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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

Effets du confinement : permanence psy gratuite

Publié le 17 Mars 2020 par Jean Mirguet dans Psychanalyse

Pour les personnes confrontées à des difficultés psychologiques liées au confinement, je propose ponctuellement des consultations via Skype, à titre gracieux, les mardis de 14h à 16h. Adresse de contact : jeanmirguet@yahoo.fr
Il va de soi que mon offre s’adresse tout aussi bien aux personnels soignants.
Je suis psychologue et psychanalyste, installé à Epinal.
Merci de partager.

Jean Mirguet

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La parole publique des psychanalystes

Publié le 5 Février 2020 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

La publication récente par le Canard Enchaîné d’extraits d’une interview de Françoise Dolto en 1979 et de son livre L’enfant, le juge et la psychanalyse (1999) a déclenché une polémique et alimenté la chasse aux sorcières et sorciers psychanalystes, accusés, dans le contexte de l’affaire Gabriel Matzneff, de soutenir la pédophilie et de faire montre de « cruauté ».

La réalisatrice Sophie Robert, fer de lance de ceux qui dans la mouvance du Livre noir de la psychanalyse (2005) continuent à instruire le procès de la psychanalyse, s’acharne avec beaucoup de violence et de haine contre Dolto et les psychanalystes considérés comme des gens dangereux. Qu’est-ce qui motive ce fanatisme qui nourrit ses interventions destructrices ? Le discrédit systématique jeté sur la psychanalyse apporte-t-il quelque chose à la science ? Rend-il service aux patients et à leurs familles ? Certainement non. 

Rappelons que trois des psychanalystes interviewés dans son documentaire Le Mur (2011) avaient assigné la réalisatrice en justice, estimant avoir été « piégés » dans « une entreprise polémique destinée à ridiculiser la psychanalyse ». Les juges de la cour d’appel de Douai ont reconnu l’existence de ce piège mais ont estimé qu'« aucune dénaturation fautive » de leurs propos ne pouvait être retenue contre la réalisatrice.

 

Reste que, malgré la manipulation de Sophie Robert, ce qui a été dit par les psychanalystes l’a bien été. Or, qu’il s’agisse de ces propos ou de ceux de Françoise Dolto, la question qui est posée à travers ces différentes affaires est celle des effets de la parole publique des psychanalystes : quand un psychanalyste s’adresse, par le canal d’un média, à une multitude, il s’adresse à « tous », il ne s’adresse plus à « un »  en particulier, ce qui ne va pas sans poser problème. Lacan disait que parler « c’est avant tout parler à d’autres. Cela paraît simple, mais peu évident car à quels autres le psychanalyste s’adresse-t-il quand il parle en dehors de la cure ?

 

Si Dolto s’est montrée imprudente dans son expression publique, si des psychanalystes se sont montrés maladroits en estimant leurs auditeurs sur la même longueur d’onde qu’eux, si on parle de l’inconscient comme s’il s’agissait du conscient, nul doute que d’inévitables malentendus surgiront. On peut rappeler ici le propos de Lacan à propos de l’anamnèse psychanalytique où « il ne s’agit pas de réalité mais de vérité, parce que c'est l'effet d'une parole pleine de réordonner les contingences passées en leur donnant le sens des nécessités à venir, telles que les constitue le peu de liberté par où le sujet les fait présentes ». Dans l’intervention publique d’un psychanalyste qui parle de l’inconscient, il ne s’agit pas non plus de réalité mais de vérité. Or, faute d’une adresse à un sujet particulier, le risque est grand de confondre les deux.

 

Dans un Tribune du Monde (16 janvier 2020), la psychanalyste Claude Halmos – qui a travaillé avec Françoise Dolto – rappelle que, par exemple, un enfant peut inconsciemment, parce qu’il les aime, accepter de ses parents des choses dont il souffre ; or, cela n’a rien à voir avec les chercher consciemment. Elle ajoute que, faute de distinguer les émotions et la sexualité de l’enfant de celles des adultes, on entretient ce que Sandor Ferenczi nommait « la confusion des langues ». C’est ainsi que « séduire » n’a pas, dans la langue des enfants, le même sens que dans celle des adultes. Lorsqu’une enfant en attente d’affection consent aux attitudes de « tendresse » d’un adulte perçu comme protecteur, le risque peut être réel de laisser se mettre en place une relation de séduction voire de jeu amoureux entre l’enfant et cet adulte lorsque ce-dernier prétend répondre aux attentes de l’enfant en lui imposant ses propres désirs de manière traumatique. Un enfant n’a pas, autant qu’un adulte, les moyens psychiques de dire non, de refuser. 

Cela, Françoise Dolto le disait, l’enseignait mais il aurait sans doute fallu qu’elle prenne davantage de précautions quand elle affirmait à propos d’un enfant victime de violences sexuelles que, peut-être sans l’avoir cherché, l’enfant en était complice. Comme si « désirer » et « souhaiter » étaient équivalents. Or, on peut tout-à-fait ne pas souhaiter ce que nous désirons. A ne pas expliciter cette distinction, on risque de graves équivoques.

 

Deux exemples de conceptions différentes voire diamétralement opposées de l’intervention publique de psychanalystes.

D’une part, Claude Halmos qui tient une chronique régulière sur France Info et un courrier des lecteurs dans Psychologies Magazine. Elle estime avoir une double mission. La première, par rapport à ceux qui l’écoutent ou la lisent, qui consiste à leur apporter une information, suffisamment sérieuse et accessible pour constituer pour eux un outil qui leur permette, en réfléchissant à leurs problèmes autrement qu'ils ne l'ont fait jusque-là, de les prendre en main et de les résoudre. Ce n'est pas fondamentalement différent, dit-elle, de ce qu’elle fait dans son cabinet. Car être psychanalyste, c'est aider chaque patient à trouver les clefs qui ouvriront la porte de la prison dans laquelle son histoire l'a enfermé. La seconde mission, par rapport à la psychanalyse, dont elle veut, sans la trahir ni la galvauder, faire connaître au plus grand nombre le message.

