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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

Céline’s Big Band

Publié le 11 Novembre 2015 par Jean Mirguet dans Spectacles

Céline’s Big Band

A ceux qui ont aimé (mais également aux autres ...) le Y en a que ça emmerde qu’il y a des gens de Courbevoie , interprété par Stanislas de la Tousche, je signale la parution de Céline’s Big Band, D’un lecteur l'autre, un recueil de textes rassemblés par Emeric Cian-Grangé, paru récemment aux éditions Pierre-Guillaume de Roux.

Extrait du 4ème de couverture :

« Les auteurs [des témoignages] qui sont réunis ici ne sont pas, quelques-uns mis à part, des céliniens et pas non plus des professionnels de la critique. Ce sont de purs lecteurs, engagés pour le reste dans toutes sortes d'activités. Tous, ici, se proposent en principe la même tâche : non pas écrire sur Céline en général, mais retrouver la vérité de leur premier contact avec son oeuvre, et le contexte personnel qui était de nature à éclairer ce contact. Connus ou inconnus, et avec toute leur diversité, ils sont ici, à égalité, des lecteurs qui cherchent à dire ce que Céline a été pour eux lors de cette rencontre, et, pour presque tous, le reste de leur vie. » Henri Godard (extrait de la préface).

Céline s Big Band propose de vous faire découvrir ce que l'oeuvre célinienne peut susciter chez des lecteurs sensibles à la « petite musique » de l'auteur de Voyage au bout de la nuit. Chacun ne s'y reconnaîtra pas, cela va sans dire. Mais quel plaisir, n'est-ce pas, de cheminer d'un texte à l'autre, d'un lecteur l'autre, désorienté, rassuré, intrigué, chahuté, ému... brinquebalé ! Que l'on se souvienne : « Voyager, c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination. »

Céline’s Big Band
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Les réacs vus d’en face, de Pascal Bories (Causeur)

Publié le 9 Novembre 2015 par Jean Mirguet

Quand la bêtise des supposés « progressistes » est clouée au pilori : un article jubilatoire, de Pascal Bories, rédacteur en chef de Causeur.

D’avance, pardon pour l’amalgame. Mais il se trouve que depuis quelques mois, les mots choisis par Le Monde, Libération, L’Obs, Mediapart, Les Inrocks ou France Inter pour parler d’une poignée d’intellectuels médiatiques se ressemblent étrangement. Désemparés face aux impressionnants succès de librairie d’un Zemmour, d’un Houellebecq ou d’un Finkielkraut, nos petits concurrents méconnus nous assomment de couvertures, de tribunes et d’éditos assimilant ces quelques empêcheurs de progresser en rond – et Causeur avec – à une sorte d’internationale de la haine, dont le rouleau compresseur menacerait de transformer en crêpe moisie le paysage intellectuel français. Trois, c’est trop ! Sans compter le sociétal-traître Onfray…

Il faut comprendre la sidération de nos petits camarades. Après des décennies de croisière idéologique ensoleillée, sans le moindre contradicteur audible à l’horizon, on n’a plus trop l’habitude de ferrailler. Et, alors qu’on croyait le débat sur certains sujets interdit à tout jamais, on supporte mal que tout le monde meure d’envie d’avoir justement ce débat. Bref, quand une seule apparition d’Alain Finkielkraut a plus d’impact que trente éditos de Laurent Joffrin, l’heure est grave : le parti de l’Autre découvre avec stupeur qu’une autre pensée est possible. Inadmissible ! Le problème, c’est que plus on les stigmatise, plus on les diabolise, plus on les ostracise, plus Houellebecq, Onfray ou Zemmour font recette, et afficher leurs trombines à la Une est devenu la garantie d’un record de ventes… Du coup, la gauche médiatique s’affole, perd pied, et bricole dans l’urgence une rhétorique aussi poilante qu’acrobatique. Tentons ici de la décrypter.

