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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Tenter de percevoir les mouvements profonds qui décident de la marche de l’histoire.

Du genre à la race (suite)

Publié le 30 Mai 2021 par Michel Brun dans Le malaise

Quelques remarques en marge de l’article de Jean Mirguet.

En traitant la problématique « du genre à la race », Jean Mirguet pose un regard aiguisé sur quelques-uns des thèmes récurrents qui font l’actualité médiatique et que l’on pourrait résumer en disant qu’il s’agit ici  des conséquences idéologiques, sociales et politiques de la morale du ressentiment.

Notons que la géopolitique n’est pas épargnée puisque notre futur président, épris de repentance, n’a pas hésité, le 14 février 2017 sur une chaine de la télévision algérienne, à qualifier la colonisation de « crime contre l’humanité ». Et ces jours-ci au  Rwanda, Emmanuel Macron qui n’a sans doute  pas lu ou médité les propos de Benjamin Stora, a reconnu une part de responsabilité politique de la France dans le génocide des Tutsi (1994). Bien sûr, cela peut se discuter, mais jusqu’où ira la dérive du sentiment de culpabilité ?

L’un des points forts de l’article de Jean Mirguet est d’avoir repéré l’anachronisme des revendications de ceux qui se présentent comme des opprimés, dans une constante confusion entre le présent et le passé. Comme si la notion de prescription,  juridique ou morale, n’avait aucun sens.

Le procès de Nuremberg (1945-1946) a eu pour objet la condamnation des exactions du Nazisme. Elles ne peuvent être oubliées ou effacées. Cependant voici des décennies que nous fraternisons avec L’Allemagne. L’Algérie indépendante aurait pu s’en inspirer au lieu de nous culpabiliser et de nous accuser de ses propres erreurs politiques. On en connaît les conséquences sur le territoire français. Quant  à nous, allons-nous demander pardon à l’Italie d’avoir annexé le Comté de Nice à la France en 1860 ?

Revenons aux  adeptes de la morale du ressentiment. Ils ignorent qu’ils desservent leur cause en se situant dans la même logique que celle qu’ils prétendent dénoncer,  au lieu de s’en décentrer. Cela vaut par exemple pour l’antiracisme. C’est ainsi que Nietzsche décrit  « les êtres de ressentiment » comme une race d'homme pour qui « la véritable réaction, celle de l'action, est interdite et qui ne se dédommagent qu'au moyen d'une vengeance imaginaire». Nietzsche associe donc le ressentiment à ce qu'il nomme la « morale d'esclave », dont l’essence est précisément le ressentiment. Ressentiment qui anime la paranoïa ordinaire, celle  par laquelle nous projetons sur autrui ce que nous ne voulons pas voir en nous.

Autre confusion évoquée par Jean Mirguet dans le cadre élargi du relativisme culturel : assimiler le discours scientifique à celui de l’opinion. Voilà une rhétorique permettant de disqualifier la science à bon compte pour lui substituer une logique des humeurs. Belle illustration de la défaite de la pensée. Par ailleurs, si la recherche de l’égalité chez ceux qui se disent opprimés est louable, cela ne signifie pas pour autant que toutes les paroles se valent. Et de l’opinion à la croyance la frontière est vite franchie. L’impérialisme de la croyance conduit tout droit à l’exercice de la police de la pensée. C’est pourquoi il convient de ne pas céder sur l’exigence de laïcité lorsque c’est la croyance religieuse et son régime d’exclusion de l’autre, du différent de soi, qui sont en cause. Selon le rabbin Delphine Horvilleur, la laïcité permet de ne pas saturer l’espace social par une croyance. Il n’y a pas de meilleure définition du vivre ensemble.

Mais il est clair qu’être emmailloté dans des croyances satisfait des besoins. Resterait à cerner ceux qui animent les militants identitaires,  les féministes enragé(e)s, les adeptes de la théorie du genre ou encore les antiracistes pétris d’intersectionnalité.

Dans l’argumentaire du discours du ressentiment la question de l’humiliation  insiste. Certes, on ne peut changer le passé. Mais il est possible de ne pas succomber au piège de la « resignification », concept promu par l’américaine Judith Butler. Jean Mirguet nous rappelle qu’il s’agit de la subversion de l’identification à la victime humiliée, pour la positiver.

Ce renversement peut quand même être fécond lorsqu’il est manié sous l’égide de l’intelligence.

Tel est le cas avec l’invention du concept de « négritude » dont Léopold Sedar Senghor  et Aimé Césaire ont su faire usage avec bonheur.

 Encore faut-il être poète. Ici l’étymologie nous sera d’un certain recours : la « poièsis »chez Platon nous renvoie à la création, au faire, donc à une forme d’action. À la différence de ce qui se passe chez l’être du ressentiment, existentiellement figé dans les rets d’un langage formaté. Opposition encore entre la poésie comme modalité de l’amour, et le discours fondamentaliste qui se sustente de la haine, au mépris de toute altérité. 

L’article de Jean Mirguet est d’une très grande richesse qui appellerait bien d’autres commentaires. J’ai choisi de parler du ressentiment. Mais il faut  savoir se limiter pour laisser s’opérer ce passage du manque à « l’Ouvert » auquel Jean, à la suite de Rilke, nous convie.

