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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

La division et le non-savoir aux fondements de la démocratie.

Publié le 31 Mars 2016 par Jean Mirguet dans Politique

Dans une interview donnée au mensuel Causeur il y a deux ans, le linguiste et philosophe Jean-Claude Milner rappelait ce qui, jusqu’à peu, constituait une évidence : à un moment donné, les parents choisissent toujours en lieu et place de leurs enfants, libre à ceux-ci ensuite de se rebeller contre cet héritage. Or, force est de reconnaître que, depuis quelques années, domine l’idée que ces contraintes doivent être combattues préventivement, tout simplement en les empêchant d’apparaître.

Autrement dit, pour que chaque individu puisse, dès le début de sa vie, être placé dans une relation de stricte égalité avec ses semblables, il lui faut être libre d’accepter ou de refuser ce qui lui est transmis, donc être dans la situation de celui qui conclut un contrat. Pour JC Milner, il s’en déduit instantanément une conséquence : l’enfant doit entrer dans un monde qui ait le moins de passé possible puisque ce passé est fait de choix auxquels il n’a pas pris part. Dans le cas des relations parents-enfants, le modèle du contrat, qui est égalitaire, s’oppose à celui de la transmission, inégalitaire.

Pendant longtemps, l’inégalité de savoir entre le maître et l’élève a été pensée comme un moyen de la démocratie puisque la transmission visait à affranchir l’élève des conséquences sociales de son ignorance. Or, aujourd’hui, cette inégalité de savoir est jugée comme non démocratique, à tel point qu’à force de dénoncer l’inégalité entre savoir et ignorance, on trouve de plus en plus de situations dans lesquels l’ignorant domine celui qui sait (par ex. l’impossibilité pour des professeurs d’aborder certains sujets politiques, religieux ou philosophiques car des élèves sont persuadés de détenir une vérité supérieure à la connaissance).

Nombreux sont les dirigeants politiques qui estiment que supprimer la perception de l’inégalité est gage de paix sociale, faisant de ce modèle l’idéal vers lequel doit tendre une démocratie. Cette idéologie du désamorçage des conflits qu’il faut prévenir pour qu’ils n’aient pas lieu et que s’établisse un consensus nous propose l’idéal d’un monde imaginaire harmonieux, exempt de toute division, pacifié.

Or, insiste JC Milner, la démocratie doit permettre l’émergence des conflits, elle est fondée sur la division, non sur une mirifique et chimérique harmonie.

De surcroît, elle est le régime conçu, créé et soutenu par des hommes qui savent qu’ils ne savent pas tout. « Le démocrate est modeste, écrivait Camus (« Réflexions sur une démocratie sans catéchisme », Oeuvres complètes II), il avoue une certaine part d’ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné, et à partir de cet aveu, il reconnaît qu’il a besoin de consulter les autres, de compléter ce qu’il sait par ce qu’ils savent ».

La légion des donneurs de leçons qu’on entend à longueurs de journée ferait bien de ne pas l’oublier.

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« Une physique du mot »

Publié le 24 Mars 2016 par Jean Mirguet dans Langage

Motérialité
Motérialité

Lu ce bref passage écrit par Kenneth White dans La Route bleue (1983) où il conte son voyage au Labrador, un pays quasi mythique dont il rêve depuis longtemps et où il va confronter le rêve à la réalité.

Dans ce récit initiatique, le voyageur se confronte aux changements de la notion et de la sensation du « soi-même », au fur et à mesure qu’il approche du Nord.

Arrivé à Schefferville, ville minière en plein cœur de la péninsule du Labrador, « un endroit rouge et cru (…) partout de la boue rouge, de la poussière rouge. Les restes d’une violation brutale », il se demande ce qu’il est venu faire ici et répond : « Disons : des méditations géomentales ».

Il cite alors Mishima dont il vient de lire l’essai autobiographique intitulé Le Soleil et l’acier (1973) qui relate sa découverte tardive de la vie du corps et, par elle, une vie nouvelle de l’esprit. Mishima invente avec ce titre ce qu'il a appelé la critique confidentielle : "J'y vois un genre crépusculaire à mi-chemin entre la nuit des confessions et le grand jour de la critique. Le "je" qui va m'occuper ne sera pas le "je" qui se rapporte strictement à l'histoire de ma personne, mais autre chose, ce qui reste après que tous les autres mots que j'ai proférés ont fait retour en moi, quelque chose qui ne se rapporte ni ne fait retour à moi-même (…) Réfléchissant à la nature de ce « Je », je fus amené à conclure que le « je » en question correspondait très précisément à l’espace que j’occupais physiquement… ». Prolongeant Mishima, Kenneth White indique que « c’est ce sens spatial du moi que j’essaye de développer ici, sur le plateau du Labrador ».

