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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

Le voile et les dérèglements de l’autonomie

Publié le 21 Octobre 2019 par Jean Mirguet

Pour celles et ceux qui ne fréquentent pas les réseaux sociaux, je publie ce post de Brice Couturier, chroniqueur à France Culture, édité aujourd’hui sur Facebook, citant la tunisienne Hélé Béji qui vient de publier«Dommage, Tunisie - La dépression démocratique» (Gallimard, coll. «Tracts», 48 p., 3,90 €). Elle est l’auteur, notamment, de «Islam Pride -Derrière le voile» (Gallimard, 2011).

" Car le voile dit quelque chose sur l’homme en général, et pas seulement sur le musulman. Autant pour les voilées que pour les militantes du mouvement #MeToo, le voile rend visible le rempart puritain qui s’est désormais instauré entre l’homme et la femme, autrefois si joyeusement complices en liberté et en amitié. Le sexe masculin menace l’humanité, disent celles qui se croient ennemies. Mais les tristesses ascétiques du voile font pendant aux nouvelles sentences grondeuses des féministes. Aussi sont-elles plus proches l’une de l’autre qu’elles ne le croient.
Si on se contente d’interpréter le voile comme la cause de tout le mal, c’est que l’idéal républicain n’agit plus
En fait, nous voyons émerger des formes d’obscurantisme modernes contre lesquelles la laïcité ne nous protège plus, car elle ne peut se prévaloir comme jadis d’un progrès vertueux où l’avenir serait meilleur que le passé. La modernité enfante des dérèglements inhérents à l’autonomie, qui pousse si loin ses limites que chacun se choisit de nouvelles chaînes de dépendance. On a tellement voulu abolir les attachements qu’on les a ravivés. La permissivité absolue génère les tabous absolus, la liberté absolue l’esclavage absolu, la déliaison absolue la frénésie de liens absolus, etc. Comment légiférer contre le voile sans pénaliser du même coup toutes les exhibitions de soi, les extravagances horrifiques du moi, les déchéances de notre corps dansla société, les représentations dégradantes de la femme, les superstitions abusant la crédulité humaine (la voyance par exemple). "

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« La pensée “décoloniale” renforce le "narcissisme des petites différences"

Publié le 25 Septembre 2019 par Jean Mirguet dans Politique

« La pensée “décoloniale” renforce le narcissisme des petites différences  »

TRIBUNE

Collectif

 

Un collectif de 80 psychanalystes s’insurge, dans une tribune au « Monde » du 25/09/2019, contre l’emprise croissante d’un dogme qui, selon eux, ignore la primauté du vécu personnel et dénie la spécificité de l’humain. 

 

« Les intellectuels ont une mentalité plus totalitaire que les gens du commun », écrivait George Orwell (1903-1950) dans ses Essais, Articles et Lettres.

 

Aujourd’hui, des militants, obsédés par l’identité, réduite à l’identitarisme, et sous couvert d’antiracisme et de défense du bien, imposent dans le champ du savoir et du social des idéologies racistes. Ils usent de procédés rhétoriques qui consistent à pervertir l’usage de la langue et le sens des mots. Ils détournent la pensée de certains auteurs engagés dans la lutte contre le racisme qu’ils citent abondamment, comme Frantz Fanon (1925-1961) ou Edouard Glissant (1928-2011) et qui, au contraire, reconnaissent l’altérité et prônent un nouvel universalisme.

La pensée dite « décoloniale » s’insinue à l’université. Elle menace les sciences humaines et sociales sans épargner la psychanalyse. Ce phénomène se répand de manière inquiétante. Nous n’hésitons pas à parler d’un phénomène d’emprise, qui distille subrepticement une idéologie aux relents totalitaire en utilisant des techniques de propagande. Réintroduire la « race » et stigmatiser des populations dites « blanches » ou de couleur comme coupables ou victimes, c’est dénier la complexité psychique, ce n’est pas reconnaître l’histoire trop souvent méconnue des peuples colonisés et les traumatismes qui empêchent sa transmission.