C’est, explique-t-elle, un exercice à hauts risques : il faut à la fois donner des informations générales et faire entendre qu'elles ne peuvent rendre compte de la singularité d'un être, et cela exige la clarté - indispensable - du discours pour faire oublier la complexité des problèmes.

D’autre part, Gérard Miller qui, sur son site officiel (sic !), affirme n’avoir jamais mimé la pratique analytique devant une caméra et n’avoir jamais pris place à côté de quiconque apportait sa souffrance aux projecteurs, en attendant d’un psy de passage qu’il l’analyse ou la soulage. Sa stratégie pour ne pas perdre son âme : finasser, répondre à côté, entretenir le malentendu, jouer au chat et à la souris. En tant que tel, le psychanalyste ne peut rien faire dans les médias, ajoute-t-il, ne doit rien faire, sinon une chose : témoigner qu’il y a de la psychanalyse… ailleurs, laisser entrevoir au public qu’il y a quelque part, dans cette société vouée à la standardisation, une pratique digne et respectable, qui se voue, elle, au désir dans ce qu’il a de plus singulier. 

 

Dans la première leçon d’introduction à la psychanalyse, qu’il donna entre 1915 et 1917 dans un amphithéâtre de la clinique psychiatrique de l’hôpital de Vienne, Freud commença ainsi sa prise de parole publique : « Mesdames et messieurs, je ne sais pas ce que vous pouvez savoir, les uns et les autres, sur la psychanalyse par vos lectures ou par ouï-dire. Mais je suis tenu par l’intitulé annoncé de vous traiter comme si vous ne saviez rien ». Il poursuivit sa leçon en proposant d’« exposer les imperfections qui s’attachent nécessairement à l’enseignement de la psychanalyse et les difficultés qui s’opposent à l’acquisition d’un jugement propre ». 

La psychanalyse ne se transmet donc pas, il n’y a pas une bonne façon de la transmettre. L’application ou le savoir-faire n’ont rien à voir dans cet impossible. Ce qui se transmet c’est l’impossibilité de la transmission, perspective à soutenir vaille que vaille. 

 

Pourtant si, néanmoins, il reste quelque chose à transmettre de la psychanalyse et de son enseignement, y compris publiquement, c’est la voie du style. Lacan affirme qu’elle est la seule formation qui nous serve dans le travail de la transmission, celle « par où la vérité (du désir) la plus cachée se manifeste dans les révolutions de la culture ».

Dans le style, il y a le bien-dire et « la belle manière » dont Baltasar Gracian écrit dans L’Art de la prudence, qu’elle « supplée à tout, dore le refus, adoucit ce qu’il y a d’aigre dans la vérité ; elle ôte les rides à la vieillesse. Le commentfait beaucoup en toutes choses. Une manière dégagée enchante les esprits, et fait tout l’ornement de la vie », sachant que « ce qui est bien dit se dit en peu ».

 

 

 

 

La parole publique des psychanalystes
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POUR EN FINIR AVEC LES ACCUSATIONS DE HAINE RACIALE. RÉFLEXIONS SUR L’AFFAIRE MILA.

Publié le 3 Février 2020 par Michel Brun dans Politique

Via la sphère médiatique, tout le monde sait que la jeune Mila, âgée de 16 ans, vient de vertement répliquer par des propos blasphématoires ciblant l’Islam à un harcèlement sexuel outrancier qui avait fini par l’exaspérer. Et ce qui aurait dû demeurer une affaire privée a connu une telle enflure que Mila a fini par faire l’objet d’innombrables menaces de mort sur les réseaux sociaux. L’opinion s’en est émue. Jusqu’à une ministre, qui , mise au courant, s’est pris les pieds dans une erreur de logique en désignant sur les ondes le blasphème comme une atteinte à la liberté de conscience. Et la justice s’est même emparée de l’affaire au point que Mila aurait pu être poursuivie pour incitation à la haine raciale. Mais, de manière avisée, le Parquet de Vienne a décidé de classer sans suite l’enquête entamée sous ce chef d’accusation. 
 
Au-delà de ce remue-méninges nauséeux il me parait utile de revenir sur les accusations de racisme en général qui sont le plus souvent une facilité pour tenter de museler toute critique comportementale, religieuse, ou idéologique visant un groupe humain ou des individus en particulier. Le terme de racisme a été dévié de son sens originel. Il a connu une extension abusive, sachant qu’il désigne initialement un jugement de valeur stigmatisant l’infériorité supposée d’une race par rapport à une autre . Nous en avons l’illustration parfaite avec Arthur de Gobineau et son Essai sur l’inégalité des races paru en 1853. 
Il est notoire que Gobineau a largement contribué à inspirer les théories nazies et le fantasme d’une race supérieure dont les sujets les plus représentatifs seraient les Aryens blonds aux yeux bleus, et dolicocéphales.
Il aura fallu attendre un certain nombre d’années et d’avancées scientifiques, notamment en matière d’anthropologie et de génétique, pour démontrer qu’il n’y avait qu’une seule race humaine se subdivisant en de multiples ethnies. Sans qu’il soit désormais possible de prouver que telle ou telle ethnie soit supérieure ou inférieure à une autre en raison de ses caractéristiques morphologiques, intellectuelles, ou culturelles. Et sauf preuve du contraire, nous savons que le berceau de l’humanité est l’Afrique, à partir de laquelle l’espèce humaine a migré sur toute la surface de la planète.
 