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Du genre à la race

Publié le 26 Mai 2021 par Jean Mirguet dans Le malaise

Face aux injustices, il ne se passe pas un jour sans que se publient dans notre pays, à propos du passé colonial de la France, relayées par les télés, les radios, les journaux, les réseaux sociaux des propos, des textes, des tribunes animés par une propension à l’expiation, par une repentance que Benjamin Stora, à propos de l’Algérie, qualifie de « piège politique ».

 

Au nom de l’antiracisme et de la défense des minorités, des militants identitaires occupent l’espace médiatique. Ils plaident en faveur de l’origine et de la couleur de peau, creusent le sillon de ce qui divise plutôt que de ce qui rassemble, diffusent un déclinisme victimaire en disqualifiant ceux dont l’opinion ne correspond pas à l’idée que, eux les identitaires, se font du présent. On a le sentiment qu’un tribunal médiatique siège en permanence, où les procès à charge remplacent les débats d’idées.

De multiples dérives voient la morale, l’émotion, les attaques personnelles prendre le pas sur la réflexion, l’argumentation, la confrontation des analyses.

Le communautarisme a le vent en poupe, l’universalisme est vivement critiqué.

Cela n’est pas nouveau puisque, déjà dans les années 60 comme le rappelle le sociologue Philippe Portier, Deleuze, Guattari, Foucault présentaient l’universalisme comme mutilant et produisaient un discours de déconstruction des Lumières., appelant à retrouver les singularités, les identités dont les sujets sont porteurs. Ces idées seront reprises par la gauche dans les années 70 avec la défense des droits des minorités sexuelles opprimées et le droit des femmes.

Aujourd’hui, c’est l’importation de la cancel culture et  du mouvement woke, nouveau prêt-à-porter du « politiquement correct », qui fait vaciller les principes républicains et notamment la laïcité. Quid de l’égalité hommes – femmes quand celles qui se disent féministes militent en faveur du foulard islamique, symbole de la soumission à l’homme ? Que devient la fraternité quand les droits des communautés ethniques, de genre, de sexe, de religion aspirent à régenter notre existence ?

Dans quel monde sommes-nous entrés lorsque nous voyons des idées jugées hier réactionnaires devenir le propre de la pensée d’extrême-gauche voire d’une partie de la gauche et faire le lit de l’extrême-droite ?

Au nom de la lutte contre les discriminations et de la défense du droit des minorités, se commettent d’étonnants anachronismes pour tenter d’obtenir une réécriture de l’histoire, au nom des injustices subies et des blessures endurées. Est ainsi entretenue une confusion entre passé et présent, le discours scientifique devenant lui-même une opinion, opposable à n’importe quelle autre opinion. Tout devient fluide, nous vivons dans un monde où tout est remis en question, le genre, la race, les femmes, la langue, la vérité historique.

Encore récemment, la traduction des œuvres de la poétesse afro-américaine Amanda Gorman qui avait déclamé avec ferveur son poème The Hill We Climb, « la colline que nous gravissons », au moment de la cérémonie d’investiture de Joe Biden, tourne à la polémique aux Pays-Bas et en Catalogne où les traducteurs sont récusés pour n’être ni femme ni noire.

 

On assiste de plus en plus au déploiement de l’intersectionnalité, une notion qui, en sociologie, désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de stratification, domination ou de discrimination dans une société : discriminations de sexe, de classe, de race, mais aussi de handicap ou d’orientation sexuelle.

Cette notion (qui fait le fond des discours militants antiracistes et néoféministes) fait valoir le caractère pluriel de la domination et des discriminations, elle associe et relie entre elles ces places d’exclusions. C’est le cas de la pensée décoloniale qu’accompagnent les thèses racialistes, indigénistes, communautaristes à quoi s’ajoute un relativisme culturel qui s’illustre dans la défense de la religion contre la laïcité, dans la propagation de la théorie d’un État « raciste systémique », héritage de la colonisation. On peut y ajouter l’écriture inclusive qui vandalise la langue française, comme le dénonce Alain Finkielkraut.

En somme, ce mot  d’intersectionnalité désigne le lieu où se focalise la convergence des luttes contre le sexisme, l'homophobie ou le racisme.

L’intersectionnalité instaure de nouvelles règles morales et impose des normes inédites. Il s’enracine, à l’évidence, dans le discours porté par la théorie du genre  que Eric Marty, auteur d’un livre passionnant intitulé Le sexe des Modernes Pensée du Neutre et théorie du genre (Seuil, 2021),  qualifie de « dernier grand message idéologique de l’Occident envoyé au reste du monde ».

Ce message stipule qu’il existe une intersection de la race et du genre, née de la conviction que la question raciale n’est pas seulement un complément aux discriminations de genre mais qu’elle lui est supérieure.

 

Le nouveau signifiant de race acquiert ainsi une fonction paradigmatique et fait de la différence raciale l’élément constitutif des sociétés humaines, rejetant l’hypothèse du caractère fondamental de la différence sexuelle, gommée par la certitude que la suprématie donnée à la différence sexuelle par l’Occident est une idéologie forgée par le pouvoir blanc pour exercer sa domination. Toute différence est rapportée à une discrimination.

