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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

L’étoile jaune ne peut pas servir d’étendard contre l’islamophobie

Publié le 16 Novembre 2019 par Jean Mirguet dans Politique

Un collectif d’intellectuels s’indigne de l’utilisation, lors de la marche du 10 novembre, du signe distinctif que durent porter les juifs sous le nazisme. 

Tribune parue dans Le Monde du 15 novembre 2019 

 

Lors de la manifestation contre l’islamophobie qui s’est tenue dimanche 10 novembre à Paris, des manifestants, dont des enfants, arboraient sur leur manteau une étoile de David falsifiée, qui est en fait une étoile à cinq branches symbolisant les cinq piliers de l’Islam. Au centre de cette étoile on peut lire Muslim, et un croissant de lune est également attaché à l’une des branches. 

A ce sujet, Esther Benbassa déclare sur son compte Twitter à l’issue de la manifestation :
« Quant au port de cette étoile, et s’il n’était qu’un hommage aux souffrances passées des juifs et une mise en garde contre toute possible dérive ? (...) Que nos contemporains stigmatisés s’identifient à ces souffrances passées est tout à fait compréhensible. » 

Hommage aux millions de morts pendant la seconde guerre mondiale, assassinés parce que Juifs ? Et rappelons-le, contraints de porter l’étoile jaune sous peine d’être arrêtés et déportés ? 

L’étoile jaune (Judenstern « étoile des juifs » en allemand) est un signe de discrimination et de marquage imposé par l’Allemagne nazie aux juifs (à partir de l’âge de 6 ans) au cours de la seconde guerre mondiale et ce, dès 1941 en Allemagne. Elle devait être cousue en évidence sur le côté gauche du vêtement. 

Différencier les contextes 

Il nous paraît indispensable de différencier les contextes et les périodes afin d’éviter de propager un amalgame trompeur et dangereux, source de confusion pour le grand public et particulièrement pour nos jeunes dont, rappelons-le, 21 % disent n’avoir jamais entendu parler du génocide des juifs, selon un récent sondage réalisé par IFOP. L’étoile jaune arborée dans le contexte de cette manifestation connaît une véritable perte de sens. On gomme ainsi la politique de persécution qui a conduit à l’extermination des juifs. 

C’est une équivoque insupportable puisqu’elle incarne la pensée par slogans, en vogue depuis quelques années, selon laquelle les musulmans seraient les « nouveaux juifs ». C’est là présupposer une similitude entre le traitement des juifs sous le IIIe Reich et celui des musulmans dans une France accusée, de façon abusive, de pratiquer un « racisme d’Etat » et de voter des « lois liberticides ». Ose-t-on ainsi insinuer que les musulmans seraient aujourd’hui discriminés au même titre que l’ont été les Juifs pendant la Shoah ? 

Devons-nous rappeler ce qu’étaient la « solution finale » et les méthodes industrielles employées pour détruire les Juifs d’Europe ? Qui oserait affirmer sans rougir que la situation des musulmans dans la France contemporaine serait semblable à celle des Juifs qu’on menait à l’abattoir ? 

La photographie d’une enfant arborant, lors de cette manifestation, ce détournement symbolique de l’étoile jaune a soulevé, à juste titre, une vive émotion. Elle révèle un autre danger d’instrumentalisation, avec des conséquences imprévisibles lorsqu’elle pèse sur l’enfance. Nous appelons les organisateurs et les soutiens de cette manifestation à exprimer publiquement leur dénonciation de ce honteux détournement de signe. Leur silence serait tenu pour approbation. 

Nous souhaitons par ailleurs que le premier ministre, Edouard Philippe, et son gouvernement se montrent particulièrement vigilants face au risque d’embrigadement, quelle que soit la cause. 

