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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

Los Angeles à fleur de peaux

Publié le 26 Août 2014 par Jean Mirguet dans Etats-Unis

A Los Angeles, théâtre d'émeutes en 1992, les violences policières restent fréquentes. Trois jours avant la mort de Michael Brown à Ferguson dans le Missouri, un jeune noir a été tué par des policiers dans un quartier noir de Los Angeles. Depuis les tensions restent vives. 

Le reportage à Los Angeles de Thierry Vivier et Olivier Mirguet pour Arte Info

Los Angeles, théâtre d'émeutes en 1992, les violences policières restent fréquentes. Trois jours avant la mort de Michael Brown à Ferguson dans le Missouri, un jeune noir a été tué par des policiers dans un quartier noir de Los Angeles. Depuis les tensions restent vives. Le reportage à Los Angeles de Thierry Vivier et Olivier Mirguet. - See more at: http://info.arte.tv/fr/etats-unis-los-angeles-fleur-de-peaux#sthash.cy1wOhk2.dpuf
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Voyage au bout de l'enfer

Publié le 15 Août 2014 par Jean Mirguet dans Etats-Unis

C’est une crise humanitaire qui a lieu à la frontière entre le Mexique et les Etats Unis. Depuis quelques mois, le nombre d'enfants et de jeunes adultes qui tentent de rejoindre le territoire américain ne cesse d'augmenter. Depuis octobre dernier, 52.000 enfants ont traversé seuls, soit le double de l'année d'avant. Face à cet afflux de clandestins, la police des frontières américaine a dû ouvrir de nouveaux centres de rétention qui sont aujourd'hui pleins à craquer. Reportage en Arizona d' Olivier Mirguet pour Arte Info.

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Le réel de l'art

Publié le 24 Juin 2014 par Jean Mirguet dans Art

« À quoi vise l'art, demande Bergson dans Matière et Mémoire, sinon à nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience ? ».

Le poète est ce révélateur de ce qui pour nous, spectateurs, échappe à la représentation. Cette idée est soutenue par Gérard Wajcman dans L’objet du siècle (Verdier, 1999) : l’art conçu comme instrument pour faire voir ce qu’on ne peut représenter ni en mot ni en image. En atteste, par exemple, le film de Claude Lanzmann, Shoah, qui n’est pas un film « sur » mais une œuvre qui contribue à constituer la Shoah comme événement irreprésentable et qui fait « voir au présent ce qu’on ne voit pas dans le présent, mais qui y est ». L’œuvre d’art fait donc voir ce qui reste invisible aux yeux du commun.

« Je ne vois rien », dit Watson dans L’Escarboucle bleue » ; « pas du tout, lui rétorque Holmes, vous voyez tout, mais vous n’arrivez pas à tirer de conclusion de ce que vous voyez ». Il s’en déduit que l’art interroge, pose des questions en même temps qu’il y répond : regarder un tableau, c’est se demander à quelle question il apporte une réponse. Autrement dit, une œuvre d’art se regarde comme une réponse ou une solution, elle localise la place où git la trouvaille de l’artiste-inventeur … «On me prend d’habitude pour un chercheur, disait Picasso. Je ne cherche pas, je trouve » … reprenant ainsi à son compte l’assertion de Hegel affirmant que « tout ce que l’on trouve n’est pas trouvé, mais produit ».

Si l’œuvre d’art est une solution singulière à une question unique, valable pour un seul et non universalisable, comment, à la regarder, agit-elle sur un sujet ?

En donnant une représentation du monde, l’œuvre d’art fait jouir l’œil du regardeur et le corps qui va avec, ainsi que son esprit mais elle fait plus que cela : elle modifie voire transforme notre regard sur le monde. Elle implique donc le sujet dans ce qu’il voit. En somme, elle nous offre une autre paire d’yeux, sorte de prothèse à notre cécité qui nous empêche de pénétrer le mystère de l’énigme des choses.

Avec l’idée que « l’art ne reproduit pas le visible, il rend visible », Paul Klee donne son amplitude maximale à l’idée de l’art créateur du regard.

Mais rendre visible n’implique pas de donner quelque chose à voir : de son Carré noir sur fond blanc, Malevitch dit que ce n’était pas un simple carré vide qu’il avait exposé mais plutôt l’expérience de l’absence d’objet. Il présentifie l’absence, il donne une forme à ce qu’il n’y a pas.

