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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

Publié le 12 Mars 2016 par Jean Mirguet dans Politique

En complément à l’info publiée hier concernant le Printemps Républicain, voici quelques lignes introductives du dernier livre de Marcel Gauchet, Comprendre le malheur français, publié chez Stock depuis hier.

« L’abîme des perceptions entre la France d’en haut et la France d’en bas a ouvert un boulevard à la démagogie protestataire. Il a permis l’ascension effrayante du Front national. Celle-ci a créé en retour un fonds de commerce de la dénonciation du péril fasciste. Elle a suscité une troupe de procureurs bénévoles chargés de veiller à la pureté des opinions et de traquer tout propos suspect de « faire le jeu du Front national ». Les interdits appellent à leur tour des transgresseurs, de sorte que l’on a vu apparaître d’avisés entrepreneurs en provocation qui ont raflé le marché de la mal-pensance, tout en portant à leur paroxysme les cris d’orfraie des gardiens de l’orthodoxie. La boucle est bouclée, le jeu de rôles est verrouillé , la discussion publique est bloquée par une hystérie médiatique qui ne laisse le choix qu’entre le délire et le déni. Un blocage qui ne contribue pas peu à entretenir le découragement collectif ».

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Le Printemps Républicain

Publié le 11 Mars 2016 par Jean Mirguet dans Politique

Dans son article de début mars, « La gauche pour le réel », publié dans le dernier numéro de Causeur, Elisabeth Lévy prétend qu’en ce-moment, il se passe quelque chose à gauche, quelque chose d’encore imprécis et nébuleux mais qui, s’il se précise, pourrait rendre l’atmosphère intellectuelle un peu plus respirable.

Depuis, cet imprécis a commencé à prendre forme : sous la houlette du politologue et essayiste proche du PS, Laurent Bouvet, un collectif s’est créé, soutenu, entre autres, par Marcel Gauchet, Elizabeth Badinter, Marc Cohen, Roland Castro, Brice Couturier, René Frydman, Fleur Pellerin, Abderrahmane Sissako. Un Manifeste a été mis récemment en ligne http://www.causeur.fr/manifeste-pour-un-printemps-republicain-37179.html avec appel à signature.

Il défend l’idée que la République est ce qui nous est commun, que la laïcité est le ciment du contrat social républicain, que la Nation est à la fois une histoire et un destin communs, que l’universalisme se déduit des aspirations à une humanité commune, que le combat contre le racisme, l’antisémitisme ou tout autre préjugé à raison du sexe, de l’origine, de la couleur de la peau, de l’orientation sexuelle, de la religion ou de la culture est sans répit ni repos et que le principe de l’égalité entre hommes et femmes, et plus encore le combat permanent pour sa réalisation effective, sont au fondement des sociétés modernes.

La naissance de cette gauche pluraliste, voltairienne qui se rebiffe et affirme avec Pascal Bruckner que la gauche doit se réconcilier avec le réel est une très bonne nouvelle.

Le réel (et non pas la réalité) …. un terme très en vogue actuellement, spécialement dans les domaines de l’art et de la politique. Les significations qui lui sont données mériteraient, à coup sûr, d’être précisées pour lui éviter de rejoindre le lexique de la langue de bois où il risquerait de perdre sa marque primordiale puisqu'il est ce qui résiste, ce sur quoi on bute et qu'on ne peut contourner. On peut compter sur le talent d’Elisabeth Badinter pour éviter cet écueil quand elle appelle à ne pas se laisser bâillonner par le politiquement correct, consistant précisément à ne rien vouloir savoir du poids de réel : « Il faut, dit-elle, s'accrocher et il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe, qui a été pendant pas mal d'années le stop absolu, l'interdiction de parler et presque la suspicion sur la laïcité. A partir du moment où les gens auront compris que c'est une arme contre la laïcité, peut-être qu'ils pourront laisser leur peur de côté pour dire les choses ».

Que celles et ceux qui apprécient lire et entendre  Charles Péguy, Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq, Régis Debray, Philippe Muray, Pascal Bruckner, Fabrice Luchini (aimablement qualifiés, avec d’autres, de néo-réacs depuis la publication du Rappel à l’Ordre de Daniel Lindenberg, paru il y a 14 ans) se réjouissent, ça sent le Printemps !