L’identification à la victime constitue le point commun de ces différents discours nourris par le ressentiment, décrit par la philosophe Cynthia Fleury comme une rumination victimaire, dans son dernier essai Ci-gît l’amer. Cette rumination engendre une perception binaire et manichéenne du monde, réduit à une lutte entre dominés et dominants, entre victimes et coupables.

 

A ce mécanisme,  s’ajoute ce que Judith Butler, théoricienne américaine du genre, appelle la resignification c’est-à-dire une stratégie à visée subversive (le sous-titre du livre de Judith Butler, Trouble dans le genre, est : « Le féminisme et la subversion de l’identité ») consistant à s’approprier comme identité porteuse de fierté un terme initialement injuriant et offensant. Ce processus, écrit-elle, consiste à « s’approprier les termes mêmes par lesquels on a été insulté afin de les vider de leur charge d’humiliation et d’en tirer une affirmation » (cité par Eric Marty).

La victime ne l’est donc plus à partir du moment où elle se réapproprie l’infamie, la marque dégradante.

La diffusion de ce procédé est devenue virale.

 

Dans son livre, Eric Marty affirme que « la défense du voile, de l’excision, de la polygamie, des mesures d’infériorisation des femmes dans les cultures non occidentales ne relèvent pas d’un relativisme culturel né d’un respect pour l’altérité, mais bien d’un choix fondamental qui établit la position raciale comme le paradigme central de la pensée ». L’afroféministe Maboula Soumahoro le résume en affirmant que « la question raciale structure tout ». De même, on peut lire sous la plume de l’ex-footballeur Lilian Thuram que « la pensée blanche a beau se draper dans les valeurs de l’universalisme, concrètement, quotidiennement, elle les bafoue à chaque instant » (Charlie Hebdo du 12 mai 2021).

Du coup, se produit un prodigieux renversement des valeurs puisque les thèmes jusque là émancipateurs issus des Lumières … et de la « blanchité » se révèlent aujourd’hui, par leur radicalité, assujettissants et coloniaux. De surcroît, la propension à rendre l’autre responsable du mal dont on souffre emprisonne dans une vision punitive du problème puisque, pour que la souffrance cesse, il faudrait pouvoir punir les coupables.

 

La rancune mêlée d'hostilité à ce qui est identifié comme la cause d'une frustration engendre le ressentiment, une émotion consistant à « en vouloir à quelqu’un », à garder pendant longtemps une charge émotionnelle contre lui, jugé responsable de la blessure qui a été infligée.

Pour les militants de l’intersectionnalité, le ressentiment transforme alors tout mâle blanc en un oppresseur nuisible qui asservit les races, les femmes, les différences, les cultures, la langue …

Comment s’extraire du ressentiment et de ses effets délétères, comment le sublimer pour traiter cette maladie de la démocratie qu’est l’exclusion de l’autre?

Sublimer le ressentiment serait savoir y faire avec lui en l’utilisant pour nourrir sa création, propose Cynthia Fleury. Elle rappelle que, dans la vie, la vérité de l’être est d’être séparé et de ne jamais pouvoir combler les manques, qu’il n’existe pas de réparation totale, que nous sommes, chacun, chacune, des êtres troués .

Elle conçoit le ressentiment comme une conséquence de l’incapacité à renoncer à combler des manques, de la croyance que « la plénitude c’est le plein, alors qu’elle se situe du côté de la sublimation ».

Pour contrer le ressentiment, elle propose d’adopter la voie du poète Rilke : «De tous ses yeux, écrit-il, la créature voit l’Ouvert». « S’ouvrir, suggère-t-elle, tolérer l’incertitude, refuser le dogme, cultiver la pensée critique, pratiquer la vis comica, la force comique, le rire, qu’il soit léger ou noir, enseigner les humanités ».

Au fond, il s’agit de sortir de notre caverne ou de notre confinement en passant au tamis du regard des autres et de la confrontation au réel nos vérités, non pour remplacer celles d’hier par celles récemment acquises mais, en chaussantde nouvelles lunettes, tenter de comprendre le monde et reconstruire ce que nous avons le désir de reconstruire, en alliant le sensible et l’intelligible pour affronter la sortie de la caverne.

Nous n’avons pas d’autre choix  que d’avancer à l’aveuglette, que de nous mouvoir dans les interstices de l’incertain, de l’aléatoire, du problématique, du contingent, là où nous trouverons ou inventerons des réponses ne venant pas laminer l’autre.

Cette voie est à l’opposé de celle prônée par les adeptes de la post-vérité qui  propagent l’idée que les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles. Ils sapent les bases de tout réel débat politique et tirent profit de la démocratie tout en en déniant la valeur. En opérant des régressions consternantes, aussi bien épistémiques que politiques, ils choisissent de se replier sur des dogmes identitaires, en recourant le plus souvent à une philosophie de comptoir, propice aux amalgames et au populisme.

En gardant à l’esprit que le pire n’est jamais certain, n’ignorons pas cependant qu’il reste toujours à portée de main et que ce qui a été pourra se répéter.