On trouve le même type d’approche chez le photographe Olivier Mirguet qui, dans son travail L.A Supervision, USA (Agence Vu’), tente un travail d’écriture de la nuit noire angelinienne, fantasmée comme la menace invisible qu’exerceraient les SDF, les gangs et les drogués. Ici, est donné à regarder ce qui échappe à la visibilité et qu’on imagine menaçant, incarnation de la nuit médiévale faite de dangers réels et fantasmés qu’essayent de rendre visibles les puissants rais de lumière des hélicoptères de la police.

Gérard Wajcman donne également l’exemple des monuments de l’artiste allemand Jochen Gerz, en particulier son Monument contre le fascisme conçu en 1986 à Hambourg ((« Une colonne recouverte de plomb de douze mètres de haut qui disparaît dans le sol à mesure que le passant y appose sa signature ») et son Monument invisible à Sarrebrück (« Les pavés de la place ont été clandestinement descellés pour être remplacés, avec, à leur base, gravé, le nom d’un cimetière juif d’Allemagne»). Ces monuments ne donnent strictement rien à voir, l’artiste déclarant qu’avec l’art, il a l’impression de pouvoir être « dans » l’événement, en phase avec le réel. Comme le souligne Wajcman, Gerz, plutôt que d’entretenir le devoir de mémoire, montre ce qu’il est : l’oubli. Ses monuments montrent, paradoxalement, ce qu’on préfère ne pas voir et servent à réintroduire l’absence dans le visible. Or, cette absence est un réel.

Cela conduit à situer l’art au lieu où se montre ce qui ne peut se voir ni se dire, ce qui est au-delà du voir et du dire, en un point qui touche au réel et qu’on pourrait appeler la vérité, du moins cette part de vérité qui va au-delà de toute image ou tout mot.

La place de l’art est celle où une vérité peut être vue, pas toute la vérité certes mais seulement certains de ses éléments. Ce qui reviendrait à dire que la place de l’art aujourd’hui est là où l’œuvre vise au réel c’est-à-dire à la chose même, sans avoir à en passer par l’écran de la représentation et de la signification.

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L’hôpital public. Une gestion des ressources inhumaines qui ne sera pas sans conséquence sur la prise en charge des patients, par Christine Pierret.

Publié le 12 Mai 2014 par Jean Mirguet

Un article du Canard Enchaîné (largement relayé par la presse généraliste et médicale, voir lien ci dessous)[1] a révélé l’existence, à l’hôpital Robert Debré (AP-HP), d’un fichier étiquetant le comportement de 42 infirmières et auxiliaires de puériculture de la maternité. Ce fichier a été porté à la connaissance de quelques intéressées, suite à une erreur d’envoi par mail. Les agents y sont jugés sur leur aptitude à se soumettre à l’autorité de l’encadrement et de l’administration. La semaine précédente, la presse avait déjà évoqué l’existence d’un fichier portant des jugements sur l’activité chirurgicale de médecins à l’hôpital Georges Pompidou, ils étaient désignés «corrects» ou «faiblards» en fonction de leur rentabilité (nombre d’interventions et durée opératoire au bloc)

Suite à ces articles publiés sur le net, ce qui me frappe ce sont les commentaires ajoutés par les lecteurs, tous ignorant de la catastrophe qui touche l’hôpital et par là même la prise en charge des patients (dont ils font partie). On peut y lire la banalisation de ces fichiers, un acquiescement de ces pratiques de fichage ainsi qu’un appel à «l’évaluation pour tous»  «dans le public comme dans le privé». Certains propos sont méprisants à l’endroit des soignants, médecins compris.

Si l’existence de ces fichiers est scandaleuse, je trouve tout aussi inquiétante la réaction des lecteurs qui confondent appréciation du travail (comment une infirmière pose t-elle une perfusion ? quelle attention porte t-elle à ses patients ?) et jugement porté sur le  «comportement» des agents en référence à une «normalité».