Le Printemps Républicain
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Le Winter Jam Festival au service de l'évangélisation

Publié le 27 Décembre 2015 par Jean Mirguet

Le Winter Jam Tour est le plus grand festival de musique chrétienne aux Etats Unis. Il existe depuis 20 ans et affiche 50 dates et plus de 500 000 spectateurs chaque année à travers le pays, plus que n'importe quelle rock star. Rap, Folk, Rock ou Country toutes les musiques sont représentées. Un bon moyen d'attirer de nouveaux fidèles. Le rock chrétien au service de l'évangélisation… à 10 $ l'entrée, c'est un succès.

Un sujet d’Olivier Mirguet pour Arte Journal

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Cinéma : un Mustang au galop

Publié le 18 Décembre 2015 par Jean Mirguet dans Cinéma

Mustang est un film dramatique germano-franco-turc réalisé par Deniz Gamze Ergüven. Il raconte l’histoire de cinq soeurs turques défendant leur liberté contre l’emprise d’un père étouffant. Il est en concurrence avec 80 films en compétition pour l’Oscar du meilleur film étranger. A quelques jours de l’annonce officielle de la pré-sélection, toute l'équipe du film s’est lancée dans la course aux Oscars, qui seront remis lors de la 88e cérémonie le 28 février prochain.

Un sujet d’Olivier Mirguet pour Arte Journal

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Le Fils de Saul

Publié le 16 Décembre 2015 par Jean Mirguet dans Cinéma

2016 sera-t-elle l'année de la consécration pour Le Fils de Saul, film du hongrois Laszlo Nemes ? Déjà nominé pour les Golden Globes, il a été short-listé pour les Oscars, dans la catégorie du meilleur film étranger. Dans la lignée de Claude Lanzmann, réalisateur de Shoah, le film hongrois pourrait bien surprendre Hollywood.

Un sujet d’Olivier Mirguet pour Arte Journal.

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Il n’y a pas de causes sociales au djihadisme, par Paul Berman, Le Monde

Publié le 1 Décembre 2015 par Jean Mirguet

Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de le lire, je partage cet article de Paul Berman, paru dans Le Monde du 30 novembre. Il constitue un prolongement de mon récent article, "Un mal radical ».

Nous, les modernes, croyons en la doctrine des « causes profondes », selon laquelle de fortes pressions sociales sont toujours à l’origine de la rage meurtrière, mais les poètes de l’Antiquité ne voyaient pas les choses de cette manière. Ils considéraient la rage meurtrière comme un trait constant de la nature humaine. Ils pensaient, comme l’a écrit André Glucksmann, que « le principe destructeur nous habite ». Ou alors ils attribuaient cette fureur à des dieux irascibles dont les motivations, emportées et fantasques, ne nécessitaient aucune explication.

Pour les poètes, n’importe qui était susceptible de plonger dans une rage meurtrière – un peuple vaincu, une femme blessée ou une victime des dieux. C’est la rage elle-même qui suscita leur attention, non pas ses origines ou ses causes supposées. Ils consacrèrent toute leur science, poétique, à l’examen de la fureur : à ses rythmes, ses mètres, son vocabulaire, ses nuances, ses degrés d’intensité. L’Enéide est aussi bien une traversée de la Méditerranée qu’un parcours à travers les différentes mutations de cette rage.

Nous, les modernes, préférons néanmoins les chercheurs en sciences sociales aux poètes, parce que nous pensons fondamentalement que le monde est soumis à une certaine logique impersonnelle de cause à effet, que les sciences sociales précisément nous révèlent. Nous sommes convaincus que, si un mouvement terroriste se déchaîne à travers le monde, sa cause est nécessairement à chercher dans un principe de destruction extérieur aux terroristes eux-mêmes.

IL Y A AUTANT DE « CAUSES PROFONDES » DU TERRORISME ISLAMISTE QU’IL Y A D’EXPERTS EN SCIENCES SOCIALES. ET ELLES DISENT TOUT ET SON CONTRAIRE

Nous nous tournons alors vers les spécialistes en sciences sociales qui, apparemment, n’ont aucune difficulté à en cerner la cause : c’est une question d’identité professionnelle. Que nous disent les économistes ? Que la folie terroriste a bien une cause profonde : la pauvreté. Et les géographes ? Que c’est l’aridification du Moyen-Orient qui a provoqué cette vague de terrorisme. Il y a autant de « causes profondes » du terrorisme islamiste qu’il y a d’experts en sciences sociales. Et elles disent tout et son contraire.