Il poursuit avec le souvenir d’un autre livre, La Steppe. Histoire d’un voyage, une nouvelle de Tchekhov : « La vie en territoire inconnu, sans refuge, sans repères. La fraîcheur d’images surgies tout droit de la terre. Ici, pas de style, quelque chose comme une physique, une physique de l’esprit, une physique du mot. Pas de discours fadasse charriant des mondes morts. Quelque chose qui va plus loin, qui vous relie à l’univers ».

Comment ne pas entendre dans la lecture de ces lignes que cet « autre chose » qu’évoque Mishima ou cette « physique du mot » à quoi fait référence White sont dans un rapport de voisinage avec la rencontre entre les mots et le corps, avec la matérialité des mots dont Lacan a rendu compte en forgeant le terme de motérialisme pour dire la matière de l’inconscient, soit ce qui de l’équivoque de la langue résonne dans le corps : « C’est dans la rencontre de ces mots avec le corps que quelque chose se dessine ».

Ce n’est plus le langage comme instrument de communication dont il s’agit ; c’est le signifiant pris dans sa sonorité et sa matérialité.

Le matérialisme du mot se rapporte à ce qui reste en dehors du sens dans le mot, à savoir les lettres ou, dans le vocabulaire de Kenneth White, « la physique du mot ».

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Le cancer de l'islamisme

Publié le 23 Mars 2016 par Jean Mirguet dans Politique

Le Manneken-Pis sur vos bombes
Le Manneken-Pis sur vos bombes

Roland Jaccard indiquait hier soir, mardi, à l’émission d’Yves Calvi, « C dans l’air », que les chiffres sur la montée du radicalisme en France étaient impressionnants : aujourd’hui, 8500 personnes ont été signalées comme autoradicalisées soit par leurs voisins, soit par leur famille, soit par les services antiterroristes. C’est deux fois plus qu’il y a un an.

Mohamed Sifaoui, journaliste, écrivain et réalisateur franco-algérien installé en France, expliquait quant à lui que « il ne peut y avoir de lutte sérieusement engagée si on n’arrive pas à se poser la question de manière sérieuse, apaisée et calme sur comment gérer le sujet islamiste, comment lutter contre l’islamisme, comment assumer la guerre contre l’islamisme, comment nommer l’islamisme, comment interdire les réseaux islamistes qui endoctrinent, comment interdire les associations qui propagent l’islamisme, comment interdire la littérature islamiste, comment prohiber les chaînes qui diffusent l’islamisme ? Une chaîne saoudienne, il y a quelques semaines, diffusait un prêche du prêcheur principal de La Mecque qui appelait à tuer tous les apostats juifs et chrétiens, européens et tous les chiites, etc…

Ça passe à la télévision nationale saoudienne, quasiment une fois par semaine au moins.

Il faut sortir de cette logique où l’on tente d’anesthésier le débat. On est en guerre ou on ne l’est pas ».

- Y. Calvi : « C’est de la naïveté ? »

- M. Sifaoui : « C’est pas de la naïveté ».

- Y. Calvi : « La volonté de ne pas voir ? »

- M. Sifaoui : « C’est du calcul politicien par électoralisme. (…) L’islamisme est une idéologie totalitaire, elle est dangereuse. Ces gens sont des salopards qui sont des militants, qu’il faut combattre, qu’il faut annihiler et faire passer devant la Justice, qu’il faut neutraliser physiquement lorsqu’il le faut. Ce sont des choses qu’il faut assumer aujourd’hui et ce propos ne doit pas être laissé à l’extrême-droite qui ne fait qu’alimenter ces islamistes » .

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Publié le 12 Mars 2016 par Jean Mirguet dans Politique

En complément à l’info publiée hier concernant le Printemps Républicain, voici quelques lignes introductives du dernier livre de Marcel Gauchet, Comprendre le malheur français, publié chez Stock depuis hier.