N’oublions pas aussi que la démocratie a été conçue, créée et soutenue par des hommes qui savent qu’ils ne savent pas tout et que le vrai contraire de la démocratie, comme l’énonçait Michel Foucault, n’est pas la tyrannie mais la démagogie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La cérémonie des Césars, une exhibition des "eaux dormantes et pourries de l’âme »

Publié le 21 Mars 2021 par Jean Mirguet dans Cinéma

Symbole de rêve et de partage autour du cinéma, la cérémonie est devenue une tribune corporatiste, analyse dans sa chronique Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».

Beaucoup ont parlé de naufrage, voire de suicide collectif, après la cérémonie des Césars qui a eu lieu il y a une semaine à l’Olympia : vulgarité, nombrilisme, arrogance. Yann Barthès a résumé l’affaire dans son émission « Quotidien », sur TMC : vivement que les cinémas rouvrent pour oublier ce qu’il a vu. Soyons indulgent : la pandémie a de quoi rendre fou. Ce qui s’est passé vendredi 12 mars traduit une radicalité qui gagne le cinéma, la culture et l’époque. Une radicalité qui se vérifie dans ce basculement : de rêve et partage autour du cinéma, la cérémonie est devenue une tribune corporatiste. Le glissement n’a rien de nouveau, mais il s’exacerbe autour de la notion d’exception culturelle. Ce beau principe, porté par le slogan « l’art n’est pas une marchandise », a permis à la France, mieux que tout autre pays, de sauver son cinéma, ses librairies, sa créativité. Mais quand il est brandi à tout bout de champ, le monde culturel peut donner l’impression qu’il vit dans un monde à part. Ce n’est pas le meilleur moyen de fédérer le public – l’audience de cette édition fut la pire depuis dix ans. Le danger est de fragiliser les liens avec la société, qui voit moins la vitalité de la création que permet l’exception culturelle que les subventions conséquentes qui sont versées. 

Sans nuance ni légèreté

La détresse, la frustration et l’injustice qu’exprime la culture depuis la fermeture des cinémas ou théâtres sont légitimes. Ces sentiments furent répétés aux Césars. Mais sans nuance ni légèreté, sans un mot ou presque pour les personnels soignants ou les malades, beaucoup pour moquer la ministre Roselyne Bachelot. Le discours ambiant dans la bulle de l’Olympia, comme celui en cours dans des théâtres occupés, est surtout déconnecté de ce qui se passe dehors : des variants qui galopent et bouleversent le paysage de la pandémie. Admettons que les lieux culturels ne soient pas « dangereux ». Quel responsable politique prendrait le risque d’ouvrir cinémas ou lieux de spectacles ? Et puis le monde culturel sait qu’une réouverture dans des conditions draconiennes fait surgir mille questions autour de la sécurité, de la viabilité économique, des œuvres à programmer. D’une ville à l’autre, d’une salle à l’autre, d’un spectacle à l’autre, d’un film à l’autre, le casse-tête serait rude. 

L’autre question que soulèvent les Césars est la façon dont la cérémonie a muté en plate-forme politique. Le discours est monopolisé par les marges, comme sur les réseaux sociaux. Il est à sens unique, dans un climat radical-chic, au sens gauchiste, pour reprendre l’expression de Tom Wolfe, tirée d’un texte fameux de 1970. L’écrivain y décrivait par le menu la réception donnée par le compositeur Leonard Bernstein dans son duplex de Park Avenue, à New York, afin de lever des fonds en faveur des Black Panthers, qui dévoraient des canapés présentés par des serveuses (blanches, heureusement).

Si au moins la scène des Césars était un peu égratignée, comme a pu le faire l’humoriste Ricky Gervais lors des cinq cérémonies des Golden Globes qu’il a animées aux Etats-Unis… Ce dernier « se payait » les stars d’Hollywood, non « parce que c’est une bande de gauchos. Je suis moi-même de gauche. Je me suis moqué d’eux parce qu’ils portent leur progressisme comme une médaille ».

Aux Césars, comme ailleurs dans la culture, les propos et cibles sont si attendus que ça en devient lassant. Gênant, parfois. Faisant référence au projet de réforme de l’assurance-chômage, l’actrice Jeanne Balibar a dit que l’ancienne ministre du travail, Muriel Pénicaud, et la nouvelle, Elisabeth Borne, « s’occupent essentiellement de détruire chaque jour un peu plus la société ». Qu’aucun autre pays au monde n’injecte autant de milliards dans la culture ne compte pas.

L’humoriste Vincent Dedienne a justifié la cancel culture (interdire des œuvres dont les auteurs ont eu des mots ou actes « inappropriés ») en citant quatre phrases d’Hitler qui s’apparentent à une ode à la culture. Comprenez : voilà à quelle absurdité on arrive si, comme certains le demandent, par exemple les défenseurs de Roman Polanski, on dissocie un homme de son œuvre.

Puisqu’il goûte la cancel culture, on aimerait savoir, parmi des dizaines d’exemples, ce que pense Vincent Dedienne de la déprogrammation, il y a quelques mois, de l’exposition du peintre Philip Guston par quatre musées parmi les plus importants au monde au motif que ses tableaux antiracistes sur le Ku Klux Klan pourraient blesser les Noirs. Et ce qu’il pense du fait que le très respecté Mark Godfrey, un des responsables de la Tate Modern de Londres, sanctionné par son musée pour avoir critiqué cette mesure, vient d’annoncer sa démission.