Ces fichiers sont révélateurs des nouvelles pratiques managériales décomplexées adoptées par les directions des ressources humaines des CHU. Elles se sont saisies des TCC[2] pour asseoir leur pouvoir en introduisant en plus de l’évaluation des pratiques, des méthodes à la fois de «chiffrage» d’activité et de repérage des «comportements» des agents au travail. Certaines DRH invitent même de jeunes médecins chef de pôle à se former eux aussi aux techniques de management et de coaching afin «d’asseoir leur leadership sur l’équipe de soins et améliorer leur performance».

Soignants et médecins sont par ailleurs culpabilisés, du fait de leur manque «d’efficience» et tenus pour responsables des déficits financiers alors qu’il y a tout lieu d’incriminer les politiques et la mauvaise gestion de l’hôpital public depuis des années comme le pointait un rapport récent de la cour des comptes (Les Échos, le 11/04/2014).  Sachant que les médecins ont perdu leur influence dans les décisions en matière de politique d’établissement, depuis le vote en 2009, de la loi HPST[3], dite loi Bachelot qui donne tous les pouvoirs aux directeurs administratifs.

Le mot d’ordre est lancé aux hôpitaux : «Il faut faire baisser les coûts tout en améliorant la qualité des soins» Des restructurations sont en cours et impliquent fermetures de lits, réduction des durées d’hospitalisation, fusions de service, suppressions d’activités médicales «non rentables» au regard de la T2A[4], et réduction du nombre de soignants voire de médecins. «Polyvalence et efficience» sont les signifiants maîtres de ces réorganisations. Ainsi, dans un service de gériatrie, décide-t-on, pour les patients dénutris, de ne plus faire la toilette complète qu’un jour sur deux, parce que l’aide aux repas prend du temps et qu’il n’y pas assez d’aides soignantes. Dans d’autres secteurs les soignants sont amenés à «tourner» pour palier au manque de personnel, obligés pour certains d’effectuer des tâches qu’ils n’ont pas choisies, comme ces auxiliaires de puéricultures habituées aux nouveaux nés, auxquelles on demande de faire des soins gériatriques…

L’hôpital public devient une entreprise fonctionnant sur le mode ultra-libéral, le patient y est une contrainte financière et le soignant, une variable d’ajustements à maîtriser. La politique du chiffre prime, l’idéal du savoir-faire ne vaut plus et prend la figure d’un surmoi féroce qui pousse à se plier à la contrainte, à répondre aux impératifs de flexibilité. Les soignants se sentent niés dans leurs spécificités, sans reconnaissance de leur savoir-faire et considérés comme des objets interchangeables. L’éclatement des équipes produit par ce pragmatisme favorise le repli sur soi empêchant tout collectif de résistance.

Les soignants tentent, au un par un, de maintenir la qualité des soins dans cette désorganisation de la vie à l’hôpital, mais à quel prix ? Certains s’épuisent, se rendent malades, se dépriment devant l’effondrement de l’idéal et la charge de travail. Ce qui se passe à l’hôpital n’est pas différent de ce qui s’est produit chez France Télécom, EDF, la Banque Postale, mais on n’en parle pas ou peu. Est-ce parce qu’il est le lieu de prédilection du soin, de l’attention portée à l’autre ? La souffrance au travail y est là comme ailleurs, une gangrène, le risque suicidaire aussi. Les médecins du travail le savent… (certains lisent les ouvrages du psychanalyste Christophe Dejours)[5]mais leur marge de manœuvre semble limitée, voire empêchée. Devant ces changements inquiétants dans le domaine du soin, on peut se poser la question du devenir du sujet au travail, que devient son désir, sa singularité ? Quelles solutions peut-il inventer, quelle nouvelle place s’aménager, afin de soutenir son désir de durer ?

Alors si quelques infirmières empêchées de bien faire leur travail, résistent, se posent en «leader négatif, refusent le changement, désobéissent à leur cadre, s’opposent à la hiérarchie», c’est louable et plutôt bon signe. Analyser, résister et reprendre la parole est une manière de rester sujet vivant et pensant dans ce monde inhospitalier que devient l’hôpital et par la même, garder l’espoir de pouvoir continuer à soigner les patients comme il se doit, dignement et humainement parlant.

