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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Tenter de percevoir les mouvements profonds qui décident de la marche de l’histoire.

Le nécessaire chemin du compromis

Publié le 9 Juillet 2024 par Jean Mirguet

Le secrétaire général de Renaissance s’adresse, dans une tribune au « Monde » publiée aujourd’hui 9 juillet 2024, aux leaders de la gauche républicaine – sans La France insoumise –, aux indépendants et aux Républicains pour chercher, par le dialogue et le compromis, un gouvernement et une feuille de route à la France.

On pourrait ajouter au texte de cette tribune, la définition que Camus donnait de la démocratie ((« Réflexions sur une démocratie sans catéchisme », Oeuvres complètes II) , régime conçu, créé et soutenu par des hommes qui savent qu’ils ne savent pas tout : « Le démocrate est modeste, il avoue une certaine part d’ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné, et à partir de cet aveu, il reconnaît qu’il a besoin de consulter les autres, de compléter ce qu’il sait par ce qu’ils savent »

 

« Les résultats des élections législatives ont produit une situation inédite dans l’histoire de la Ve République : au lendemain du scrutin, aucune majorité claire ne se dégage pour notre pays.

Malgré la confusion qui règne, les électeurs ont été clairs sur trois points. Premièrement, ils ont décidé que le bloc d’extrême droite était disqualifié pour gouverner. Non seulement il finit troisième, mais les électeurs se sont massivement mobilisés pour lui faire barrage. Je note d’ailleurs qu’eux-mêmes ne prétendent pas désormais à autre chose qu’à l’opposition.Deuxièmement, aucun des trois blocs arrivés en tête ne peut gouverner seul. Il n’y a pas de mandat populaire pour l’application intégrale d’un programme de gouvernement de l’un des trois blocs. Cela vaut pour Ensemble pour la République comme pour le Nouveau Front populaire, tous deux à plus de 100 sièges de la majorité absolue.

Troisièmement, pour donner un gouvernement à la France, il faudra que les forces politiques hier adverses entament des discussions pour former une majorité de projets. Cet objectif implique que chaque force politique pose ses conditions mais aussi accepte celles de ses concurrents. C’est le principe même de la coalition parlementaire et le quotidien de la quasi-totalité des démocraties européennes.

Pourtant, depuis dimanche, le Nouveau Front populaire fonce tête baissée, comme si aucune de ces réalités démocratiques n’existait. Ils veulent appliquer leur programme comme s’ils avaient une majorité pour le faire. Ils prétendent désigner le premier ministre, comme si celui-ci avait, de manière automatique, le soutien de la majorité de l’Hémicycle sans discussion préalable sur sa feuille de route ou ses priorités. Ils évoquent même des 49.3 d’abrogation et une gouvernance par décrets.

Les mêmes qui conspuaient « la minorité présidentielle » de 250 sièges en 2022 sont aujourd’hui les premiers à prétendre disposer de tous les pouvoirs avec 182 sièges seulement ! Le Nouveau Front populaire n’est pas au-dessus de la démocratie parlementaire.

Imagine-t-on une seconde le social-démocrate Olaf Scholz, le soir de l’élection de ses 207 députés sur les 700 du Bundestag, faire comme si les autres forces politiques n’existaient pas ? Dans quelle démocratie la coalition arrivée en tête prétend gouverner avec un tiers des sièges de son Parlement ? Dans quelle pensée magique s’est enfermée la gauche pour croire posséder un droit absolu de dicter le tempo de la démocratie française ?

Soyons clairs, je ne conteste pas la possibilité pour la gauche républicaine de gouverner ou de participer à un gouvernement. Mais à 100 sièges de la majorité absolue, à 14 sièges d’écart avec le bloc central (qui est plus large que EELV et le PS réunis), il faut être réaliste.

En Europe, cette règle s’applique à tous les camps. Les gouvernements socialistes comme celui de Pedro Sanchez tout comme les coalitions allant de la droite à l’extrême droite n’ont jamais prétendu gouverner sans majorité.

Regardons nos amis polonais ! Quatre forces politiques concurrentes – de gauche, du centre et de droite – ont gagné l’année dernière contre l’extrême droite. Aucune d’elles n’a prétendu gouverner seule. Aujourd’hui, le gouvernement démocrate de Donald Tusk est composé de ces quatre forces.

Le bloc central est prêt à discuter avec tous les membres de l’arc républicain – des écologistes aux Républicains. Nos conditions préalables doivent être affinées, mais nos lignes rouges sont connues : soutien à l’Europe et à l’Ukraine, aucune compromission sur la laïcité et la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, accélération de la transition écologique, la sécurité comme priorité gouvernementale, et le maintien de la politique d’attractivité économique. Cela exclut nécessairement Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise de l’équation gouvernementale.

Mais, aujourd’hui, aucune porte ne s’est ouverte. Le Nouveau Front populaire pense qu’il gagnera la bataille de l’opinion et forcera nos élus à ne pas censurer son gouvernement. C’est oublier que nos électeurs leur ont donné leurs voix pour empêcher les extrêmes de gouverner. C’est oublier que les Français attendent un comportement responsable et exemplaire de leurs représentants. C’est oublier que le bloc central a réuni des millions de votants dès le premier tour sur une base programmatique claire qui doit être représentée. C’est oublier, enfin, que la démocratie parlementaire a ses règles et que ceux qui la bafouent s’en relèvent rarement.

Je le dis aussi aux leaders de la gauche républicaine comme aux indépendants et aux Républicains : un autre chemin est possible. Un chemin où, par le dialogue et le compromis, nous pouvons donner un gouvernement et une feuille de route à la France.

Peut-être que nous n’y arriverons pas, peut-être que nos divergences sont trop fortes, mais la France vaut bien cet effort. Nous devrons tout faire pour réussir.

Il faut que chacun le comprenne : nous ne sommes plus en campagne. Il ne s’agit plus d’unir son camp, mais bien de s’unir dans l’intérêt des Français. »

 

Stéphane Séjourné est le secrétaire général de Renaissance. Elu député (Ensemble) des Hauts-de-Seine, il est ministre de l’Europe et des affaires étrangères du gouvernement de Gabriel Attal.

 

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La démocratie à l’épreuve de l’antisémitisme

Publié le 27 Juin 2024 par Jean Mirguet dans Racisme et antisémitisme

L’historienne et philosophe Perrine Simon-Nahim a publié récemment La nouvelle causalité diabolique, sous-titrée « La démocratie à l’épreuve de l’antisémitisme[1]

S’appuyant sur l’idée que l’antisémitisme est aujourd’hui l’une des figures principales de l’ensauvagement des sociétés et qu’il témoigne du pouvoir des affects sur la raison, elle affirme que l’antisémitisme est désormais le reflet d’une époque : la nôtre. Elle décèle dans l’antisémitisme une des clés d’entrée dans la crise actuelle des démocraties.

Son livre est né dans le contexte des événements du 7 octobre 2023, l’inquiétude qui le porte concernant moins le sort des juifs dans le monde que la certitude qu’à travers eux, ce sont les démocraties qui sont combattues, et qu’elles le sont par le biais de mouvements idéologiques comme les fondamentalismes religieux ou le mouvement woke qui ont fait de l’identité un marqueur à la fois sociologique et politique, en enfermant leurs partisans dans une identité unique.

Chez les identitaires, la différence devient un différentialisme c’est-à-dire un mouvement de pensée considérant qu'il existe une différence essentielle, de nature, entre des groupes caractérisés par leur sexe, leur race, leur ethnie, leur espèce, leur culture, etc... Ce présupposé conduit à proposer un traitement des êtres humains prioritairement en fonction de leur appartenance à un groupe et non en fonction de leurs caractéristiques individuelles. Le stigmate devient le lieu de la fierté, toute différence est rapportée à une discrimination, d’où exclusivisme, intolérance et violence.

 Dans une interview donnée à L’Express, l’auteure souligne que le 7 octobre a marqué une rupture du point de vue de l’expression de la violence. Pour elle, ce qui est nouveau, c’est non pas la nature juive des victimes, mais la manière dont les assassins, équipés de GoPro, ont fait de la violence un argument politique. Là où les nazis avaient caché l’extermination, les assassins du Hamas ont filmé leur massacre et fait circuler les images sur les réseaux.

En réalité, ajoute-t-elle, l’antisémitisme n’a jamais disparu, car il pose depuis la nuit des temps la question de l’Autre. Le juif n’est en effet jamais ni tout à fait le même, identique à soi, ni tout à fait l’Autre. Cette incapacité à l’assigner à une identité fixe a conduit jusqu’à aujourd’hui à l’assimiler à la figure du diable, capable d’épouser plusieurs identités à la fois.

Pourquoi et comment l'antisémitisme peut-il encore servir de ciment commun à toutes les haines - hier les idéologies nationalistes, aujourd'hui les luttes intersectionnelles ? Ce que nous voyons dans notre actualité est le résultat de la progression des courants fondamentalistes, des idéologies woke et identitaires, et plus largement de l'ensemble des récits qui remettent en cause la possibilité que nous avons de cohabiter au sein de sociétés apaisées.
Le point de départ de son étude repose sur l’existence d’un lien indéfectible entre les juifs et la démocratie.

Or, pareils et différents, ensemble et séparés, telle est la situation dans laquelle nous vivons nos identités au sein de sociétés multiculturelles. Mais à travers les juifs, ce sont aujourd'hui les fondements du pacte social et républicain qui sont directement attaqués puisque le juif est celui, avec qui plus la différence tend à s’effacer, plus elle lui est rappelée, ce qui explique que, de tout temps, les juifs aient incarnés la figure de l’Autre comme repoussoir, faisant des pensées de l’identité  les meilleures alliées de l’antisémitisme.