 

Martine Benoit, référente racisme et antisémitisme, professeure d’études germaniques à l’université de Lille, directrice de la Maison européenne des sciences de l’homme et de la société ; Amine Benjelloun, pédopsychiatre, Casablanca (Maroc) ; Claire Brisset, ex- Défenseure des enfants ; Elie Buzyn, chirurgien retraité, ancien déporté d’Auschwitz Buchenwald ; Emmanuel Debono, historien ; Jacques Ehrenfreund, professeur d’histoire du judaïsme allemand à l’université de Lausanne ; Yana Grinshpun, maître de conférences en sciences du langage, université Sorbonne nouvelle ; Nathalie Heinich, sociologue, CNRS ; Gunther Jikeli, professeur à l’université d’Indiana, Etats-Unis ; Roselyne Koren, professeure des universités en sciences du langage au département de français de l’université Bar-Ilan, Israël ; Joël Kotek, professeur de sciences politiques à l’université libre de Bruxelles ; Smaïn Laacher, professeur de sociologie à l’université de Strasbourg ; Jean-Pierre Lledo, cinéaste ; Claude Maillard, psychanalyste, médecin, écrivain ; Céline Masson, référente racisme et antisémitisme, professeure des universités, Centre d’histoire des sociétés, des sciences et des conflits, université de Picardie Jules-Verne ; Isabelle de Mecquenem, référente racisme et antisémitisme, professeure agrégée en Inspe, université de Reims-Champagne-Ardenne, membre du Conseil des sages de la laïcité ; Jean-Pierre Obin, inspecteur général honoraire de l’éducation nationale ; Ziva Postec, réalisatrice et chef monteuse du film « Shoah » ; Patricia Sitruk, directrice générale de l’Œuvre de secours aux enfants ; Pierre-André Taguieff, philosophe et historien des idées, CNRS 

 

 

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A propos du brûlot de Sophie Robert (complément)

Publié le 7 Novembre 2019 par Jean Mirguet

Le nouvel Observateur soutient depuis le 22/10/2019 une diatribe contre la psychanalyse dans les institutions dont les motivations profondes échappent, y compris pour ce qui concerne la justice.



A l’heure où les tribunes dénonciatrices se multiplient, celle-ci, en ses diktats irrecevables, prône une illusion scientiste falsificatrice, alors même que désormais à l’EBM (Evidence Based Medecine) la science et la médecine associent une autre EBM (Experience Based Medecine).



Les progrès thérapeutiques et technologiques que l’on voit croissant aujourd’hui exigent encore et toujours de la part des soignants un compagnonnage différent avec les malades à tous les âges de la vie et avec leurs familles. La problématique ne fait que se diversifier et se sophistiquer avec les nouvelles façons de prévenir, de soigner et de guérir ainsi qu’avec la mondialisation de l’application des protocoles de soins.



La santé



Des colloques annuels se tiennent en France de façon bi-disciplinaire sur des thèmes d’actualité tels que l’annonce, le consentement, l’invasion du numérique dans les soins, dont on voit accroître l’impact sur le devenir des malades et sur leur qualité de vie. Pédiatres, cancérologues, généticiens, gynécologues obstétriciens échangent régulièrement sur ces questions avec des praticiens, psychanalystes, psychologues, psychiatres ainsi qu’avec des philosophes ou des anthropologues.



Il s’agit là d’une voie de transmission centrée sur l’expérience (E.B.M.) et sur la recherche qui se mène sur le terrain et qui, depuis une dizaine d’années, se fait de plus en plus exigeante et participative. La présence des psychanalystes aux côtés des soignants dans l’univers hospitalier se fonde sur le respect des patients et sur leur accompagnement face aux douloureux événements psychiques et somatiques que la vie parfois leur réserve.



Jeter le discrédit sur l’exercice de ces pratiques porte dès lors atteinte aux représentations de l’humain de notre patrimoine.



On peut dès lors estimer qu’en son fond, la tribune et ses signataires se réclament d’une rupture culturelle avec des valeurs, celles de la psychanalyse, qui sont inscrites dans celles qui font la démocratie depuis plus d’un siècle.



Danièle Brun (Pr. Emérite Paris-Diderot), Alain Vanier (Pr. Paris-Diderot), Franck Dugravier (pédiatre Bordeaux), Caroline Eliacheff (pédopsychiatre Paris), Michèle Lévy-Soussan (PH Pitié-Salpêtrière), Marie-Armelle Roquand, psychologue en cancérologie, Geneviève Wrobel (Psychologue en néonatalité, Paris), Nathan Wrobel (Gynécologue-obstétricien, Paris)

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Le point sur la réaction au brûlot de Sophie Robert contre la psychanalyse dans le"Nouvel Observateur », par Laurent Le Vaguerèse, site Oedipe.