 

C’est une idéologie qui nie ce qui fait la singularité de l’individu, qui nie les processus toujours singuliers de subjectivation pour rabattre la question de l’identité sur une affaire de déterminisme culturel et social. Cette idéologie qui relègue au second plan, voire ignore la primauté du vécu personnel, qui sacrifie les logiques de l’identification à celle de l’identité unique ou radicalisée, dénie ce qui fait la spécificité de l’humain.

 

De la lutte des classes à la lutte des races

Le racialisme, courant de pensée qui prétend expliquer les phénomènes sociaux par des facteurs ethniques – une forme de racisme masquée – pousse à la position victimaire, au sectarisme, à l’exclusion et finalement au mépris ou à la détestation du différent et à son exclusion de fait. Il s’appuie sur une réécriture fallacieuse de l’histoire, qui nie les notions de progrès de civilisation mais aussi des racismes et des rivalités tout aussi ancrés que le racisme colonialiste. C’est par le « retournement du stigmate » que s’opère la transformation d’une identité subie en une identité revendiquée et valorisée, qui ne permet pas de dépasser la « race ». Il s’agit là d’« identités meurtrières », pour reprendre le titre d’un essai d’Amin Maalouf publié chez Grasset en 1998, qui prétendent se bâtir sur le meurtre symbolique de l’autre.

Là où l’on croit lutter contre le racisme et l’oppression socio-économique, on favorise le populisme et les haines identitaires

Ne nous leurrons pas, ces revendications identitaires sont des revendications totalitaires, et ces dérives sectaires, communautaristes, menacent nos valeurs démocratiques et républicaines en essentialisant les individus, en valorisant de manière obsessionnelle les particularités culturelles et en remettant à l’affiche une imagerie exotique méprisante que les puissances coloniales se sont évertuées à célébrer.

Lire aussi  Fatou Diome : « La rengaine sur la colonisation et l’esclavage est devenue un fonds de commerce »

Cette idéologie s’appuie sur ce courant multiculturaliste américain qu’est l’intersectionnalité, en vogue actuellement dans les départements des sciences humaines et sociales. Ce terme a été proposé par l’universitaire féministe américaine Kimberlé Crenshaw en 1989, afin de spécifier l’intersection entre le sexisme et le racisme subi par les femmes afro-américaines. La mouvance décoloniale peut s’associer aux postcolonial studies ou « études postcoloniales » afin d’obtenir une légitimité académique et propager leur idéologie. Là où l’on croit lutter contre le racisme et l’oppression socio-économique, on favorise le populisme et les haines identitaires. Ainsi, la lutte des classes est devenue une lutte des races.

Effort de mémoire

Des universitaires, des chercheurs, des intellectuels, des psychanalystes s’y sont ralliés en pensant ainsi lutter contre les discriminations. C’est au contraire les exacerber. Rappelons, comme le fait Isabelle de Mecquenem, professeure agrégée de philosophie, que la notion d’« emprise », procédé à l’œuvre dans les totalitarismes notamment, fait écho à l’article L. 141-6 du code de l’éducation. Celui-ci, qui stipule que le service public de l’enseignement supérieur est laïque et indépendant de « toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique », est un fondement juridique protecteur de l’université et un argument majeur pour s’opposer à des manifestations idéologiques.

Il est impérieux que tout citoyen démocrate soit informé de la dangerosité de telles thèses, afin de ne pas perdre de vue la tension irréductible entre le singulier et l’universel pour le sujet parlant. La constitution psychique, pour Freud, n’est en aucun cas un particularisme ou un communautarisme.

Nous appelons à un effort de mémoire et de pensée critique tous ceux qui ne supportent plus ces logiques communautaristes et discriminatoires, ces processus d’assignation identitaire qui rattachent des individus à des catégories ethno-raciales ou de religion. La psychanalyse s’oppose aux idéologies qui homogénéisent et massifient. La psychanalyse est un universalisme, un humanisme. Elle ne saurait supporter d’enrichir ce que Sigmund Freud appelait « narcissisme des petites différences ». Au contraire, elle vise une parole vraie au profit de la singularité du sujet et de son émancipation.