Lire la suite sur Causeur.fr

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Lumières de la vieillesse

Publié le 5 Novembre 2015 par Jean Mirguet

A rebours de la norme contemporaine qui nous veut jeune jusque dans notre vieillesse la plus avancée, j’aspire plutôt à « entrer vivant jusque dans la mort », selon l’expression de Winnicott qui souhaitait être vivant lors de sa propre mort et refusait de lui voir échapper la réalité de sa mort sans qu’il puisse la vivre.

La vie trace ainsi un chemin qui emprunte des réseaux partagés par tous mais qui serpente également hors des sentiers battus, dans ce que Kenneth White appelle « l’espace nomade », un grand espace où « les coordonnées ne se dessinent que peu à peu », à la différence de l’espace borné du sédentaire.

Cette route est inséparable d’un art de vivre dont Michel Foucault définit un des principes dans sa préface à l'Anti Œdipe : «Affranchissez-vous des vieilles catégories du Négatif (la loi, la limite, la castration, le manque, la lacune), que la pensée occidentale a si longtemps sacralisées comme forme du pouvoir et mode d’accès à la réalité. Préférez ce qui est positif et multiple, la différence à l’uniforme, le flux aux unités, les agencements mobiles aux systèmes. Considérez que ce qui est productif n’est pas sédentaire, mais nomade ».

Paul Ricoeur exprimait un souhait voisin. A l’aube de ses 90 ans, il disait dans une interview au magazine La Croix que « les dangers du grand âge sont la tristesse et l'ennui. La tristesse est liée à l'obligation d'abandonner beaucoup de choses. Il y a un travail de dessaisissement à faire. La tristesse n'est pas maîtrisable, mais ce qui peut être maîtrisé, c'est le consentement à la tristesse. Ce que les Pères de l'Église appelaient l'akedia. Il ne faut pas céder là-dessus. La réplique contre l'ennui, c'est d'être attentif et ouvert à tout ce qui arrive de nouveau. C'est ce que Descartes appelait l'admiration, qui est la même chose que l'étonnement ».

Telle n’est pas la voie qu’emprunte depuis plusieurs semaines divers éditorialistes localisés à gauche dans notre hexagonal paysage politique. Supportant mal la diversité des points de vue, ils « pensent » aussi puissamment qu’un rouleau compresseur en pratiquant l’amalgame (que, par ailleurs, ils dénoncent), l’invective, en déversant des flots de haine sur ceux, Finkielkraut-Debray-Onfray-Zemmour-Houellebecq, qui incarnent pour eux l’Autre immonde, doté d’une pensée « nauséabonde ».

Cette « vision binaire de la nouvelle gauche divine » (d’un côté, les néo-réacs, de l’autre, les résistants, encenseurs du petit livre beige de Stéphane Hessel, militant de l’indignation … certes nécessaire mais assurément pas suffisante) a aussi son langage, en usage à L’Obs, chez Laurent Joffrin à Libération, au Monde également. Un langage binaire (est-ce celui-là que leurs lecteurs ont envie d’entendre ?) qui ne sait compter que jusque deux, qui ignore le multiple et annule les questions, qui abolit les interrogations et la réflexion.

Dans La seule exactitude d’Alain Finkielkraut, récemment paru, un article à propos de Stéphane Hessel rappelle à notre souvenir ces vers du « Booz endormi » de Victor Hugo :

Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme

Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand

(…)

Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,

Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière

L’indignation que Stéphane Hessel nous enjoint à partager est celle d’un adolescent qui ne s’est pas assagi. S’il n’y a pas à juger le bien-fondé de sa révolte, il y a par contre un jugement à porter sur l’époque qui porte aux nues son injonction. Epoque, écrit Finkielkraut, qui « reconnaît en S. Hessel, le choix qu’elle a fait de l’intensité contre l’intelligence ». Et d’en déduire la signification du culte contemporain de la jeunesse : « extinction de la lumière et adoration du feu », promotion de l’intensité contre l’intelligence.

Indignez-vous ! Oui, certainement mais en restant grand ouvert à la surprise pour ne pas succomber à la tristesse et à la haine.