Publié le 5 Novembre 2019 par Jean Mirguet

Soyons simple et pratique. Si l’on comprend bien le propos de Sophie Robert il parait urgent de bruler les livres de psychanalyse, d’exclure les psychanalystes des lieux d’enseignement et de tout autre lieux où ils pratiquent cette science perverse et dénuée de tout fondement et dans un deuxième temps de leur faire porter un signe d’infamie afin que chacun s’en tienne à l’écart.

 Bon, ça a le mérite de la simplicité et ça tient la route si l’on se réfère à l’histoire récente. Je ne sais pas ce que les psychanalystes ont fait ou pas à Sophie Robert parce que c’est en ce domaine, une récidiviste.  Pour ma part cette question de la scientificité de la psychanalyse m’a toujours laissé froid et je laisse à d’autres le soin d’y répondre. Ce que je sais, c’est que la lecture de Freud dans mon adolescence suivie de celle de bien d’autres psychanalystes, a profondément marqué ma réflexion, que mon expérience en tant qu’analysant m’a sorti d’une situation psychique dans laquelle je cherchai désespérément une issue, et qu’en tant que psychanalyste je retrouve à chaque rencontre à la fois des choses connues et des choses nouvelles qui enrichissent ma pensée et mon quotidien et aident je l’espère, mes patients comme je le fus par le passé.

S’agissant du Figaro, pas de surprise, encore que, mais pour ce qui concerne le Nouvel Observateur, qui le premier a choisi de publier ce brulot, je ne comprends toujours pas comment certains continuent à considérer cet hebdomadaire comme un journal de gauche et à s’abonner à sa lecture. J’y ai pour ma part renoncé depuis le départ de Michel Cournot de la rubrique cinéma et cela fait donc plus de 40 ans.

 

Mes amis du SIUEERPP ( ce sont les enseignants de l’université) m’ont invité à publier leur réponse. Elle me parait à la fois juste et concise: (https://www.nouvelobs.com/justice/20191101.OBS20581/la-psychanalyse-exclue-de-la-cite.html?cm_mmc=Acqui_MNR-_-NO-_-WelcomeMedia-_-edito&from=wm#xtor=EREC-10-[WM]-20191101)   et je m’associe évidemment à leur démarche ainsi qu’à la pétition qu’ils ont mis en place même si j’aurai préféré qu’elle passe par le site oedipe puisqu’il est fait pour cela, qu’il est sans visée mercantile ce qui n’est pas forcément le cas pour celui choisi. Voilà pour ce retour de vacances de Toussaint. Business as usual.

Laurent Le Vaguerèse

Pétition

 

Contre l’exclusion de la psychanalyse

Pour la diversité des méthodes de recherches et de soins

Un appel à la pensée

 

http://chng.it/VsrmkfJjjX

 

La « contre tribune »

 

Contre l'exclusion de la psychanalyse / Pour la diversité des recherches et des soins

Le SIUEERPP a lancé cette pétition adressée à Assemblée nationale / Sénat / Ministère de l'enseignement supérieur / de la santé / de la justice

                                Contre l’exclusion de la psychanalyse

                Pour la diversité des méthodes de recherches et de soins

                                         Un appel à la pensée

 

  « On » veut exclure la psychanalyse de la cité.

           

Cette volonté n’est pas nouvelle. Elle reprend un procédé déjà utilisé en 2004 lors de la publication d’un rapport sur l’évaluation des psychothérapies, lequel avait été le support d’une demande d’éviction de la psychanalyse en tous points similaire. (Précisons pour ceux qui l’ignoreraient que les biais méthodologiques grossiers de ce rapport ont aussitôt été démontrés et ses conclusions – si tant est qu’elles aient pu justifier quoi que ce soit – depuis longtemps rejetées, y compris par ce que mettent en lumière les études les plus récentes.)

            Un procédé également utilisé en attribuant régulièrement aux psychanalystes des discours et des positions ineptes (entre autres à propos de l’autisme), positions qui ne sont pas les leurs et n’ont pour autre fonction que celle de les stigmatiser.