 

 

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« Notre héritage n’est précédé d’aucun testament », René Char

Publié le 2 Février 2019 par Jean Mirguet dans Philosophie

A l’occasion d’une discussion avec Roger Errera, en octobre 1973, diffusée par l’ORTF et reproduite dans Edifier un monde. Interventions. 1971-1975(Seuil, 2007), Annah Arendt déclarait : « L’un des grands avantages de notre temps, c’est ce qu’a dit René Char : « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament » (Les Feuillets d’Hynos, écrits entre 1943 et 1944). Cela veut dire que nous sommes entièrement libres d’utiliser où que nous le voulions les expériences et les pensées du passé (…). Cette liberté (…) ne repose que sur la conviction que chaque être humain en tant qu’être pensant peut réfléchir aussi bien que moi et peut former son propre jugement s’il le veut. Ce qu’on ne sait pas, c’est comment faire naître ce désir en lui. Réfléchir, cela signifie de toujours penser de manière critique, cela signifie que chaque pensée sape ce qu’il y a en fait de règles rigides et de convictions générales ».

Cette question venait déjà sous la plume de Freud, quand, reprenant une réplique du Faust de Goethe, il disait : « Ce que tu as hérité de tes pères, acquiers-le pour le posséder ».

Cette acquisition invite à s’affranchir de la répétition et à faire de l’acte de penser, un acte de désobéissance, comme le suggère Frédéric Gros dans son récent Désobéïr (Albin Michel, 2017) : « La sagesse, c’est de penser en acte, à la verticale de la question, non pas en agitant les cendres des savoirs appris, des dogmes répétés, des certitudes acquises (…). Penser, c’est se désobéir, désobéir à ses certitudes, son confort, ses habitudes. Et si on se désobéit, c’est pour ne pas être les traîtres de nous-mêmes ».

Beau programme d’émancipation en ces jours où la jaunisse dont sont atteints certains de nos concitoyens provoque une capitulation de leur pensée.

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Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Publié le 12 Janvier 2019 par Jean Mirguet dans Politique

Je crois qu’il faut cesser de se mortifier en continuant à entretenir l’idée (ou le fantasme) que les gilets jaunes ne sont pas entendus. Le Président de la République, le Premier Ministre ne sont pas sourds, des solutions de sortie de crise ont été décidées. 

Je pose la question : de quelle côté la surdité se trouve-t-elle ? Mais on ne le sait que trop bien et je le sais encore mieux dans ma profession, il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Mais quoiqu’ils fassent, quoiqu’ils disent, les actes et paroles de nos dirigeants qui ont été élus sont décriés et seul paraît compter aujourd’hui pour ce « mouvement » (terme hautement inadéquat pour désigner ce qui n’a rien à voir avec un collectif) le recours à la jouissance (oui, je dis bien jouissance) dans l’usage de la violence, des exactions, des atteintes aux personnes, aux bien privés et publics.

Cessons de cultiver l’idée d’une légitimité d’un mouvement dont le seul fait d’armes est d’avoir rendu folles les classes politiques et médiatiques qui se sont perdues en interprétations délirantes d’une crise de nerfs de quelques milliers de mécontents, excités par l’extrême-droite et les Insoumis. Lâchement, PS et PR, condamnent très mollement et semblent prêts à défendre n’importe quelle cause pourvu qu’elle nuise à celle du pouvoir en place(comment pourrait-on continuer à croire qu’ils sont des partis de gouvernement ?). 

Combien de temps va-t-on encore attendre avant de réagir ? Je confesse mon malaise, mon sentiment de lâcheté à rester assis dans mon fauteuil à lire, entendre ou regarder les infos pendant que, chaque WE, des bandes de voyous saccagent nos villes, s’en prennent aux élus, aux journalistes, aux forces de l’ordre, à nos Institutions donc à la démocratie et à la République.

Récemment, Murielle Penicaud, ministre du Travail, déclarait : « Je souhaite que tous ceux qui croient à la démocratie, à la représentation souveraine du peuple français, se rassemblent et disent que ça suffit ». 

Oui, ça suffit ! Nombre de personnes dans mon entourage le disent également et en sont assez de ce climat de chienlit et disent attendre, comme moi, qu’une initiative soit prise pour faire barrage à cette débâcle.