 


[2] Thérapies Cognitivo Comportementalistes

[3] Loi HPST :  loi Hopital Patients Santé territoires

[4] TAA : Tarification à l’activité

[5] Christophe Dejours , psychanalyste : Souffrance en France,  Suicide et  travail : que faire ?, La panne 

 

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James Ellroy, inventeur d’une langue

Publié le 15 Avril 2014 par Jean Mirguet dans Littérature

Dans sa livraison d’avril, la revue Numéro emprunte les chemins qui, hors des sentiers battus, sillonnent Los Angeles, la Cité des Anges, terre promise à la création mais terre essentiellement fragile. Dans cette ville intense où, à chaque instant, un tremblement de terre peut venir disloquer le bleu du ciel, le vert des pelouses, l’ocre des montagnes, la pulsation de la vie reste d’une vulnérabilité absolue.

James Ellroy est à l’image de cette ville qui l’a vu naître et où il vit toujours. On connaît l’obsession de l’écrivain pour les années 50 qui virent se commettre le meurtre de sa mère et qui le conduisirent à publier une série de romans noirs, depuis Le Dahlia noir jusqu’à la trilogie Underworld USA.

Dans son dernier ouvrage Extorsion (publié en France aux éditions Rivages), Ellroy met en scène au purgatoire Freddy Otash, l’ancien flic véreux devenu détective privé, maître chanteur et proxénète. Torturé par ses anciennes victimes (les stars d'Hollywood, Marilyn Monroe, Montgomery Clift, Ava Gardner...), il doit confesser ses péchés pour obtenir une remise de peine lui permettant de passer "au nuage supérieur". Il sollicite donc l’aide d’un "plumitif nommé Ellroy" qui va nous raconter dans le moindre détail son parcours pervers et cupide.

 

A Los Angeles, la journaliste Coralie Garandeau et le photographe Olivier Mirguet ont rencontré l’écrivain chez Victor’s Square, un vieux restaurant proche de Sunset Boulevard, dont il est un habitué.

Fred Otash a réellement existé, leur confie-t-il. « Un sale type » qu'il a, toutefois, toujours apprécié. Il faisait chanter les stars homosexuelles et encaissait des pots de vin des patrons de studios. En l’installant au purgatoire, l’écrivain choisit de porter un regard ironique sur l’Amérique des années 50.

Otash travaillait pour Confidential, une feuille de chou de la presse à scandale qui publiait des ragots sur les stars hollywoodiennes, les politiques et les mondains, en racontant leurs aventures sexuelles.

Tout ce qui est raconté dans le livre est quasiment inventé, dit Ellroy qui avoue ne pas vraiment vivre dans le monde d’aujourd’hui.

Quand la journaliste lui demande ce qui l’a animé en écrivant Extorsion, il répond que, fasciné par les ragots du Hollywood de ces années-là, il voulait faire entendre « tout l’excès contenu dans les allusions racistes, les allitérations, le rire gras du patois américain de l’époque ». Se décrivant comme quelqu’un du passé (il l’était déjà quand il avait 8ans, dit-il), il veut réécrire l’histoire américaine et celle de Los Angeles à partir de ce qu’il a vécu, pour divertir les gens en les connectant à une autre époque.

L.A, sa ville, est, ajoute-t-il, « un endroit extraordinaire où je reviens toujours et où mes femmes demandent le divorce. Je n’ai aucun autre endroit où aller ».

 

Dans sa revue de presse (Le Monde du 3 avril 2014), Macha Séry écrit que le plus savoureux dans ce roman est moins la quantité d'anecdotes salaces - réelles ou fictives - rapportées sur les célébrités d'Hollywood que l'autodérision fanfaronne qu'Ellroy manifeste quand il se met ridiculement en scène. Par la voix de ce flic pourri, il dévoile l'un des secrets de son style : " l'allitération et les insultes inventives ".

Le  style Ellroy est, en effet, celui du parler de la rue où circule le langage de la diffamation et de la calomnie, que l’écrivain dit adorer. Mais c’est aussi, et peut-être surtout, un style dont la narration est « ma seule langue morale », écrit-il dans Ma part d’ombre, texte autobiographique dans lequel il donne à saisir une articulation possible entre son œuvre littéraire et le chaos dans lequel il a été plongé (délinquance, toxicomanie) et que son écriture tente de traiter.