            Et un procédé, enfin, employé au nom d’une autorité scientifique que certains croient être seuls à détenir, laquelle leur donnerait le droit de manier l’injure et le mépris (« obscurantisme », « sectarisme », « leur diplôme – quand ils en ont ») envers ceux dont ils méconnaissent pourtant si manifestement les travaux.

 

            Que répondre ? Qu’un tel discours et un tel procédé, qui se donnent la science pour caution, sont tout sauf scientifiques puisqu’ils ne cherchent pas le débat mais instruisent un procès idéologique aux forts relents d’inquisition. Puisqu’ils cherchent simplement à condamner, à exclure et à obtenir ce qu’il faut bien appeler une forme d’épuration. Puisqu’ils ne sont, en définitive, qu’injures à la pensée et à la raison.

            Comment se fait-il que l’on puisse s’en faire le relai ? Est-ce là un signe des temps ? Le signe que l’on peut désormais confondre impunément propos idéologique et rigueur scientifique ?

             Et de quelle haine profonde tout ceci est-il la marque ? Celle-ci a déjà été maintes fois explorée, n’y revenons pas. Sinon pour souligner que chaque retour du discours qui la met en scène est également l’indice d’un enjeu précis. Dans le cas présent, celui des jeux de force au sein de la section « psychologie » du Conseil National des Universités (CNU). Enjeu scientifique, alors ? Non, hélas. Et, à vrai dire, même pas politique non plus. Enjeu purement tactique, tout simplement…

 

             Cette dimension n’est pas la bonne, évidemment. Il importe de ne pas s’y laisser piéger. De ne pas accepter que des questions sociales essentielles se voient ainsi réduites à de pures manœuvres de pouvoir. Invoquer le devoir moral, comme il est fait dans cette tribune du 22 octobre, doit avoir ce corollaire : respecter soi-même une certaine éthique. En l’occurrence, ne pas appeler inconsidérément à une chasse aux sorcières là où la modestie s’impose, là où la diversité des savoirs et des pratiques constitue pour chacun, patients, familles et proches, la meilleure garantie de soins ou d’expertises.

              S’ériger en gardien de la science et de la santé implique en retour que l’on n’ignore pas le devoir de réserve auquel on est tenu par ses fonctions. Que l’on ne se fasse pas à la fois juge et partie. Et que l’on ne prêche pas aussi légèrement l’excommunication.

 

On peut lire l’article du Nouvel Observateur dans son intégralité sur: https://www.nouvelobs.com/justice/20191022.OBS20163/tribune-pourquoi-les-psychanalystes-doivent-etre-exclus-des-tribunaux.html

Une tribune signée par soixante psychiatres et psychologues appelle à exclure l’approche freudienne des expertises judiciaires et de l’enseignement à l’université.

 

 

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Le voile et les dérèglements de l’autonomie

Publié le 21 Octobre 2019 par Jean Mirguet

Pour celles et ceux qui ne fréquentent pas les réseaux sociaux, je publie ce post de Brice Couturier, chroniqueur à France Culture, édité aujourd’hui sur Facebook, citant la tunisienne Hélé Béji qui vient de publier«Dommage, Tunisie - La dépression démocratique» (Gallimard, coll. «Tracts», 48 p., 3,90 €). Elle est l’auteur, notamment, de «Islam Pride -Derrière le voile» (Gallimard, 2011).

" Car le voile dit quelque chose sur l’homme en général, et pas seulement sur le musulman. Autant pour les voilées que pour les militantes du mouvement #MeToo, le voile rend visible le rempart puritain qui s’est désormais instauré entre l’homme et la femme, autrefois si joyeusement complices en liberté et en amitié. Le sexe masculin menace l’humanité, disent celles qui se croient ennemies. Mais les tristesses ascétiques du voile font pendant aux nouvelles sentences grondeuses des féministes. Aussi sont-elles plus proches l’une de l’autre qu’elles ne le croient.
Si on se contente d’interpréter le voile comme la cause de tout le mal, c’est que l’idéal républicain n’agit plus
En fait, nous voyons émerger des formes d’obscurantisme modernes contre lesquelles la laïcité ne nous protège plus, car elle ne peut se prévaloir comme jadis d’un progrès vertueux où l’avenir serait meilleur que le passé. La modernité enfante des dérèglements inhérents à l’autonomie, qui pousse si loin ses limites que chacun se choisit de nouvelles chaînes de dépendance. On a tellement voulu abolir les attachements qu’on les a ravivés. La permissivité absolue génère les tabous absolus, la liberté absolue l’esclavage absolu, la déliaison absolue la frénésie de liens absolus, etc. Comment légiférer contre le voile sans pénaliser du même coup toutes les exhibitions de soi, les extravagances horrifiques du moi, les déchéances de notre corps dansla société, les représentations dégradantes de la femme, les superstitions abusant la crédulité humaine (la voyance par exemple). "