Je demande à En Marche de prendre des initiatives pour rassembler tous ceux qui veulent exprimer publiquement leur désaccord. J’attends avec impatience des propositions. 

Se taire c’est avoir peur. Or, souvenons-nous des « Je suis Charlie » et des « On n’a pas peur » de 2015. Allons-nous continuer encore longtemps à supporter ce qui se passe et à s’imaginer qu’il est blasphématoire de dire "ça suffit" aux gilets jaunes ? 

Nous, les citoyens, avons la responsabilité, le devoir de défendre notre République, nos Institutions, notre démocratie. Ce mouvement - car c’en est un - porte un nom prestigieux dans notre Histoire : la Résistance.

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Crise sociale : halte au lynchage (éditorial du Monde du 10/01/2019)

Publié le 12 Janvier 2019 par Jean Mirguet dans Politique

Le déferlement d’attaques et d’injures visant tout ce qui ressemble à une institution est d’autant plus odieux qu’il s’exprime dans le lâche confort de l’anonymat.

 

L’intimidation, la menace et la violence sont les armes de toutes les dictatures, qu’elles soient étatiques, populaires ou, comme jadis, prolétariennes. Il est pour le moins troublant, pour ne pas dire révoltant, qu’il faille rappeler de telles évidences en 2019 dans un pays qui, jusqu’à nouvel ordre, est une démocratie.

Que l’on sache, en effet, et quels que soient les arguments spécieux qui voudraient justifier le contraire, la France est bien une démocratie. Chacun y est libre d’élire ses représentants – à l’Elysée ou au Parlement, dans sa ville ou sa région –, de s’exprimer, de débattre, de défendre ses idées, de lire ou d’écouter les médias de son choix, de manifester ou de faire grève s’il le juge nécessaire.

Or le mouvement social qui ébranle le pays depuis bientôt deux mois s’est laissé peu à peu gagner par une vindicte inacceptable, qu’il convient de dénoncer. Qu’elle soit le fait de « gilets jaunes » radicalisés ou de groupuscules d’ultradroite ou d’extrême gauche qui profitent de l’occasion pour exprimer leur haine de l’Etat, du « pouvoir » et de la loi républicaine, la démonstration de cette agressivité est désormais quotidienne. Cette virulence peut être aggravée, mais non justifiée, par des violences policières tout aussi intolérables.

C’est un déferlement d’attaques et d’injures visant tout ce qui ressemble à une institution. Le président de la République, bien sûr, qui est l’objet de tous les ressentiments. Par extension, les ministres et les parlementaires de la majorité. Sans même parler des journalistes, aimablement traités de « collabos », empêchés de faire leur travail, voire molestés, dès qu’ils s’avisent d’émettre la moindre réserve sur un mouvement dont ils ont pourtant rendu compte de façon aussi exhaustive que possible.

Pour s’en tenir aux élus, une cinquantaine de députés ont ainsi été victimes, ces dernières semaines, d’agressions non seulement verbales, mais physiques ou matérielles contre eux-mêmes, leur famille, leur domicile, leur véhicule ou leur permanence. Toujours dans les mêmes termes, dont beaucoup devraient tomber sous le coup de la loi, puisque, en plus d’être orduriers, ils sont très souvent xénophobes, antisémites ou sexistes. Et fréquemment assortis de menaces de mort : « On va te pendre », « te décapiter », « te mettre une balle dans la tête ».

Cette tentation du lynchage est d’autant plus odieuse qu’elle s’exprime dans le lâche confort de l’anonymat. A commencer par celui que garantissent les réseaux sociaux. Que ceux-ci soient un formidable espace de liberté d’expression et de communication, fort bien, et il n’y a pas de raison de le déplorer. Qu’ils soient devenus un outil de mobilisation sociale instantanée et directe, les « gilets jaunes » ne sont pas les premiers à en faire la démonstration, et l’on sait que Facebook a joué un rôle essentiel dans l’extension du mouvement.