Il serait en outre stupide de qualifier de racisme la critique des exactions commises par les islamistes chiites d’Iran au nom de la Charia, quand on sait que les Iraniens appartiennent majoritairement au groupe dit « caucasien », qui est le même que celui des européens de souche...
 
En conclusion, l’expression de la liberté de penser, au prix de l’accusation de racisme, ne doit pas craindre de froisser quelques « susceptibilités ». L’auto-censure sous prétexte de racisme est une lâcheté sociologique qui profite aux extrémistes de tous poils. Quant à « ne pas mettre d’huile sur le feu », c’est renoncer à l’exercice de la pensée critique au nom d’un alibi, la paix sociale. Mais nos dirigeants ne veulent pas savoir que leur électorat est fragile et que certains citoyens commencent à s’armer, au propre ou au figuré, en prévision de la prochaine Saint Barthélemy.

 

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Sortir la France de l’inertie

Publié le 16 Janvier 2020 par Jean Mirguet dans Politique

Une fois n’est pas coutume : le journal Le Monde, dont la ligne éditoriale est le plus souvent anti-Macron, donne la parole au politiste Christian Lequesne qui, dans sa tribune du 15 janvier, rappelle qu’Emmanuel Macron a été élu pour sortir la France de l’inertie.

A l’opposé de ceux qui attribuent à Macron une pensée managériale c’est-à-dire une pensée qui vise le « zéro problème » pour ne déranger personne, au détriment du changement,  C. Lequesne affirme que l’agenda des réformes lancé par le Président répond à l’inertie du quinquennat précédent. D’où son élection, gagnée pour sortir de cette inertie.

Les responsables gouvernementaux comme les syndicats associent trop souvent les négociations du social à des manœuvres trompeuses dans lesquelles négocier équivaut à se faire avoir par le partenaire. En somme, le compromis devient synonyme de compromission, et les négociations conduisent immanquablement à des impasses.  

Aujourd’hui, la violence du rapport de forces, le choix de la castagne et de la casse empêchent la négociation et la recherche d’un compromis d’aboutir : c’est fort regrettable et il serait temps de renoncer au cocktail explosif composé de la technocratie d’Etat omnisciente et de la nostalgique lutte des classes. Cela débouche à coup sûr sur le populisme, définit dans cet article comme fruit de l’opposition entre un peuple pur sachant de quoi est fait le tragique de la vie et la lutte, et des élites qui en ignoreraient tout.

C. Lequesne y insiste : il est faux d’affirmer que la France est un pays dans lequel tout le monde accepte comme une fatalité que le progrès social passe obligatoirement par le blocage et la violence. Nombreux sont nos concitoyens qui considèrent, à l’inverse, qu’il s’agit d’un conservatisme archaïque, sclérosé dans ses corporatismes et desservant notre pays – mais les médias n’en disent pas grand chose -, surtout quand il vise à torpiller la réforme d’une politique publique aussi essentielle que le régime des retraites.

Au lieu de présenter le pragmatisme comme un renoncement au politique ou comme une dérive managériale, au nom d’une tradition politique prétendument ancestrale, il serait préférable d’en faire une valeur … pour sortir la France de l’inertie.

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2020 : année prometteuse ?

Publié le 3 Janvier 2020 par Jean Mirguet

2020 : année prometteuse ?
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La rage, le levier grâce auquel installer des populistes aux commandes

Publié le 2 Janvier 2020 par Brice Couturier

A lire cette  excellente chronique de Brice Couturier du 1er janvier sur France Culture : quand les "ingénieurs du chaos", sèment les germes de la guerre civile et tentent de fusionner extrême droite et extrême gauche

Les manipulateurs d'opinion sont à l'oeuvre, afin de déstabiliser nos démocraties. Cyniques et experts en technologies numériques ; ils sont vraiment dangereux.

 

"L’auteur du troisième livre que je voudrais recommander à nos auditeurs en ce début d’année, est un habitué de cette émission, Giuliano da Empoli. Il a publié, cette année, chez Lattès, un ouvrage, vivant et clair, très éclairant sur les technologies de manipulation de l’opinion. Son titre : Les ingénieurs du chaos. C’est une enquête fort bien menée sur les fameux « spin-doctors » ou « technologues de la politique », comme on dit en Russie. 

 

Les nouveaux docteur Fomalour de la politique

 

Ces gens, qui se nomment Steve Bannon, Milo Yannopoulos, ou Arthur Finkelstein sont parvenus à faire triompher aux élections des thèmes ou des candidats inattendus et invraisemblables. L’auteur les appelle « les nouveaux docteurs Folamour de la politique. » 

 

Agréger les colères et les peurs. 

 

Ce sont d’abord des champions de l’algorithme, puis des géomètres des passions populaires, experts en théories complotistes. Le fond de leur technique consiste à agréger des colères et des peurs, afin de les transmuer en mouvements d’opinion. 

Mais leur arme capitale, c’est la dérision, la bouffonnerie, contre laquelle l’argument rationnel ne peut que venir s’écraser. On pense à l’épisode de Black Mirror, intitulé le Show de Waldo, qui montre l’impuissance des politiciens classiques, normaux, face à l’humour déstabilisateur d’un personnage virtuel, sarcastique, vulgaire et méchant – en l’occurrence, un petit ours manipulé par un comédien raté, en quête de revanche sur la vie.