Aussi, les théologies modernes ne font-elles en réalité que réactualiser le fondement de la haine séculaire des juifs : la question de l'identité.

Quand les juifs ne disposaient pas d’un État, ils étaient considérés comme des apatrides, comme des Untermensch disaient les nazis. « Mais l’antisémitisme a muté, affirme l’avocat et essayiste Gilles-William Goldnadel[2], il dit aux juifs : « Dis-moi comment tu es, je te dirai comment je te hais ». Quand le juif a créé con Etat et s’est défendu militairement, il est apparu comme de plus en plus belliqueux et, pire encore, comme un super-Blanc. Le stéréotype a été inversé. Aujourd’hui, les juifs sont honnis pour une raison supplémentaire : leur « blanchitude (…). Après être tombé de la croix où j’étais crucifié, me voilà remplacé par le Palestinien. En tant que super-Blanc, je fais désormais partie de ce qu’il y a de pire parmi les peuples dominants ».

En marquant la progression des courants fondamentalistes, des idéologies woke et identitaires, et plus largement de l'ensemble des récits qui remettent en cause la possibilité que nous avons de cohabiter au sein de sociétés apaisées,  Perrine Simon-Nahim  affirme que, face à ces courants, le "projet juif" est l'un des outils sur lesquels nos démocraties devront s'appuyer pour l'emporter face à leurs adversaires, car le judaïsme qu'il définit offre une vision du monde qui nous garantit la liberté de faire société.

 

[1] Perrine Simon-Nahum, La nouvelle causalité diabolique, Èditions de L’Observatoire, 2024.

[2] « Entretien avec Gilles-William Goldnadel », Revue des Deux Mondes, mai-juin 2024.

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Un gauchissement de l’honneur

Publié le 14 Juin 2024 par Jean Mirguet dans Politique

Depuis que le président de la République a décidé de dissoudre l'Assemblée Nationale, notre pays est confronté à un moment de vérité qui va décider de l'orientation des familles politiques qui y sont représentées. Mais, en l'espèce, il s’agit également d'une orientation morale. Le mot n'est pas de trop quand il s'agit de JL Mélenchon ou d’autres dirigeants de LFI, comme F. Ruffin qui, sur BFM TV, n’hésite à qualifier Emmanuel Macron de « taré » (sic ! ).

A l’initiative du même Ruffin, un front de gauche s’autoproclamant  « nouveau front populaire » s’est constitué en rassemblant PS, Verts, communistes, NPA, soutenu par la CGT et la CFDT.

Il n’est plus question de la NUPES, l'intitulé change, mais l'idée reste la même : l'union. Mais de quelle union s'agit-il ?

Si la gauche avait le sens de l’honneur, ce serait de ne pas se compromettre et d’avoir le courage de s’engager contre l’extrême-droite sans LFI et ses élus, dont on a pu vérifier à quel point élus ils bordélisent nos institutions et attisent les haines.

A l'heure où des compromissions faites d’alliances contre-nature se nouent à droite comme à gauche, il nous faut nous interroger sur l’essentiel.

Où est passée la gauche ? Où est passée la droite républicaine ? Que sont devenues les lignes rouges de la gauche, mon ancienne famille politique ? Où sont aujourd’hui ses valeurs, son honneur ?

Est-ce la gauche de Mitterrand, Rocard, Jospin, Valls qui tolère les pires dérapages de Mélenchon ? Est-ce cette gauche qui se compromet avec les Insoumis, le NPA, leur antisémitisme décomplexé, leurs sorties abjectes qui n'ont plus rien à envier au FN de Jean-Marie Le Pen ?

Je partage l’opinion du philosophe Raphaël Enthoven quand il déclare que l’alliance entre socialistes et Insoumis est une imposture. « C’est le regroupement de gens qui se détestent mais qui sont soudés par la peur de perdre leur siège et qui se cherchent le plus petit dénominateur commun pour sauver les meubles ». Héritiers des Munichois de 1938 et 1940, ils ont fait de leur revirement un devoir et « rendre, comme l’écrit Jankélévitch, le déshonneur supportable et même honorable ». « L’évidence de la honte n’est pas encore évidente pour tout le monde », poursuit-il dans son article « Dans l’honneur et la dignité » consacré à la période 1940-1944, avant d’ajouter que « si des Français n’ont pas cette sensibilité nationale immédiate, spontanée, infaillible et presque instinctive au déshonneur, s’il faut discuter interminablement avec eux pour leur faire comprendre que la compétence d’un gredin, si irremplaçable soit-il, est de peu d’importance auprès de sa gredinerie, on peut bien dire que le mal d’avilissement est sans remède ».

Le silence des sociaux-démocrates face à ces reniements est plus que troublant. Pourquoi l’indignation est-elle à sens unique ? Pourquoi ne réussit-on pas à construire une majorité composée des Républicains et des démocrates qui ne font pas le pari du chaos dans la rue et à l’Assemblée nationale ? Quid d’un sursaut républicain s’élevant contre le déshonneur ?

Quid de l’honneur, réel sujet d’actualité, dans notre pays ?

 

Le dictionnaire, grâce à l’ordre alphabétique, produit de surprenantes rencontres. C’est ainsi que dans le Dictionnaire historique de la langue française, on trouve honneur sur la page de gauche et juste en face honte. L’honneur et la honte. 

Entre l’honneur et la honte, les liens sont étroits puisque l’absence de honte est corrélative d’une perte de l’honneur. Lacan s’exprimait en ce sens quand, dans la dernière leçon de son séminaire L’envers de la psychanalyse, en juin 1970, il dit que « mourir de honte est un effet rarement obtenu ». Autrement dit, il n’y a plus de honte. Il faut oublier la honte, la faire disparaître. En témoignent les multiples demandes de pardon, les repentirs, les regrets, les excuses. Il faut oublier la honte de la Shoah, celle du stalinisme, du retour de l’antisémitisme, etc…

On voit ce qui en résulte : le retour des intégrismes, des totalitarismes, des replis identitaires, avec le cynisme sans vergogne de ceux pour qui la loi du plus fort devient la seule ligne de conduite, qu’elle s’exerce en Ukraine, en Israël, à Gaza, au Soudan, en Syrie … la liste ne cesse de s’allonger.

Avec l’oubli de la honte, le pouvoir de l’honneur s’est évaporé.

Qu’est-ce que l’honneur ? Le mot honneur (longtemps au féminin) apparaît en ancien français à la fin du XIe siècle. En particulier dans la Chanson de Roland, avec les deux sens qu’il garda longtemps : une terre qui assure à son possesseur pouvoir, prestige et richesse ; une qualité, une dignité propre à tel ou tel individu, exprimant et soutenant sa réputation. 

En somme, l’honneur est une réputation, un patrimoine symbolique, presque spirituel, qu’au Moyen-Age, tout chevalier se devait d’accroître pour ensuite le transmettre à son lignage. L’honneur est donc un bien moral qui se transmet après avoir été « conquis, comme l’écrit Erik Orsenna, dans la lutte et qui permet à la fois d’acquérir la considération d’autrui et de conserver sa propre estime ». 

Pour Aristote, « l’honneur est la récompense de la vertu, accordée aux gens de bien » mais plusieurs siècles plus tard, l’honneur devient, sous la plume de Montesquieu, une demande, celle des préférences et des distinctions et rien ne s’oppose alors à ce que le vicieux l’obtienne, du moment que les conséquences sont heureuses pour la collectivité.

Deux versants de l’honneur donc, l’un reposant sur une conception humaniste au service d’un sujet, l’autre sur une conception utilitariste au service du politique.

Ces deux versants de l’honneur pourraient correspondre à l’opposition entre l’honneur des anciens et celui des modernes. L’honneur, dit-on, régnait chez les Grecs et les Romains; il fallait « mériter sa mort » comme l’écrit Tacite, alors qu’aujourd’hui, l’honneur des modernes consisterait plutôt à délivrer ces derniers des obligations de l’honneur : n’est-ce pas justement ce que, ces jours-ci, nous donnent à voir, avec indécence, nombre de dirigeants politiques ? 

 

 

 

 

 

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L’événement de la dissolution

Publié le 12 Juin 2024 par Jean Mirguet dans Politique

Coup de tonnerre, séisme politique, tremblement de terre, onde de choc, coup de théâtre, traumatisme, etc… la puissance des mots est insuffisante à rendre compte de l’ébranlement provoqué dimanche soir par l’annonce du Président de la République de dissoudre l’Assemblée nationale, à la suite du succès électoral du Rassemblement National.

Il s’agit indubitablement d’un événement, au sens donné par Alain Badiou à ce concept : « L’événement, écrit-il, est toujours imprévisible, il fend et pourfend l’ordre stagnant du monde en ouvrant de nouvelles possibilités de vie, de pensée et d’action. Une révolution en politique, une rencontre amoureuse, une innovation artistique, une découverte scientifique d’ampleur : ce sont là des événements. Ils font surgir quelque chose de profondément inédit, ils donnent lieu à une vérité jusque là insoupçonnée (…). Le sujet est celui qui ne demeure pas passif devant l’événement ; il se l’approprie, il s’engage résolument dans l’aventure qui se voit frayée ».

Avec l’événement, c’est le Réel qui envahit notre réalité quotidienne et la transforme. Il est, comme le Réel lacanien, impossible, en ce qu’il échappe à toute symbolisation : on ne s’y attend pas, et le langage de la réalité ne réussit à le nommer qu’approximativement, mais c’est un signe de vie.   