Mais qu’ils contribuent à faire circuler en toute impunité les haines de la pire espèce, qu’ils se transforment en pilori permanent est tout simplement inacceptable. D’autant que leurs responsables ne semblent guère s’en émouvoir et que leurs systèmes de modération censés servir de garde-fous sont à l’évidence inopérants, dépassés, voire complaisants. La liberté de pensée et d’expression est une condition élémentaire de la démocratie. Elle peut en devenir l’ennemie lorsque, loin de débattre, de critiquer, de contester ou de blâmer, elle agresse, violente et se laisse gangrener par la bêtise la plus hargneuse. Personne ne devrait l’oublier.

 

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POUR QUE CESSE LA VIOLENCE

Publié le 9 Décembre 2018 par Jean Mirguet dans Politique

Pour que cesse la violence, il devient urgent que les gilets jaunes mettent un terme à leurs manifestations du samedi, inventent d’autres modalités de protestation et s’engagent dans la voie du dialogue que leur propose le gouvernement. Toute autre voie est vouée à l’échec car cesser les manifestations est la seule façon de parer à l’urgence : arrêter cet engrenage et isoler ceux qui se livrent à des exactions en cassant, détruisant, incendiant, pillant et agressant, qu’ils soient activistes des extrêmes de droite et de gauche, voyous ou gilets jaunes radicalisés.

Faute de cela, ce mouvement suicidaire va, à terme, perdre ses soutiens et ses acteurs scier la branche sur laquelle ils sont assis, menacer gravement notre République, notre démocratie et ceux, élus, qui les représentent. 

Il est clair que, continuer ainsi, c’est prendre le risque d’installer en France un climat de guerre civile.

A chacun donc de prendre ses responsabilités avant qu’il ne soit trop tard.

POUR QUE CESSE LA VIOLENCE

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A l’attention des abonnés de ce blog concernant un article pouvant se retrouver dans la rubrique « mail indésirable » de votre boîte mail

Publié le 2 Décembre 2018 par Jean Mirguet

Je ne sais pour quelle raison mon article intitulé « Précarité du dire-vrai » se retrouve dans les mails indésirables des boites mail. Pour lire cet article, c’est dans la rubrique « mails indésirables » que vous pourrez le retrouver.

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Précarité du dire-vrai

Publié le 2 Décembre 2018 par Jean Mirguet dans Politique

Précarité du dire-vrai

Dans son édition du 1er décembre 2018, le Monde des Idées nous familiarise avec l’apparition d’un mot nouveau : la microagression, populaire sur les campus américains et nourrissant le débat sur l’attention à porter à chacun, la politique de l’identité et la liberté d’expression. La microagression désigne les blessures imperceptibles produites par le langage et atteignant les personnes se vivant comme dévalorisées. Le psychologue Derald Wing Sue de l’Université Columbia à New York définit les microagressions  comme des insultes ou des attitudes « intentionnelles ou non » qui « communiquent des messages hostiles ou méprisants ciblant des personnes sur la seule base de leur appartenance à un groupe marginalisé ».

Bien que nous ne puissions qualifier nos gilets jaunes de groupe marginalisé (encore que …), force est de reconnaître la proximité existant entre le sentiment d’être méprisés et les  microagressions qui les atteignent tant est fréquemment exprimé leur sentiment d’être méprisés, peu considérés, dépréciés. En somme, ils seraient en  but à des blessures narcissiques, affectant leur estime de soi.

 

A ce propos, on ne peut manquer de faire référence aux travaux du sociologue Alain Ehrenberg, en particulier sa Société du Malaise, livre publié il y a 6 ans, dans lequel il soutient la thèse d’une prépondérance donnée depuis les années 1980 aux valeurs rassemblées par le concept d’autonomie, entraînant des transformations dans la subjectivité des individus contemporains. Si autrefois, écrit-il, la question qui se posait à chacun était de type « névrotique » : que m’est-il permis de faire ?, aujourd’hui, quand la référence à l’autonomie imprègne les esprits, quand l’idée que chacun peut devenir quelqu’un par lui-même grâce à sa propre initiative devient un idéal, la question devient « dépressive » : suis-je capable de le faire ? La culpabilité névrotique a changé de forme en devenant insuffisance dépressive. En se déplaçant du permis au possible, l’affirmation de soi est à présent au cœur des liens sociaux, elle en est devenue la norme.