 

5 Etoiles et le "laboratoire italien". 

 

L’Italie a été le laboratoire politique du monde, explique da Empoli. Il n’est donc pas étonnant que son livre commence par ce pays. Car c’est là qu’ont été expérimentés, en avant-première, par un informaticien, Gianroberto Casaleggio, les nouvelles techniques de manipulation de masse. 

Il a conçu un software qui permettait d’organiser des discussions sur le thème de la corruption des élites. Un algorithme repère les slogans les plus repris. L’allure générale du site paraissait entièrement libre et déstructurée. En réalité, Casaleggio contrôlait son architecture de manière obsessionnelle. Sa théorie ? « Une fourmi ne doit pas savoir comment fonctionne la fourmilière. » 

« Les algorithmes mis au point par les ingénieurs du chaos, écrit da Empoli, donnent à chacun l’impression d’être au cœur d’un soulèvement historique, d’être enfin devenu acteur de l’histoire. » Ainsi naquit le Mouvement 5 Etoiles. »

 

Une vocation totalitaire.

 

« Le mouvement 5 Etoiles a une vocation explicitement totalitaire, écrit Giuliano da Empoli, dans le sens qu’il prétend représenter non pas une partie, mais la totalité du peuple. » Il ne cherche pas vraiment à entrer dans le jeu parlementaire classique – un système qu’il juge dépassé, mais à « conduire l’Italie vers un nouveau régime politique : la démocratie directe, dans laquelle les représentants des citoyens disparaissent » et où les décisions sont censées émaner directement du « peuple », qui s’exprimerait à tout moment, grâce aux sites... contrôlés par le mouvement. 

Comme on sait, à présent, les Cinq Etoiles ont pâli en Italie. Et c’est un populisme plus classique, clairement situé à l’extrême droite, celui de Matteo Salvini, qui a directement bénéficié de la désaffection de ses électeurs. 

 

La rage, le levier grâce auquel installer des populistes aux commandes...

Pour prendre le pouvoir, ils misent sur à la rage, selon da Empoli, « l’affect narcissique par excellence, qui naît d’une sensation de solitude et d’impuissance. » Plus les gens se sentent menacés par des phénomènes qu’ils ne comprennent, ni ne contrôlent, plus ce ressort est puissant. 

L’art des spin-doctor populistes consiste à amplifier cette rage et à la diriger contre ce qu’ils appellent « les élites » - élus, experts, représentants d’une institution, porteurs d’uniformes… Le jeu de massacre prend pour cible tout détenteur d’une autorité. 

La rage est un bon moyen d’accrocher l’attention des surfeurs de l’Internet. « Là, vous allez être vraiment scandalisé », leur promet-on ici. « Attendez-vous au pire avec cette histoire », ailleurs. Les réseaux sociaux entretiennent spontanément l’indignation et la colère. Les ingénieurs du chaos connaissent l’art d’exacerber les conflits, leur objectif, c’est la polarisation. Ils sèment les germes de la guerre civile, afin de récolter les fruits du ressentiment. Les « épidémies de colère » qui déstabilisent nos démocraties sont entretenues par des opérateurs parfaitement conscients de ce qu’ils font.

 

Une droite radicale nouvelle, vulgaire, outrancière et disruptive.

 

Prenez Steve Bannon, le maître ès-com de Trump ; ou Milo Yannopoulos. Voilà des personnages authentiquement disruptifs. Ils adorent choquer, transgresser, scandaliser. La droite radicale nouvelle, celle de l’ère d’Internet ne ressemble en rien à celle d’autrefois. Elle cultive la vulgarité, fanfaronne, défie les conventions. Et ça plaît !

Le plus grand danger qui menace nos démocraties libérales, conclut l’auteur de ce livre, Les ingénieurs du chaos, c’est la fusion des populismes d’extrême droite et d’extrême gauche. Et dans le contexte chaotique qui est à présent le nôtre, il suffit d’un événement infime, inattendu, d’un cygne noir, pour précipiter ce cocktail. Il peut se révéler détonnant."

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Les nouveaux inquisiteurs

Publié le 17 Novembre 2019 par Jean Mirguet

Alors qu’est célébré le quarantième anniversaire de la chute du Mur de Berlin, de nouveaux murs se dressent, témoignant comme l’écrit Pierre Manent dans La Raison des nations. Réflexions sur la démocratie en Europe (cité par Alain Finkielkraut dans son récent A la première personne) de « l’impénétrabilité réciproque des communautés humaines en dépit de la prodigieuse et toujours croissante facilité des communications » : choc des cultures à l’intérieur des communautés nationales.

Un climat de clivages s’est installé ces derniers mois, répandant son lot de divisions,  d’excommunications, de rejets, de violence. Le dégagisme s’invite partout, qu’il soit celui des gilets jaunes ou celui de la volonté d’exclure la psychanalyse de la Cité.

En atteste le brûlot  de la réalisatrice Sophie Robert qui, dans une tribune récente de L’Obs et du Figaro, soutenue par de nombreux signataires psy, instruit contre la psychanalyse un véritable procès idéologique, aux forts relents d’inquisition : est exigée l’interdiction de son enseignement à l’Université, de sa présence dans les hôpitaux, partout où elle constitue une orientation de travail … en somme, il faudrait épurer ces différents lieux de la référence à l’invention freudienne.

 

Procédés inquisitoriaux

 

La psychanalyse n’est pas la seule à souffrir de ces procédés inquisitoriaux qui « tentent de s’imposer insidieusement dans notre République, comme l’exprime Elisabeth Badinter, tournant le dos à celle-ci, visant explicitement le séparatisme voire la sécession ».