« L’abîme des perceptions entre la France d’en haut et la France d’en bas a ouvert un boulevard à la démagogie protestataire. Il a permis l’ascension effrayante du Front national. Celle-ci a créé en retour un fonds de commerce de la dénonciation du péril fasciste. Elle a suscité une troupe de procureurs bénévoles chargés de veiller à la pureté des opinions et de traquer tout propos suspect de « faire le jeu du Front national ». Les interdits appellent à leur tour des transgresseurs, de sorte que l’on a vu apparaître d’avisés entrepreneurs en provocation qui ont raflé le marché de la mal-pensance, tout en portant à leur paroxysme les cris d’orfraie des gardiens de l’orthodoxie. La boucle est bouclée, le jeu de rôles est verrouillé , la discussion publique est bloquée par une hystérie médiatique qui ne laisse le choix qu’entre le délire et le déni. Un blocage qui ne contribue pas peu à entretenir le découragement collectif ».

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Le Printemps Républicain

Publié le 11 Mars 2016 par Jean Mirguet dans Politique

Dans son article de début mars, « La gauche pour le réel », publié dans le dernier numéro de Causeur, Elisabeth Lévy prétend qu’en ce-moment, il se passe quelque chose à gauche, quelque chose d’encore imprécis et nébuleux mais qui, s’il se précise, pourrait rendre l’atmosphère intellectuelle un peu plus respirable.

Depuis, cet imprécis a commencé à prendre forme : sous la houlette du politologue et essayiste proche du PS, Laurent Bouvet, un collectif s’est créé, soutenu, entre autres, par Marcel Gauchet, Elizabeth Badinter, Marc Cohen, Roland Castro, Brice Couturier, René Frydman, Fleur Pellerin, Abderrahmane Sissako. Un Manifeste a été mis récemment en ligne http://www.causeur.fr/manifeste-pour-un-printemps-republicain-37179.html avec appel à signature.

Il défend l’idée que la République est ce qui nous est commun, que la laïcité est le ciment du contrat social républicain, que la Nation est à la fois une histoire et un destin communs, que l’universalisme se déduit des aspirations à une humanité commune, que le combat contre le racisme, l’antisémitisme ou tout autre préjugé à raison du sexe, de l’origine, de la couleur de la peau, de l’orientation sexuelle, de la religion ou de la culture est sans répit ni repos et que le principe de l’égalité entre hommes et femmes, et plus encore le combat permanent pour sa réalisation effective, sont au fondement des sociétés modernes.

La naissance de cette gauche pluraliste, voltairienne qui se rebiffe et affirme avec Pascal Bruckner que la gauche doit se réconcilier avec le réel est une très bonne nouvelle.

Le réel (et non pas la réalité) …. un terme très en vogue actuellement, spécialement dans les domaines de l’art et de la politique. Les significations qui lui sont données mériteraient, à coup sûr, d’être précisées pour lui éviter de rejoindre le lexique de la langue de bois où il risquerait de perdre sa marque primordiale puisqu'il est ce qui résiste, ce sur quoi on bute et qu'on ne peut contourner. On peut compter sur le talent d’Elisabeth Badinter pour éviter cet écueil quand elle appelle à ne pas se laisser bâillonner par le politiquement correct, consistant précisément à ne rien vouloir savoir du poids de réel : « Il faut, dit-elle, s'accrocher et il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe, qui a été pendant pas mal d'années le stop absolu, l'interdiction de parler et presque la suspicion sur la laïcité. A partir du moment où les gens auront compris que c'est une arme contre la laïcité, peut-être qu'ils pourront laisser leur peur de côté pour dire les choses ».

Que celles et ceux qui apprécient lire et entendre  Charles Péguy, Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq, Régis Debray, Philippe Muray, Pascal Bruckner, Fabrice Luchini (aimablement qualifiés, avec d’autres, de néo-réacs depuis la publication du Rappel à l’Ordre de Daniel Lindenberg, paru il y a 14 ans) se réjouissent, ça sent le Printemps !

Le Printemps Républicain
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Le Winter Jam Festival au service de l'évangélisation

Publié le 27 Décembre 2015 par Jean Mirguet

Le Winter Jam Tour est le plus grand festival de musique chrétienne aux Etats Unis. Il existe depuis 20 ans et affiche 50 dates et plus de 500 000 spectateurs chaque année à travers le pays, plus que n'importe quelle rock star. Rap, Folk, Rock ou Country toutes les musiques sont représentées. Un bon moyen d'attirer de nouveaux fidèles. Le rock chrétien au service de l'évangélisation… à 10 $ l'entrée, c'est un succès.