 

Les microagressions dont se sentent victimes les gilets jaunes (qui retrouvent dans cette nomination une identité qu’ils estiment mise à mal dans le tissu social) sont reçues sur fond d’une sensibilité particulière aux affronts, comme dans la culture de l’honneur. 

Les microagressions participent à une culture de la victimisation, comme l’a montré Bradley Campbell dans un livre consacré à ce sujet : le statut moral est celui de la victime qui s’offusque indifféremment de choses mineures et de problèmes majeurs, qui  exalte ses expériences, qui interprète les intentions des autres - et du pouvoir en particulier - comme étant des marques d’hostilité.

Autant dire qu’une grande part de ces mécanismes repose sur la perception puisque l’important n’est pas ce que l’autre a voulu dire mais la manière dont ce qu’il dit est perçu. C’est une source de conflits interminables puisqu’il y aura toujours quelqu’un pour s’offenser de quelque chose. La plainte n’est pas questionnée, elle est la justification que l’agression a eu lieu : il ne peut y avoir de fausse accusation et, nonobstant l’intervention inévitable de la mauvaise foi, le plaignant juge légitimes et fondés ses griefs. 

Ce qu’on entend ces jours-ci dans la bouche des gilets jaunes témoigne de ce fonctionnement qui tourne en boucle tant qu’il reste ininterrogeable.

 

Pour comprendre la crise à laquelle nous confronte le mouvement des gilets jaunes, il est tentant de croiser ce mécanisme de la microagression avec celui de la parrêsia démocratique (cf. le précédent article paru dans ce blog), cette possibilité que donnent les institutions démocratiques de laisser place au dire-vrai, au fait de pouvoir dire son mot dans les affaires de la cité. 

Quand Michel Foucault traite de cette question dans sa « Leçon du 8 février 1984 » (in Le courage de la vérité, Gallimard), il analyse ce que fut au IVe siècle la critique de la  parrêsia démocratique chez les Grecs. Il explique que la démocratie athénienne est remise en cause, qu’elle est désignée comme le lieu où la parrêsia le dire-vrai, le droit de donner son opinion et le courage de s’opposer à celle des autres devient de plus en plus impossible. 

Puisque la parrêsia  offre à chaque citoyen la possibilité de dire son opinion - conforme à son intérêt particulier -, la démocratie devient le lieu où chacun peut dire n’importe quoi c’est-à-dire ce qui lui plaît et se gouverne comme il veut. 

Qui sont les orateurs que les Athéniens écoutent avec complaisance ? Les ivrognes, ceux qui ne sont pas censés mais également ceux qui se partagent entre eux la fortune privée et les deniers de l’Etat (cf. Isocrate cité par Foucault, Discours sur la paix) : ils se lèvent, prennent la parole, donnent leur opinion et sont écoutés … toute ressemblance avec des faits existants ou ayant existé serait-elle purement fortuite ? 

 

Dans cette juxtaposition entre opinions utiles et opinions néfastes, entre le vrai et le faux, la parrêsia comme dire-vrai devient un danger pour la pratique démocratique, « danger non pas pour la cité en général, précise Foucault, mais pour l’individu qui a de nobles motifs, et qui, pour ces nobles motifs, veut s’opposer à la volonté des autres ».

Quand Démosthène, écrit Foucault, évoque la distribution sans contrôle du droit de parler et son attribution sans limites dans les institutions athéniennes, il souligne le plaisir avec lequel le peuple écoute ceux qui le flattent, il rappelle la disparition de la parrêsia comme dire-vrai, et il souligne les risques que lui-même prend en parlant comme il le fait. 

 

Rien de nouveau sous le soleil depuis Démosthène, pourrait-on dire, puisqu’on reconnaîtra aisément dans ce qu’il dit, ce qui se passe à BFM TV ou sur LCI ainsi que les discours des Le Pen, Wauquiez, Mélanchon, Hollande dans leurs abjectes flatteries des gilets jaunes.

