

´Tout homme est ton frère´, a une fois déclaré le grand calife musulman Ali ibn Abu Talib, ´ton frère dans la foi ou ton frère humain´. Le jour de la commémoration de l´Holocauste, tenons-nous aux côtés de nos frères juifs afin de faire ensemble le deuil de six millions d´âmes innocentes."

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Notre lien à la langue : créatifs ou meurtriers ?

Publié le 20 Mars 2012 par Jean Mirguet dans Spectacles

Le tueurDes’lices d’Opéra  et l’Opéra national de Lorraine vous invitent à une table ronde

le 28 avril 2012 de 10h à 13h

Grande salle de l’Opéra national de Lorraine à Nancy.

Intervenants :

Yvanne Chenouf, spécialiste de la littérature jeunesse

Philippe Choulet, Professeur de philosophie

Frédéric Werts, écrivain.

Argument :

L’opéra Le tueur de mots s’ouvre sur un chœur d’hommes et de femmes qui chante une ligne mélodique sur des sons-voyelles. Le héros qui a pour profession de tuer les mots entre en scène. Amoureux de sa langue maternelle, amoureux de ce matériau sonore, il berce son fils de sa musique. Il est incapable de tuer les mots car il sait trop bien que l’être humain est pétri de cette langue, de son chant et qu’en supprimant les mots qui ne servent soi-disant plus à rien, ce sont les hommes mêmes que l’on vise. Pour sa femme au contraire, il s’agit de faire advenir un monde efficace où l’on pense droit grâce à des mots fiables qui peuvent rendent compte d'un univers positif et surtout univoque, celui du pouvoir, de la maîtrise. La seule parade à cette novlangue serait de renouer avec la vocalité pure du début de l’existence.  Mais dans l’opéra, la tentative échoue.

Nos langues sont-elles vraiment des pièces de musée sans avenir et incapables de s’adapter aux exigences de notre monde ? Faut-il en conséquence les purifier, les dégraisser de tous les mots devenus inutiles et qui les polluent ? Faut-il même s’en détourner totalement comme le souhaite la femme du Tueur de mot  dans l’opéra éponyme d’Ambrosini et se doter d’un idiome plus efficace ?

Quel est finalement notre lien à notre langue ? Est-il créatif ou meurtrier ou à la fois l’un et l’autre ?

Entrée gratuite

Venez nombreux !

 

Voir l'article du 18 octobre sur ce blog

 

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Des messieurs trop pressés..., par Michel Brun

Publié le 18 Mars 2012 par Michel Brun dans Psychanalyse et psychanalystes

La médiatisation des controverses portant sur la pertinence de l’usage de la psychanalyse rate manifestement son objectif. Au lieu d’informer le public elle le laisse s’enliser dans une somme de préjugés sommaires qui nourrit les passions au lieu d’élever le débat au niveau scientifique qui devrait être le sien.

Il n’échappe à personne qu’aujourd’hui le journalisme d’opinion est commandité par les grands groupes de presse, valets de l’économie capitaliste,  pour laquelle seul compte le maximum de profit. Mais il est moins évident  de repérer que pour doper le marché de la presse tous les moyens sont bons, y compris le fait de mobiliser chez le lecteur ce qu’il y a de plus trouble dans son rapport à la jouissance, plutôt que sa capacité de réflexion.

C’est ainsi que la plupart des quotidiens et hebdomadaires  français, toutes tendances idéologiques confondues, ont progressivement réduit le volume de leurs colonnes et simplifié leurs débats de fond pour prendre comme cible le lecteur pressé, supposé de moins en moins capable de soutenir son attention.  Ce qui donne lieu à la production d‘énoncés à l’emporte-pièce, séducteurs et racoleurs, conformes à ce qu’attend notre société du spectacle généralisé.

Si les journalistes ne sont pas dupes, en revanche qu’en est-il des interviewés lorsqu’ils se prêtent au jeu consistant à résumer leur pensée sous la forme de slogans ou de formules simplistes propres à frapper les imaginations ? Comment un chercheur comme le docteur Mottron peut-il soutenir dans les pages du journal “Le Monde” que la psychanalyse “est une croyance, une pratique qui doit rester limitée à un rapport entre adultes consentants” ?  Même Boris Cyrulnik, qui est pourtant un esprit éclairé,  s’est laissé aller à affirmer récemment dans le “Nouvel Observateur” que la psychanalyse était devenue dogmatique et que c’’était son erreur. N’est-ce pas confondre la psychanalyse et les excès de certains psychanalystes ?

Quoi qu’il en soit la psychanalyse n’a rien à redouter du débat scientifique, dès lors que l’on aborde un peu sérieusement ses énoncés. D’autant moins que la question de sa falsifiabilité, mise en cause par Karl Popper dans sa “Logique de la découverte scientifique” n’est plus du tout d’actualité. Quiconque étudie vraiment et se donne la peine de réfléchir peut, entre autres, prendre la mesure de l’évolution d’une pensée comme celle de Lacan. Par exemple depuis sa formulation de l’inconscient comme “Discours de l’Autre”, jusqu’aux élaborations les plus récentes sur la topologie du nœud borroméen et ses incidences cliniques. N’est-ce pas là de nouvelles perspectives ouvertes à l’épistémologie et à son progrès ?

Bien des chauffards qui roulent à tombeau ouvert sont des éjaculateurs précoces. Métaphore pour signifier que les penseurs pressés sont finalement voués au ratage. A moins qu’il ne faille promouvoir le fait de tirer à côté comme la forme de jouissance la plus accessible.

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