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« La pensée “décoloniale” renforce le "narcissisme des petites différences"

Publié le 25 Septembre 2019 par Jean Mirguet dans Politique

« La pensée “décoloniale” renforce le narcissisme des petites différences  »

TRIBUNE

Collectif

 

Un collectif de 80 psychanalystes s’insurge, dans une tribune au « Monde » du 25/09/2019, contre l’emprise croissante d’un dogme qui, selon eux, ignore la primauté du vécu personnel et dénie la spécificité de l’humain. 

 

« Les intellectuels ont une mentalité plus totalitaire que les gens du commun », écrivait George Orwell (1903-1950) dans ses Essais, Articles et Lettres.

 

Aujourd’hui, des militants, obsédés par l’identité, réduite à l’identitarisme, et sous couvert d’antiracisme et de défense du bien, imposent dans le champ du savoir et du social des idéologies racistes. Ils usent de procédés rhétoriques qui consistent à pervertir l’usage de la langue et le sens des mots. Ils détournent la pensée de certains auteurs engagés dans la lutte contre le racisme qu’ils citent abondamment, comme Frantz Fanon (1925-1961) ou Edouard Glissant (1928-2011) et qui, au contraire, reconnaissent l’altérité et prônent un nouvel universalisme.

La pensée dite « décoloniale » s’insinue à l’université. Elle menace les sciences humaines et sociales sans épargner la psychanalyse. Ce phénomène se répand de manière inquiétante. Nous n’hésitons pas à parler d’un phénomène d’emprise, qui distille subrepticement une idéologie aux relents totalitaire en utilisant des techniques de propagande. Réintroduire la « race » et stigmatiser des populations dites « blanches » ou de couleur comme coupables ou victimes, c’est dénier la complexité psychique, ce n’est pas reconnaître l’histoire trop souvent méconnue des peuples colonisés et les traumatismes qui empêchent sa transmission.

 

C’est une idéologie qui nie ce qui fait la singularité de l’individu, qui nie les processus toujours singuliers de subjectivation pour rabattre la question de l’identité sur une affaire de déterminisme culturel et social. Cette idéologie qui relègue au second plan, voire ignore la primauté du vécu personnel, qui sacrifie les logiques de l’identification à celle de l’identité unique ou radicalisée, dénie ce qui fait la spécificité de l’humain.

 

De la lutte des classes à la lutte des races

Le racialisme, courant de pensée qui prétend expliquer les phénomènes sociaux par des facteurs ethniques – une forme de racisme masquée – pousse à la position victimaire, au sectarisme, à l’exclusion et finalement au mépris ou à la détestation du différent et à son exclusion de fait. Il s’appuie sur une réécriture fallacieuse de l’histoire, qui nie les notions de progrès de civilisation mais aussi des racismes et des rivalités tout aussi ancrés que le racisme colonialiste. C’est par le « retournement du stigmate » que s’opère la transformation d’une identité subie en une identité revendiquée et valorisée, qui ne permet pas de dépasser la « race ». Il s’agit là d’« identités meurtrières », pour reprendre le titre d’un essai d’Amin Maalouf publié chez Grasset en 1998, qui prétendent se bâtir sur le meurtre symbolique de l’autre.

Là où l’on croit lutter contre le racisme et l’oppression socio-économique, on favorise le populisme et les haines identitaires

Ne nous leurrons pas, ces revendications identitaires sont des revendications totalitaires, et ces dérives sectaires, communautaristes, menacent nos valeurs démocratiques et républicaines en essentialisant les individus, en valorisant de manière obsessionnelle les particularités culturelles et en remettant à l’affiche une imagerie exotique méprisante que les puissances coloniales se sont évertuées à célébrer.