Pour la psychanalyste Marie-Hélène Brousse (La Cause freudienne, n°39), Ellroy a essayé de se faire un nom dans la délinquance ; elle explique, qu’embarqué dans une logique autodestructrice, il essaye de s’en extraire en s’appuyant sur le langage, la narration (qui passe par la fiction). Ils lui permettent de mettre à distance l’envahissement par des modes de jouissance morbide tout en laissant surgir des moments de jouissance qui constituent l’effraction du réel dans le texte.

C’est ainsi qu’en inventant une langue, Ellroy se choisit un nom et réussit à construire, avec son écriture singulière, une solution qui lui permettra d’échapper à l’enfermement dans la folie.

« Je ne savais pas (en cet été 1965, année des émeutes à L.A), écrira-t-il, que raconter des histoires était ma seule véritable voie ».

 

 

James Ellroy, inventeur d’une langue
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Alain Finkielkraut à l’Académie Française

Publié le 10 Avril 2014 par Jean Mirguet

Je me réjouis d’apprendre que, désormais, l’auteur de L’identité malheureuse, portera l’habit vert et le sabre, n’en déplaise à ceux qui, comme Didier Eribon, dénonçait, ce midi, sur France Culture, l’essor, dans les médias, des chroniqueurs de droite et d’extrême-droite.

Il désignait la radio qui l’accueillait comme un média ouvert à la pensée réactionnaire puisque, chaque samedi matin, on peut y entendre, disait-il, « une tribune ouverte pour la pensée fascistoïde (sic) » (cf. Répliques, l’émission hebdomadaire d’AF).

Est-ce faute d’arguments concernant la gauche, en panne de pensée, que le biographe de Foucault n’hésite pas à staliniser la sienne ? C’est franchement regrettable de la part d’un intellectuel de sa trempe.

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Un hymne à la dialectique

Publié le 5 Avril 2014 par Jean Mirguet dans Politique

Un véritable régal que l’éditorial d’Elisabeth Lévy dans le numéro de Causeur de mars.

A ceux qui tiennent son mensuel pour un repaire de collabos voire de nazis, elle interprète ces hommages de la vertu au vice comme la preuve éclatante de l’utilité de sa publication.

A ceux qui aimeraient ne plus voir Frédéric Taddei aux commandes de Ce soir (ou jamais) ou qui voudraient priver de parole les contradicteurs comme Eric Zemmour, aux pauvrets bien-pensants auteurs de ces oukases, elle rétorque qu’on ne leur a sans doute jamais dit qu’on pouvait être en désaccord avec quelqu’un sans forcément souhaiter le réduire au silence.

Dire son désaccord suppose l’argumentation mais pour argumenter, encore faut-il lire ou écouter, tâches moins jouissives que dénoncer ou insulter, ce dont ne se privent pas ceux qui accusent Causeur d’être une revue d’extrême droite ou un journal facho. La vertu de la raison critique ne produit pas de l’harmonie et de l’accord mais au contraire des différences de points de vue, des désaccords raisonnables ; elle ne produit pas du même mais de l’Autre.

Elisabeth Lévy le clame haut et fort : Causeur est un journal d’opinions (au pluriel), et de ce fait un aimable foutoir, écrit-elle, où se côtoient monarchistes, communistes, athées et cathos, européens et souverainistes, libéraux et étatistes.

La diversité y règne, ce qui ne signifie pas que toutes les opinions se valent. Mais, pas question de refuser la publication d’idées qui invitent à la controverse puisque, on le sait bien, ce ne sont pas les idées convenues qui stimulent l’esprit. Pour autant, note la directrice du mensuel, tout changement n’est pas jugé comme un progrès. En témoigne la volonté de donner force et tenue au langage qui, comme l’affirmait Francis Ponge, constitue la meilleure façon de servir la République.

A la morale de pacotille qui alimente une vision simplifiée du monde, la polémiste oppose le souci de la complexité qui devrait rendre possible de penser le caractère inopérant de la diabolisation de Marine Le Pen et le combat contre ses idées, l’antisémitisme de Dieudonné et le doute quant à l’efficacité de l’interdiction de ses spectacles, l’égale légitimité de ceux favorables au mariage pour tous et des contre, que les musulmans français sont Français et que certaines expressions de l’Islam posent problème à la République, que le politiquement correct étouffe et que le politiquement incorrect aveugle, etc …

Dans son éditorial, véritable hymne à la dialectique, elle se fait l’héritière de Voltaire qui ne craignait pas de dénoncer et railler le monde tel qu’il va.