Avec l’annonce de la dissolution de l’Assemblée Nationale, nous nous sommes retrouvés confrontés à un surgissement brusque voire à une irruption violente ou une déchirure de notre vie quotidienne.

Dès ce moment, rien ne sera plus comme avant : la cruelle nudité du Réel nous saute à la figure, les masques tombent et, comme l’avance Emmanuel Macron,  se fomentent aux deux extrêmes des alliances contre-nature qui sont des bricolages d’appareils ».

La dissolution sera-t-elle bénéfique pour le pays et pour l’actuel Président de la République? Faisons crédit à ce dernier pour en être convaincu mais, en l’état, rien n’est moins sûr.

Si l’effet de clarification attendu de la vie politique française se produit, cet événement deviendrait un avènement, quelque chose d’inédit qui fonde un nouveau temps puisque  l’événement interrompt le temps dans lequel il advient. Il y met fin, pour le refonder. Ce qui ferait de l’événement un moment rare et extraordinaire.

Cependant, on ne mesure les effets d’un événement que dans l’après-coup. C’est le cas du traumatisme qui, pour un psychanalyste, ne peut être défini que par les effets  causés par l’effraction.

S’il est pertinent de penser que la décision présidentielle de dissolution constitue un traumatisme, on peut alors en déduire que le recours à de nouvelles élections, contraignant les partis politiques et leurs systèmes d’alliance à trouver de nouveaux équilibres, constitue véritablement une fracture, engendrant un trou dans lequel les organisations politiques se sont engouffrées sans délai et avec frénésie.

Dans cette situation où l’urgence semble commander, il me paraît essentiel de tenter de calmer le jeu et comprendre un peu ce qui se passe, d’essayer de se décaler pour ne pas se laisser emporter par les arguments caricaturaux et simplistes ou être fasciné par les déclarations fracassantes et à l’emporte-pièces des leaders politiques ou le débridement imaginaire voire délirant de la plupart des médias.

Comment s’en sortir ? Quelles réponses apporter à cet événement ?

Le recours aux conceptualisations et à l’expérience de la psychanalyse est peut-être un moyen de nous aider à nous dessiller les yeux et à nous désabuser.

Avec Lacan, la psychanalyse montre qu’à l’effraction traumatique est associé un fantasme qui constitue un mode de traitement du réel mis en jeu.

Quid de ce fantasme concernant notre actualité politique ? Quelques heures après la décision d’Emmanuel Macron, a surgi un signifiant : unité. S’unir ou périr, a-t-on pu entendre. Unité tant du côté de la Gauche que du côté de la Droite, unité aujourd’hui alors qu’hier, des positions diamétralement opposées sur des sujets fondamentaux témoignaient de pensées irréconciliables.

Pourtant, nous assistons depuis quelques heures à des opérations inouïes de gommage des divergences : Eric Ciotti rejoint Bardella, « l’ardoise magique des alliances à gauche » comme l’écrit Caroline Fourest, devient l’instrument préféré des promoteurs de ce nouveau « front populaire » devenu gadget électoral.  

Alors que l’événement-dissolution met en pleine lumière une multitude d’antagonismes, fantasmer du Un conduit à une tâche impossible, sauf à, comme l’exprime encore Caroline Fourest, « vendre son âme pour un plat de lentilles », et cela dans l’intérêt du pays, conformément à l’inusable langue de bois.

Dans un article remontant à une vingtaine d’années, le psychanalyste François Ansermet, à la suite de Lacan, distingue plusieurs temps consécutifs à un traumatisme, des temps non pas chronologiques mais des temps logiques.

Le premier temps, « l’instant de voir » est celui de l’effraction et de la sidération. Il projette dans la confusion, dans une stupéfaction renversante.

Le second temps – « le temps pour comprendre » - est celui où un essai de compréhension de ce qui arrive est tenté : trouver une explication, trouver des  raisons pour rendre compte de ce qui se passe. Ce à quoi s’emploient les multiples journalistes et commentateurs qui échafaudent hypothèses sur hypothèses. C’est un mode de traitement de l’événement, un traitement par le sens.

Il y a enfin le troisième temps – « moment de conclure » - : il s’agit de sortir du sens, de se décoller de l’événement traumatique pour passer à autre chose. C’est l’occasion d’une relance pour reprendre la main, redevenir acteur. C’est, dira Lacan, « trouver dans l’impasse même d’une situation la force vive de l’intervention », s’appuyer sur l’impossible à dire pour ouvrir à nouveau le champ des possibles, autrement dit produire un acte. C’est un moment d’urgence, la précipitation d’une décision pour s’extraire de l’enlisement.

François Ansermet propose de miser sur ce qu’il appelle « un principe de l’incertitude », qu’il importe du film de Manoel de Oliveira (O principio da incerteza) où on ne comprend pas ce qui arrive, où tout est incertain, où on ne saisit ce qui se passe que dans l’après-coup et d’une façon décalée.

Comme dans ce film, la vie se vit dans l’incertitude et, comme l’exprime le réalisateur, « le principe de l’incertitude décrit un monde où rien n’est sûr ; tout est caché. Dans la vie, tout se passe comme ça, on se trompe sur ce qu’on voit, on se trompe sur la vérité … je m’étonne de ce que je fais, je ne sais pas d’où ça vient ».

Or, il en va du traumatisme comme il en va de beaucoup de choses dans la vie : on en sort par l’intervention à côté, possiblement surprenante, par la création d’un écart. En se décalant de l’événement, on agit pour ne pas rester coller au traumatisme, pour trouver des solutions évitant l’installation dans une position de victime (posture préférentielle tant des Droites que des Gauches qui font de Macron celui qui les a fait exploser).

Encore faut-il pour cela, ajoute François Ansermet, « rendre supportable l’insupportable, pour retrouver l’incertitude fondamentale dont tout procède », aller au-delà des pesanteurs contraignantes induites par l’événement traumatisant pour permettre l’émergence d’autres formes d’inattendu.

Comme il y a un travail du deuil, il y a un travail de la dissolution à réaliser.

 

 

 

 

 

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Quand l'art rencontre la psychanalyse

Publié le 3 Juin 2024 par Jean Mirguet dans Art

Lacan, l’exposition sous-titrée Quand l’art rencontre la psychanalyse, proposée récemment au Centre Pompidou-Metz conviait les visiteurs à découvrir les connexions entre les œuvres marquantes du XVIe siècle à nos jours et les concepts forgés par Jacques Lacan, psychanalyste français et figure intellectuelle majeure du XXe siècle, décédé il y a 40 ans. Son héritage considérable constitue une boussole inestimable pour nous orienter dans les grands désordres actuels et interpréter l’époque contemporaine.

Lacan affirmait que « la psychanalyse est un remède contre l’ignorance » avant d’ajouter qu’elle était sans effet sur la connerie, qui ne se définit pas par l’absence d’intelligence mais plutôt comme une incapacité de penser contre soi-même, à l’instar de ceux - très souvent des belles âmes – qui nous abreuvent de leur sectarisme et leur dogmatisme.

Sartre prétendait que l’intellectuel est quelqu’un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas. A contre-pied de cette définition, l’intellectuel Lacan s’est précisément mêlé de ce qui, à la lettre, le regardait. En forgeant une théorie du regard faisant du sujet voyant un être d’abord regardé, il a donné au regard le statut d’un objet : une œuvre nous regarde en même temps que nous la voyons.

Dans la catalogue consacré à l’exposition, le critique d’art et historien de l’art Bernard Marcadé évoque le célèbre tableau de Hans Holbein Les Ambassadeurs. Y est peint au premier plan un objet oblique, représenté comme suspendu, que l’artiste compare à un os de seiche. Il s’agit d’une anamorphose qui nous confronte à l’étrange expérience de voir et d’être en même temps regardé.

Lacan est souvent revenu dans son enseignement sur cette anamorphose dont la déformation lui évoque ce que personne avant lui n’avait jamais vu : « L’effet d’une érection. Imaginez un tatouage tracé sur l’organe ad hoc

à l’état de repos, et prenant dans un autre état sa forme, si j’ose dire, développée (…) Qu’est-ce donc cet objet ? Vous ne pouvez le savoir – car vous vous détournez, échappant à la fascination du tableau. Ce n’est qu’en partant que, vous retournant, vous saisirez sous cette forme une tête de mort ». Il ajoute alors que « ce tableau n’est rien d’autre que ce que tout tableau est, un piège à regard ».

Du regard, Lacan a conçu un objet sophistiqué, appelé par lui objet petit a,  qui incarne le manque d’objet, élément fondamental dans l’existence, renvoyant à la relation au manque c’est-à-dire au trou, au vide, à la fente, à la faille, à la coupure, à la perte…

Ce que montre également l’infante dona Margarita, peinte au centre des Ménines de Velasquez : « Au centre de ce tableau est l’objet caché, dont ce n’est pas avoir l’esprit mal tourné de l’analyste mais pour l’appeler par son nom, parce que ce nom reste valable dans notre registre structural, et qui s’appelle « la fente ». Fente simultanément visible et cachée figurant l’objet a.

Dans « Lacan le montreur », son article publié dans le catalogue de l’exposition, le psychanalyste Gérard Wajcman cite l’hommage rendu par Lacan à son ami Merleau-Ponty. Il y écrit que « ce dont l’artiste nous livre l’accès, c’est la place de ce qui ne saurait se voir ». Il distingue la vision du regard, ce qui peut être vu et perçu de ce qui dans le visible échappe au visible : c’est cet écart d’avec le visible qui constitue le regard comme objet a c’est-à-dire comme cause du désir.