 

Démosthène : « Si vous voulez bien écouter et ne pas me punir pour la vérité que je vais vous dire, si vous voulez bien écouter, sans exiger qu’on vous flatte, ce que réclame votre intérêt, à ce moment-là je suis prêt à parler ». 

Si l’on prête à Macron la vertu d’être un parrésiaste (cf. précédent article sur mon blog), les mots que prononce Démosthène ne seraient pas loin d’être les siens … Mais, comment faire pour que, dans le jeu démocratique, ceux qui écoutent l’orateur qui dit la vérité l’entendent, l’écoutent, le reconnaissent et se départissent de ce qu’ils perçoivent comme des microagressions ? Qu’est-ce qui fait, demande Foucault, qu’en démocratie, il y a une impuissance du discours vrai ?

 

A suivre …

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TOUJOURS PLUS, TOUTJOUIR PLUS

Publié le 16 Novembre 2018 par Jean Mirguet dans Politique

A lire la plupart des journaux, à regarder la télé, à écouter la radio, rares sont les journalistes et commentateurs à ne pas se livrer à leur sport médiatique favori consistant à traquer les « dérapages » langagiers présidentiels, feignant de ne pas vouloir comprendre le plan d’ensemble dans lequel le Président a la volonté d’engager le pays.

Idem sur les réseaux sociaux où la mauvaise foi, le procès d’intention, la malhonnêteté intellectuelle pour tout dire,  le disputent à l’expression d’une passion haineuse envers celui qui, à marche forcée, ambitionne de redonner de la souplesse à un corps social dont l’énergie est bridée par les corporatismes et d’inutiles et coûteuses régulations. 

Oui, « le Gaulois réfractaire au changement » résiste et, ne voulant rien savoir des évolutions du monde du travail et de celles de la société, dépense inutilement son énergie à tenter de rafistoler le modèle d’hier et s’adonne à la passion de l’ignorance.

Décidément, on a l’impression que rien ne change dans notre pays qui continue à se croire révolutionnaire, voire à regretter la normalité du pathétique bonhomme Hollande qui joue à conjecturer son avenir : « Si ce pouvoir-là échoue […] qui peut prendre la place ? C’est une grande question qui est posée à tous » déclare-t-il ingénument !   Qui peut prendre la place ? La seule question qui, en effet, vaille pour ce narcissique invétéré.

Les Français sont en colère, ne cesse-t-on de nous répéter à longueur de journée. Or, la colère n’est-elle pas une jouissance ? C’est, du moins, ce que prétend la psychanalyse qui, avec Lacan, a inventé la notion de plus-de-jouir, cette quête inassouvissable, insatiable qui pousse nos ardents gilets jaunes à réclamer toujours (toutjouir) plus de voitures, de suppression d’impôts, de gratuité pour combler le déficit engendré, non pas par la dette mais par la fraction de jouissance qui manque : la jouissance à jamais perdue.

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MACRON PARRÉSIASTE ?

Publié le 14 Novembre 2018 par Jean Mirguet

Lors d’une interview télévisée donnée il y a un an, Emmanuel Macron s’était justifié, au nom du discours de vérité, de l’utilisation des termes de « fainéant » et de « ceux qui foutent le bordel », propos jugés insultants par beaucoup. 

On le sait maintenant, Emmanuel Macron parle volontiers cash et n’excelle pas dans la langue de bois.  Aussi chacune de ses interventions percutantes produit-elle systématiquement son lot de polémiques, le Président se voyant accusé de mépris et de dédain envers ses compatriotes.

Il l’a souvent expliqué : « J’ai toujours essayé de dire les choses et de m’approcher d’une forme de vérité que je pensais juste. Donc je nomme (…) Ce n’est pas du mépris que de dire les choses et la vérité ». Il n’hésite pas à s’adresser aux Français sans fard, à faire usage de mots tranchants qui déplaisent et à dire certaines vérités, entendues comme ce que personne ne veut entendre. 

Le franc-parler d’Emmanuel Macron est-il une vertu ? Témoigne-t-il de sa droiture morale ?

 

En se présentant comme un sujet qui dit la vérité, Emmanuel Macron produit un acte qui est la conséquence d’une certaine pratique de discours, une certaine manière de dire, appelée dans la Grèce antique parrêsia(le franc-parler). 