On nous explique que la cause profonde du djihad islamiste est l’invasion et l’occupation militaire de puissances étrangères, comme en Tchétchénie et en Palestine, alors même qu’à Rakka, et ailleurs qu’en Syrie, ce sont les djihadistes eux-mêmes qui représentent des occupants étrangers. On nous dit que le chaos qui suivit le renversement des dictateurs ayant sévi pendant des décennies est à l’origine des mouvements terroristes, comme en Libye, alors que, dans le cas des terroristes marocains, c’est la frustration suscitée par l’impossibilité de renverser la monarchie qui est en cause. On nous explique que c’est le despotisme du général Sissi qui a entraîné l’explosion du terrorisme en Egypte, mais que c’est la fin du despotisme de Ben Ali qui en est la cause en Tunisie. On nous dit que le sionisme est la cause du terrorisme islamiste partout dans le monde, mais, en Syrie, les leaders mondiaux de l’antisionisme nous ont fait comprendre que, au final, ils préféraient se massacrer entre eux.

Contradictoires et fantasques

Avant 2011, on considérait que la présence américaine en Irak était à l’origine du terrorisme qui sévissait dans une partie du monde ; après 2011, c’est le retrait américain qui en est devenu responsable. Les inégalités économiques expliquent tout... comme les contrariétés de la vie dans les républiques égalitaires scandinaves. Le chômage explique tout ? Pourtant des terroristes surgissent au Royaume-Uni, où le taux de chômage est remarquablement bas. Le manque d’éducation explique tout ? Pourtant l’Etat islamique est dirigé par un homme diplômé en sciences islamiques, qui est à la tête du réseau de propagande sur Internet et sur les médias sociaux le plus sophistiqué du monde.

On nous dit que l’islamophobie est la cause du terrorisme islamiste – alors que l’immense majorité des terroristes islamistes viennent de pays musulmans où l’islamophobie n’est vraiment pas le problème. Ailleurs dans le monde, en France, par exemple, c’est l’exigence intolérante faite aux immigrés de se conformer à la culture française qui aurait fait naître le terrorisme islamiste ; au Royaume-Uni, ce serait au contraire le refus multiculturaliste d’exiger d’eux une adaptation.

IL SE POURRAIT QUE CE SOIT LA DOCTRINE DES CAUSES PROFONDES ELLE-MÊME, TELLE QU’ELLE SE TROUVE DÉVELOPPÉE EN SCIENCES SOCIALES, QUI ÉCHOUE TOTALEMENT À CERNER LES CAUSES DU TERRORISME

Les causes profondes du terrorisme islamiste se révèlent, au bout du compte, aussi nombreuses que les divinités antiques, et aussi contradictoires et fantasques qu’elles. Il se pourrait que ce soit la doctrine des causes profondes elle-même, telle qu’elle se trouve développée en sciences sociales, qui échoue totalement à cerner les causes du terrorisme.

Les investigations des sciences sociales réussissent à peine à identifier ce que Glucksmann appelait des « circonstances favorables », qu’il serait certainement crucial de connaître, si seulement nous parvenions à distinguer les interprétations valides des interprétations fallacieuses. Et pourtant, même la synthèse la plus pertinente et la mieux renseignée des circonstances favorables ne pourra jamais nous amener au cœur du sujet, à savoir la rage.

Doctrine antipoétique

C’est pourquoi la doctrine des causes profondes est profondément erronée. Elle encourage à prêter attention à tout sauf aux rythmes, aux mètres, au vocabulaire, aux intensités émotionnelles et aux nuances de la rage terroriste elle-même, c’est-à-dire à l’idéologie islamiste et à ses modes

d’expression. La rage terroriste repose sur la haine, et la haine est une émotion qui est aussi un discours, en l’occurrence un discours élaboré composé de tracts, de poèmes, de chants, de sermons et de tout ce qui peut alimenter un système idéologique parfaitement huilé. Pour comprendre le discours, il faut disposer de ce que l’on pourrait appeler une « poétique ».