Lire aussi  Fatou Diome : « La rengaine sur la colonisation et l’esclavage est devenue un fonds de commerce »

Cette idéologie s’appuie sur ce courant multiculturaliste américain qu’est l’intersectionnalité, en vogue actuellement dans les départements des sciences humaines et sociales. Ce terme a été proposé par l’universitaire féministe américaine Kimberlé Crenshaw en 1989, afin de spécifier l’intersection entre le sexisme et le racisme subi par les femmes afro-américaines. La mouvance décoloniale peut s’associer aux postcolonial studies ou « études postcoloniales » afin d’obtenir une légitimité académique et propager leur idéologie. Là où l’on croit lutter contre le racisme et l’oppression socio-économique, on favorise le populisme et les haines identitaires. Ainsi, la lutte des classes est devenue une lutte des races.

Effort de mémoire

Des universitaires, des chercheurs, des intellectuels, des psychanalystes s’y sont ralliés en pensant ainsi lutter contre les discriminations. C’est au contraire les exacerber. Rappelons, comme le fait Isabelle de Mecquenem, professeure agrégée de philosophie, que la notion d’« emprise », procédé à l’œuvre dans les totalitarismes notamment, fait écho à l’article L. 141-6 du code de l’éducation. Celui-ci, qui stipule que le service public de l’enseignement supérieur est laïque et indépendant de « toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique », est un fondement juridique protecteur de l’université et un argument majeur pour s’opposer à des manifestations idéologiques.

Il est impérieux que tout citoyen démocrate soit informé de la dangerosité de telles thèses, afin de ne pas perdre de vue la tension irréductible entre le singulier et l’universel pour le sujet parlant. La constitution psychique, pour Freud, n’est en aucun cas un particularisme ou un communautarisme.

Nous appelons à un effort de mémoire et de pensée critique tous ceux qui ne supportent plus ces logiques communautaristes et discriminatoires, ces processus d’assignation identitaire qui rattachent des individus à des catégories ethno-raciales ou de religion. La psychanalyse s’oppose aux idéologies qui homogénéisent et massifient. La psychanalyse est un universalisme, un humanisme. Elle ne saurait supporter d’enrichir ce que Sigmund Freud appelait « narcissisme des petites différences ». Au contraire, elle vise une parole vraie au profit de la singularité du sujet et de son émancipation.

 

 

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« Notre héritage n’est précédé d’aucun testament », René Char

Publié le 2 Février 2019 par Jean Mirguet dans Philosophie

A l’occasion d’une discussion avec Roger Errera, en octobre 1973, diffusée par l’ORTF et reproduite dans Edifier un monde. Interventions. 1971-1975(Seuil, 2007), Annah Arendt déclarait : « L’un des grands avantages de notre temps, c’est ce qu’a dit René Char : « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament » (Les Feuillets d’Hynos, écrits entre 1943 et 1944). Cela veut dire que nous sommes entièrement libres d’utiliser où que nous le voulions les expériences et les pensées du passé (…). Cette liberté (…) ne repose que sur la conviction que chaque être humain en tant qu’être pensant peut réfléchir aussi bien que moi et peut former son propre jugement s’il le veut. Ce qu’on ne sait pas, c’est comment faire naître ce désir en lui. Réfléchir, cela signifie de toujours penser de manière critique, cela signifie que chaque pensée sape ce qu’il y a en fait de règles rigides et de convictions générales ».

Cette question venait déjà sous la plume de Freud, quand, reprenant une réplique du Faust de Goethe, il disait : « Ce que tu as hérité de tes pères, acquiers-le pour le posséder ».

Cette acquisition invite à s’affranchir de la répétition et à faire de l’acte de penser, un acte de désobéissance, comme le suggère Frédéric Gros dans son récent Désobéïr (Albin Michel, 2017) : « La sagesse, c’est de penser en acte, à la verticale de la question, non pas en agitant les cendres des savoirs appris, des dogmes répétés, des certitudes acquises (…). Penser, c’est se désobéir, désobéir à ses certitudes, son confort, ses habitudes. Et si on se désobéit, c’est pour ne pas être les traîtres de nous-mêmes ».

Beau programme d’émancipation en ces jours où la jaunisse dont sont atteints certains de nos concitoyens provoque une capitulation de leur pensée.