Il est aisé d’en établir une série :

           - Déjà en 1988, le cinéma incendié à Saint-Michel par des intégristes catholiques en croisade contre La Dernière Tentation du Christ, de Martin Scorsese. 

            - Les attentats de 2015.

           - En mars de cette année, une représentation des Suppliantes d’Eschyle, dont la mise en scène était signée d’un universitaire réputé, avait été annulée à la suite des menaces de groupes selon lesquels cette mise en scène était « colonialiste, afrophobe et raciste ». La pièce a été représentée sans problème deux mois plus tard dans l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne.

          - En octobre, la Sorbonne suspendait un séminaire sur la radicalisation islamique, destiné à des fonctionnaires, des élus, des imams. Il était accusé par des associations islamistes et des syndicats gauchistes de professeurs et d’étudiants d’être une « stigmatisation des musulmans ».

         - Le même mois, l’université de Bordeaux annulait une conférence de Sylviane Agacinski, opposée à la GPA,  sur « l’être humain à l’époque de la reproductibilité technique ». Un communiqué, signé de Riposte Trans, Association des jeunes et étudiant-e-s LGBT de Bordeaux, Solidaires étudiant-e-s, Collectif étudiant-e-s anti-patriarcat, estimait que la conférencière était une « homophobe notoire » et menaçait de mettre tout en œuvre afin que cette conférence n’ait pas lieu. A la suite de nombreuses protestations, l’université annonçait fin octobre que cette conférence serait reprogrammée...

 

Comptables et responsables d’un domaine incessamment menacé

 

Dans une Tribune publiée dans Le Monde du 4 novembre, un collectif d’universitaires (dont Pierre Nora et Marcel Gauchet) indique que ces épisodes  ne sont que les plus notoires parmi d’autres pressions plus insidieuses ou qui tentent d’imposer par la force leurs convictions militantes, dans la tradition des manoeuvres totalitaires du XXe siècle.

Les menées anti psychanalyse s’inscrivent dans cette logique des revendications identitaires et d’exclusion. Il serait vain de croire que, face à ce problème politique, les réactions légitimes d’indignation des psychanalystes auront le moindre effet car ce qui est en jeu aujourd’hui va bien au-delà de l’avenir de la psychanalyse et du devenir des psychanalystes. 

Face à la multiplication des murs de censure, nous voici, psychanalystes et  non-psychanalystes, tirés brutalement de notre sommeil et confrontés à la conscience d’être, selon Péguy, « les héritiers et les administrateurs comptables et responsables d’un domaine incessamment menacé ». 

Alain Finkielkraut, dans le livre cité plus haut, l’écrit avec justesse : « L’identité dont nous nous sentons dépositaires n’est pas l’acceptation béate d’un déterminisme, c’est, dans la lignée de Péguy et, plus prés de nous, de Saint Exupéry, un certain arrangement qui demande d’autant plus de soin qu’il tient à un fil : « De ce que j’ai aimé, que restera-t-il ? » demande l’auteur de Terre des Hommes. Et il précise : « Autant que des Êtres, je parle des coutumes, des intonations irremplaçables, d’une certaine lumière spirituelle (…) ». 

 

Le politiquement correct, une novlangue

 

Nostalgie du passé ? Mal du pays d’avant ? Mélancolie voire amertume de néo-conservateur ? On se tromperait en posant ce diagnostic car, à la vérité, il s’agit de l’inquiétude concernant la survivance de notre communauté historique d’appartenance qui voit certains de ses membres se prévaloir de l’autorité d’interdire et d’imposer ses croyances aux autres.

Cette pression s’exerce dans un contexte de passion de l’égalitarisme qui anime notre époque et qui se traduit dans le refus de toute forme de prééminence et d’élitisme, dans la négation de toute compétence spécialisée, dans le relativisme affirmé au nom des différences culturelles. Ce rejet des hiérarchies s’exprime dans la novlangue du Politiquement Correct dont Carlo Strenger, dans Le mépris civilisé, définit  les principes fondamentaux : égalité en droit de toutes les cultures, de tous les systèmes de croyance, de tous les modes d’existence et interdiction par principe de critiquer d’autres cultures du point de vue moral ou épistémologique. Toutes les opinions et toutes les formes de croyance doivent être respectées à parts égales, position devenue singulièrement dominante au sein de la gauche, « paralysée par la règle du politiquement correct où toute critique d’autres cultures est assimilée à un impérialisme euro centrique ».

Or, paradoxalement, en exacerbant simultanément la haine de la différence et sa revendication, le Politiquement Correct est devenu la maladie chronique de la démocratie. C’est la thèse soutenue par Isabelle Berbéris dans L’art du politiquement correct : à mesure que s’accroit l’égalité, la démocratie accroit la virulence du rejet de la différence. La différence est sacrifiée sur l’autel de l’égalité, revendiquée par les tenants du différentialisme qui réclament l’égalité, non pas au-delà des différences, mais dans l’affirmation exacerbée de ces dernières. Il y a là une réelle consanguinité qui risque de mener à ce qu’Orwell appelait le groupthink, « la pensée de groupe », quand ce qui prime est le désir d’unanimité.

Ce qui en résulte est l’impossibilité d’une vie en commun, d’où ces oukases, ces fatwas prononcés à l’encontre de la psychanalyse, de tel ou tel conférencier, de telle ou telle œuvre d’art.

 

Le mépris civilisé de Carlo Strenger

 

Au syntagme « politiquement correct », Carlo Strenger propose de substituer celui de « mépris civilisé » c’est-à-dire la capacité à s’inscrire en faux contre des credo, des comportements et des valeurs, dès lors qu’ils nous apparaissent irrationnels, immoraux, incohérents ou inhumains. 