 

Un hymne à la dialectique
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Etats-Unis : une super-héroïne musulmane

Publié le 3 Avril 2014 par Jean Mirguet dans Etats-Unis

L'éditeur américain Marvel Comics vient de faire sensation en donnant un nouveau visage à Miss Marvel, l’une de ses super-héroïnes : elle devient Kamala Khan, une adolescente musulmane du New Jersey. Pour Marvel Comics, c'est l'occasion de créer un personnage positif, qui plaide pour plus de tolérance vis-à-vis des musulmans aux Etats-Unis.

Le reportage à Seattle d’Olivier Mirguet pour Arte Info.

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Terra Nova, n’oubliez pas ce que parler veut dire !

Publié le 25 Mars 2014 par Jean Mirguet dans Clinique et pratique en institution

Le collectif PasdeOdeconduite critique le rapport du think tank Terra Nova sur la lutte contre les inégalités dans les crèches. Si les praticiens relèvent « l'intention louable de favoriser la future réussite scolaire des tout-petits », notamment par le développement du langage, ils s'inquiètent des effets anxiogènes d'une sur-stimulation selon un modèle-type qui minimiserait les vertus éducatives du jeu et l'individualité de chaque enfant.

C’est dans ce contexte que Mediapart publie une lettre ouverte de Sylviane Giampino, psychologue petite enfance et psychanalyste, Bernard Golse, pédopsychiatre, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, chef de service au CHU Necker, Paris, Evelyne Lenoble, pédopsychiatre, responsable de l’Uppea-CRTLA (centre référent pour les troubles du langage et des apprentissages), hôpital Sainte-Anne, Paris, Anne Masson, orthophoniste et Pierre Suesser, pédiatre en protection maternelle et infantile.

Qui ne souscrirait à l'objectif de lutter contre les inégalités sociales dès la crèche ? Et à celui d'offrir le cadre le plus propice au développement et à l'éveil des tout petits ? S'il y a accord entre le collectif Pasde0deconduite et Terra Nova sur le but, le propos du rapport La lutte contre les inégalités commence dans les crèches (janvier 2014) de Terra Nova interroge les praticiens de la prévention et ceux qui accompagnent les enfants en difficulté dans leur développement : sur quels constats s'appuie-t-il, quels moyens se fixe-t-il pour y parvenir ? Nos crèches auraient surtout, à le lire, des préoccupations sanitaires et de sécurité, à la rigueur de développement affectif et de sociabilité, mais pas d'éducation ? Et de poser comme indication que les tout-petits « ont besoin d'être stimulés de manière méthodique pour leur développement » : illustration, il faudrait « faire de tout moment de la journée ou de toute activité une occasion de stimulation linguistique » et, à propos de la lecture de livres aux tout-petits, « l'adulte ne raconte pas une histoire, il sollicite l'enfant ».

L'éducation serait absente des objectifs actuels des crèches ? Les textes officiels sont pourtant là qui prévoient que les établissements « contribuent à l'éducation [des enfants accueillis] ». Mais surtout, comment Terra Nova peut-il ignorer le profond mouvement initié dès les années 70 qui a métamorphosé les crèches, de lieux de garde en lieux d'accueil, ouverts à toutes les nouvelles approches pédagogiques et psychologiques pour accueillir et accompagner les jeunes enfants, suivant les travaux de Myriam David, Geneviève Appell, Françoise Dolto, Hubert Montagner, et tant d'autres ? S'agirait-il, par un argument d'autorité, d'imposer un modèle-type au détriment d'une diversité d'expériences, en misant sur la « systématisation et capitalisation des bonnes pratiques qui permet leur transposition » à partir des « expériences qui ont fait leurs preuves et qui méritent d'être généralisées » ?