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Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Publié le 12 Janvier 2019 par Jean Mirguet dans Politique

Je crois qu’il faut cesser de se mortifier en continuant à entretenir l’idée (ou le fantasme) que les gilets jaunes ne sont pas entendus. Le Président de la République, le Premier Ministre ne sont pas sourds, des solutions de sortie de crise ont été décidées. 

Je pose la question : de quelle côté la surdité se trouve-t-elle ? Mais on ne le sait que trop bien et je le sais encore mieux dans ma profession, il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Mais quoiqu’ils fassent, quoiqu’ils disent, les actes et paroles de nos dirigeants qui ont été élus sont décriés et seul paraît compter aujourd’hui pour ce « mouvement » (terme hautement inadéquat pour désigner ce qui n’a rien à voir avec un collectif) le recours à la jouissance (oui, je dis bien jouissance) dans l’usage de la violence, des exactions, des atteintes aux personnes, aux bien privés et publics.

Cessons de cultiver l’idée d’une légitimité d’un mouvement dont le seul fait d’armes est d’avoir rendu folles les classes politiques et médiatiques qui se sont perdues en interprétations délirantes d’une crise de nerfs de quelques milliers de mécontents, excités par l’extrême-droite et les Insoumis. Lâchement, PS et PR, condamnent très mollement et semblent prêts à défendre n’importe quelle cause pourvu qu’elle nuise à celle du pouvoir en place(comment pourrait-on continuer à croire qu’ils sont des partis de gouvernement ?). 

Combien de temps va-t-on encore attendre avant de réagir ? Je confesse mon malaise, mon sentiment de lâcheté à rester assis dans mon fauteuil à lire, entendre ou regarder les infos pendant que, chaque WE, des bandes de voyous saccagent nos villes, s’en prennent aux élus, aux journalistes, aux forces de l’ordre, à nos Institutions donc à la démocratie et à la République.

Récemment, Murielle Penicaud, ministre du Travail, déclarait : « Je souhaite que tous ceux qui croient à la démocratie, à la représentation souveraine du peuple français, se rassemblent et disent que ça suffit ». 

Oui, ça suffit ! Nombre de personnes dans mon entourage le disent également et en sont assez de ce climat de chienlit et disent attendre, comme moi, qu’une initiative soit prise pour faire barrage à cette débâcle.

Je demande à En Marche de prendre des initiatives pour rassembler tous ceux qui veulent exprimer publiquement leur désaccord. J’attends avec impatience des propositions. 

Se taire c’est avoir peur. Or, souvenons-nous des « Je suis Charlie » et des « On n’a pas peur » de 2015. Allons-nous continuer encore longtemps à supporter ce qui se passe et à s’imaginer qu’il est blasphématoire de dire "ça suffit" aux gilets jaunes ? 

Nous, les citoyens, avons la responsabilité, le devoir de défendre notre République, nos Institutions, notre démocratie. Ce mouvement - car c’en est un - porte un nom prestigieux dans notre Histoire : la Résistance.

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Crise sociale : halte au lynchage (éditorial du Monde du 10/01/2019)

Publié le 12 Janvier 2019 par Jean Mirguet dans Politique

Le déferlement d’attaques et d’injures visant tout ce qui ressemble à une institution est d’autant plus odieux qu’il s’exprime dans le lâche confort de l’anonymat.

 

L’intimidation, la menace et la violence sont les armes de toutes les dictatures, qu’elles soient étatiques, populaires ou, comme jadis, prolétariennes. Il est pour le moins troublant, pour ne pas dire révoltant, qu’il faille rappeler de telles évidences en 2019 dans un pays qui, jusqu’à nouvel ordre, est une démocratie.

Que l’on sache, en effet, et quels que soient les arguments spécieux qui voudraient justifier le contraire, la France est bien une démocratie. Chacun y est libre d’élire ses représentants – à l’Elysée ou au Parlement, dans sa ville ou sa région –, de s’exprimer, de débattre, de défendre ses idées, de lire ou d’écouter les médias de son choix, de manifester ou de faire grève s’il le juge nécessaire.