Les Césars ont été diffusés par la chaîne Canal+, de Vincent Bolloré, qui aurait peu goûté la cérémonie. Ce dernier peut pourtant s’estimer heureux d’avoir été épargné. Comme l’a relevé l’humoriste Sophia Aram, le 15 mars sur France Inter, le patron qui fait travailler Eric Zemmour, qui s’en prend au droit d’auteur ou qui a licencié un comédien osant critiquer une émission de son groupe télévisuel, a curieusement été épargné par la gauche radical chic. Mais Canal+ est le premier financeur du cinéma (150 millions en 2020), on ne dit mot contre celui qui vous nourrit.

Pas un mot non plus sur la menace de Canal+ de quitter la TNT pour gagner le statut de plate-forme de streaming, ce qui lui permettrait de couper sec dans ses millions pour le cinéma (comme l’annonçait Le Figaro du 10 mars). La menace sent le coup de bluff, sauf que 130 cinéastes français ont signé le 10 mars une tribune dans Le Monde pour s’en inquiéter, d’autant que les films sont moins stratégiques pour Canal+ depuis que la chaîne a récupéré les droits de diffusion du football. Pas un sujet pour les Césars, qui préfèrent s’en prendre aux autres, pas à la famille. C’est plus commode.

 

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Le Blanc mis au ban

Publié le 6 Mars 2021 par Jean Mirguet dans Le malaise

Avec la promotion de la détestable nouvelle culture raciste et antidémocratique, qu’elle soit woke, cancel, islamo-gauchiste, racialiste, etc … nous assistons  à une sorte de remake des procès staliniens. Comme l’écrit Kamel Daoud dans Le Point : « Un étrange effet dystopique atteint l’Occident : une variante de l’inquisition « communiste », prompte à la rééducation culturelle à la chinoise, à la purge, décide des codes culturels et de ce qu’on peut dire, écrire, ou pas ».

Dans la même veine, j’avais publié, il y a quelques temps déjà, un excellent article de Jean Birnbaum qui écrivait : « Bien plus encore que les calculs clientélistes qui permettent à telle ou telle mairie de se cramponner au pouvoir, c’est cette prétention qui éclaire les épisodes au cours desquels la gauche a cru pouvoir côtoyer l’islamisme sans se brûler : la gauche antiraciste s’est retrouvée en compagnie d’intégristes musulmans au sommet de Durban, en Afrique du Sud, en 2001 ; la gauche altermondialiste a invité Tariq Ramadan au Forum social européen de Paris, en 2003 ; la gauche propalestinienne a laissé proliférer plus d’un slogan haineux dans les défilés auxquels participait le prédicateur Abdelhakim Sefrioui… Entre autres.

Or, autant il est faux d’affirmer que la masse des militants et des intellectuels de gauche ont consciemment « misé » sur l’islamisme comme force politique, autant on peut considérer qu’ils ont longtemps manifesté, à son égard, une forme d’indulgence. Là encore, toutefois, cette indulgence relève d’abord d’un complexe de supériorité.

De même que Lénine définissait le « gauchisme » comme la maladie infantile du communisme, on peut affirmer que l’« islamo-gauchisme » constitue la maladie sénile du tiers-mondisme. Celle d’une gauche occidentalo-centrée, qui n’imagine pas que l’oppression puisse venir d’ailleurs. Celle d’une gauche anti-impérialiste qui voit en tout islamiste un damné de la terre, même quand il est bardé de diplômes ou millionnaire. Celle d’une gauche qui plaçait naguère sa fierté dans son aura mondiale, et qui a été surclassée par un mouvement qu’elle a longtemps regardé de si haut : l’internationale islamiste ».

En écho à ces propos, c’est le remarquable Kamel Daoud qui,  aujourd'hui, publie dans Le Point toujours, ce texte magnifique :

"Comme dans les pays totalitaires, l’intellectuel blanc est « coupable ». Que doit-il justifier ? Sa couleur, la colonisation qui l’a précédé, son privilège, sa vision épidermique. Le mot « privilège » a d’ailleurs une tonalité « communiste » persistante : c’est comme un délit de classe, qui correspond idéologiquement au crime de « bourgeoisie ». Dorénavant, un intellectuel « blanc » se reconnaît, selon la doxa nouvelle, à sa contrition. Ou à sa blancheur exacerbée. Il a des remords, s’il est faiblard. Des remords qu’il croira transcender dans la solidarité universaliste ou la dénonciation des « siens ». Et s’il se croit innocent, la haine le rattrapera. Son œuvre en sera polluée ou, au mieux, teintée de ce fameux « désengagement », qu’il faudra comprendre comme de l’« indifférence », telle qu’elle est définie dans le Code pénal éditorial.

Mais qu’est-ce qu’un intellectuel « blanc » ne peut plus dire ou faire ? Ce que moi, chroniqueur du « Sud », je me permets : disserter avec insolence sur l’islamisme et avec liberté sur l’islam. Un intellectuel « blanc » ne peut pas, par ailleurs, employer les mots « noir », « rouge » et « jaune ». Car les couleurs se discutent violemment.