Ce mépris est civilisé à la condition d’une part de reposer sur une argumentation fondée sur des connaissances précises, d’autre part d’être dirigé contre des opinions, credo ou valeurs, et jamais contre les individus qui les professent. 

Ce mépris fondé en raison n’a rien à voir avec l’Inquisition : mépris sans haine ni déshumanisation, il témoigne de notre dignité d’être civilisé, critique et libre face aux systèmes de croyance et de valeur que, raisonnablement, nous ne cautionnons pas.

Cette éthique est celle de la démocratie, régime conçu, créé et soutenu par des hommes qui savent qu’ils ne savent pas tout. Dans ses « Réflexions sur une démocratie sans catéchisme», Camus écrivait que « le démocrate est modeste, il avoue une certaine part d’ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné, et à partir de cet aveu, il reconnaît qu’il a besoin de consulter ».

Force est de constater que, de nos jours, une nouvelle espèce de démocrate a vu le jour, composée de nouveaux bigots qui construisent une opposition du Bien contre le Mal en sortant du champ politique pour nous entraîner dans celui du religieux. C’est pourquoi, à la fin de son A la première personne, Alain Finkielkraut déplore que notre temps soit caractérisé non par l’évitement apeuré des querelles mais par la pratique féroce de l’excommunication dans laquelle les bien-pensants du politiquement correct « s’arrogent le monopole de la parole légitime ».

Se pourrait-il que les dangers encourus par la planète et les bouleversements climatiques qui les accompagnent produisent alors ce climat lourd, tendu, parfois irrespirable et stressant qui appauvrit et dessèche la pensée ??

 

 

 

 

 

 

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L’étoile jaune ne peut pas servir d’étendard contre l’islamophobie

Publié le 16 Novembre 2019 par Jean Mirguet dans Politique

Un collectif d’intellectuels s’indigne de l’utilisation, lors de la marche du 10 novembre, du signe distinctif que durent porter les juifs sous le nazisme

Tribune parue dans Le Monde du 15 novembre 2019 

 

Lors de la manifestation contre l’islamophobie qui s’est tenue dimanche 10 novembre à Paris, des manifestants, dont des enfants, arboraient sur leur manteau une étoile de David falsifiée, qui est en fait une étoile à cinq branches symbolisant les cinq piliers de l’Islam. Au centre de cette étoile on peut lire Muslim, et un croissant de lune est également attaché à l’une des branches. 

A ce sujet, Esther Benbassa déclare sur son compte Twitter à l’issue de la manifestation :
« Quant au port de cette étoile, et s’il n’était qu’un hommage aux souffrances passées des juifs et une mise en garde contre toute possible dérive ? (...) Que nos contemporains stigmatisés s’identifient à ces souffrances passées est tout à fait compréhensible. » 

Hommage aux millions de morts pendant la seconde guerre mondiale, assassinés parce que Juifs ? Et rappelons-le, contraints de porter l’étoile jaune sous peine d’être arrêtés et déportés ? 

L’étoile jaune (Judenstern « étoile des juifs » en allemand) est un signe de discrimination et de marquage imposé par l’Allemagne nazie aux juifs (à partir de l’âge de 6 ans) au cours de la seconde guerre mondiale et ce, dès 1941 en Allemagne. Elle devait être cousue en évidence sur le côté gauche du vêtement. 

Différencier les contextes 

Il nous paraît indispensable de différencier les contextes et les périodes afin d’éviter de propager un amalgame trompeur et dangereux, source de confusion pour le grand public et particulièrement pour nos jeunes dont, rappelons-le, 21 % disent n’avoir jamais entendu parler du génocide des juifs, selon un récent sondage réalisé par IFOP. L’étoile jaune arborée dans le contexte de cette manifestation connaît une véritable perte de sens. On gomme ainsi la politique de persécution qui a conduit à l’extermination des juifs. 

C’est une équivoque insupportable puisqu’elle incarne la pensée par slogans, en vogue depuis quelques années, selon laquelle les musulmans seraient les « nouveaux juifs ». C’est là présupposer une similitude entre le traitement des juifs sous le IIIe Reich et celui des musulmans dans une France accusée, de façon abusive, de pratiquer un « racisme d’Etat » et de voter des « lois liberticides ». Ose-t-on ainsi insinuer que les musulmans seraient aujourd’hui discriminés au même titre que l’ont été les Juifs pendant la Shoah ? 

Devons-nous rappeler ce qu’étaient la « solution finale » et les méthodes industrielles employées pour détruire les Juifs d’Europe ? Qui oserait affirmer sans rougir que la situation des musulmans dans la France contemporaine serait semblable à celle des Juifs qu’on menait à l’abattoir ? 

La photographie d’une enfant arborant, lors de cette manifestation, ce détournement symbolique de l’étoile jaune a soulevé, à juste titre, une vive émotion. Elle révèle un autre danger d’instrumentalisation, avec des conséquences imprévisibles lorsqu’elle pèse sur l’enfance. Nous appelons les organisateurs et les soutiens de cette manifestation à exprimer publiquement leur dénonciation de ce honteux détournement de signe. Leur silence serait tenu pour approbation. 

Nous souhaitons par ailleurs que le premier ministre, Edouard Philippe, et son gouvernement se montrent particulièrement vigilants face au risque d’embrigadement, quelle que soit la cause. 