Autant dire, comme le note G. Wajcman dans un autre de ses livres, que si l’œuvre d’art fait voir, elle est seule capable de nous  faire voir ce que nous ne verrions pas avec nos yeux seuls. « Voir quoi ? La vérité ? Mais il n’y a pas de réponse unique à cette question. Elle demande d’être reposée dans chaque cas ».

A l’envers de Freud et des post-freudiens pour qui l’art était interprétable comme l’est une formation de l’inconscient, Lacan n’a jamais envisagé l’art comme une formation de l’inconscient. Pour lui, l’art n’est pas  une expression du sujet, elle en est une cause. Ce n’est donc pas la psychanalyse qui regarde l’art comme voudrait nous le montrer la psychanalyse appliquée mais l’art qui regarde la psychanalyse et le sujet-spectateur : qu’est-ce qui circule de l’œuvre d’art à celui qui la regarde, quels sont les effets de l’œuvre sur le spectateur ?

Si l’œuvre d’art n’est pas interprétable, par contre elle interprète et fait parler, fonction que partage avec elle le psychanalyste.

Aussi, présentifier et absentifier, dans un même mouvement, sont-ils ce qui bat au cœur du processus de toute représentation, note Bernard Marcadé.

Quand Magritte écrit « Ceci n’est pas une pipe » sur son tableau La trahison des images, il montre qu’une pipe représentée n’est pas une pipe, qu’elle reste une image de pipe qu’on ne peut ni bourrer ni fumer comme une vraie pipe. A l’instar de Lacan, on pourra ajouter que le mot « pipe », au sens de « fellation », fonctionne également comme objet cause du désir, occupant la place de « ce qui ne saurait se voir ».

Si « ce sont les regardeurs qui font les tableaux » comme le dit Marcel Duchamp, et si ce sont eux qui contribuent à lui donner un sens, pour Lacan, ce sont les artistes qui ouvrent le chemin aux psychanalystes, le mieux que puisse faire un analyste lorsqu’il s’aventure à parler d’une œuvre étant de faire chapeau bas devant l’artiste. « De l’art, écrira-t-il nous avons à prendre de la graine », précisant dans son Hommage fait à Marguerite Duras, du ravissement de Lol V. Stein que « le seul avantage qu’un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position, lui fût-elle donc reconnue comme telle, c’est de se rappeler avec Freud qu’en sa matière, l’artiste toujours le précède et qu’il n’a donc pas à faire le psychologue là où l’artiste lui fraie la voie. C’est précisément ce que je reconnais dans le ravissement de Lol V. Stein, où Marguerite Duras s’avère savoir sans moi ce que j’enseigne ».

L’art ne se réduit pas à être un objet à interpréter, il est en mesure de renseigner le processus analytique lui-même dans la mesure où il rend présent ce qui est absent et donne accès à ce que les discours ne peuvent dire.

Comme l’écrivait Mark Rothko, l’art est une aventure dans un monde inconnu, que seuls ceux qui veulent prendre des risques peuvent explorer. C’est en s’extrayant de l’attendu, en se risquant ailleurs, que l’artiste déploie des possibles.

Une œuvre d’art modifie voire transforme notre regard sur le monde. Elle nous implique dans ce que nous voyons. En somme, elle nous offre une autre paire d’yeux, sorte de prothèse à notre cécité qui nous empêche de pénétrer le mystère de l’énigme des choses.

« L’art ne reproduit pas le visible mais rend visible », disait Paul Klee. A quoi  Georg Baselitz ajoutait : « Il ne faut pas aller contre ce qui existe – et donc ne m’intéresse pas – pour aller vers ce qui n’existe pas encore ».

 

 

 

 

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LE SYMPTÔME MEURICE DU PEUPLE DE GAUCHE

Publié le 27 Mai 2024 par Jules Dumontel dans Racisme et antisémitisme

Le philosophe Jules Dumontel*,  interroge sur le site de l’INRER (Institut de recherches et d’études sur les radicalités)  le ressort comique central des chroniques de l’humoriste phare de France Inter et ce qu’elles révèlent des dynamiques sociales à l’œuvre.

Pendant quelques mois, j’ai écouté les chroniques de Guillaume Meurice sur France Inter : Le Moment Meurice. Au début, j’ai ri, et puis de moins en moins, jusqu’à être pris d’un certain malaise. Pour celles et ceux qui ne les connaissaient pas avant les polémiques récentes, les chroniques de Guillaume Meurice sont assez simples à résumer. Elles reposent sur le détournement comique de la formule du micro-trottoir. Guillaume Meurice interroge ses interlocuteurs avec une fausse candeur sur des sujets d’actualité. Ses interlocuteurs sont variés. Ce sont assez rarement des dirigeants économiques ou politiques, quelquefois des grands bourgeois croisés sur les marchés du XVIe arrondissement ou à Levallois-Perret, mais majoritairement ce qu’il appelle les « vraies gens[1] » : catégorie sociale hétéroclite qui va de la petite bourgeoisie salariée exploitée et aliénée des entreprises privées rencontrée sur des salons professionnels, aux commerçants telle la récurrente Édith – esthéticienne dont le salon est situé à proximité de la Maison de la Radio –, jusqu’aux badaud errant, concierge ou pilier de bar. Ces derniers remplissent l’office qu’il a assigné à sa chronique : faire savoir ce que pensent « les Français » d’un sujet d’actualité, faire entendre « la voix du peuple de France », comme il aime à le dire. Or ces Français que Guillaume Meurice fait parler enchaînent invariablement les énormités. À l’aide de mécanismes rhétoriques bien maîtrisés, il arrive rapidement – le montage aidant – à leur faire tenir toutes sortes de propos racistes, de bêtises, et à enchaîner les contradictions logiques ou les hypocrisies. Le plateau et le public de France Inter alternant alors en chœur et en cadence entre la réaction scandalisée et l’hilarité moqueuse générale.

Le malaise qui a percé au bout de quelques chroniques est venu de là. Je me suis demandé quelle était la visée politique de l’étalage systématique de la bêtise, du racisme, de la mesquinerie, de la misogynie, de l’égoïsme de ces « vraies gens », des « Français de la rue ». Dans l’atmosphère surpolitisée de l’émission dans laquelle Meurice officie, je me suis demandé à quel but politique autre qu’antidémocratique de telles chroniques servaient, puisque la conclusion de l’équipe en plateau était systématiquement de l’ordre de : « Ça fait peur ! », « Eh oui, c’est ça la France… », « Et dire que ces gens votent… », etc. Mon malaise a persisté, mais c’est finalement la lassitude qui l’a emporté. Car davantage encore que malaisant, le format du Moment Meurice est surtout redondant, l’effet recherché et provoqué étant toujours le même et l’étant, qui plus est, à l’aide d’un étau logique qui n’est pas lui-même sans faiblesses. J’ai donc arrêté d’écouter Guillaume Meurice.

Sous ce rapport, je suis une exception puisque les auditeurs de France Inter continuent, eux, de plébisciter la séquence. Il faut prendre la mesure du succès de Guillaume Meurice. Pendant longtemps ses chroniques ont été quotidiennes, puis elles sont devenues hebdomadaires, mais sa popularité ne s’est jamais démentie. On parle de plusieurs centaines de milliers de revisionnages pour chacune rien que sur Youtube. Elles ont fait de lui la star des humoristes de Radio France, et plus largement un comique très en vue qui se décline en livres (plusieurs par an), en spectacles et même en podcast. Dans son dernier spectacle il s’imagine désormais candidat à la présidence de la République, et dans son podcast il reçoit de très sérieux invités : des experts en tout genre présentés comme les membres de son futur gouvernement. Mais évidemment, tout ça reste de la blague

Depuis quelque temps j’observais ce succès de loin, avec un désintérêt mêlé de cette même inquiétude persistante mais difficile à caractériser, lorsqu’est arrivée la fameuse blague. Une blague prononcée une première fois en novembre 2023 et répétée, sous l’ovation du public, il y a quelques semaines. Cette blague a été lumineuse comme un éclair. Elle m’a aidé à cerner mon inquiétude et ce que je crois être les raisons du succès de Guillaume Meurice. Elle m’a aidé à mettre le doigt sur une tendance du « peuple de gauche », celui qu’on n’entend jamais dans les chroniques de Guillaume Meurice mais qui les écoute religieusement.

***

« Netanyahou, une sorte de nazi mais sans prépuce. » Qu’est-ce qui fait rire Guillaume Meurice et son public dans cette « blague » ? Il faut en décomposer les différents éléments. Il y a d’abord la drôlerie de la transgression. Le rapprochement entre le Juif et le nazi, la confusion du bourreau et de la victime est la transgression d’un interdit. Mais un interdit d’un registre différent pour les uns et les autres. Pour les uns, c’est un interdit qui contient – au sens qu’il tient à distance – une blessure. On ne confond pas les Juifs et les nazis parce que la peine ou la honte persiste de ce que les nazis ont fait aux Juifs. Pour ceux-là – les blessés –, la transgression de l’interdit est une violence qui vient redoubler la douleur que contenait l’interdit. Mais pour d’autres, l’interdit ne renvoie pas ou plus à aucun affect. L’interdit est une convention. Et la transgression d’un interdit qui n’était qu’une convention ouvre à un rire : le rire de transgression, précisément. Le rire qui s’exprime alors est un rire égoïste, mais pas nécessairement un rire antisémite. Guillaume Meurice est de gauche. Autrement dit, il se vit comme innocent de toute responsabilité dans ce que les nazis et leurs collaborateurs ont fait aux Juifs, et de tout ce que les autres ont laissé faire. Comment lui jeter la pierre quand on voit tous les jours le déni total que constitue l’antisémitisme de gauche et les mythes d’une gauche uniformément résistante et protectrice des Juifs ? Donc, pas de honte chez lui. Et Guillaume Meurice est de son temps. D’un temps où la Shoah s’éloigne et où la persistance de la peine passe de moins en moins par la mémoire diffuse et de plus en plus par l’épreuve de la transmission directe du traumatisme vécu. Sans peine ni honte, l’interdit devient une convention que l’humoriste peut transgresser, provoquant, ce faisant, le rire. Qu’il ne se pose pas la question de la fonction sociale des interdits, qu’il ne considère pas de son rôle d’humoriste d’interroger les interdits à transgresser et ceux qui doivent persister, cela fait assurément de lui un irresponsable, mais pas encore un antisémite.

