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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

L’hôpital public. Une gestion des ressources inhumaines qui ne sera pas sans conséquence sur la prise en charge des patients, par Christine Pierret.

Publié le 12 Mai 2014 par Jean Mirguet

Un article du Canard Enchaîné (largement relayé par la presse généraliste et médicale, voir lien ci dessous)[1] a révélé l’existence, à l’hôpital Robert Debré (AP-HP), d’un fichier étiquetant le comportement de 42 infirmières et auxiliaires de puériculture de la maternité. Ce fichier a été porté à la connaissance de quelques intéressées, suite à une erreur d’envoi par mail. Les agents y sont jugés sur leur aptitude à se soumettre à l’autorité de l’encadrement et de l’administration. La semaine précédente, la presse avait déjà évoqué l’existence d’un fichier portant des jugements sur l’activité chirurgicale de médecins à l’hôpital Georges Pompidou, ils étaient désignés «corrects» ou «faiblards» en fonction de leur rentabilité (nombre d’interventions et durée opératoire au bloc)

Suite à ces articles publiés sur le net, ce qui me frappe ce sont les commentaires ajoutés par les lecteurs, tous ignorant de la catastrophe qui touche l’hôpital et par là même la prise en charge des patients (dont ils font partie). On peut y lire la banalisation de ces fichiers, un acquiescement de ces pratiques de fichage ainsi qu’un appel à «l’évaluation pour tous»  «dans le public comme dans le privé». Certains propos sont méprisants à l’endroit des soignants, médecins compris.

Si l’existence de ces fichiers est scandaleuse, je trouve tout aussi inquiétante la réaction des lecteurs qui confondent appréciation du travail (comment une infirmière pose t-elle une perfusion ? quelle attention porte t-elle à ses patients ?) et jugement porté sur le  «comportement» des agents en référence à une «normalité».

Ces fichiers sont révélateurs des nouvelles pratiques managériales décomplexées adoptées par les directions des ressources humaines des CHU. Elles se sont saisies des TCC[2] pour asseoir leur pouvoir en introduisant en plus de l’évaluation des pratiques, des méthodes à la fois de «chiffrage» d’activité et de repérage des «comportements» des agents au travail. Certaines DRH invitent même de jeunes médecins chef de pôle à se former eux aussi aux techniques de management et de coaching afin «d’asseoir leur leadership sur l’équipe de soins et améliorer leur performance».

Soignants et médecins sont par ailleurs culpabilisés, du fait de leur manque «d’efficience» et tenus pour responsables des déficits financiers alors qu’il y a tout lieu d’incriminer les politiques et la mauvaise gestion de l’hôpital public depuis des années comme le pointait un rapport récent de la cour des comptes (Les Échos, le 11/04/2014).  Sachant que les médecins ont perdu leur influence dans les décisions en matière de politique d’établissement, depuis le vote en 2009, de la loi HPST[3], dite loi Bachelot qui donne tous les pouvoirs aux directeurs administratifs.

Le mot d’ordre est lancé aux hôpitaux : «Il faut faire baisser les coûts tout en améliorant la qualité des soins» Des restructurations sont en cours et impliquent fermetures de lits, réduction des durées d’hospitalisation, fusions de service, suppressions d’activités médicales «non rentables» au regard de la T2A[4], et réduction du nombre de soignants voire de médecins. «Polyvalence et efficience» sont les signifiants maîtres de ces réorganisations. Ainsi, dans un service de gériatrie, décide-t-on, pour les patients dénutris, de ne plus faire la toilette complète qu’un jour sur deux, parce que l’aide aux repas prend du temps et qu’il n’y pas assez d’aides soignantes. Dans d’autres secteurs les soignants sont amenés à «tourner» pour palier au manque de personnel, obligés pour certains d’effectuer des tâches qu’ils n’ont pas choisies, comme ces auxiliaires de puéricultures habituées aux nouveaux nés, auxquelles on demande de faire des soins gériatriques…

L’hôpital public devient une entreprise fonctionnant sur le mode ultra-libéral, le patient y est une contrainte financière et le soignant, une variable d’ajustements à maîtriser. La politique du chiffre prime, l’idéal du savoir-faire ne vaut plus et prend la figure d’un surmoi féroce qui pousse à se plier à la contrainte, à répondre aux impératifs de flexibilité. Les soignants se sentent niés dans leurs spécificités, sans reconnaissance de leur savoir-faire et considérés comme des objets interchangeables. L’éclatement des équipes produit par ce pragmatisme favorise le repli sur soi empêchant tout collectif de résistance.

Les soignants tentent, au un par un, de maintenir la qualité des soins dans cette désorganisation de la vie à l’hôpital, mais à quel prix ? Certains s’épuisent, se rendent malades, se dépriment devant l’effondrement de l’idéal et la charge de travail. Ce qui se passe à l’hôpital n’est pas différent de ce qui s’est produit chez France Télécom, EDF, la Banque Postale, mais on n’en parle pas ou peu. Est-ce parce qu’il est le lieu de prédilection du soin, de l’attention portée à l’autre ? La souffrance au travail y est là comme ailleurs, une gangrène, le risque suicidaire aussi. Les médecins du travail le savent… (certains lisent les ouvrages du psychanalyste Christophe Dejours)[5]mais leur marge de manœuvre semble limitée, voire empêchée. Devant ces changements inquiétants dans le domaine du soin, on peut se poser la question du devenir du sujet au travail, que devient son désir, sa singularité ? Quelles solutions peut-il inventer, quelle nouvelle place s’aménager, afin de soutenir son désir de durer ?