 

Martine Benoit, référente racisme et antisémitisme, professeure d’études germaniques à l’université de Lille, directrice de la Maison européenne des sciences de l’homme et de la société ; Amine Benjelloun, pédopsychiatre, Casablanca (Maroc) ; Claire Brisset, ex- Défenseure des enfants ; Elie Buzyn, chirurgien retraité, ancien déporté d’Auschwitz Buchenwald ; Emmanuel Debono, historien ; Jacques Ehrenfreund, professeur d’histoire du judaïsme allemand à l’université de Lausanne ; Yana Grinshpun, maître de conférences en sciences du langage, université Sorbonne nouvelle ; Nathalie Heinich, sociologue, CNRS ; Gunther Jikeli, professeur à l’université d’Indiana, Etats-Unis ; Roselyne Koren, professeure des universités en sciences du langage au département de français de l’université Bar-Ilan, Israël ; Joël Kotek, professeur de sciences politiques à l’université libre de Bruxelles ; Smaïn Laacher, professeur de sociologie à l’université de Strasbourg ; Jean-Pierre Lledo, cinéaste ; Claude Maillard, psychanalyste, médecin, écrivain ; Céline Masson, référente racisme et antisémitisme, professeure des universités, Centre d’histoire des sociétés, des sciences et des conflits, université de Picardie Jules-Verne ; Isabelle de Mecquenem, référente racisme et antisémitisme, professeure agrégée en Inspe, université de Reims-Champagne-Ardenne, membre du Conseil des sages de la laïcité ; Jean-Pierre Obin, inspecteur général honoraire de l’éducation nationale ; Ziva Postec, réalisatrice et chef monteuse du film « Shoah » ; Patricia Sitruk, directrice générale de l’Œuvre de secours aux enfants ; Pierre-André Taguieff, philosophe et historien des idées, CNRS 

 

 

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A propos du brûlot de Sophie Robert (complément)

Publié le 7 Novembre 2019 par Jean Mirguet

Le nouvel Observateur soutient depuis le 22/10/2019 une diatribe contre la psychanalyse dans les institutions dont les motivations profondes échappent, y compris pour ce qui concerne la justice.



A l’heure où les tribunes dénonciatrices se multiplient, celle-ci, en ses diktats irrecevables, prône une illusion scientiste falsificatrice, alors même que désormais à l’EBM (Evidence Based Medecine) la science et la médecine associent une autre EBM (Experience Based Medecine).



Les progrès thérapeutiques et technologiques que l’on voit croissant aujourd’hui exigent encore et toujours de la part des soignants un compagnonnage différent avec les malades à tous les âges de la vie et avec leurs familles. La problématique ne fait que se diversifier et se sophistiquer avec les nouvelles façons de prévenir, de soigner et de guérir ainsi qu’avec la mondialisation de l’application des protocoles de soins.



La santé



Des colloques annuels se tiennent en France de façon bi-disciplinaire sur des thèmes d’actualité tels que l’annonce, le consentement, l’invasion du numérique dans les soins, dont on voit accroître l’impact sur le devenir des malades et sur leur qualité de vie. Pédiatres, cancérologues, généticiens, gynécologues obstétriciens échangent régulièrement sur ces questions avec des praticiens, psychanalystes, psychologues, psychiatres ainsi qu’avec des philosophes ou des anthropologues.



Il s’agit là d’une voie de transmission centrée sur l’expérience (E.B.M.) et sur la recherche qui se mène sur le terrain et qui, depuis une dizaine d’années, se fait de plus en plus exigeante et participative. La présence des psychanalystes aux côtés des soignants dans l’univers hospitalier se fonde sur le respect des patients et sur leur accompagnement face aux douloureux événements psychiques et somatiques que la vie parfois leur réserve.



Jeter le discrédit sur l’exercice de ces pratiques porte dès lors atteinte aux représentations de l’humain de notre patrimoine.



On peut dès lors estimer qu’en son fond, la tribune et ses signataires se réclament d’une rupture culturelle avec des valeurs, celles de la psychanalyse, qui sont inscrites dans celles qui font la démocratie depuis plus d’un siècle.



Danièle Brun (Pr. Emérite Paris-Diderot), Alain Vanier (Pr. Paris-Diderot), Franck Dugravier (pédiatre Bordeaux), Caroline Eliacheff (pédopsychiatre Paris), Michèle Lévy-Soussan (PH Pitié-Salpêtrière), Marie-Armelle Roquand, psychologue en cancérologie, Geneviève Wrobel (Psychologue en néonatalité, Paris), Nathan Wrobel (Gynécologue-obstétricien, Paris)

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Le point sur la réaction au brûlot de Sophie Robert contre la psychanalyse dans le"Nouvel Observateur », par Laurent Le Vaguerèse, site Oedipe.

Publié le 5 Novembre 2019 par Jean Mirguet

Soyons simple et pratique. Si l’on comprend bien le propos de Sophie Robert il parait urgent de bruler les livres de psychanalyse, d’exclure les psychanalystes des lieux d’enseignement et de tout autre lieux où ils pratiquent cette science perverse et dénuée de tout fondement et dans un deuxième temps de leur faire porter un signe d’infamie afin que chacun s’en tienne à l’écart.

 Bon, ça a le mérite de la simplicité et ça tient la route si l’on se réfère à l’histoire récente. Je ne sais pas ce que les psychanalystes ont fait ou pas à Sophie Robert parce que c’est en ce domaine, une récidiviste.  Pour ma part cette question de la scientificité de la psychanalyse m’a toujours laissé froid et je laisse à d’autres le soin d’y répondre. Ce que je sais, c’est que la lecture de Freud dans mon adolescence suivie de celle de bien d’autres psychanalystes, a profondément marqué ma réflexion, que mon expérience en tant qu’analysant m’a sorti d’une situation psychique dans laquelle je cherchai désespérément une issue, et qu’en tant que psychanalyste je retrouve à chaque rencontre à la fois des choses connues et des choses nouvelles qui enrichissent ma pensée et mon quotidien et aident je l’espère, mes patients comme je le fus par le passé.