Or, la doctrine des causes profondes est antipoétique. En cela, elle représente une régression par rapport à la poésie antique. Elle nous empêche de comprendre ceux-là mêmes qui veulent nous tuer. Pire : la doctrine des causes profondes nous induit à penser que la rage insensée, étant le résultat prévisible d’une cause, ne saurait être vraiment insensée. Pire : la doctrine des causes profondes nous conduit au soupçon que nous pourrions nous-mêmes en être la cause.

Après les attentats du 11 septembre 2001, de nombreuses personnes ont considéré que l’Amérique avait eu ce qu’elle méritait. Il y a dix mois en France, on entendait que les caricaturistes de Charlie Hebdo l’avaient bien cherché, que les juifs l’avaient bien cherché. Et on commence déjà à entendre la même rengaine à propos des supporteurs du Stade de France, des gens venus dîner au restaurant ou écouter du rock. De cette manière, la doctrine des causes profondes, qui promeut une certaine forme d’aveuglement, nous enlève jusqu’à l’envie de résister.

Traduit de l’anglais par Pauline Colonna d’Istria

Paul Berman est un écrivain et essayiste américain. Il est notamment l’auteur des "Habits neufs de la terreur" (Hachette Littératures, 2004) et de "Cours vite camarade !" (Denoël, 2006). The New York Review of Books, The New Republic, ou la revue d’études juives Tablet ont publié ses articles. Historien de la gauche, il en a critiqué les positions à l’égard de l’Islam radical, qui sont à ses yeux trop conciliantes.

En 2003, il a défendu l’idée de la guerre en Irak, tout en condamnant la manière dont elle a été conduite par l’administration Bush.

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L’autisme, un diagnostic pas toujours définitif chez l’enfant

Publié le 27 Novembre 2015 par Jean Mirguet dans Autisme

L’autisme, un diagnostic pas toujours définitif chez l’enfant

Compte-tenu de la propension de certaines équipes à vouloir orienter trop tôt des enfants vers des établissements du type IME, les collègues liront avec intérêt cet article du Dr Jean-Marc Retbi, paru récemment dans le Journal International de Médecine

Il est bien établi que certains des enfants « souffrant de troubles du spectre autistique » [TSA] perdent leur étiquette de TSA en grandissant. Pour expliquer l’abandon du diagnostic de TSA chez ces enfants on invoque une guérison, spontanée ou grâce aux interventions dont ils ont bénéficié, ou une erreur de diagnostic. Une étude américaine, basée en population, a analysé les abandons du diagnostic de TSA chez des enfants d’âge scolaire.

En 2009-2010 une enquête randomisée, par téléphone, avait touché les enfants âgés de 0 à 17 ans ayant des besoins de santé spécifiques. En 2011, une 2e enquête a précisé les cheminements vers le diagnostic et les soins prodigués enfants de 6 à 17 ans inclus dans la 1ère enquête, qui présentaient des TSA, un retard mental ou un retard de développement.

Diagnostic abandonné dans 13 % des cas

Il a été estimé que le diagnostic de TSA avait été abandonné chez 13,1 % des enfants étiquetés TSA lors de la 1ère enquête (Intervalle de Confiance 95 % [IC95 %] : 8,9 %-18,7 %).

Les parents de 1 607 enfants étiquetés TSA, dont 187 pour lesquels le diagnostic n’avait pas été maintenu, ont accepté un entretien téléphonique.

Dans presque 75 % des cas, le diagnostic de TSA a été abandonné à la suite de nouvelles informations. Les autres raisons données par les parents sont que le diagnostic de TSA avait servi à obtenir une prise en charge chez des enfants souffrant d’autres troubles (24 %) ou encore que les interventions et/ou la maturation avaient entraîné la guérison des TSA (21 %). Les parents ne parlent d’erreur de diagnostic que dans 1,9 % des cas.

Le trouble de l’attention/hyperactivité est le premier diagnostic de remplacement de celui de TSA.

Des différences avec ceux pour lesquels le diagnostic a été conservé

Par comparaison avec les 1 420 enfants qui ont conservé le diagnostic de TSA, les 187 qui l’ont perdu se débrouillent mieux dans les activités de la vie quotidienne (toilette, alimentation ...), manifestent plus de curiosité, et posent moins de problèmes de comportement social (scores plus bas au CSBQ [Children’s Social Behavior Questionnaire]).