Alors si quelques infirmières empêchées de bien faire leur travail, résistent, se posent en «leader négatif, refusent le changement, désobéissent à leur cadre, s’opposent à la hiérarchie», c’est louable et plutôt bon signe. Analyser, résister et reprendre la parole est une manière de rester sujet vivant et pensant dans ce monde inhospitalier que devient l’hôpital et par la même, garder l’espoir de pouvoir continuer à soigner les patients comme il se doit, dignement et humainement parlant.

 


[2] Thérapies Cognitivo Comportementalistes

[3] Loi HPST :  loi Hopital Patients Santé territoires

[4] TAA : Tarification à l’activité

[5] Christophe Dejours , psychanalyste : Souffrance en France,  Suicide et  travail : que faire ?La panne 

 

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James Ellroy, inventeur d’une langue

Publié le 15 Avril 2014 par Jean Mirguet dans Littérature

Dans sa livraison d’avril, la revue Numéro emprunte les chemins qui, hors des sentiers battus, sillonnent Los Angeles, la Cité des Anges, terre promise à la création mais terre essentiellement fragile. Dans cette ville intense où, à chaque instant, un tremblement de terre peut venir disloquer le bleu du ciel, le vert des pelouses, l’ocre des montagnes, la pulsation de la vie reste d’une vulnérabilité absolue.

James Ellroy est à l’image de cette ville qui l’a vu naître et où il vit toujours. On connaît l’obsession de l’écrivain pour les années 50 qui virent se commettre le meurtre de sa mère et qui le conduisirent à publier une série de romans noirs, depuis Le Dahlia noir jusqu’à la trilogie Underworld USA.

Dans son dernier ouvrage Extorsion (publié en France aux éditions Rivages), Ellroy met en scène au purgatoire Freddy Otash, l’ancien flic véreux devenu détective privé, maître chanteur et proxénète. Torturé par ses anciennes victimes (les stars d'Hollywood, Marilyn Monroe, Montgomery Clift, Ava Gardner...), il doit confesser ses péchés pour obtenir une remise de peine lui permettant de passer "au nuage supérieur". Il sollicite donc l’aide d’un "plumitif nommé Ellroy" qui va nous raconter dans le moindre détail son parcours pervers et cupide.

 

A Los Angeles, la journaliste Coralie Garandeau et le photographe Olivier Mirguet ont rencontré l’écrivain chez Victor’s Square, un vieux restaurant proche de Sunset Boulevard, dont il est un habitué.

Fred Otash a réellement existé, leur confie-t-il. « Un sale type » qu'il a, toutefois, toujours apprécié. Il faisait chanter les stars homosexuelles et encaissait des pots de vin des patrons de studios. En l’installant au purgatoire, l’écrivain choisit de porter un regard ironique sur l’Amérique des années 50.

Otash travaillait pour Confidential, une feuille de chou de la presse à scandale qui publiait des ragots sur les stars hollywoodiennes, les politiques et les mondains, en racontant leurs aventures sexuelles.

Tout ce qui est raconté dans le livre est quasiment inventé, dit Ellroy qui avoue ne pas vraiment vivre dans le monde d’aujourd’hui.

Quand la journaliste lui demande ce qui l’a animé en écrivant Extorsion, il répond que, fasciné par les ragots du Hollywood de ces années-là, il voulait faire entendre « tout l’excès contenu dans les allusions racistes, les allitérations, le rire gras du patois américain de l’époque ». Se décrivant comme quelqu’un du passé (il l’était déjà quand il avait 8ans, dit-il), il veut réécrire l’histoire américaine et celle de Los Angeles à partir de ce qu’il a vécu, pour divertir les gens en les connectant à une autre époque.

L.A, sa ville, est, ajoute-t-il, « un endroit extraordinaire où je reviens toujours et où mes femmes demandent le divorce. Je n’ai aucun autre endroit où aller ».

 

Dans sa revue de presse (Le Monde du 3 avril 2014), Macha Séry écrit que le plus savoureux dans ce roman est moins la quantité d'anecdotes salaces - réelles ou fictives - rapportées sur les célébrités d'Hollywood que l'autodérision fanfaronne qu'Ellroy manifeste quand il se met ridiculement en scène. Par la voix de ce flic pourri, il dévoile l'un des secrets de son style : " l'allitération et les insultes inventives ".

Le  style Ellroy est, en effet, celui du parler de la rue où circule le langage de la diffamation et de la calomnie, que l’écrivain dit adorer. Mais c’est aussi, et peut-être surtout, un style dont la narration est « ma seule langue morale », écrit-il dans Ma part d’ombre, texte autobiographique dans lequel il donne à saisir une articulation possible entre son œuvre littéraire et le chaos dans lequel il a été plongé (délinquance, toxicomanie) et que son écriture tente de traiter.