Continuons : un intellectuel « blanc » n’a plus le droit de revenir sur la colonisation sans autoaccusation. C’est le capital-décès encaissé par les rentiers du postcolonial. Tout au plus, sa « blancheur » permet-elle de définir la noirceur de son âme. Enfin, l’inculpé principal ne peut pas user du mot « arabe » car c’est l’aveu d’un crime.

Mais au-delà de cette liste d’interdictions d’usage, l’intellectuel blanc incarne un étrange paradoxe : il est l’enfant délicat d’une géographie dans laquelle l’Occident possède tout, quand lui ne peut plus se réclamer de la position de centre du monde, ni du droit au dernier mot, ni de la Vérité, déjà morte. À l’ère des culpabilisations, seule lui reste l’option de témoigner contre lui-même. Comprendre : on laisse au Blanc la grandeur du suicide. "

 

 

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Delphine Horvilleur ou les mots au-delà des mots.

Publié le 4 Mars 2021 par Michel Brun dans Philosophie

Delphine Horvilleur, la troisième femme rabbin de l’hexagone, nous a parlé le 3 mars sur France Culture du rapport à la mort. Mais n’était-ce pas en réalité un prétexte pour célébrer le vivant ? Ce qu’elle a fait de manière éblouissante. Et cela m’a donné l’envie d’extraire quelques perles de son discours.

Par exemple, la laïcité ne consiste pas à opposer deux mondes : celui de  ceux qui sont croyants à celui de ceux qui ne le sont pas, mais à faire de la place à l’autre. Pour que soient possibles le partage et le vivre ensemble.

On peut ailleurs entendre à demi-mot dans les propos de Delphine Horvilleur que la barbarie s’accompagne nécessairement d’une confusion entre le sacré et le profane. Car en fait « ne pas pouvoir rire de Dieu, c’est le profaner ».

Autre audace de la pensée chez Delphine Horvilleur, sous la forme d’un rapprochement entre la tradition rabbinique et la psychanalyse dans la place qui est faite à l’interprétation : porter un texte au second degré, c’est-à-dire lui donner un nouveau sens,  permet de raccourcir la distance entre la bouche et l’oreille. Comment ne pas y déceler une forme insue de l’amour, celle qui, en  nous restituant notre impensé, nous donne accès à notre propre altérité. Car là où il y a de l’altérité il y a de l’amour. Belle occasion  de rendre ici hommage à Levinas pour qui l’infini est impossible à totaliser. Infini dont la trace se révèle dans le visage de l’autre.

Bref, Delphine Horvilleur illustre au mieux ce qu’est une parole ouverte. Et c’est un vrai bonheur, car elle nous montre qu’il est toujours possible de combiner les ressorts de l’intelligence aux ressources du cœur. 

 

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Diagnostic de la dysphorie de genre (suite) : des questions fondamentales

Publié le 27 Février 2021 par Jean Mirguet dans Ethique

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Le traitement de la dysphorie de genre en Suède : une nouvelle barbarie ??

Publié le 15 Février 2021 par Jean Mirguet dans Le malaise

Le site Oedipe publie un documentaire, The trans train, sur les transgenres suédois et la manière dont la dysphorie de genre est abordée et traitée dans les pays du Nord.

<iframe src="https://player.vimeo.com/video/512247193" width="640" height="360" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe> <p><a href="https://vimeo.com/512247193">The Trans Train Documentaire Suédois - Sous-titres en Français</a> from <a href="https://vimeo.com/user57458258">le vaguerese</a> on <a href="https://vimeo.com">Vimeo</a>.</p> h

Aujourd’hui le garde des Sceaux propose de considérer qu’il ne peut y avoir de consentement pour avoir une relation sexuelle avec un adulte avant l’âge de 15 ans. Par contre un adolescent et même un enfant peut demander à entrer dans un processus visant à la faire « changer de sexe », bloquer avec des hormones sa puberté, changer son prénom, etc...

Les parents qui s’y opposent sont souvent culpabilisés et montrés comme de « mauvais parents ». Des médecins voire maintenant des « psy » qui se nomment eux-mêmes transfriendly se font une clientèle sur le dos de ces enfants.
Il est sans doute temps de se poser des questions sur ce phénomène qui prend de l’ampleur en France après une vague qui a déferlé sur les pays anglo-saxons et les pays nordiques.

 

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We remember .... et vous ?

Publié le 16 Janvier 2021 par Jean Mirguet

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Le narcissisme des petites différences

Publié le 14 Janvier 2021 par Jean Mirguet dans Politique

Que l’individualisme soit roi est devenu, de nos jours, un lieu commun.

Aujourd’hui, s’affirme une déification du spécifique, du particulier, de l’unique, portée par l’individu. En témoignent les effets de la pandémie sur le fonctionnement médiatique qui ont fortement amplifié ce mécanisme, à l’œuvre spécialement chez nombre de nos contemporains, pressés de venir exposer qui son analyse, qui son opinion sur les plateaux de télé, à la radio, dans les journaux, sur les réseaux sociaux, l’argumentation consistant le plus souvent à critiquer le pouvoir politique et l’autorité des experts.