A posteriori, il s’avère qu’ils avaient aussi des particularités à l’époque où ils avaient reçu l’étiquette de TSA, par comparaison avec des enfants ayant conservé le diagnostic de TSA, appariés dans la proportion 2 : 1 (en tenant compte des scores de propension). Leurs parents avaient une plus faible probabilité de s’être inquiétés au sujet de leur langage, de leur communication non verbale, de leurs apprentissages ou de gestes inhabituels. Ils avaient deux fois moins de chances d’avoir été adressés à des spécialistes et que le diagnostic ait été posé par ceux-ci (Odds Ratio ajusté : 0,46 ; IC 95 % : 0,22-0,95). Enfin, ils avaient une plus faible probabilité d’avoir été pris pour un syndrome d’Asperger ou un autisme.

Cette étude suggère que le diagnostic de TSA, quel que soit le type des troubles, est difficile. Il doit être posé par des spécialistes s’appuyant sur un bilan spécifique. Il peut rester hésitant quelque temps ou être révisé secondairement, mais cela ne doit pas retarder les interventions.

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Un mal radical

Publié le 20 Novembre 2015 par Jean Mirguet

Je viens de relire « Tuer », un texte de la psychanalyste Marie Moscovici, paru dans le premier numéro de la revue L’inactuel du printemps 1994. Marie Moscovici est décédée il y a peu.

Elle cite un passage de Les Naufragés et les rescapés, quarante ans après Auschwitz, de Primo Levi : « Nous, les survivants, nous sommes une minorité non seulement exigüe, mais anormale (…). Ceux qui ont vu la Gorgone ne sont pas revenus pour raconter, ou sont devenus muets (…). Nous, nous parlons à leur place, par délégation ». Il ajoute, à propos des psychanalystes : « Je ne crois pas que les psychanalystes (qui se sont jetés sur nos problèmes embrouillés avec une avidité professionnelle) soient compétents pour expliquer cette impulsion. Leur savoir a été construit et mis à l’épreuve « au-dehors », dans le monde que, pour simplifier, nous appelons « civilisé » (…). Leurs interprétations me paraissent approximatives et simplifiées, un peu comme si quelqu’un voulait appliquer les théories de la géométrie plane à la résolution de triangles sphériques ».

Ces remarques pourraient s’appliquer aux deux textes que Freud a écrit sur la guerre, le premier en 1915, le second en 1932 dans lesquels il relie le penchant pour la guerre au fonctionnement du psychisme et des sociétés humaines. Freud avait cru en la supériorité du pouvoir de la culture sur la tendance à l’autodestruction inhérente à l’espèce humaine. Sa découverte de la pulsion de mort signera l’échec de ses espoirs mis dans la civilisation et le conduira à écrire en 1938 que « nous vivons en un temps particulièrement curieux. Nous découvrons avec surprise que le progrès a conclu un pacte avec la barbarie. »

Les équipées sauvages du vendredi 13 décembre constituent une nouvelle preuve de la réalité de ce pacte et de l’inscription de l'inhumanité au cœur même de la modernité. En conséquence, nous n’avons pas d’autre choix que, comme le formule Myriam Revault d’Allonnes dans Ce que l’homme fait à l’homme, d’organiser notre existence en tenant compte que rien n’est plus inquiétant que l’homme, capable d’anéantir l’humain avant de porter atteinte à la vie.

Ce pacte avec le diable n’est pas une idée fumeuse faite pour effrayer les braves gens. Elle trouve, par exemple, sa traduction concrète dans les camps, quels qu’ils soient . C’est ainsi que les camps de Daech , qui sont des camps, n’échappent pas au thème des camps. Quand Varlam Chalamov écrit dans Les Récits de la Kolyma son expérience de dix-sept années de sa vie passées dans les camps du Goulag, il est très précis : « Le thème des camps dans son principe, et dans une large acception, est aujourd’hui le problème fondamental ». Problème plus crucial que celui de la guerre car rejoignant la question capitale : « Qu’est-ce que le genre humain? ».

Répondant à cette question, Myriam Revault d’Allonnes démontre que peuvent survivre des hommes dont l’humanité a été détruite « soit parce qu’ils ont été transformés en spécimens d’une « sorte » d’espèce humaine, soit parce que leurs agissements ne sont pas imputables à des causes ou à des motifs que la reconnaissance du semblable nous permettrait de comprendre». En somme, des hommes ordinaires peuvent rester en vie « en cessant d’être du monde, après qu’ils ont tout désappris des sentiments, des intérêts et des réactions ordinaires ». Après quoi, ils pourront froidement exécuter d’autres êtres humains et les détruire comme des objets jetables. C’est cet échantillon du genre humain qu’ont croisé, dans la nuit de vendredi à samedi, nos semblables, innocentes victimes issues de la génération Bataclan.