À moins qu’il se soit précisément posé la question. C’est ce qu’on est en droit d’attendre du caractère « engagé » revendiqué de l’humour de Guillaume Meurice : c’est un comique qui dénonce, c’est un comique qui charge son office humoristique d’une fonction politique. Dans cette transgression que constitue la nazification d’un Juif ce n’est donc pas seulement son humour qui s’est déployé, c’est aussi son engagement : la transgression de la convention de non-nazification des Juifs a produit le rire chez ceux qui étaient indifférents à l’interdit mais, immédiatement après la décharge humoristique, le caractère engagé de la mise en équivalence dans un contexte donné a produit les applaudissements. C’est de cette prise de position volontaire qui se cache dans la blague, mais qui elle n’est drôle pour personne, pas même pour ceux que la blague a fait rire, qu’il faut donc discuter si l’on veut juger de l’antisémitisme, ou non, de Guillaume Meurice : la mise en équivalence entre Juif et nazi est-elle antisémite ? Je crois qu’elle ne l’est pas nécessairement. Assurément, elle nourrit l’antisémitisme. Produire un discours de nazification d’un Juif, c’est donner une matière aux antisémites qui considèrent que les Juifs sont des dominateurs nés – et que c’est encore leur domination que signale la place que l’on a donnée au nazisme sur l’échelle du mal, place que l’on réduit d’autant mieux dès lors que l’on confond les victimes et les bourreaux. La mise en équivalence leur permet donc de justifier leur antisémitisme et potentiellement leur passage à l’acte. Mais on a là une conséquence indirecte de la mise en équivalence de Guillaume Meurice, pas nécessairement sa visée. Du moins, le bout de cette phrase ne permet pas encore de trancher la question. Pour ma part, j’aurais plutôt tendance à pencher, à ce stade, pour l’indifférence et la stupidité davantage que pour l’antisémitisme. Guillaume Meurice est un Blanc, un Français, qui n’a connu que la paix, la démocratie, la société du capitalisme d’abondance. Ce que l’Histoire fait aux peuples, aux gens, il n’en a aucune idée. La différence entre une guerre, un massacre, un nettoyage ethnique, un génocide, la Shoah… Toute la gradation et la subtilité de l’horreur des crimes de masse lui sont totalement étrangers. Il y a le mal. Il y a le bien. Il y a les méchants. Il y a les gentils. L’un des noms du mal est « nazi ». Netanyahou est un méchant. Donc Netanyahou est un nazi. Qu’en plus – consciemment ou non –, faire des Juifs les méchants permette de relativiser la méchanceté de ceux qui ont été complices de l’extermination des Juifs entre peut-être en jeu, mais c’est indémontrable. Qu’en plus – consciemment ou non –, se ranger du côté des Palestiniens soit envisagé comme une manière de se rapprocher, pour un petit Blanc qui en est si éloigné, des Arabes d’ici malmenés par les méchants Français d’ici entre peut-être en jeu, mais c’est indémontrable. Bref, tous ces motifs sur lesquels glosent les commentateurs peuvent jouer, mais nous sommes là dans le domaine de l’inextricable. Et dans tous les cas, il me semble qu’il reste impossible de déceler dans ce seul bout de blague – « Netanyahou, une sorte de nazi » – la manifestation certaine d’un antisémitisme. Il peut y en avoir, mais ce n’est pas certain. Ce qu’on est certain d’y trouver c’est seulement de l’indifférence à la douleur des uns, une inconséquence vis-à-vis de la fonction sociale de l’humoriste, une irresponsabilité vis-à-vis de l’antisémitisme latent, ainsi qu’énormément, vraiment énormément, d’inculture et de bêtise ethno- et égocentrée.

La deuxième partie de la blague, bien que moins commentée, est en réalité plus problématique. En ajoutant que Netanyahou est une sorte de nazi « sans prépuce », Guillaume Meurice a choisi de désigner le Juif d’une certaine manière. De tous les traits pour désigner la judéité, il en a choisi un, précis. Sans même piocher dans tous les stéréotypes plus ou moins désobligeants, on aurait pu songer à mobiliser d’autres traits. Quelque chose comme « Netanyahou, une sorte de nazi à kippa » aurait eu le même caractère explicite de désignation du Juif. Mais voilà, l’attrait du prépuce a été le plus fort[2]. Or cette désignation des Juifs par leur absence de prépuce est une constante du discours antisémite de droite. Dès les premières années du XXe siècle, l’extrême droite d’un Léon Daudet insistait sur cette absence de prépuce pour désigner les Juifs et cette désignation a été massivement usitée par l’Action française dans l’entre-deux-guerres, ou encore par Céline dans ses pamphlets antisémites. Désigner les Juifs par leur absence de prépuce relève donc effectivement de l’humour. Mais, cette fois, d’un humour clairement antisémite. En désignant les Juifs par leur « non-prépuce », on opère leur dévirilisation : le Juif n’est pas un vrai mâle puisqu’il n’a pas un pénis entier, il n’est pas un homme puisqu’il a été amputé dans son attribut d’homme ; contrairement au non-Juif qui, lui, est un homme, un vrai mâle. Le rire ne surgit plus ici de la transgression, il surgit de l’humiliation. C’est un rire sadique qui manifeste la jouissance de la domination de l’humoriste, et du rieur, sur le Juif dévirilisé[3]. Bref, c’est de l’antisémitisme comique, mais de l’antisémitisme pur. Ici le désir de dominer le Juif, de l’assujettir, est clairement exprimé.

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Là où cet humour antisémite de Guillaume Meurice devient intéressant, c’est par la clé de lecture de son humour en général, qu’il offre a posteriori. Ce thème – l’un entre mille – de la grammaire de l’antisémitisme, qui s’est manifesté dans cette volonté répétée de désigner le Juif par son absence de prépuce, a en effet joué le rôle de révélateur d’une certaine disposition sadique à l’humiliation. Autrement dit, ce que cette blague antisémite a révélé, c’est ce que la présentation apparente de Guillaume Meurice comme humoriste de gauche dans une émission de gauche, maniant parfaitement tous les idiomes du discours de gauche de ces dernières décennies, m’avait masqué si longtemps : ce fait – pourtant si massif – que le ressort comique central de ses chroniques repose précisément sur l’humiliation.

Guillaume Meurice est un humoriste de l’humiliation. C’est dans l’humour sadique qu’il excelle. Son propre personnage d’un petit gars qui ne cesse de mettre en avant sa faiblesse physique, sa médiocrité – c’est le titre d’un de ses derniers livres, Petit éloge de la médiocrité[4] – installe précisément une posture masochiste qui permet de maximiser la jouissance sadique de l’humiliation. Le succès de Guillaume Meurice était donc là : de son personnage à son format de chronique, il a construit le cadre parfait pour l’expression à gauche d’un rire sadique par l’humiliation des « vraies gens ».

Reste alors une question : de quoi le succès de Guillaume Meurice est-il l’inquiétant symptôme ? Que dit-il des dynamiques morales qui traversent le « peuple de gauche » ? Les humoristes de France Inter, et Guillaume Meurice en premier lieu, en plaisantent fréquemment : leur public serait essentiellement constitué de fonctionnaires, et notamment de professeurs, ou d’intermittents du spectacle. Aussi divers qu’ils soient, ces groupes sociaux – disons, la petite bourgeoisie intellectuelle de gauche – a connu depuis plusieurs décennies un déclassement social majeur, économique autant que symbolique. Depuis cette trajectoire sociale, le succès de Guillaume Meurice peut donc s’envisager comme une réaction à ce déclassement. Une réaction d’un certain type qu’on pourrait appeler une compensation humiliatrice de déclassés. La jouissance sadique permise par l’humiliation qui sous-tend l’humour de Guillaume Meurice est la voie que prend la réaction de la petite bourgeoisie intellectuelle de gauche pour supporter, pour compenser son déclassement. On en trouve d’ailleurs un indice dans un running-gag du Moment Meurice. Alors que l’humoriste varie chaque jour les interviewés, il a depuis quelques années un habitué : Roger. Ce Roger, tête de Turc préférée parmi tous les idiots dont se moque Guillaume Meurice, a une particularité. Pour Roger, toutes les calamités de la France sur lesquelles l’interroge l’humoriste ont une seule et même cause. Une cause unique qui clôt invariablement toutes ses diatribes : « C’est la faute à Mitt’rand ». Roger, l’humilié suprême parmi tous ceux dont Meurice se moque, a une fonction précise où toute l’économie morale du succès de Meurice se révèle : son humiliation relie la jouissance sadique compensatrice à sa cause génératrice, un déclassement qui se retourne nostalgiquement vers l’époque mitterrandienne idéalisée où la petite bourgeoisie intellectuelle de gauche dominait le pays.