Ce phénomène culturel est porté par l’idée que chacun a le droit de définir sa vérité avec le corollaire que porter atteinte à la vision du réel tel que chacun le définit est devenu une atteinte à la personne elle-même.

C’est le principe de la cancel culture en pleine expansion aux Etats-Unis et qui infecte maintenant le continent européen. La cancel culture refuse les opinions contraires, elle se manifeste par des anathèmes répandus sur les réseaux sociaux d’où la contradiction est absente puisqu’on ridiculise en caricaturant ; elle stigmatise la personne et cible son employeur afin qu’elle ne puisse plus être employée ailleurs, la privant ainsi de sa capacité de travailler.

Le complotisme s’inscrit dans un courant proche de la cancel culture, alimenté par les nombreux scandales émaillant régulièrement la vie des pays démocratiques. Il produit un nouvel imaginaire paranoïaque mettant en scène une réalité camouflée d’un monde politique pourri par l’argent et le pouvoir. Comme l’exprime Rudy Reichstadt, directeur du site Conspiracy Watch, « en ruinant toute possibilité d’un “monde commun“ dans lequel se confrontent les idées, le complotisme met la démocratie en péril ». Se présentant comme un savoir privilégié, une chimère cohérente et argumentée, il pervertit la liberté d’expression et anéantit la force de la vérité.

Le résultat, constate l’historien John Farrell, est qu’il n’est plus possible de trouver une autorité épistémique ou morale.

Autre effet de ce mouvement de contre-pouvoir : la montée croissante d’un relativisme culturel asservissant, nourrit par les thèses racialiste, décolonialiste et indigéniste (transférées des campus nord-américains), particulièrement au sein de l’Université.

En novembre dernier, une centaine d’universitaires dénonçait dans une tribune les ravages de ces idéologies communautaristes qui génèrent le conformisme intellectuel du politiquement correct, particulièrement menaçant pour l’Université et la démocratie.

On peut également consulter le récent Appel de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires signé par 76 universitaires :

http://decolonialisme.fr/?page_id=1000&fbclid=IwAR09YKcONC8OyTwhHBkv7FqbXbBfz_ZYL5gCPp4p9BCvlE976e-4t2xbmVo

Il suffirait donc de revendiquer un statut de victime pour avoir le droit d’en appeler à une autorité pour censurer des paroles, l’indignation morale se substituant aux arguments.

Ces doctrines réclament l’égalité tout en exacerbant la haine de la différence et sa revendication. C’est ainsi que, comme le montre Isabelle Berbéris dans L’art du politiquement correct, la démocratie se détraque en accroissant la virulence du rejet de la différence à mesure que s’accroit l’égalité. Tocqueville avait déjà repéré ce paradoxe qui rend la vie en commun impossible.

A côté des motivations idéologiques, politiques qui habitent les partisans de ces thèses, ce qui les anime est également en rapport avec le désir de se faire remarquer, de voir son discours mis en relief et d’acquérir par ce moyen une forme de notoriété qui, autrement, leur ferait défaut.

En clouant les dirigeants du pays au pilori, leur vindicte produit son lot inévitable de polémiques dont on sait à quel point nombre de médias et de réseaux sociaux sont friands dés lors qu’il s’agit de faire entendre des discours agressifs visant tout ce qui ressemble à une institution. Ces propos se transforment très rapidement en tribune - quand ce n’est pas en tribunal -, permettant à leur auteur d’avoir la conviction qu’il sont dépositaires d’un savoir qui promet la vérité.

Ils franchissent ainsi une limite qui n’est autre que celle qui fonde une démocratie : un régime conçu, créé et soutenu par des hommes qui savent qu’ils ne savent pas tout. Camus le soulignait dans ses « Réflexions sur une démocratie sans catéchisme » : « Le démocrate est modeste, il avoue une certaine part d’ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné, et à partir de cet aveu, il reconnaît qu’il a besoin de consulter les autres, de compléter ce qu’il sait par ce qu’ils savent ».

Il existe un fond commun à ces différentes réalités. C’est celui que Freud a nommé le « narcissisme des petites différences ». Par lui s’exacerbent l’ambivalence, plus particulièrement les haines inexplicables entre personnes, groupes ou collectivités proches et largement semblables, mais qui éprouvent le besoin narcissique de surinvestir leur différence par crainte de perdre leur identité.

La similitude, la proximité, le voisinage peuvent menacer notre identité du fait de la crainte de l’effraction par l’envahissement des autres. Nous pouvons être amenés à détester ce qui est proche de nous et nous ressemble quand la frontière imaginaire ou réelle qui nous sépare et nous différencie d’eux s’estompe ou s’efface. C’est alors que nous nous comportons affectivement les uns envers les autres comme les porcs épics transis de froid de la célèbre parabole de Schopenhauer : aucun ne supporte de l’autre un rapprochement trop intime. Aussi, les petites différences se traduisent-elles en sentiments d’hostilité entre les individus, en les protégeant de la menace qui porte sur leur identité. Celui qui nomme et définit la différence se pose ainsi en s’opposant à l’alter ego, en nourrissant des haines et des intolérances bien plus grandes à l’égard du proche que du lointain. L’intolérance au presque pareil constitue l’une des sources de l’illusion identitaire.