Pour la psychanalyste Marie-Hélène Brousse (La Cause freudienne, n°39), Ellroy a essayé de se faire un nom dans la délinquance ; elle explique, qu’embarqué dans une logique autodestructrice, il essaye de s’en extraire en s’appuyant sur le langage, la narration (qui passe par la fiction). Ils lui permettent de mettre à distance l’envahissement par des modes de jouissance morbide tout en laissant surgir des moments de jouissance qui constituent l’effraction du réel dans le texte.

C’est ainsi qu’en inventant une langue, Ellroy se choisit un nom et réussit à construire, avec son écriture singulière, une solution qui lui permettra d’échapper à l’enfermement dans la folie.

« Je ne savais pas (en cet été 1965, année des émeutes à L.A), écrira-t-il, que raconter des histoires était ma seule véritable voie ».

 

 

James Ellroy, inventeur d’une langue
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Alain Finkielkraut à l’Académie Française

Publié le 10 Avril 2014 par Jean Mirguet

Je me réjouis d’apprendre que, désormais, l’auteur de L’identité malheureuse, portera l’habit vert et le sabre, n’en déplaise à ceux qui, comme Didier Eribon, dénonçait, ce midi, sur France Culture, l’essor, dans les médias, des chroniqueurs de droite et d’extrême-droite.

Il désignait la radio qui l’accueillait comme un média ouvert à la pensée réactionnaire puisque, chaque samedi matin, on peut y entendre, disait-il, « une tribune ouverte pour la pensée fascistoïde (sic) » (cf. Répliques, l’émission hebdomadaire d’AF).

Est-ce faute d’arguments concernant la gauche, en panne de pensée, que le biographe de Foucault n’hésite pas à staliniser la sienne ? C’est franchement regrettable de la part d’un intellectuel de sa trempe.

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Un hymne à la dialectique

Publié le 5 Avril 2014 par Jean Mirguet dans Politique

Un véritable régal que l’éditorial d’Elisabeth Lévy dans le numéro de Causeur de mars.

A ceux qui tiennent son mensuel pour un repaire de collabos voire de nazis, elle interprète ces hommages de la vertu au vice comme la preuve éclatante de l’utilité de sa publication.

A ceux qui aimeraient ne plus voir Frédéric Taddei aux commandes de Ce soir (ou jamais) ou qui voudraient priver de parole les contradicteurs comme Eric Zemmour, aux pauvrets bien-pensants auteurs de ces oukases, elle rétorque qu’on ne leur a sans doute jamais dit qu’on pouvait être en désaccord avec quelqu’un sans forcément souhaiter le réduire au silence.

Dire son désaccord suppose l’argumentation mais pour argumenter, encore faut-il lire ou écouter, tâches moins jouissives que dénoncer ou insulter, ce dont ne se privent pas ceux qui accusent Causeur d’être une revue d’extrême droite ou un journal facho. La vertu de la raison critique ne produit pas de l’harmonie et de l’accord mais au contraire des différences de points de vue, des désaccords raisonnables ; elle ne produit pas du même mais de l’Autre.

Elisabeth Lévy le clame haut et fort : Causeur est un journal d’opinions (au pluriel), et de ce fait un aimable foutoir, écrit-elle, où se côtoient monarchistes, communistes, athées et cathos, européens et souverainistes, libéraux et étatistes.

La diversité y règne, ce qui ne signifie pas que toutes les opinions se valent. Mais, pas question de refuser la publication d’idées qui invitent à la controverse puisque, on le sait bien, ce ne sont pas les idées convenues qui stimulent l’esprit. Pour autant, note la directrice du mensuel, tout changement n’est pas jugé comme un progrès. En témoigne la volonté de donner force et tenue au langage qui, comme l’affirmait Francis Ponge, constitue la meilleure façon de servir la République.

A la morale de pacotille qui alimente une vision simplifiée du monde, la polémiste oppose le souci de la complexité qui devrait rendre possible de penser le caractère inopérant de la diabolisation de Marine Le Pen et le combat contre ses idées, l’antisémitisme de Dieudonné et le doute quant à l’efficacité de l’interdiction de ses spectacles, l’égale légitimité de ceux favorables au mariage pour tous et des contre, que les musulmans français sont Français et que certaines expressions de l’Islam posent problème à la République, que le politiquement correct étouffe et que le politiquement incorrect aveugle, etc …

Dans son éditorial, véritable hymne à la dialectique, elle se fait l’héritière de Voltaire qui ne craignait pas de dénoncer et railler le monde tel qu’il va.

 

Un hymne à la dialectique
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Etats-Unis : une super-héroïne musulmane

Publié le 3 Avril 2014 par Jean Mirguet dans Etats-Unis

L'éditeur américain Marvel Comics vient de faire sensation en donnant un nouveau visage à Miss Marvel, l’une de ses super-héroïnes : elle devient Kamala Khan, une adolescente musulmane du New Jersey. Pour Marvel Comics, c'est l'occasion de créer un personnage positif, qui plaide pour plus de tolérance vis-à-vis des musulmans aux Etats-Unis.

Le reportage à Seattle d’Olivier Mirguet pour Arte Info.

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Terra Nova, n’oubliez pas ce que parler veut dire !