Car « il ne faut pas trop se hâter de créer des unités », écrit Kenneth White au début de La route bleue, « mieux vaut garder tout pluriel en mouvement ». Et de nous laisser cette question en forme de proposition, dans Investigations dans l’espace nomade, un petit livre constitué de notes et de fragments : « Pourrait-on parvenir à penser en termes de culture ouverte, de monde ouvert, en dehors des agglomérations asphyxiantes et du terrorisme des territoires ? ». Les promoteurs de discours simplificateurs et réducteurs (à l’Un) devraient y songer.

A suivre …

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Quand le patient ne vient pas au rendez-vous : une enquête de l’URPS

Publié le 23 Juin 2015 par Jean Mirguet

Quand le patient ne vient pas au rendez-vous : une enquête de l’URPS

L’URPS (Union régionale des professionnels de Santé) d’île de France a réalisé une enquête auprès de 2 822 médecins libéraux (hors chirurgiens, gériatres et néphrologues) sur les « exigences et incivilités des patients quant à la prise de rendez-vous ». Les résultats mettent en lumière la fréquence importante des consultations non honorées et les conséquences de ce phénomène.

L’URPS qui estime que « quarante minutes de consultation par médecin sont perdues chaque jour en Ile-de-France » en appelle à une prise de conscience du grand public.

Profil des absents

71 % des médecins interrogés comptent un ou deux oublis de consultations par leurs patients par jour, ils sont 23 % à en dénombrer plus de trois.

La majorité de ces omissions concernent des malades qui devaient venir à leur premier rendez-vous chez ce praticien (39 %) ; puis les patients en tiers-payant (23 %) et enfin ceux dont le rendez-vous était fixé depuis plus de deux semaines (22 %). Les spécialistes les plus touchés sont les radiologues devant les dermatologues et les ophtalmologues. L'étude pointe également des variations selon les départements d'Ile-de-France : plus d'absentéisme en Seine-Saint-Denis et le Val d'Oise, et moins à Paris.

Quand prévenir l’absentéisme engorge le cabinet

En prévention de ces situations, 41 % des praticiens prennent davantage de rendez-vous qu'ils ne peuvent en recevoir sur certains créneaux, au risque d’engorger leurs cabinets. D'autres adoptent un système de rappel téléphonique, de mail et de SMS (59 %).

Autre mauvaise habitude constatée : l'afflux de demandes de soins à la dernière minute, concentrées à « 97 % en fin de journée, de 18h00 à 20h00 ». Une tendance contre laquelle l'URPS propose « d'éduquer les patients sur la notion d'urgence via la prévention, l'éducation pour la santé ». Les trois-quarts des praticiens reçoivent ainsi jusqu’à 5 demandes de soins sans rendez-vous par jour et un quart (surtout des généralistes et des pédiatres) sont sollicités jusqu’à 10 fois par jour.

Lorsque les médecins ne peuvent recevoir ces patients, 54 % d’entre eux donnent des conseils par téléphone et proposent un rendez-vous ultérieur, 29 % orientent la personne vers un confrère ou vers le SAMU (17 %).

Gageons que cet état fait ne risque pas de changer de si tôt !

Frédéric Haroche, pour le JIM.fr

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Opposition radicale aux fondements et à l’utilisation du DSM 5

Publié le 22 Juin 2015 par Jean Mirguet

COMMUNIQUE du Collectif Initiative pour une Clinique du Sujet STOP DSM :

Au moment où le DSM 5 est publié en français nous tenons à réaffirmer notre opposition radicale aux fondements et à l’utilisation de ce manuel.

Depuis plus de trente ans, le DSM a imposé sa domination sur la psychiatrie mondiale. Conçu comme un instrument statistique pour la recherche épidémiologique et pharmacologique, il a, petit à petit, envahi l’ensemble des domaines de la psychiatrie et, en particulier, l’enseignement aux différents acteurs de la santé mentale, ainsi que la pratique clinique. Se voulant un instrument de renouvellement et de modernisation de la démarche diagnostique et de sa fiabilité, il a échoué : les diagnostics qu’il répertorie ne sont ni fiables, ni valides, comme le prouve la généralisation des comorbidités. Qui plus est, ils ne sont pas vraiment utiles pour la recherche scientifique.