Un sujet d’Olivier Mirguet pour Arte Journal

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Cinéma : un Mustang au galop

Publié le 18 Décembre 2015 par Jean Mirguet dans Cinéma

Mustang est un film dramatique germano-franco-turc réalisé par Deniz Gamze Ergüven. Il raconte l’histoire de cinq soeurs turques défendant leur liberté contre l’emprise d’un père étouffant. Il est en concurrence avec 80 films en compétition pour l’Oscar du meilleur film étranger. A quelques jours de l’annonce officielle de la pré-sélection, toute l'équipe du film s’est lancée dans la course aux Oscars, qui seront remis lors de la 88e cérémonie le 28 février prochain.

Un sujet d’Olivier Mirguet pour Arte Journal

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Le Fils de Saul

Publié le 16 Décembre 2015 par Jean Mirguet dans Cinéma

2016 sera-t-elle l'année de la consécration pour Le Fils de Saul, film du hongrois Laszlo Nemes ? Déjà nominé pour les Golden Globes, il a été short-listé pour les Oscars, dans la catégorie du meilleur film étranger. Dans la lignée de Claude Lanzmann, réalisateur de Shoah, le film hongrois pourrait bien surprendre Hollywood.

Un sujet d’Olivier Mirguet pour Arte Journal.

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Il n’y a pas de causes sociales au djihadisme, par Paul Berman, Le Monde

Publié le 1 Décembre 2015 par Jean Mirguet

Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de le lire, je partage cet article de Paul Berman, paru dans Le Monde du 30 novembre. Il constitue un prolongement de mon récent article, "Un mal radical ».

Nous, les modernes, croyons en la doctrine des « causes profondes », selon laquelle de fortes pressions sociales sont toujours à l’origine de la rage meurtrière, mais les poètes de l’Antiquité ne voyaient pas les choses de cette manière. Ils considéraient la rage meurtrière comme un trait constant de la nature humaine. Ils pensaient, comme l’a écrit André Glucksmann, que « le principe destructeur nous habite ». Ou alors ils attribuaient cette fureur à des dieux irascibles dont les motivations, emportées et fantasques, ne nécessitaient aucune explication.

Pour les poètes, n’importe qui était susceptible de plonger dans une rage meurtrière – un peuple vaincu, une femme blessée ou une victime des dieux. C’est la rage elle-même qui suscita leur attention, non pas ses origines ou ses causes supposées. Ils consacrèrent toute leur science, poétique, à l’examen de la fureur : à ses rythmes, ses mètres, son vocabulaire, ses nuances, ses degrés d’intensité. L’Enéide est aussi bien une traversée de la Méditerranée qu’un parcours à travers les différentes mutations de cette rage.

Nous, les modernes, préférons néanmoins les chercheurs en sciences sociales aux poètes, parce que nous pensons fondamentalement que le monde est soumis à une certaine logique impersonnelle de cause à effet, que les sciences sociales précisément nous révèlent. Nous sommes convaincus que, si un mouvement terroriste se déchaîne à travers le monde, sa cause est nécessairement à chercher dans un principe de destruction extérieur aux terroristes eux-mêmes.

IL Y A AUTANT DE « CAUSES PROFONDES » DU TERRORISME ISLAMISTE QU’IL Y A D’EXPERTS EN SCIENCES SOCIALES. ET ELLES DISENT TOUT ET SON CONTRAIRE

Nous nous tournons alors vers les spécialistes en sciences sociales qui, apparemment, n’ont aucune difficulté à en cerner la cause : c’est une question d’identité professionnelle. Que nous disent les économistes ? Que la folie terroriste a bien une cause profonde : la pauvreté. Et les géographes ? Que c’est l’aridification du Moyen-Orient qui a provoqué cette vague de terrorisme. Il y a autant de « causes profondes » du terrorisme islamiste qu’il y a d’experts en sciences sociales. Et elles disent tout et son contraire.

On nous explique que la cause profonde du djihad islamiste est l’invasion et l’occupation militaire de puissances étrangères, comme en Tchétchénie et en Palestine, alors même qu’à Rakka, et ailleurs qu’en Syrie, ce sont les djihadistes eux-mêmes qui représentent des occupants étrangers. On nous dit que le chaos qui suivit le renversement des dictateurs ayant sévi pendant des décennies est à l’origine des mouvements terroristes, comme en Libye, alors que, dans le cas des terroristes marocains, c’est la frustration suscitée par l’impossibilité de renverser la monarchie qui est en cause. On nous explique que c’est le despotisme du général Sissi qui a entraîné l’explosion du terrorisme en Egypte, mais que c’est la fin du despotisme de Ben Ali qui en est la cause en Tunisie. On nous dit que le sionisme est la cause du terrorisme islamiste partout dans le monde, mais, en Syrie, les leaders mondiaux de l’antisionisme nous ont fait comprendre que, au final, ils préféraient se massacrer entre eux.