Publié le 25 Mars 2014 par Jean Mirguet dans Clinique et pratique en institution

Le collectif PasdeOdeconduite critique le rapport du think tank Terra Nova sur la lutte contre les inégalités dans les crèches. Si les praticiens relèvent « l'intention louable de favoriser la future réussite scolaire des tout-petits », notamment par le développement du langage, ils s'inquiètent des effets anxiogènes d'une sur-stimulation selon un modèle-type qui minimiserait les vertus éducatives du jeu et l'individualité de chaque enfant.

C’est dans ce contexte que Mediapart publie une lettre ouverte de Sylviane Giampino, psychologue petite enfance et psychanalyste, Bernard Golse, pédopsychiatre, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, chef de service au CHU Necker, Paris, Evelyne Lenoble, pédopsychiatre, responsable de l’Uppea-CRTLA (centre référent pour les troubles du langage et des apprentissages), hôpital Sainte-Anne, Paris, Anne Masson, orthophoniste et Pierre Suesser, pédiatre en protection maternelle et infantile.

Qui ne souscrirait à l'objectif de lutter contre les inégalités sociales dès la crèche ? Et à celui d'offrir le cadre le plus propice au développement et à l'éveil des tout petits ? S'il y a accord entre le collectif Pasde0deconduite et Terra Nova sur le but, le propos du rapport La lutte contre les inégalités commence dans les crèches (janvier 2014) de Terra Nova interroge les praticiens de la prévention et ceux qui accompagnent les enfants en difficulté dans leur développement : sur quels constats s'appuie-t-il, quels moyens se fixe-t-il pour y parvenir ? Nos crèches auraient surtout, à le lire, des préoccupations sanitaires et de sécurité, à la rigueur de développement affectif et de sociabilité, mais pas d'éducation ? Et de poser comme indication que les tout-petits « ont besoin d'être stimulés de manière méthodique pour leur développement » : illustration, il faudrait « faire de tout moment de la journée ou de toute activité une occasion de stimulation linguistique » et, à propos de la lecture de livres aux tout-petits, « l'adulte ne raconte pas une histoire, il sollicite l'enfant ».

L'éducation serait absente des objectifs actuels des crèches ? Les textes officiels sont pourtant là qui prévoient que les établissements « contribuent à l'éducation [des enfants accueillis] ». Mais surtout, comment Terra Nova peut-il ignorer le profond mouvement initié dès les années 70 qui a métamorphosé les crèches, de lieux de garde en lieux d'accueil, ouverts à toutes les nouvelles approches pédagogiques et psychologiques pour accueillir et accompagner les jeunes enfants, suivant les travaux de Myriam David, Geneviève Appell, Françoise Dolto, Hubert Montagner, et tant d'autres ? S'agirait-il, par un argument d'autorité, d'imposer un modèle-type au détriment d'une diversité d'expériences, en misant sur la « systématisation et capitalisation des bonnes pratiques qui permet leur transposition » à partir des « expériences qui ont fait leurs preuves et qui méritent d'être généralisées » ?

Ainsi le développement langagier mobilise, à juste titre, les auteurs du rapport. Ils mettent en avant « Parler bambin », programme de « stimulation linguistique » qui prévoit notamment d'organiser des ateliers-langage destinés à des « parleurs tardifs » repérés dès 24 mois. Selon les promoteurs de « Parler bambin », « l'acquisition de langage dépend principalement des inputs de langage simplifiés et adaptés fournis par les adultes ». L'entrée dans le langage reposerait donc sur une stimulation externe, plutôt que de prendre source dans le désir mutuel de relation entre l'adulte et l'enfant. « Une évaluation scientifique rigoureuse » a montré, nous apprend le rapport de Terra Nova, que le niveau de langage des enfants concernés a significativement progressé, pour l'étendue du vocabulaire, l'usage grammatical et la longueur moyenne des phrases. Pourtant le rapport omet de préciser ce qu'en toute rigueur les chercheurs qui ont élaboré la méthode ont publié : on ne retrouve ces progrès ni « en langage spontané » ni « dans une situation où ces acquisitions ne sont pas sollicitées, requises ou pas attendues », c'est-à-dire à la maison. Et que dire, alors que l'objectif de « Haute qualité éducative » des crèches est abondamment invoqué, des deux seules demi-journées de formation « théorique et pratique » offertes aux professionnels, en « psychologie développementale et sociologie » ?

Comment s'étonner des limites de ce programme, sachant qu'entrer dans le langage et la parole c'est avant tout, à partir des premiers échanges dans la langue maternelle, entrer en relation bien plus que procéder à la simple désignation d'actions ou d'objets ? Le langage ne véhicule pas seulement l'information, il n'est pas uniquement outil technique de communication mais il exprime les premières représentations qui permettront à l'enfant de développer sa subjectivité naissante et ses capacités de symbolisation. L'enfant apprend à parler en partageant avec les autres enfants et les adultes du plaisir – ou du déplaisir –, s'appuyant sur les supports langagiers divers qui véhiculent affection, sens, humour, images, sentiments, comme par exemple la peur, la jalousie... Sont minimisées dans le rapport les vertus éducatives du jeu, du chant, des comptines, de la poésie, du rire..., où l'acquisition de mots se fait au travers du désir de relation avec l'autre. Les praticiens de la petite enfance s'interrogent à cet égard sur le risque de trop pédagogiser l'entrée dans le langage, et de cibler uniquement chez certains enfants d'éventuelles difficultés de langage, là où il y a surtout intérêt à soutenir des environnements globalement sécures, matériellement et affectivement, pour ces enfants et leurs familles.