Je pose tout ça comme une hypothèse. Mais si j’ai raison, alors il faut que ceux qui défendent aujourd’hui Guillaume Meurice sachent ce qu’ils défendent. En ce qui me concerne, que le catalyseur humiliateur du besoin de jouissance sadique compensatoire qui caractérise une partie de la petite bourgeoisie intellectuelle de gauche déclassée puisse être privé de sa tribune me semble plutôt être une bonne nouvelle pour la gauche — quelles que soient les raisons qui motiveront ceux qui prendraient la décision de le licencier. Les dynamiques électorales, les dynamiques politiques elles-mêmes sont secondaires dans l’histoire. Ce qui compte, ce sont les dispositions morales qui se développent dans les groupes sociaux qui vivent des dynamiques d’ascension, de stagnation ou de déclassement social. Le déclassement qu’éprouve la petite bourgeoisie intellectuelle de gauche n’a pas nécessairement à susciter cette compensation par la jouissance sadique de l’humiliation des « vraies gens », qui trouve aisément un débouché antisémite, que Guillaume Meurice leur propose. Elle peut déboucher sur la lutte organisée pour une exigence de réparation au nom de la justice. Du moins, si c’est la gauche qu’on veut raffermir.

* Philosophe à la ville, Jules Dumontel a souhaité rester anonyme. Nous avons néanmoins décidé de publier son texte car, si rude et douloureuse qu’elle soit, son analyse du « phénomène Meurice » est remarquable.


[1] Guillaume Meurice, Les vraies gens : sociologie du trottoir, JC Lattès, 2022.

[2] Le 21 janvier, Guillaume Meurice annonçait sur X (ex-Twitter) la sortie de son livre revenant sur la polémique consécutive à sa blague par un laconique « Émoji prépuce » – https://twitter.com/GMeurice/status/1760238135974183181. Le 17 mai, le « collectif Ibiza » – un groupe d’activistes de gauche – s’est rendu à Radio France déguisé en pénis circoncis de Netanyahou pour manifester son soutien à Guillaume Meurice.

[3] Sur ce thème, voir par exemple Pierre Birnbaum, Un mythe politique : la « République juive », et notamment le septième chapitre « Hermaphrodisme et perversions sexuelles », Paris, Fayard, 1988.

[4] Guillaume Meurice, Petit Éloge de la médiocrité, Paris, Les Pérégrines, 2023.

 

 

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Le psychanalyste et le bruit

Publié le 8 Mars 2024 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

Alors que les médias et le grand public se gargarisent des accusations de viols et d’agressions sexuelles portées contre Gérard Miller, le « psychanalyste star des plateaux télé », interrogeons-nous sur l’usage du titre de psychanalyste et sur les effets de l’usage de ce titre sur la psychanalyse elle-même.

"Gérard Miller, psychanalyste", ne cesse-t-on de lire et d’entendre … Oui, certainement, dans l’intimité de son cabinet, mais ailleurs ?

Est-il psychanalyste lorsque, dans un communiqué de presse, réfutant les accusations portées contre lui, il affirme comprendre que l’on puisse dire qu’un rapport inégalitaire existait avec les femmes bien plus jeunes que lui qu’il séduisait ? « Psychanalyste, universitaire, auteur, chroniqueur télé et radio, j’étais de fait un homme de pouvoir », dit-il. Il ajoute « qu’il y avait dès lors une dissymétrie “objective”, dont on peut se dire aujourd’hui qu’elle était rédhibitoire». Quid alors de sa place de psychanalyste dans cette dissymétrie ?

Est-il encore psychanalyste dans les multiples lieux où ses nombreux talents le conduisent ? Il enseigne, écrit, est réalisateur, acteur de cinéma et de théâtre, chroniqueur et éditorialiste à la radio et à la télé, militant politique.

Est-il psychanalyste partout et toujours ? Peut-on être psychanalyste partout et toujours ? À en faire son identité, à être psychanalyste à part entière, ne commet-on pas une usurpation ? Que deviennent le psychanalyste et la psychanalyse dans ce foisonnement d’activités et cette recherche persistante de l’audience ?

On pourra me rétorquer que, après tout, rien n’interdit à un homme comme lui de faire étalage de ses innombrables dons et de son habileté dans le vaste domaine de la représentation.

Rien n’interdit cela sauf que, quelque soit le lieu de ses interventions, sa qualité de psychanalyste, donc sa fonction de psychanalyste, toujours accolée à son nom, ne va pas sans poser la question d’un manquement à l’éthique.

Gérard Miller, élève de l’École fondée par Jacques Lacan et diffuseur avec d’autres de son enseignement,  n’ignore sans doute pas ce qu’énonçait Lacan dans une conférence prononcée en 1967 à Rome, connue sous le titre « La psychanalyse. Raison d’un échec » (Jacques Lacan, Autres écrits, 2001). Lacan y livre sa pensée sans détour : « Le bruit ne convient pas au psychanalyste, et moins encore au nom qu’il porte et qui ne doit pas le porter »

Ce jugement sans appel est la conséquence logique des préoccupations que Lacan a toujours eues concernant l’enseignement de la psychanalyse et la clinique analytique. Il faut rappeler qu’il avait fondé son École en vue d’un travail qui, je cite « - dans le champ que Freud a ouvert, restaure le soc tranchant de sa vérité ; – qui ramène la praxis originale de la psychanalyse dans le devoir qui lui revient en notre monde ; – qui par une critique assidue, y dénonce les déviations et les compromissions qui amortissent son progrès en dégradant son emploi».

Tout au long de son parcours, il n’aura de cesse de dénoncer les déviations, tels, par exemple, les effets de groupe.

Lacan ne courait pas après le succès de la foule ; pour lui, le psychanalyste n’est ni bateleur, ni comédien, ni cabotin. Le succès qu’il recherche est ailleurs, c’est celui du rapport de la tâche à l’acte : « La tâche, dit-il, c’est la psychanalyse. L’acte, c’est ce par quoi le psychanalyste se commet à en répondre. »

Les accusations auxquelles Gérard Miller est confronté, qui se multiplient, qui se répètent comme si elles revenaient toujours à la même place, attestent que quelque chose en lui n’a pas marché, ce qui est la définition même du symptôme. Des accusations qui viennent faire échec aux pratiques de celui cruellement surnommé « Divan le terrible ».

Un constat s’impose : celui d’une rencontre manquée, d’une rencontre ratée entre ce personnage bavard, tapageur et la psychanalyse.

Il est trop tôt pour mesurer les effets de cet événement sur les rapports du public et de la psychanalyse, déjà mise à mal et attaquée depuis quelques années.

Mais, ayant oublié ou refoulé ce que Lacan lui avait enseigné en matière d’éthique, Gérard Miller vient de rendre un fort mauvais service à cette science qu’il a piètrement servie.

 

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En Israël comme en Palestine, boiter n’est pas pécher

Publié le 23 Février 2024 par Jean Mirguet dans Israël et Palestine

Un peu plus de quatre mois après le pogrom du Hamas en Israël, Delphine Horvilleur s’interroge dans son nouvel essai, Comment ça va pas ? Conversations après le 7 octobre (Grasset, à paraître le 21 février), sur le choc du 7 octobre et ses conséquences multiples, pas tant dans la vie des Israéliens et des Palestiniens que dans les nôtres, ici. Où plus rien ne semble aller de soi.

Au cours de deux entretiens parus l’un dans Le Monde, l’autre dans Télérama, elle explique la nécessité dans laquelle elle s’est trouvée d’avoir recours à l’écriture pour tenter de renouer un peu de ce qui s’est brisé. En prenant la plume, elle s’est lancée dans des conversations virtuelles avec elle-même, ses enfants, Israël… Et les fantômes de son histoire familiale qui lui revenaient en plein cœur. « Le point de départ de ce livre, explique-t-elle, ce sont certes des conversations, mais d’abord avec mes propres fantômes. En particulier avec ceux de mes grands-parents : après le 7 octobre, j’ai eu le sentiment que mon histoire familiale et ses douleurs hurlaient en moi ».

De son écriture, elle a fait une « entreprise de survie », les événements qui ont bouleversé ses certitudes et mis à nu ses fragilités, l’ayant plongée dans un abîme de questionnements. « Je me demande encore pourquoi, par exemple, les organisations féministes dans le monde ont si peu condamné la violence sexuelle du Hamas à l’égard des Israéliennes, malgré des faits parfaitement documentés. Ces organisations ont toujours dénoncé les viols comme crimes de guerre. Quand ça touche des Juives, il n’y aurait plus personne ? Ce silence est sidérant. »

Pareillement, le refus de certains de ses proches de participer à la marche contre l’antisémitisme le 12 novembre dernier (alors que les actes antijuifs étaient en pleine recrudescence) l’a anéantie : « Des gens que je connais bien, parfois des amis, ont refusé de s’y rendre au prétexte que le Rassemblement national s’y trouvait. Moi non plus, je n’ai pas envie de défiler avec le RN… Mais pourquoi m’abandonner comme juive, me laisser seule, au prétexte qu’ils sont là ? Si dans ces moments essentiels, nous ne sommes plus côte à côte, que se passe-t-il pour l’avenir de nos combats ? Ces derniers mois, j’ai vu des failles, des lâchetés, qui sont difficiles à digérer. »

A la question de comment rendre compte de la permanence de l’antisémitisme, elle répond que « l’antisémitisme, sur lequel elle travaille depuis des années, continue à la bluffer par sa puissance et sa capacité mutante à faire feu de tout bois. Selon les époques, on a accusé les Juifs d’être trop riches ou trop pauvres, trop féministes ou trop patriarcaux. De ne pas avoir d’État et, maintenant, d’en avoir un. L’antisémitisme n’a pas attendu la colonisation ou les frappes de Tsahal pour se manifester, il est constamment recyclé. Aujourd’hui, on présente le Juif comme étant, en toutes circonstances, le fort, le dominant, l’être en contrôle. C’est grotesque. Parmi ceux qui relayent ces clichés, beaucoup le font sans même réaliser ce que leur bouche dit. Ils parlent comme les ventriloques d’un antisémitisme ancestral. »

Qu’est-ce donc, se demande-t-elle, que le conflit israélo-palestinien réveille  au plus profond de nous ? « L’antisémitisme n’a rien à voir avec les juifs (…) Le juif est le nom de ce qu’il est de bon ton de haïr pour fédérer », dit-elle. Comme Obama qui avait déclaré que nous sommes tous des Juifs parce que l’antisémitisme est un condensé, l’expression d’un mal qui traverse tant l’histoire humaine ou comme Frantz Fanon qui nous avertissait,  en reprenant les paroles de son propre professeur de philosophie : "Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous ». « Il y a dans la haine du juif une problématique de rapport à nos origines, liée au fait que, pour les chrétiens et les musulmans, les juifs sont ceux qui étaient là « avant ». Or, faire face à celui qui était là avant oblige à faire face à nos dettes. Que doit-on au monde qui nous précède ? ».