La vie politique fourmille d’exemples illustrant ce mécanisme : la contestation systématique des mesures prises par le gouvernement pour contrer la pandémie et les polémiques qui en découlent, la division de la gauche et la multitude des candidatures à la future élection présidentielle de 2022 : Mélanchon, Montebourg, Hidalgo, Jadot, Royal, etc, etc…

Les divisions actuelles viennent bien moins de querelles d’idées ou de sensibilités que d’une volonté de faire entendre sa petite musique perso ou celle de ceux que la presse appelle « les proches », ceux qui prétendent former une « identité » en travaillant, par exemple chez Montebourg, à former un nouveau parti politique « ayant vocation à faire émerger de nouveaux profils en s’adressant à tous les Français au-delà de la gauche ». Cette langue de bois dans laquelle la légitimation de l’identité l’emporte sur l’argumentation traverse tous les camps, tous les partis, toutes les sensibilités actuelles.

La notion introduite par Freud de « narcissisme des petites différences » décrit une structure politique ou une dynamique de groupe  bien davantage qu’un trait de caractère personnel.   Elle constitue l’une des sources de l’illusion identitaire qui consiste à revendiquer une différence de détail comme un trait identitaire.

« Toutes les fois que deux familles contractent alliance par mariage, écrit-il, chacune se considère comme supérieure à l’autre (…) ; deux villes voisines se font l’une à l’autre une concurrence jalouse ; chaque petit canton est plein de mépris pour le canton voisin. Des groupes ethniques étroitement apparentés se repoussent réciproquement : l’Allemand du Sud ne supporte pas l’Allemand du Nord, l’Anglais dit tout le mal possible de l’Ecossais, l’Espagnol méprise le Portugais » observe-t-il. C’est ce « narcissisme qui aspire à son auto-affirmation » qui conduit, comme dans la parabole de Schopenhauer sur les porcs épics à mal supporter un rapprochement trop intime avec ses semblables.

Le narcissisme des petites différences donne une telle importance aux différences de détails que celles-ci sont revendiquées comme des traits identitaires. Avec la polémique à propos de l’hydroxychloroquine, naîtront des groupes pro-Raoult comme naissent des groupes anti-vaccins ou des groupes complotistes qui font des « petits détails » agrégateurs d’infranchissables remparts.

Si le narcissisme des petites différences engendre des polémiques absurdes dans lesquelles les vitupérations et les caricatures sont légion - cas de figure qui constitue un moindre mal -, ces postures peuvent aussi conduire à des rejets et à des ostracismes violents, radicaux, faisant courir un péril à la démocratie. L’actuelle fin de présidence de D. Trump en fournit une belle illustration.

Si tel ou tel trait particulier nous permet de nous distinguer les uns des autres, c’est grâce à sa capacité à créer des écarts et une distance qui mettent au travail, en explorant ce qui est séparé. C’est ainsi qu’un jeu de relations peut vivre, qu’un commun de l’humain, pour reprendre une expression de François Jullien, peut naître, qu’une altérité peut exister.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Du big bang aux neurones.

Publié le 10 Janvier 2021 par Jean Mirguet dans Sciences

C’est à un dialogue passionnant que David Elbaz, astrophysicien et Alain Destexhe, directeur de recherches au CNRS, spécialiste des neurosciences nous proposent de prendre part. Merci à mon ami et collègue Michel Brun de me l’avoir fait découvrir (https://youtu.be/IiT7oZ67pbc ). Je vous invite à l’explorer à votre tour puis de lire son commentaire :
« Confirmation nous est donnée que la science ne progresse pas de manière linéaire comme on pourrait le croire, mais qu’elle a largement recours à l’intuition et à l’analogie comme ce fut le cas pour Newton lorsqu’il découvrit la loi universelle de la gravitation.
C’est ainsi que des chercheurs ont eu l’idée, particulièrement féconde, d’établir une comparaison entre la structure des galaxies et celle des neurones à l’intérieur du cerveau. Façon comme une autre de rajeunir l’un des fondamentaux de la pensée de l’Inde antique qui posait l’identité du microcosme ( l’être humain ) et du macrocosme (l’univers). Il y a environ 100 milliards de neurones dans un cerveau humain, chiffre similaire au nombre d’étoiles composant une galaxie. Et les analogies peuvent être poussées encore plus loin.
Pour ma part je me suis toujours demandé, si l’on retient l’hypothèse que la vie n’existe pas seulement sur terre, de quelle manière elle pourrait être distribuée dans l’univers. La nature est prodigue. Par exemple un chêne parvenu à maturité produit 50 000 glands. Un millilitre de sperme contient 100 millions de spermatozoïdes. De quoi donner sa chance à la vie, sachant que tous les chênes ou tous les hommes ne se reproduisent pas nécessairement. La distribution de la vie au cœur de l’univers est sans doute aléatoire car bien des conditions sont requises pour qu’elle puisse surgir. Mais la fécondité de la nature est telle que l’aléatoire se transforme en possible. La science nous donnera peut-être confirmation que notre planète bleue n’a pas été la seule à avoir été ensemencée. L’équation de Drake sur la probabilité de l’existence d’une vie extra-terrestre attend encore sa vérification expérimentale. Suspense...
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