Or, cette parrêsia fit l’objet de la première leçon de Michel Foucault, en  1984, au Collège de France, leçon qui aujourd’hui apparaît d’une éclatante actualité (cette notion apparaît pour la première fois dans ses travaux en 1982).

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Qu’est-ce qui caractérise la parrêsiaet le rôle de celui qui la pratique, le parrésiaste?

Si dans sa valeur négative, la parrêsiaconsiste à dire n’importe quoi pourvu que ça desserve l’adversaire, dans sa valeur positive, explique Michel Foucault, elle « consiste à dire, sans dissimulation ni réserve ni clause de style ni ornement théorique qui pourrait la chiffrer ou la masquer, la vérité (…) Dire la vérité sans rien en cacher, sans la cacher par quoi que ce soit (…) Ne rien cacher, dire les choses vraies, c’est pratiquer la parrêsia ».

Toutefois, l’énoncé de cette vérité ne peut être dit du bout des lèvres, sans conviction ; c’est un dire qui engage puisque le parrésiaste, en disant ce qu’il pense, « signe la vérité qu’il énonce », produit ce qui a valeur d’énonciation qui marque le style du sujet.

Il faut également que le sujet, en disant sa pensée, son opinion, la vérité prenne un certain risque, celui de déplaire à l’autre voire de le blesser ou de l’irriter. « C’est donc, dit Michel Foucault, la vérité, dans le risque de la violence », ce qui implique une certaine forme de courage puisque « le parrésiaste risque de défaire, de dénouer cette relation à l’autre qui a rendu possible son discours ». 

 

C’est très exactement là où Emmanuel Macron est rendu aujourd’hui lorsque ses propos sont jugés méprisants, offensants (pognons de dingue, Gaulois réfractaires, etc…), d’où le procès lancinant en "mépris de classe" qui lui est intenté par ses adversaires depuis des années. « Nos élites politiques se sont habituées à ne plus dire les choses, à avoir un discours aseptisé, comme si ce qui est intolérable c'est le mot, et pas la réalité qu'il y a derrière », s'expliquait-il en octobre 2017 sur TF1. 

Cf. également dans un discours de février 2018 quand il déclarait : « Si je vous mens aujourd’hui pour des succès d’estrade, je le paierai beaucoup plus cher demain. Si je vous mens aujourd’hui, ça vous fera peut-être plaisir mais c’est vous qui le paierez et cash demain ou après-demain. Donc on n’a qu’un pacte, c’est un pacte de vérité, de responsabilité et de courage parce qu’il y a eu trop de décennies où on se promenait en tapotant les vaches pour parler pudiquement, où tout se passait bien et où derrière en fait, ça ne se passait pas si bien au quotidien».

Rares sont les discours de vérité qui plaisent même si, comme le rappelle Emmanuel Macron, « il n’y a qu’un discours de vérité sur lequel on peut construire les choses ».

 

Macron, parrésiaste ? Oui, mais à la condition que ceux à qui le Président s’adresse, acceptent d’endosser le rôle que leur propose le Président parrésiaste en leur disant la vérité, aussi dérangeante voire blessante qu’elle soit pour leur aveuglement voire leur ignorance. « Le peuple, le Prince, l’individu doivent accepter le jeu de la parrêsia. Ils doivent eux-mêmes le jouer et reconnaître que celui qui prend le risque de leur dire la vérité doit être écouté », affirme Michel Foucault. 

Il s’agit d’un pacte entre celui qui, avec courage, prend le risque de dire la vérité et celui qui, avec courage, accepte la vérité blessante qu’il entend ».

Le parrésiaste n’est pas un expert de la communication, sa pratique ne consiste pas à faire de la com. Comme l’indique Michel Foucault, c’est « une attitude,

une manière d’être qui s’apparente à la vertu, une manière de faire (…) une modalité du dire-vrai (…) indispensable pour la cité et l’individu ».

 

Plutôt que de polémiquer stérilement sans fin sur le moindre de ses propos, ne pourrait-on faire crédit à Emmanuel Macron de remettre au goût du jour cette antique vertu?

 

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