En s’exprimant ainsi, elle dit craindre que les gens considèrent qu’elle ne minimise la souffrance palestinienne. Ce serait mal comprendre son propos car « ce qui se passe au Proche-Orient est, dit-elle, terrible pour les uns et les autres. Les Palestiniens ont des droits sur cette terre et leur rêve d’autodétermination est légitime. Mais la justice et la paix ne viennent jamais de la diabolisation de l’autre ».

Elle rappelle que, dans la Bible, « Israël est le nom d’un homme, celui du patriarche Jacob qui ressort victorieux de sa lutte contre un ange qui lui donne le nom d’Israël. Mais s’il a gagné son combat, Jacob-Israël demeurera boiteux pour le restant de ses jours ». Son frère jumeau est Esaü, l’homme conquérant et puissant. Pourtant, ce n’est pas par lui que passera l’alliance avec Dieu, mais par Jacob le boiteux. Tout au long du texte biblique d’ailleurs, l’alliance passe par ceux qui acceptent leur vulnérabilité : Abraham va devoir vivre avec sa stérilité, Isaac avec son aveuglement, Moïse avec son bégaiement. Celui qui, à l’instar d’Esaü, mise sur la force fait un choix dramatique qui l’éloigne de la promesse biblique. 

« L’histoire d’Israël dans la Bible, c’est donc la conscience qu’on ne sort pas indemne des combats qu’on a menés dans l’existence, qu’il faut apprendre à vivre avec tout ce qui claudique dans nos vies. Il y a là une vraie leçon pour Israël, qui, ces dernières décennies, a cru être à l’abri des claudications de l’histoire juive. Or, l’Etat d’Israël s’est construit sur un narratif de force qui l’a mené – en particulier l’actuel gouvernement – vers une hubris de pouvoir. En galvanisant les extrêmes, ce narratif de puissance menace aujourd’hui son avenir ».

Plus généralement, la rabbine juge ce récit biblique pertinent pour chacun d’entre nous puisqu’il pose la question de savoir comment continuer notre chemin avec nos failles. Aussi, « le 7 octobre a-t-il eu cet effet sur beaucoup d’entre nous de ne pas pouvoir réparer le drame absolu de cette jeunesse décimée en Israël, de ces enfants morts en Palestine. Mais il nous faudra apprendre à vivre avec notre claudication éternelle. Elle nous oblige. La mort de tous ces enfants et innocents est un drame absolu. Il ne faut jamais cesser de le répéter. Pourtant, à chaque fois qu’on m’interroge, je sais que, quoi que je dise, ce n’est pas suffisant pour mon interlocuteur. En tant que juive, pour apparaître légitime, je dois commencer mes phrases en rappelant à quel point la situation à Gaza est terrible, avant d’évoquer la douleur israélienne, elle aussi insupportable. Notre langage est comme pris en otage, lui aussi parasité par les passions, et on voudrait en permanence que je somme je ne sais qui que tout s’arrête immédiatement… ».

Mais, dit-elle, il y a, « dans chaque camp, une forme d’idolâtrie. Du côté juif, Israël est devenu, pour certains, une sorte de veau d’or qui annihile tout esprit critique. De même, la place que joue aujourd’hui la Palestine dans la conscience arabe est un drame. Elle censure bien des paroles mesurées dans un soutien inconditionnel où la fin justifierait tous les moyens, déresponsabilisant ainsi les assassins. Rares sont les voix qui osent le dire librement ».

Au lendemain du 7 octobre, elle dit avoir été « dévastée par le silence de voix palestiniennes en France et leur absence de condamnation de la barbarie du Hamas ». Il lui semblait si simple de dire à quel point le combat des Palestiniens était légitime, tout en se désolidarisant de la barbarie terroriste. Elle a alors cherché à converser avec de nombreux amis arabes et à tout faire pour éviter cet entre-soi des douleurs. « Tenter de comprendre combien ce conflit nous défigure et l’empêcher de nous rendre étranger à l’autre : voilà le défi infini ».

Elle ne croit pas que la solution viendra des généraux ou des politiques, mais qu’elle viendra davantage des poètes, de ceux qui donnent au langage une dimension de vérité pour faire naître des idées et des sens bien au-delà du texte écrit. C’est pourquoi, dit-elle, son livre s’ouvre avec un poète palestinien et se termine avec un poète israélien.

Heureusement, affirme-t-elle, « nous ne sommes pas “que” ce qui nous est arrivé… seulement ce qu’on en fera ». On pense alors au « Boiter n’est pas pécher », citation du poète Rückert, tirée des Deux florins, avec laquelle Freud termine son Au-delà du principe de plaisir et dont Lucien Israël donne, dans son livre au titre éponyme, cette traduction :

Je boîte mais non pour le plaisir de boiter,

Je boîte pour manger, je boîte pour boire,

Je boîte où des étoiles d’espérance me font signe

Je boîte où des florins me font un clin d’œil.

Ce qu’on ne peut obtenir d’un coup d’aile, il faut l’atteindre en boitillant.

Il vaut mieux boiter que se perdre corps et biens.

L’écriture dit : que boiter n’est pas péché.

« Nous sommes tous hantés par des voix intérieures, conclut Delphine Horvilleur. Aujourd’hui, je dévoile celles qui m’habitent. Et j’espère nouer la conversation avec celles et ceux qui sont prêts, eux aussi, à exhiber leur vulnérabilité. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Vivre sa « Meilleure vie » avec Coralie Garandeau

Publié le 28 Janvier 2024 par Jean Mirguet dans Littérature

Le décor : l’étang de Berre, le deuxième plus vaste lac salé d’Europe, une petite mer intérieure reliée à la Méditerranée par un canal, bordé par l’immense site de l’ancienne raffinerie de pétrole TotalEnergies, surplombé par la carrière des Boutiers où le calcaire est transformé en blocs pour les digues du port ou en sable pour la construction. Le quartier de La Mède qui, sous les torches de la raffinerie, ne respire pas l’air du large, au contraire.

Et, au sein de ce paysage industriel, une villa des années 80, « camp de base » de l’association Wings of the Ocean que Coralie Garandeau rejoint durant un mois. Elle y retrouve une communauté d’une vingtaine de joyeux et enthousiastes militants, à l’énergie contagieuse, engagés dans des actions de dépollution du littoral. Un peu plus loin, amarrés le long de l’unique quai du port de la Mède,  attendent les bateaux-dortoirs des bénévoles.

Mais « qu’est-ce que je fais là au juste ? », se demande la journaliste, bien qu’elle sache vouloir s’engager pour la cause qui lui tient à cœur, être prête à répondre à l’urgence climatique.

D’emblée, puisqu’elle est journaliste, il lui est proposé d’intégrer le pôle investigation mais un questionnement la taraude et qui ne la lâchera plus : comment concilier son éthique de journaliste indépendante et l’engagement militant ? Est-elle capable de tout lâcher pour suivre un mouvement auquel elle croit ? L’idée de « passer de l’autre côté, d’arracher son étiquette et rejoindre ceux qui dansent » est palpitante. Se dépouiller d’une partie de ce qui l’identifie, sortir de sa zone de confort et ne pas céder sur son désir ? Ce n’est pas si simple mais « vivre une expérience d’engagement de l’intérieur, pleinement, et sans distance ni contrainte », c’est là son désir, celui d’une femme courageuse, prête à tenter l’aventure en terre inconnue. Elle, ce qu’elle veut vivre, « c’est l’engagement désintéressé et la liberté », un terme que l’on retrouve  souvent au fil des pages.

Elle participe à son premier événement, la 46e opération de dépollution qui se déroule à la plage du Jaï, à Marignane : ramassage des déchets qui, pour la plupart d’entre eux, sont du polystyrène et des morceaux de plastique, le matériau roi de la grande consommation.

Puis, c’est la découverte du Kraken qui vient d’être amarré au beau milieu du Vieux Port de Marseille, à l’occasion du Congrès mondial de la nature. Cet ancien chalutier reconverti en trois-mâts, symbole de l’association Wings of the Ocean, va « servir d’appât pour attirer donateurs, journalistes et bienfaiteurs ». Maud, la responsable de la communication de Wings, lui lâche dans un souffle que, comme d’autres, sa rencontre avec ce bateau mythique l’a conduit à laisser tomber des projets en cours : « Tu te laisses grignoter par la cause qui te motive. Je suis loin d’être la seule à avoir vécu ça chez Wings ! Fais gaffe, ça pourrait t’arriver à toi aussi ! Le journalisme, c’est comme la com, c’est bien, à condition d’en sortir ! ».