Ainsi le développement langagier mobilise, à juste titre, les auteurs du rapport. Ils mettent en avant « Parler bambin », programme de « stimulation linguistique » qui prévoit notamment d'organiser des ateliers-langage destinés à des « parleurs tardifs » repérés dès 24 mois. Selon les promoteurs de « Parler bambin », « l'acquisition de langage dépend principalement des inputs de langage simplifiés et adaptés fournis par les adultes ». L'entrée dans le langage reposerait donc sur une stimulation externe, plutôt que de prendre source dans le désir mutuel de relation entre l'adulte et l'enfant. « Une évaluation scientifique rigoureuse » a montré, nous apprend le rapport de Terra Nova, que le niveau de langage des enfants concernés a significativement progressé, pour l'étendue du vocabulaire, l'usage grammatical et la longueur moyenne des phrases. Pourtant le rapport omet de préciser ce qu'en toute rigueur les chercheurs qui ont élaboré la méthode ont publié : on ne retrouve ces progrès ni « en langage spontané » ni « dans une situation où ces acquisitions ne sont pas sollicitées, requises ou pas attendues », c'est-à-dire à la maison. Et que dire, alors que l'objectif de « Haute qualité éducative » des crèches est abondamment invoqué, des deux seules demi-journées de formation « théorique et pratique » offertes aux professionnels, en « psychologie développementale et sociologie » ?

Comment s'étonner des limites de ce programme, sachant qu'entrer dans le langage et la parole c'est avant tout, à partir des premiers échanges dans la langue maternelle, entrer en relation bien plus que procéder à la simple désignation d'actions ou d'objets ? Le langage ne véhicule pas seulement l'information, il n'est pas uniquement outil technique de communication mais il exprime les premières représentations qui permettront à l'enfant de développer sa subjectivité naissante et ses capacités de symbolisation. L'enfant apprend à parler en partageant avec les autres enfants et les adultes du plaisir – ou du déplaisir –, s'appuyant sur les supports langagiers divers qui véhiculent affection, sens, humour, images, sentiments, comme par exemple la peur, la jalousie... Sont minimisées dans le rapport les vertus éducatives du jeu, du chant, des comptines, de la poésie, du rire..., où l'acquisition de mots se fait au travers du désir de relation avec l'autre. Les praticiens de la petite enfance s'interrogent à cet égard sur le risque de trop pédagogiser l'entrée dans le langage, et de cibler uniquement chez certains enfants d'éventuelles difficultés de langage, là où il y a surtout intérêt à soutenir des environnements globalement sécures, matériellement et affectivement, pour ces enfants et leurs familles.

Le développement d'un enfant est un ensemble. Une approche prévenante de la prévention met également en garde contre les pratiques de sur-stimulation précoce, visant prématurément l'acquisition de conduites langagières ou comportementales adaptatives : l'intention louable de favoriser la future réussite scolaire des tout-petits, maintes fois exprimée dans le rapport, passe ici par une pression sur des enfants encore petits. Les effets pathogènes de cette précipitation auxquels s’ajoutent les effets anxiogènes de ces évaluations se transmettent en cascade, des professionnels sur les parents et les enfants, des parents sur les professionnels, et viennent parasiter la relation des enfants à leur entourage familial et social. La petite enfance est caractérisée par une porosité et une réactivité très spécifique aux paroles et attentes des adultes, aux comparaisons avec les autres enfants. Se sentir mesuré inquiète les enfants, qui peuvent réagir par de l’agitation ou de l’inhibition ou par une peur de décevoir et une insécurisation face à ceux qui devraient les rassurer.

Ne frise-t-on pas un formatage éducatif obsessionnel en termes de pré-apprentissages scolaires, lorsqu'il est proposé aux parents de « répliquer à la maison les exercices », anticipant inconsciemment les séances douloureuses des futurs devoirs après l'école ? Ne prend-on pas le chemin d'une standardisation hasardeuse des pratiques d'accueil du tout petit, avec cette volonté affichée de « répliquer » urbi et orbi des programmes dont « l'efficacité scientifique » est évoquée avec bien plus de prudence par leurs initiateurs que par les responsables politiques qui s'en font les hérauts. N'expose-t-on pas les tout-petits au risque d'une réification performative du langage, pourtant fondateur de notre humanité dès la petite enfance, en ignorant ce que parler veut dire ?