Contradictoires et fantasques

Avant 2011, on considérait que la présence américaine en Irak était à l’origine du terrorisme qui sévissait dans une partie du monde ; après 2011, c’est le retrait américain qui en est devenu responsable. Les inégalités économiques expliquent tout... comme les contrariétés de la vie dans les républiques égalitaires scandinaves. Le chômage explique tout ? Pourtant des terroristes surgissent au Royaume-Uni, où le taux de chômage est remarquablement bas. Le manque d’éducation explique tout ? Pourtant l’Etat islamique est dirigé par un homme diplômé en sciences islamiques, qui est à la tête du réseau de propagande sur Internet et sur les médias sociaux le plus sophistiqué du monde.

On nous dit que l’islamophobie est la cause du terrorisme islamiste – alors que l’immense majorité des terroristes islamistes viennent de pays musulmans où l’islamophobie n’est vraiment pas le problème. Ailleurs dans le monde, en France, par exemple, c’est l’exigence intolérante faite aux immigrés de se conformer à la culture française qui aurait fait naître le terrorisme islamiste ; au Royaume-Uni, ce serait au contraire le refus multiculturaliste d’exiger d’eux une adaptation.

IL SE POURRAIT QUE CE SOIT LA DOCTRINE DES CAUSES PROFONDES ELLE-MÊME, TELLE QU’ELLE SE TROUVE DÉVELOPPÉE EN SCIENCES SOCIALES, QUI ÉCHOUE TOTALEMENT À CERNER LES CAUSES DU TERRORISME

Les causes profondes du terrorisme islamiste se révèlent, au bout du compte, aussi nombreuses que les divinités antiques, et aussi contradictoires et fantasques qu’elles. Il se pourrait que ce soit la doctrine des causes profondes elle-même, telle qu’elle se trouve développée en sciences sociales, qui échoue totalement à cerner les causes du terrorisme.

Les investigations des sciences sociales réussissent à peine à identifier ce que Glucksmann appelait des « circonstances favorables », qu’il serait certainement crucial de connaître, si seulement nous parvenions à distinguer les interprétations valides des interprétations fallacieuses. Et pourtant, même la synthèse la plus pertinente et la mieux renseignée des circonstances favorables ne pourra jamais nous amener au cœur du sujet, à savoir la rage.

Doctrine antipoétique

C’est pourquoi la doctrine des causes profondes est profondément erronée. Elle encourage à prêter attention à tout sauf aux rythmes, aux mètres, au vocabulaire, aux intensités émotionnelles et aux nuances de la rage terroriste elle-même, c’est-à-dire à l’idéologie islamiste et à ses modes

d’expression. La rage terroriste repose sur la haine, et la haine est une émotion qui est aussi un discours, en l’occurrence un discours élaboré composé de tracts, de poèmes, de chants, de sermons et de tout ce qui peut alimenter un système idéologique parfaitement huilé. Pour comprendre le discours, il faut disposer de ce que l’on pourrait appeler une « poétique ».

Or, la doctrine des causes profondes est antipoétique. En cela, elle représente une régression par rapport à la poésie antique. Elle nous empêche de comprendre ceux-là mêmes qui veulent nous tuer. Pire : la doctrine des causes profondes nous induit à penser que la rage insensée, étant le résultat prévisible d’une cause, ne saurait être vraiment insensée. Pire : la doctrine des causes profondes nous conduit au soupçon que nous pourrions nous-mêmes en être la cause.

Après les attentats du 11 septembre 2001, de nombreuses personnes ont considéré que l’Amérique avait eu ce qu’elle méritait. Il y a dix mois en France, on entendait que les caricaturistes de Charlie Hebdo l’avaient bien cherché, que les juifs l’avaient bien cherché. Et on commence déjà à entendre la même rengaine à propos des supporteurs du Stade de France, des gens venus dîner au restaurant ou écouter du rock. De cette manière, la doctrine des causes profondes, qui promeut une certaine forme d’aveuglement, nous enlève jusqu’à l’envie de résister.