Le développement d'un enfant est un ensemble. Une approche prévenante de la prévention met également en garde contre les pratiques de sur-stimulation précoce, visant prématurément l'acquisition de conduites langagières ou comportementales adaptatives : l'intention louable de favoriser la future réussite scolaire des tout-petits, maintes fois exprimée dans le rapport, passe ici par une pression sur des enfants encore petits. Les effets pathogènes de cette précipitation auxquels s’ajoutent les effets anxiogènes de ces évaluations se transmettent en cascade, des professionnels sur les parents et les enfants, des parents sur les professionnels, et viennent parasiter la relation des enfants à leur entourage familial et social. La petite enfance est caractérisée par une porosité et une réactivité très spécifique aux paroles et attentes des adultes, aux comparaisons avec les autres enfants. Se sentir mesuré inquiète les enfants, qui peuvent réagir par de l’agitation ou de l’inhibition ou par une peur de décevoir et une insécurisation face à ceux qui devraient les rassurer.

Ne frise-t-on pas un formatage éducatif obsessionnel en termes de pré-apprentissages scolaires, lorsqu'il est proposé aux parents de « répliquer à la maison les exercices », anticipant inconsciemment les séances douloureuses des futurs devoirs après l'école ? Ne prend-on pas le chemin d'une standardisation hasardeuse des pratiques d'accueil du tout petit, avec cette volonté affichée de « répliquer » urbi et orbi des programmes dont « l'efficacité scientifique » est évoquée avec bien plus de prudence par leurs initiateurs que par les responsables politiques qui s'en font les hérauts. N'expose-t-on pas les tout-petits au risque d'une réification performative du langage, pourtant fondateur de notre humanité dès la petite enfance, en ignorant ce que parler veut dire ?

Nous voici ramenés aux écueils entre lesquels nous naviguons pour l'accueil des tout-petits : nous voulons à la fois leur offrir l'environnement riche et stimulant permettant aux capacités formidables du tout petit de s'épanouir, et en même temps nous savons que l'anxiété de l'avenir dans la société actuelle pousse à toujours plus de sur-stimulation précoce, au risque de fabriquer des « hyperactifs », à un âge où l'hétérogénéité des parcours de développement est très importante. C'est-à-dire qu'il nous faut savoir à la fois repérer les enfants qui sont sévèrement entravés dans leur développement pour leur apporter toute l'aide nécessaire, mais aussi savoir respecter les rythmes individuels avec leurs à-coups, car la psychologie du développement nous enseigne qu'un certain zèle préventif face des perturbations passagères peut être contre productif.

Quelles pistes alors pour lutter contre les inégalités sociales dans les crèches ? Certainement promouvoir un haut degré de qualification des professionnels dans les domaines pédagogique, psychologique et somatique du développement des jeunes enfants. Mais aussi améliorer les taux d'encadrement et diminuer la taille des groupes d'enfants. Deux mesures favorables à la prise en compte professionnalisée de chaque enfant dans son individualité, base pour assurer un accompagnement sécure de son développement psychique et cognitif, qui profite à tous mais particulièrement aux enfants vivant dans des milieux socialement défavorisés. Egalement élargir et faire appliquer les dispositions spécifiques de la législation existante qui permettent de réserver des places en crèche aux enfants dont les parents sont engagés dans un parcours d'insertion sociale et professionnelle ou dont les ressources sont modestes. Le gouvernement élabore actuellement une réforme du décret dit « Morano », il a donc l'occasion de reprendre ces propositions à son compte.

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Le DSM, un frein à la recherche

Publié le 11 Mars 2014 par Jean Mirguet dans Psychiatrie

Reprenant le point de vue du Dr N. Ghaemi exerçant à Boston, Etats-Unis (« Psychopathology for what purpose ? », Acta Psychiatrica Scandinavica, 2014), un article du Dr Alain Cohen dans le Journal International de Médecine estime que les « échecs » du DSM (ouvrage de référence, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux est publié par la Société américaine de psychiatrie) devraient constituer un « appel » incitant les psychiatres européens à « se réveiller » pour réinvestir leur fructueux héritage de psychopathologie.

Selon l’auteur, deux courants principaux se dégagent, dans les critiques formulées contre le DSM-5.