Notre héroïne acquiesce … manifestement, la petite graine de l’engagement a commencé a germé. Mais à quoi cet embryon va-t-il donner naissance ?

Elle est enthousiasmée par la première « Fashion Wings » qui se déroule un samedi après-midi en plein Vieux Port de Marseille. Il s’agit d’un faux défilé de mode en forme de flashmob, à l’humour décalé, qui dénonce sans culpabiliser.

Au fil de son récit, elle nous fait découvrir plusieurs des bénévoles : parmi eux, Julien qui dirige l’association et dont la personnalité, écrit l’auteure, suscite autant de commentaires positifs que caustiques. Son personnage fascine. Ayant, selon ses dires, une propension à se mettre « dans un déséquilibre vers l’avant », le directeur de Wings est un électron libre qui s’éprend des bateaux comme des gens, sur un coup de tête, n’est jamais là où on l’attend, toujours occupé à déployer l’association un peu plus loin. « Il a cette capacité », témoigne Salomé, à faire confiance, et faire sentir aux gens qu’ils sont chez lui chez eux », il sait mettre à l’aise et se rendre disponible à chacun.

Victor, qui dit vivre sa meilleure vie, est le photographe du Kraken et responsable de la communication de l’association.

Il y a Justine, la cheffe de projet, qui anime avec virtuosité le briefing quotidien.

Augustin, diplômé d’HEC, est également chef de projet.

Quant à Vincent, il est passé d’un ancien travail dans l’évènementiel  à la préparation de la manifestation de fin de mission de l’étang de Berre.

De son côté, Rosalie, l’ex assistante sociale, après avoir mené des actions de choc, est arrivée à Wings pour participer à des combats plus apaisés. Pour elle, « tout le monde en venant ici se trouve à la croisée des chemins et vient chercher des expériences différentes. Au final, ils éprouvent tous cette sensation d’être au bon endroit, au bon moment et avec les bonnes personnes ».

Loïc, le cuisinier, a, pour sa part,  besoin d’alterner le militantisme doux de Wings et l’activisme de terrain comme le blocage de bateaux de pêche au cours desquels on risque sa vie.

Er puis, il y a les nombreux couples qui naissent au sein de l’association : Quentin et Marie, à l’origine de la mission de l’étang de Berre, Julie et Victor les responsables du Kraken, Tom et Ninon « les perdreaux de l’été ». « Un vrai love boat, écrit l’auteure, comme dans La croisière s’amuse ».

De ses rencontres avec ces aventuriers qu’elle admire, Coralie Garandeau confie qu’elle en ressort un peu ivre.  Reste qu’elle n’est pas dupe de cet enchantement car, au fond d’elle, un doute subsiste : a-t-elle misé sur le bon cheval ?

Le type de bénévolat adopté par l’association Wings of the Ocean s’apparente à celui des woofers qui, en échange d’un travail, sont nourris, logés, blanchis par la communauté qui les accueille. L’association salarie également quelques personnes mais il n’y a pas de différence notable entre bénévolat et salariat puisque ce sont les compétences transversales des uns et des autres qui sont valorisées, générant une mixité sociale entre intermittents activistes et jeunes diplômés à l’orée de leur carrière.

Le dossier de presse de Wings mentionne que l’association est « un centre de rencontre où sont partagées des inquiétudes et des solutions et idées vis-à-vis de la crise environnementale. Ce partage se matérialise dans des actions concrètes et collaboratives, créant une communauté de personnes engagées ».

Chemin faisant, Coralie Garandeau nous apprend, grâce à Kay, que pendant longtemps, on a beaucoup trié en espérant que plastiques mous et plastiques durs pourraient être revalorisés avant de découvrir que certains déchets n’étaient pas recyclables. Seul espoir les concernant : la réutilisation, matériau par matériau. C’est ainsi qu’une société montpelliéraine récupère des bouteilles transparentes pour fabriquer des planches de surf éco-conçues, que le plastique dur est récupéré pour en faire du carburant, que les bouchons en plastique retrouvent une nouvelle vie en devenant des bijoux, etc …sachant que, selon la chercheuse Nathalie Gontard, « recycler 100% de nos plastiques à l’infini et faire ainsi disparaître nos déchets est une illusion ». Il y a une énorme supercherie consistant à faire croire aux consommateurs que les produits siglés avec les deux flèches vertes imbriquées sont recyclables : argument de vente des fabricants particulièrement trompeur.

Pour pouvoir vivre, l’association a besoin d’argent donc de sponsors qui apportent des financements mais peut-on choisir par qui on est financés ? Reste-t-on purs en acceptant ces partenariats ? Ces questions  qui agitent l’association sont également celles auxquelles sont confrontés les acteurs de l’environnement, des ONG aux chercheurs, soutenus par les gouvernements et les entreprises. Le directeur de l’association en est conscient : la kyrielle d’entreprises sponsors (Louis Vuitton, Nutella, Heineken, Veolia, etc…) ne donnent pas toujours une note d’irréprochabilité, ce dont risquent de se saisir tous ceux qui vont les traiter de faux écolos vendus à tel pétrolier ou telle marque de grande distribution.

Alors que la fin de l’aventure se profile et que le retour à la vie « normale » se fait jour, la journaliste  fait part de son trouble né de la sensation d’avoir deux vies parallèles, impression largement partagée par la plupart des participants car l’expérience cristallise des questionnements et divise voire déchire chacun, entre l’engagement bénévole et le retour à la vie « d’avant ». La question « tu vas faire quoi ? » est dans toutes les têtes … à chacun une ébauche de réponse.

Manifestement, cette expérience immersive que toutes et tous ont vécu les a transformé et les a invité à interroger leurs choix de vie tout en provoquant maints remaniements subjectifs.

Cette chronique passionnante, à la fois drôle et sérieuse, très agréable à lire nous fait à notre tour artisan des actions, dans les petites victoires comme dans les défaites et nous confronte à la question essentielle de l’engagement dans son rapport à la cause écologique.

Comme chacun des protagonistes de ce livre, comme après une grand voyage, le lecteur reprend sa route singulière, toujours habité voire renforcé dans ses convictions écologiques.

La meilleure vie, Coralie Garandeau, Bayard Editions, 2024.

 

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« La meilleure vie », un livre de Coralie Garandeau

Publié le 17 Janvier 2024 par Jean Mirguet dans Littérature

Dans son livre, La meilleure vie, publié aux éditions Bayard Récits, disponible en librairie dès aujourd’hui, la journaliste Coralie Garandeau relate comment, en août 2021, elle se retrouve sur le quai de La Mède, au bord de l'étang de Berre, après avoir répondu à l’annonce de l’UICN, l'Union internationale pour la conservation de la nature.

Elle rejoint cette ONG qui lutte contre la prolifération des déchets dans la mer et se retrouve, comme elle le raconte, embarquée volontaire sous le soleil de Marseille, pour une mission de dépollution des littoraux,

Son livre raconte ce que fut pour elle cette expérience inédite de bénévolat. Elle fait le récit de la vie des bénévoles de l’association, de leurs motivations multiples, de leurs états d’âme jusqu’aux difficultés du retour à la « vie civile », en passant par l’apport qu’ils en tirent sur leur vie personnelle et professionnelle.

Elle nous fait découvrir les journées de ramassage au cours desquelles les ramasseurs cueilleurs et les chasseurs trieurs sont chacun à leur tâche, l’équipe de sensibilisation les accompagnant  pour valoriser, non pas les déchets, mais l’action de ramassage. En effet, la collecte des déchets sur les plages n’a pas pour but principal de réduire le volume de déchets, mais de sensibiliser le public. « L’action de terrain ne sert à rien sans plan de communication soigné ». Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. La collecte à elle seule serait dérisoire face à la quantité de déchets. C’est à la source qu’il faut intervenir, auprès des consommateurs et des entreprises créatrices d’emballages et autres matériaux, recyclables ou non. Aussi, les bénévoles « communicants » sont-ils les bienvenus, car le succès dépend du rayonnement des actions concrètes qui, ensuite, donneront matière à communication.

Avec elle, on partage la vie du collectif aux côtés du président hyperactif, de la vice-présidente modèle, de la chargée de communication stressée ou des capitaines des trois bateaux à peine plus âgés que ses fils. À travers cette expérience, Coralie Garandeau interroge le rapport au groupe, la capacité à aligner ses convictions écologiques avec son mode de vie et le degré de radicalité nécessaire pour protéger la planète.

Cette expérience se révèle être pour elle un réelle aventure humaine, où avec son groupe de joyeux bénévoles, navigateurs ou non, elle met en œuvre son désir d’agir pour secouer les consciences sur les enjeux climatiques. Elle témoigne des qualités de la nouvelle génération de militants de l'environnement, chaleureux et enthousiastes. Cela lui réchauffe le cœur, écrit-elle, tant leur élan est inspirant.

Voici donc en substance ce dont elle témoigne dans ce récit, avec des rires, des larmes et des informations sur la pollution plastique dont notre planète étouffe... Tout cela, ajoute-t-elle, grâce aux conseils de Claire Alet, à la confiance des antennes de Wings of the Ocean, une association qui, sur l'Etang de Berre, lutte contre la pollution plastique dans le but de préserver le vivant et aux éditions Bayard.

C’est, à n’en pas douter, un livre à sa procurer sans délai, écrit par Coralie Grandeau, ma talentueuse belle-fille.


 

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