Nous voici ramenés aux écueils entre lesquels nous naviguons pour l'accueil des tout-petits : nous voulons à la fois leur offrir l'environnement riche et stimulant permettant aux capacités formidables du tout petit de s'épanouir, et en même temps nous savons que l'anxiété de l'avenir dans la société actuelle pousse à toujours plus de sur-stimulation précoce, au risque de fabriquer des « hyperactifs », à un âge où l'hétérogénéité des parcours de développement est très importante. C'est-à-dire qu'il nous faut savoir à la fois repérer les enfants qui sont sévèrement entravés dans leur développement pour leur apporter toute l'aide nécessaire, mais aussi savoir respecter les rythmes individuels avec leurs à-coups, car la psychologie du développement nous enseigne qu'un certain zèle préventif face des perturbations passagères peut être contre productif.

Quelles pistes alors pour lutter contre les inégalités sociales dans les crèches ? Certainement promouvoir un haut degré de qualification des professionnels dans les domaines pédagogique, psychologique et somatique du développement des jeunes enfants. Mais aussi améliorer les taux d'encadrement et diminuer la taille des groupes d'enfants. Deux mesures favorables à la prise en compte professionnalisée de chaque enfant dans son individualité, base pour assurer un accompagnement sécure de son développement psychique et cognitif, qui profite à tous mais particulièrement aux enfants vivant dans des milieux socialement défavorisés. Egalement élargir et faire appliquer les dispositions spécifiques de la législation existante qui permettent de réserver des places en crèche aux enfants dont les parents sont engagés dans un parcours d'insertion sociale et professionnelle ou dont les ressources sont modestes. Le gouvernement élabore actuellement une réforme du décret dit « Morano », il a donc l'occasion de reprendre ces propositions à son compte.

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Le DSM, un frein à la recherche

Publié le 11 Mars 2014 par Jean Mirguet dans Psychiatrie

Reprenant le point de vue du Dr N. Ghaemi exerçant à Boston, Etats-Unis (« Psychopathology for what purpose ? », Acta Psychiatrica Scandinavica, 2014), un article du Dr Alain Cohen dans le Journal International de Médecine estime que les « échecs » du DSM (ouvrage de référence, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux est publié par la Société américaine de psychiatrie) devraient constituer un « appel » incitant les psychiatres européens à « se réveiller » pour réinvestir leur fructueux héritage de psychopathologie.

Selon l’auteur, deux courants principaux se dégagent, dans les critiques formulées contre le DSM-5.

D’un côté, certains contestent sa tendance à « catégoriser » les symptômes psychiques, comme s’ils étaient toujours « médicalement et scientifiquement fondés », alors qu’ils représentent surtout des « constructions sociales. » Dénonçant notamment son parti pris du « pragmatisme », ce premier type de critiques « jette le doute » sur la validité biologique et scientifique de certains critères, même pour la maladie maniaco-dépressive ou la schizophrénie. Car à force de se vouloir libre de toute entrave théorique, le DSM se limite « explicitement au champ du pragmatique », loin d’une construction scientifique : les diagnostics reposeraient alors sur ce que les décideurs du DSM estiment être « meilleur ou pire pour la profession », pour les campagnes d’assurances en matière de protection sociale, pour des contextes médico-légaux, ou pour préciser quelles approches thérapeutiques seraient à recommander ou au contraire à proscrire. Le primat de ces critères pragmatiques déjouerait « nos meilleures preuves scientifiques », et conduirait parfois à des définitions susceptibles d’encourager « le recours à des médicaments » (pensons par exemple aux troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité), des « poursuites judiciaires » (comme avec l’évocation du syndrome de stress post-traumatique) ou les décisions des gouvernements de moins rembourser certains traitements.

Mais sans surprise, le cours naturel des maladies ne se conforme pas toujours à cette vision « pragmatique » des leaders d’opinion de l’American Psychiatric Association, éditrice du DSM, et « les études (génétiques, biologiques, pharmacologiques) échouent souvent » à confirmer les catégories du célèbre manuel où l’auteur voit un « problème majeur » : du fait de son versant exclusivement pragmatique, le DSM aurait « ruiné la recherche en psychiatrie pour deux générations. »

L’autre reproche fait au DSM est inverse du précédent : « il constituerait un problème, non parce qu’il serait trop médical, mais au contraire pas assez », et ne reposant pas strictement sur des considérations éprouvées par une science objective, il entraverait une vision vraiment scientifique des maladies mentales.

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