D’un côté, certains contestent sa tendance à « catégoriser » les symptômes psychiques, comme s’ils étaient toujours « médicalement et scientifiquement fondés », alors qu’ils représentent surtout des « constructions sociales. » Dénonçant notamment son parti pris du « pragmatisme », ce premier type de critiques « jette le doute » sur la validité biologique et scientifique de certains critères, même pour la maladie maniaco-dépressive ou la schizophrénie. Car à force de se vouloir libre de toute entrave théorique, le DSM se limite « explicitement au champ du pragmatique », loin d’une construction scientifique : les diagnostics reposeraient alors sur ce que les décideurs du DSM estiment être « meilleur ou pire pour la profession », pour les campagnes d’assurances en matière de protection sociale, pour des contextes médico-légaux, ou pour préciser quelles approches thérapeutiques seraient à recommander ou au contraire à proscrire. Le primat de ces critères pragmatiques déjouerait « nos meilleures preuves scientifiques », et conduirait parfois à des définitions susceptibles d’encourager « le recours à des médicaments » (pensons par exemple aux troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité), des « poursuites judiciaires » (comme avec l’évocation du syndrome de stress post-traumatique) ou les décisions des gouvernements de moins rembourser certains traitements.

Mais sans surprise, le cours naturel des maladies ne se conforme pas toujours à cette vision « pragmatique » des leaders d’opinion de l’American Psychiatric Association, éditrice du DSM, et « les études (génétiques, biologiques, pharmacologiques) échouent souvent » à confirmer les catégories du célèbre manuel où l’auteur voit un « problème majeur » : du fait de son versant exclusivement pragmatique, le DSM aurait « ruiné la recherche en psychiatrie pour deux générations. »

L’autre reproche fait au DSM est inverse du précédent : « il constituerait un problème, non parce qu’il serait trop médical, mais au contraire pas assez », et ne reposant pas strictement sur des considérations éprouvées par une science objective, il entraverait une vision vraiment scientifique des maladies mentales.

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Elections municipales : la question urbaine mise sur la touche

Publié le 8 Mars 2014 par Jean Mirguet dans Villes

A lire les déclarations des divers candidats aux municipales à Nancy, on découvre un catalogue de bonnes intentions mais les idées nouvelles et/ou originales ne sont pas au rendez-vous. Pas d’utopie qui fasse rêver, pas de projets qui, en changeant la ville, changent la vie ; pourtant, la ville n’est pas un si mauvais théâtre d’opération pour participer à la transformation des rapports sociaux.

Les situationnistes, avec Guy Debord, à leur tête, l’avaient bien compris. Dès le début des années 1950, ils affirmaient, comme le rappelle le philosophe Bruce Bégout (Suburbia, éditions Inculte, 2013), que l’espace urbain n’était pas simplement pour eux un « décor » mais le lieu d’affirmation de la conscience de soi ; c’est parmi les rues et les murs que se joue la lutte pour l’affirmation des désirs. Le peintre, écrivain et psychogéographe Ivan Chtcheglov écrivait, en 1953, dans son Formulaire pour un urbanisme nouveau : « Nous nous ennuyons dans les villes, il n’y a plus de temple du soleil (…) Il faut se fatiguer salement pour découvrir encore des mystères sur les pancartes de la voie publique, dernier état de l’humour et de la poésie ». « L’architecture froide » gouverne et mène aux « loisirs ennuyés ». Sa fonctionnalité exclut le mystère des petites choses mal fichues, désuètes, étranges.

La ville est devenue une machine à résider, circuler, travailler, consommer dont l’urbanisme utilitaire est commandé par une conception industrielle et mécanique de la vie, sur fond de religion économique du moindre coût.

Pour les situationnistes, un nom incarne cette modernisation bureaucratique : Le Corbusier, à qui est reproché son approche fonctionnaliste, réductrice et anti-poétique de la ville. En effet, pour le célèbre architecte et urbaniste, la clef de tout est la puissance ordonnatrice du tracé régulier. Il faut redonner cohérence et rationaliser les espaces biscornus. La géométrie est la base. A l’homme standard répondent les bâtiments standard.

Les situationnistes interprètent cette rationalité comme un rigorisme moral, mise en acte de l’éthique protestante. Le purisme esthétique de l’architecture moderne, écrit Bruce Bégout, touche au puritanisme moral. Il ajoute que le goût de la ligne droite, en laquelle consiste toute la morale personnelle de Le Corbusier, témoigne de cette volonté expresse de supprimer ce qui, par ses arabesques, ses courbes et ses obliques, sort du droit chemin et menace le juste. De la courbe, en effet, Le Corbusier disait qu’elle est « ruineuse, difficile et dangereuse ».

Mais, on retiendra surtout que cette moralisation géométrique de l’espace public n’est rien d’autre, pour les situationnistes, qu’une manière de se mettre au service du maintien de l’ordre.

Sous l’organisation méthodique de l’espace, règne une volonté de contrôle des déplacements. Pas de venelles mais des esplanades dégagées, des avenues larges : par sa forme, l’architecture moderne s’oppose à la possibilité de manifestations et de soulèvements. Elle isole les habitants les uns des autres et fabrique de la docilité, du renoncement.

Dans cette critique radicale de l’urbanisme moderne, les situationnistes disqualifient la fonctionnalisation, la moralisation, la militarisation et la marchandisation de l’espace urbain.

A lire et relire les textes percutants des situationnistes, on mesure la tiédeur et la frilosité des projets de ceux qui, aujourd’hui, travaillent à remporter nos suffrages. Sur le fond, et hormis leur appartenance à un parti politique, on ne perçoit pas bien ce qui les différencie et ce qu’ils ambitionnent en matière de vie urbaine.

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De quoi le paparazzi est-il le nom ?