Face à la barbarie, ne craignons pas de reprendre les questions scandaleuses de l’auteure de La crise sans fin : « Combien de temps faut-il à une personne ordinaire pour vaincre sa répugnance innée au crime ? Comment, par quelles procédures de neutralisation de la conscience éthique et politique, lui fait-on vaincre cette répugnance ? ».

Malgré les attentats du siècle précédent, malgré Charlie, sommes-nous redevenus si sourds et si aveugles , peut-être même anesthésiés par notre confort, pour avoir oublié qu'une espèce nouvelle avait été créée, pour qui tout, désormais, devient possible, pour qui l’impossible n’existe plus, qui vit dans un monde duquel l’impossible est exclu. Pourtant, Hannah Arendt nous a averti: « Cette espèce entièrement nouvelle de criminels est au-delà des limites où la solidarité humaine peut s’exercer dans le crime ».

Il y a un au-delà de l’humain, écrit Myriam Revault d’Allonnes, « un au-delà de la reconnaissance du semblable par le semblable, par l’imagination et la sympathie qui nous portent vers autrui et nous font exister à ses yeux ». Ouvrons les yeux et voyons : l'au-delà des limites est non seulement déjà arrivé mais il peut arriver de nouveau. « La violence utile ou inutile est sous nos yeux (…), écrit Primo Levi. Elle n’attend plus que le nouvel histrion qui l’organise, la légalise, la déclare nécessaire et légitime » : ce que le sinistre El-Baghdadi, promoteur d’une violence héritière de celle qui a régné dans l’Allemagne nazie, s’est déjà employé à faire.

Nous l’avions peut-être oublié mais dorénavant nous le savons : la destruction d’un peuple et d’une civilisation est possible. Il nous faut vivre et, lucidement, faire avec cette possibilité d’un mal radical, seule manière de ne pas tomber dans le piège du pacte avec le diable.

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Lettre ouverte aux djihadistes qui nous ont déclaré la guerre, par Brice Couturier, France Culture

Publié le 19 Novembre 2015 par Jean Mirguet

Pour ceux qui n’en ont pas pris connaissance, je reproduis cette chronique de Brice Couturier, du 18 novembre, sur France Culture.

Chers djihadistes,

Grâce à vous, je comprends un peu mieux ce qui me relie à ce vieux pays, la France. Ayant vécu ici ou là, du Liban à la Pologne, j’en étais arrivé à me considérer comme un homme aux semelles de vent. Il n’y a pas longtemps, je me serais bien identifié au nomade hyperconnecté de Jacques Attali, libre de choisir son pays d’attache comme on décide d’un hôtel ; en vertu du ratio qualité des prestations sur niveau des prélèvements. Ma capitale à moi, ce pouvait être Londres, Bruxelles, voire New York. Je jugeais Paris provinciale.

Je dois vous l’avouer, chers djihadistes, la France ne m’était pas grand-chose. Son exceptionnalité m’énervait. Je rêvais de la noyer dans la normalité européenne. Mais tout de même, me disaient mes amis, tes grands-pères, tous deux officiers de réserve, ont porté l’uniforme pendant les guerres. Serais-tu prêt à abandonner à n’importe qui une terre pour laquelle ton père a pris le maquis à 18 ans, frôlé la mort dans les Ardennes à 19 ?

Comme à bien des hommes et femmes de ma génération, ces querelles d’Allemands m’apparaissaient comme quasi-préhistorique. Du sang perdu.

Pourquoi alors, chers djihadistes, ai-je voilé de tricolore ma photo de profil sur Facebook, comme l’ont fait, en un week-end, des centaines de milliers de gens – phénomène sur lequel feraient bien de réfléchir nos sociologues ? Pourquoi cette Marseillaise, entonnée par un Congrès debout, à Versailles ? Si j’étais le conseiller en communication de François Hollande, je lui conseillerais d’orner son revers d’un badge aux couleurs de son pays, comme le font dorénavant les présidents américains. Ridicule hier, cette marque de patriotisme apparaîtrait courageuse aujourd’hui.