S’agissant du Figaro, pas de surprise, encore que, mais pour ce qui concerne le Nouvel Observateur, qui le premier a choisi de publier ce brulot, je ne comprends toujours pas comment certains continuent à considérer cet hebdomadaire comme un journal de gauche et à s’abonner à sa lecture. J’y ai pour ma part renoncé depuis le départ de Michel Cournot de la rubrique cinéma et cela fait donc plus de 40 ans.

 

Mes amis du SIUEERPP ( ce sont les enseignants de l’université) m’ont invité à publier leur réponse. Elle me parait à la fois juste et concise: (https://www.nouvelobs.com/justice/20191101.OBS20581/la-psychanalyse-exclue-de-la-cite.html?cm_mmc=Acqui_MNR-_-NO-_-WelcomeMedia-_-edito&from=wm#xtor=EREC-10-[WM]-20191101)   et je m’associe évidemment à leur démarche ainsi qu’à la pétition qu’ils ont mis en place même si j’aurai préféré qu’elle passe par le site oedipe puisqu’il est fait pour cela, qu’il est sans visée mercantile ce qui n’est pas forcément le cas pour celui choisi. Voilà pour ce retour de vacances de Toussaint. Business as usual.

Laurent Le Vaguerèse

Pétition

 

Contre l’exclusion de la psychanalyse

Pour la diversité des méthodes de recherches et de soins

Un appel à la pensée

 

http://chng.it/VsrmkfJjjX

 

La « contre tribune »

 

Contre l'exclusion de la psychanalyse / Pour la diversité des recherches et des soins

Le SIUEERPP a lancé cette pétition adressée à Assemblée nationale / Sénat / Ministère de l'enseignement supérieur / de la santé / de la justice

                                Contre l’exclusion de la psychanalyse

                Pour la diversité des méthodes de recherches et de soins

                                         Un appel à la pensée

 

  « On » veut exclure la psychanalyse de la cité.

           

Cette volonté n’est pas nouvelle. Elle reprend un procédé déjà utilisé en 2004 lors de la publication d’un rapport sur l’évaluation des psychothérapies, lequel avait été le support d’une demande d’éviction de la psychanalyse en tous points similaire. (Précisons pour ceux qui l’ignoreraient que les biais méthodologiques grossiers de ce rapport ont aussitôt été démontrés et ses conclusions – si tant est qu’elles aient pu justifier quoi que ce soit – depuis longtemps rejetées, y compris par ce que mettent en lumière les études les plus récentes.)

            Un procédé également utilisé en attribuant régulièrement aux psychanalystes des discours et des positions ineptes (entre autres à propos de l’autisme), positions qui ne sont pas les leurs et n’ont pour autre fonction que celle de les stigmatiser.

            Et un procédé, enfin, employé au nom d’une autorité scientifique que certains croient être seuls à détenir, laquelle leur donnerait le droit de manier l’injure et le mépris (« obscurantisme », « sectarisme », « leur diplôme – quand ils en ont ») envers ceux dont ils méconnaissent pourtant si manifestement les travaux.

 

            Que répondre ? Qu’un tel discours et un tel procédé, qui se donnent la science pour caution, sont tout sauf scientifiques puisqu’ils ne cherchent pas le débat mais instruisent un procès idéologique aux forts relents d’inquisition. Puisqu’ils cherchent simplement à condamner, à exclure et à obtenir ce qu’il faut bien appeler une forme d’épuration. Puisqu’ils ne sont, en définitive, qu’injures à la pensée et à la raison.

            Comment se fait-il que l’on puisse s’en faire le relai ? Est-ce là un signe des temps ? Le signe que l’on peut désormais confondre impunément propos idéologique et rigueur scientifique ?

             Et de quelle haine profonde tout ceci est-il la marque ? Celle-ci a déjà été maintes fois explorée, n’y revenons pas. Sinon pour souligner que chaque retour du discours qui la met en scène est également l’indice d’un enjeu précis. Dans le cas présent, celui des jeux de force au sein de la section « psychologie » du Conseil National des Universités (CNU). Enjeu scientifique, alors ? Non, hélas. Et, à vrai dire, même pas politique non plus. Enjeu purement tactique, tout simplement…

 

             Cette dimension n’est pas la bonne, évidemment. Il importe de ne pas s’y laisser piéger. De ne pas accepter que des questions sociales essentielles se voient ainsi réduites à de pures manœuvres de pouvoir. Invoquer le devoir moral, comme il est fait dans cette tribune du 22 octobre, doit avoir ce corollaire : respecter soi-même une certaine éthique. En l’occurrence, ne pas appeler inconsidérément à une chasse aux sorcières là où la modestie s’impose, là où la diversité des savoirs et des pratiques constitue pour chacun, patients, familles et proches, la meilleure garantie de soins ou d’expertises.

              S’ériger en gardien de la science et de la santé implique en retour que l’on n’ignore pas le devoir de réserve auquel on est tenu par ses fonctions. Que l’on ne se fasse pas à la fois juge et partie. Et que l’on ne prêche pas aussi légèrement l’excommunication.

 

On peut lire l’article du Nouvel Observateur dans son intégralité sur: https://www.nouvelobs.com/justice/20191022.OBS20163/tribune-pourquoi-les-psychanalystes-doivent-etre-exclus-des-tribunaux.html

Une tribune signée par soixante psychiatres et psychologues appelle à exclure l’approche freudienne des expertises judiciaires et de l’enseignement à l’université.

 

 

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