Traduit de l’anglais par Pauline Colonna d’Istria

Paul Berman est un écrivain et essayiste américain. Il est notamment l’auteur des "Habits neufs de la terreur" (Hachette Littératures, 2004) et de "Cours vite camarade !" (Denoël, 2006). The New York Review of Books, The New Republic, ou la revue d’études juives Tablet ont publié ses articles. Historien de la gauche, il en a critiqué les positions à l’égard de l’Islam radical, qui sont à ses yeux trop conciliantes.

En 2003, il a défendu l’idée de la guerre en Irak, tout en condamnant la manière dont elle a été conduite par l’administration Bush.

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L’autisme, un diagnostic pas toujours définitif chez l’enfant

Publié le 27 Novembre 2015 par Jean Mirguet dans Autisme

L’autisme, un diagnostic pas toujours définitif chez l’enfant

Compte-tenu de la propension de certaines équipes à vouloir orienter trop tôt des enfants vers des établissements du type IME, les collègues liront avec intérêt cet article du Dr Jean-Marc Retbi, paru récemment dans le Journal International de Médecine

Il est bien établi que certains des enfants « souffrant de troubles du spectre autistique » [TSA] perdent leur étiquette de TSA en grandissant. Pour expliquer l’abandon du diagnostic de TSA chez ces enfants on invoque une guérison, spontanée ou grâce aux interventions dont ils ont bénéficié, ou une erreur de diagnostic. Une étude américaine, basée en population, a analysé les abandons du diagnostic de TSA chez des enfants d’âge scolaire.

En 2009-2010 une enquête randomisée, par téléphone, avait touché les enfants âgés de 0 à 17 ans ayant des besoins de santé spécifiques. En 2011, une 2e enquête a précisé les cheminements vers le diagnostic et les soins prodigués enfants de 6 à 17 ans inclus dans la 1ère enquête, qui présentaient des TSA, un retard mental ou un retard de développement.

Diagnostic abandonné dans 13 % des cas

Il a été estimé que le diagnostic de TSA avait été abandonné chez 13,1 % des enfants étiquetés TSA lors de la 1ère enquête (Intervalle de Confiance 95 % [IC95 %] : 8,9 %-18,7 %).

Les parents de 1 607 enfants étiquetés TSA, dont 187 pour lesquels le diagnostic n’avait pas été maintenu, ont accepté un entretien téléphonique.

Dans presque 75 % des cas, le diagnostic de TSA a été abandonné à la suite de nouvelles informations. Les autres raisons données par les parents sont que le diagnostic de TSA avait servi à obtenir une prise en charge chez des enfants souffrant d’autres troubles (24 %) ou encore que les interventions et/ou la maturation avaient entraîné la guérison des TSA (21 %). Les parents ne parlent d’erreur de diagnostic que dans 1,9 % des cas.

Le trouble de l’attention/hyperactivité est le premier diagnostic de remplacement de celui de TSA.

Des différences avec ceux pour lesquels le diagnostic a été conservé

Par comparaison avec les 1 420 enfants qui ont conservé le diagnostic de TSA, les 187 qui l’ont perdu se débrouillent mieux dans les activités de la vie quotidienne (toilette, alimentation ...), manifestent plus de curiosité, et posent moins de problèmes de comportement social (scores plus bas au CSBQ [Children’s Social Behavior Questionnaire]).

A posteriori, il s’avère qu’ils avaient aussi des particularités à l’époque où ils avaient reçu l’étiquette de TSA, par comparaison avec des enfants ayant conservé le diagnostic de TSA, appariés dans la proportion 2 : 1 (en tenant compte des scores de propension). Leurs parents avaient une plus faible probabilité de s’être inquiétés au sujet de leur langage, de leur communication non verbale, de leurs apprentissages ou de gestes inhabituels. Ils avaient deux fois moins de chances d’avoir été adressés à des spécialistes et que le diagnostic ait été posé par ceux-ci (Odds Ratio ajusté : 0,46 ; IC 95 % : 0,22-0,95). Enfin, ils avaient une plus faible probabilité d’avoir été pris pour un syndrome d’Asperger ou un autisme.

Cette étude suggère que le diagnostic de TSA, quel que soit le type des troubles, est difficile. Il doit être posé par des spécialistes s’appuyant sur un bilan spécifique. Il peut rester hésitant quelque temps ou être révisé secondairement, mais cela ne doit pas retarder les interventions.

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