Or le mouvement social qui ébranle le pays depuis bientôt deux mois s’est laissé peu à peu gagner par une vindicte inacceptable, qu’il convient de dénoncer. Qu’elle soit le fait de « gilets jaunes » radicalisés ou de groupuscules d’ultradroite ou d’extrême gauche qui profitent de l’occasion pour exprimer leur haine de l’Etat, du « pouvoir » et de la loi républicaine, la démonstration de cette agressivité est désormais quotidienne. Cette virulence peut être aggravée, mais non justifiée, par des violences policières tout aussi intolérables.

C’est un déferlement d’attaques et d’injures visant tout ce qui ressemble à une institution. Le président de la République, bien sûr, qui est l’objet de tous les ressentiments. Par extension, les ministres et les parlementaires de la majorité. Sans même parler des journalistes, aimablement traités de « collabos », empêchés de faire leur travail, voire molestés, dès qu’ils s’avisent d’émettre la moindre réserve sur un mouvement dont ils ont pourtant rendu compte de façon aussi exhaustive que possible.

Pour s’en tenir aux élus, une cinquantaine de députés ont ainsi été victimes, ces dernières semaines, d’agressions non seulement verbales, mais physiques ou matérielles contre eux-mêmes, leur famille, leur domicile, leur véhicule ou leur permanence. Toujours dans les mêmes termes, dont beaucoup devraient tomber sous le coup de la loi, puisque, en plus d’être orduriers, ils sont très souvent xénophobes, antisémites ou sexistes. Et fréquemment assortis de menaces de mort : « On va te pendre », « te décapiter », « te mettre une balle dans la tête ».

Cette tentation du lynchage est d’autant plus odieuse qu’elle s’exprime dans le lâche confort de l’anonymat. A commencer par celui que garantissent les réseaux sociaux. Que ceux-ci soient un formidable espace de liberté d’expression et de communication, fort bien, et il n’y a pas de raison de le déplorer. Qu’ils soient devenus un outil de mobilisation sociale instantanée et directe, les « gilets jaunes » ne sont pas les premiers à en faire la démonstration, et l’on sait que Facebook a joué un rôle essentiel dans l’extension du mouvement.

Mais qu’ils contribuent à faire circuler en toute impunité les haines de la pire espèce, qu’ils se transforment en pilori permanent est tout simplement inacceptable. D’autant que leurs responsables ne semblent guère s’en émouvoir et que leurs systèmes de modération censés servir de garde-fous sont à l’évidence inopérants, dépassés, voire complaisants. La liberté de pensée et d’expression est une condition élémentaire de la démocratie. Elle peut en devenir l’ennemie lorsque, loin de débattre, de critiquer, de contester ou de blâmer, elle agresse, violente et se laisse gangrener par la bêtise la plus hargneuse. Personne ne devrait l’oublier.

 

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POUR QUE CESSE LA VIOLENCE

Publié le 9 Décembre 2018 par Jean Mirguet dans Politique

Pour que cesse la violence, il devient urgent que les gilets jaunes mettent un terme à leurs manifestations du samedi, inventent d’autres modalités de protestation et s’engagent dans la voie du dialogue que leur propose le gouvernement. Toute autre voie est vouée à l’échec car cesser les manifestations est la seule façon de parer à l’urgence : arrêter cet engrenage et isoler ceux qui se livrent à des exactions en cassant, détruisant, incendiant, pillant et agressant, qu’ils soient activistes des extrêmes de droite et de gauche, voyous ou gilets jaunes radicalisés.

Faute de cela, ce mouvement suicidaire va, à terme, perdre ses soutiens et ses acteurs scier la branche sur laquelle ils sont assis, menacer gravement notre République, notre démocratie et ceux, élus, qui les représentent. 

Il est clair que, continuer ainsi, c’est prendre le risque d’installer en France un climat de guerre civile.

A chacun donc de prendre ses responsabilités avant qu’il ne soit trop tard.

POUR QUE CESSE LA VIOLENCE

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A l’attention des abonnés de ce blog concernant un article pouvant se retrouver dans la rubrique « mail indésirable » de votre boîte mail

Publié le 2 Décembre 2018 par Jean Mirguet

Je ne sais pour quelle raison mon article intitulé « Précarité du dire-vrai » se retrouve dans les mails indésirables des boites mail. Pour lire cet article, c’est dans la rubrique « mails indésirables » que vous pourrez le retrouver.

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