C’est que, chers djihadistes, j’ai bien compris votre message. Dans votre communiqué de guerre, vous vous vantez d’avoir attaqué « la capitale des abominations et de la perversion, celle qui porte la bannière de la Croix en Europe, Paris ». Vous vous vantez d’avoir massacré à la kalachnikov des amateurs de rock désarmés dans une salle de concert, « le Bataclan, où étaient rassemblés », dites-vous, « des centaines d’idolâtres dans une fête de la perversité ». Assassiner des civils désarmés, quel glorieux fait d’arme, en vérité !

Vous croyez avoir semé la panique dans cette ville qui vous fait horreur, Paris, parce qu’elle est la capitale de la liberté de penser, de croire et de ne pas croire. Oui, chez nous, hommes et femmes, jusqu’à nouvel ordre, marchent côte à côte dans les rues, s’asseyent aux mêmes tables de cafés et de restaurants. Nos regards se croisent avec cette liberté que les bigots de votre espèce condamnent comme une effronterie. Les visages ne sont pas masqués, parce que l’expérience d’autrui prend la forme du visage - comme nous l’a appris Lévinas. C’est dans nos universités, très anciennes, que s’est développé cet esprit critique, qui vous fait si peur parce que vous craignez qu’il dissipe bientôt les ténèbres de votre crasse ignorance. Nos Lumières nous ont apporté une supériorité matérielle dont nous avons abusé dans le passé. Ce n’est plus le cas.

Nous sommes une nation d’individus, fiers de leur émancipation, et désireux de la proposer à tous ceux qui viennent nous rejoindre, sans distinction de race ou de religion. Nous sommes les enfants de Descartes et de Voltaire et c’est pourquoi nous soumettons toutes les croyances à l’épreuve de la raison, tous les pouvoirs à celui de la critique. A nos yeux, aucune puissance terrestre ne peut se targuer d’une origine divine. Cette liberté de critiquer, de se moquer, nous l’avons gagnée par les armes, à la suite de nos révolutions.

De tout cet acquis, il n’y a rien à négocier. C’est à prendre ou à laisser.

Pour toutes ces raisons, pour Pascal et Paul Valéry, pour Montaigne et Proust, Watteau et Debussy, pour Lamartine en février 1848 et Charles de Gaulle en juin 1940, je me sens soudain fier d’être Français. Vous croyez pouvoir nous soumettre par la terreur, vous vous trompez. Vous courez de grands risques en prenant notre longue tolérance pour de la lâcheté. Nous détestons la violence et sommes lents à répondre aux provocations. Mais sachez que, dans le passé, nous avons affronté des ennemis bien autrement redoutables que vos hordes miteuses. Et que nous les avons vaincues. Par vos provocations sanguinaires, vous nous avez réarmés moralement. C’est une bonne chose. C’est pourquoi la peur va changer de camp. Vous voilà prévenus.

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"Sortir du noir", un texte du site de poésie Sitaudis

Publié le 16 Novembre 2015 par Jean Mirguet

SORTIR DU NOIR, tels sont les premiers mots que vous pouvez lire à la une de Sitaudis en ces tristes jours de novembre 2015 : c’est le beau titre du dernier livre de Georges Didi-Huberman, ce pourrait être aussi une prescription, un devoir d’avenir. Sortir du noir tous unis en évitant de tomber dans le bleu blanc rouge, dans le repli crispé sur les « valeurs » du stade et du bistrot, en condamnant toutes les réponses symétriques habituées, mécaniques, aveugles et vaines, on le sait bien. Souvenons-nous de ce qu’écrivit Péguy :

« Nous aurons beau faire, nous aurons beau faire, ils iront toujours plus vite que nous, ils en feront toujours plus que nous, davantage que nous. Il ne faut qu’un briquet pour brûler une ferme. Il faut, il a fallu des années pour la bâtir. Ça n’est pas difficile ; ça n’est pas malin. Il faut des mois et des mois, il a fallu du travail et du travail pour pousser une moisson. Et il ne faut qu’un briquet pour flamber une moisson. Il faut des années et des années pour faire pousser un homme, il a fallu du pain et du pain pour le nourrir, et du travail et du travail et des travaux et des travaux de toutes sortes. Et il suffît d’un coup pour tuer un homme. Un coup de sabre, et ça y est. »

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