Publié le 4 Mars 2014 par Jean Mirguet dans Expositions

C’est avec cette expression empruntée à Alain Badiou que Clément Chéroux, commissaire de l’exposition Paparazzi ! Photographes, stars et artistes et conservateur au Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, chef de cabinet de la photographie, précise dans le catalogue de l’exposition, les critères qui ont guidé le choix iconographique des images présentées actuellement au Centre Pompidou-Metz : d’une part les photographies de paparazzi sont volées et d’autre part le sujet en est une célébrité. Sont donc exclues les images de stars réalisées lors de séances de pose ou les photos volées de personnes anonymes. L’exposition confronte deux attitudes : celle des paparazzis qui veulent faire toute la lumière sur les célébrités et ces dernières qui tentent de préserver la part d’ombre de leur vie privée.

A peine inaugurée, l’exposition suscite déjà de nombreuses polémiques et les réactions outrées et scandalisées de ceux qui ont vu l’exposition et d’autres qui, ne l’ayant pas vu, réagissent de manière épidermique au seul énoncé du mot honni de paparazzi ! Or, si l’exposition explore la nature du phénomène paparazzi, elle ne prend parti ni pour ni contre. Elle choisit de montrer le travail de ceux qui, le plus souvent, sont considérés comme le rebut des photographes.

Même si on situe la naissance du phénomène paparazzi dans la Rome des années 1960, son invention n’est attribuable à personne en particulier. Elle est le produit d’une curiosité aussi vieille que l’humanité, consistant à désirer connaître la vie de celles et ceux qui sont le plus en vue, de tout savoir des grands de ce monde. Cette curiosité n’est pas sans rapport avec la curiosité de l’enfant pour la vie sexuelle de ses parents, c’est pourquoi, avec leurs photos qui font scandale, les paparazzis satisfont les pulsions scopiques ou le voyeurisme que cultive l’attrait pour la transparence, propre à notre époque.

Toutefois, ce goût du public pour l’indiscrétion et le caché ne date pas d’aujourd’hui. Bien avant la presse people, le Mercure galant se faisait fort, en 1672 déjà, d’alimenter le désir de tout savoir des curieux concernant les gens célèbres. Aujourd’hui, un nouveau monde a succédé à l’ancien : l’image s’est substituée au texte.

Clément Chéroux distingue deux types de paparazzis. Les premiers photographient de loin ; chasseurs à l’affût discrets et incognito, usant de tous les stratagèmes possibles pour ne pas être repérés, ils sont généralement cachés et armés d’un téléobjectif.

Les seconds, plus agressifs et culottés opèrent de près, au contact de leur sujet, utilisant le plus souvent un flash, comme Henri Cartier-Bresson dans les années 1930 ou William Klein après-guerre. En somme, « une photographie d’apostrophe », comme la nomme Clément Chéroux.

C’est le cas des paparazzis opérant à Los Angeles, lieu par excellence du star system. Le photographe et journaliste Olivier Mirguet, dans son travail sur les dispositifs de contrôle physique ou symbolique dans l’espace urbain, souligne en quoi, compte-tenu de la législation sur le droit à l’image, la pratique des paparazzi français se différencie de celle de leurs collègues de Los Angeles,. A Hollywood, le droit à l’image, assimilé en France à la notion de vie privée, n’existe pas ; les célébrités ne peuvent donc s’opposer à l’utilisation commerciale de leur image quand les photos sont prises dans la rue.

Alors que les grands prix internationaux du photojournalisme comme le World Press Photo ou le Pulitzer récompensent plutôt les reporters de guerre, ils ignorent les paparazzis. Ce clivage se retrouve dans le grand public pour qui le paparazzi, poltron et déloyal représente l’envers du correspondant de guerre, valeureux et désintéressé. Dans la réalité, les choses ne sont pas si tranchées car il existe beaucoup de photographes qui pratiquent alternativement les deux activités. Ainsi, Jacques Langevin qui a photographié les derniers moments de Lady Di est également un grand reporter ayant couvert la plupart des grands événements des dernières décennies (chute du mur de Berlin, Tian’anmen, guerres du Golfe et d’Irak, génocide rwandais, etc…). Nick Ut, lauréat du Pulitzer 1973 pour sa photo de la petite fille hurlant de douleur alors qu’elle fuit son village bombardé au napalm, est aussi celui qui, en 2007, shoote Paris Hilton pleurant dans sa voiture alors qu’elle vient d’être condamnée à 23 jours de prison pour infraction au code de la route.

Certains paparazzis sont d’authentiques voyous et le revendiquent fièrement, n’hésitant pas à monter des coups et à piéger des stars. Clément Chéroux affirme que nombre d’entre eux sont hostiles au système du show business, en particulier ses stars d’un jour, personnalités sans véritable talent et subitement catapultées sous les sunlights. Beaucoup, s’ignorant situationnistes, exècrent la société du spectacle.

Certes, la plupart des paparazzis ne sont pas des artistes mais il faut reconnaître que leurs images possèdent souvent de réelles qualités plastiques. Il existe de ce fait, écrit Clément Chéroux, non pas un art paparazzi mais une esthétique paparazzi. Andy Warhol le confirme, lui qui juge les photos de stars de cinéma des années 1940 si belles qu’elles en deviennent « les photos les plus géniales du monde ». Ou Helmut Newton pour qui les clichés faits de Jackie Onassis nue « sont parmi les plus troublants de ce siècle ».

Pour Clément Chéroux, l’esthétique paparazzi concerne les artistes car elle propose des formes visuelles nouvelles et interroge la société contemporaine sur son rapport aux médias, au spectacle et à la célébrité. Il en va ainsi du pop art ou du postmodernisme dont les artistes ont beaucoup emprunté aux photographies réalisées par des paparazzis.

En témoigne le travail du photographe Olivier Mirguet qui, attentif aux changements de statut de l’image, repense l’esthétique de photographies de paparazzis jugées inexploitables par les agences, en les recadrant. Grâce à ce « détournement », il prend le contre-pied des clichés people traditionnels et propose une possible alternative à la toute-puissance des médias, d’où émerge une signification nouvelle adressée à d’autres destinataires.

A voir également les réalisations humoristiques d'Alison Jackson qui, au moyen de sosies, met en scène les stars dans des situations improbables puis les photographie à la manière des paparazzis. Ces scoops imaginaires démontrent l’irrésistible fascination du voyeurisme.

Tout compte fait, le paparazzisme est devenu aujourd’hui un genre, estime Clément Chéroux, une catégorie stylistique à part entière.

Cela constitue une des excellentes raisons pour ne pas manquer cette étonnante exposition, présentée dans la Galerie 3 du Centre Pompidou-Metz jusqu’au 9 juin 2014.

De quoi le paparazzi est-il le nom ?
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Pompidou Metz présente une exposition inédite dédiée à la photographie paparazzi

Publié le 26 Février 2014 par Jean Mirguet dans Expositions

Du 26 février au 9 juin, le centre Pompidou-Metz consacre une exposition sans précédent au phénomène et à l’esthétique de la photographie paparazzi, à travers plus de 600 œuvres (photographie, peinture, vidéo, sculpture, installation, etc.)

Couvrant cinquante ans de célébrités prises dans l'objectif, Paparazzi ! Photographes, stars et artistes rend compte du travail du paparazzi, mouton noir et figure indigne de la profession de photographe, en examinant les liens complexes et fascinants qui se forment entre le photographe et son sujet, et en révélant l'influence paparazzi sur la photographie de mode.

La figure du paparazzi a été inventée par Federico Fellini en 1960. Le nom est une contraction de "Pappataci" (moustiques) et «ragazzi» (ruffians). Le paparazzi est dépeint comme un anti-héros post-moderne et depuis La Dolce Vita, il est devenu l'une des figures mythiques de la culture populaire.

En associant certains des plus grands noms du genre tels Ron Galella, Pascal Rostain et Bruno Mouron, Tazio Secchiaroli, avec des réflexions de Richard Avedon, Raymond Depardon, William Klein, Gerhard Richter, Cindy Sherman et Andy Warhol, Paparazzi ! Photographes, stars et artistes vise à définir une esthétique paparazzi.

La profession de paparazzi est plus complexe qu'il n'y paraît car il serait simpliste de le réduire au rôle du méchant harceleur qui pourchasse son innocente proie. La relation entre l’un et l’autre est marquée par beaucoup d’ambivalence. De surcroît, le paparazzi se doit d’être ingénieux, posséder des qualités de montage, compte-tenu des opérations délicates et à haut risque auxquelles il est confronté. Chacun a ses trucs de métier, des histoires à raconter. Tout cela forme un ensemble qui raconte la grande histoire du paparazzisme.

En pénétrant les coulisses du monde paparazzi, on découvrira une série d'entretiens avec des paparazzi, une présentation de leurs outils (y compris les caméras espion, longues focales et déguisements) et les photographies de Francis Apesteguy, Olivier Mirguet, Jessica Dimmock, Christophe Beauregard ainsi qu’un extrait du film Reporters de Raymond Depardon.

A voir également des extraits de films de Dario Argento, Federico Fellini, Brian De Palma, Louis Malle et Andrzej Zulawski, des années 1930 à aujourd'hui qui révèlent la perception du paparazzi par le public comme une figure solitaire, souvent proche de celle du looser, antipathique car traquant sa proie et dépourvu de morale ou de scrupules, et donc difficile à aimer, négation de la figure plus noble du correspondant de guerre.

De quoi faire grincer des dents ceux qui, comme Mazarine Pingeot, jugent la photographie paparazziste être une déliquescence, une mise en échec du geste artistique, puisque, dans son expérience, elle s’est retrouvée transformée en bête de foire sous la forme d’une image faisant écran à toute forme d’intériorité.

Du fait de l’indifférenciation croissante entre vie publique et vie privée, souvent jugée comme étant une menace pour la démocratie, cette exposition arrive à point nommé pour ceux qui, avec ou sans a priori, se risqueront à la visiter.

La mannequin Kate Moss immortalisée par Bruno Mouron lors de la Fashion Week, à Paris, en 1992. (Bruno Mouron/Agence Sphinx.)

La mannequin Kate Moss immortalisée par Bruno Mouron lors de la Fashion Week, à Paris, en 1992. (Bruno Mouron/Agence Sphinx.)

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