Le DSM a contribué à détruire les bases de la clinique traditionnelle au nom d’un espoir dans l’arrivée prochaine de marqueurs biologiques, qui ne sont pas au rendez vous. Il a ainsi, en soutenant cette croyance, fait le lit du pire réductionnisme scientiste en privilégiant le modèle biologique et médical, au détriment de l’environnement social et de la réalité psychique.

Sa démarche, fondée sur une mise en coupe réglée, comportementale, des troubles mentaux, a brouillé la ligne de partage entre le normal et le pathologique, entraînant des fausse épidémies, l’invention de chimères, une surpathologisation des émotions et des comportements, jusqu’aux excès qui font partie de la vie, avec des surdiagnostics, en particulier chez les enfants.

En isolant les troubles mentaux de leur contexte d'apparition, il en a fait des cibles privilégiées pour les médicaments et a favorisé la surprescription en abaissant les seuils d’inclusion. Le DSM, qui n’a aucun fondement scientifique solide, s’est imposé néanmoins comme instrument de référence de l’économie de la santé et des pratiques d’évaluation des administrations sanitaires. Il a permis le développement d’une pensée unique, d’une novlangue, ruinant les conditions d’un débat scientifique honnête dans le champ de la santé mentale d’autant que les conflits d’intérêts qui ont émaillé son histoire, ont créé une grave crise de confiance, de légitimité et de fiabilité au sein de la psychiatrie mondiale.

Pour toutes ces raisons cliniques, éthiques, scientifiques et de santé publique, nous appelons à récuser la référence au DSM 5, à utiliser préférentiellement la CFTMEA (la Classification française des Troubles Mentaux de l’Enfant et de L’Adolescent) et la future CFTMA (Classification Française des Troubles Mentaux de l’Adulte) qui va paraître à la fin de l’année 2015, et à ouvrir un large débat sur les classifications.

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Velázquez au Grand Palais

Publié le 10 Juin 2015 par Jean Mirguet dans Art

Velázquez au Grand Palais

Samedi 6 juin, début d’après-midi.

Nous arrivons au Grand Palais, impatients de découvrir les toiles de Velázquez. C’est la première fois qu’une telle rétrospective du « peintre des peintres », comme l’avait qualifié Manet, a lieu à Paris.

La célébrité de Velázquez est relativement récente. On la doit aux impressionnistes qui redécouvrent le Sévillan à la fin du XIXe siècle puis, plus proches de nous, à Picasso, Bacon, Dali.

Le Grand Palais expose une centaine de ses toiles jusqu’au 13 juillet. Parmi elles, figure l’impressionnant Portrait du pape Innocent X, peint à Rome et qu’a réinterprété Francis Bacon.

Mais, on le sait, Les Ménines ne sont pas de la fête, le tableau ne sortant jamais du Prado. Bons princes, nous n’allons pas protester ! Car, ce que nous allons voir, en particulier les portraits, va nous plonger dans un univers extraordinaire, celui dans lequel le spectateur regardant est happé par les regards, les mimiques des bouffons, nains, comédiens, personnages de Cour prodigieusement vivants.

De toile en toile, nous découvrons un Velázquez se mêlant génialement, comme sujet de l’énonciation du tableau, à son modèle, sujet de l’énoncé de ce même tableau.

Le pop artiste contemporain David Hockney estime que les images nous apprennent à voir le monde extérieur. Sans elles, se demande-t-il, que verrions-nous vraiment ? Velázquez, lui, nous invite à aller au-delà du voir et à regarder.

Regarder est une opération complexe dans laquelle le sujet se fait tableau sous le regard, non pas le sien, mais de l'Autre qui le regarde depuis le tableau. En passant du statut de sujet voyant à celui de sujet regardant/regardé, en quête d’une vérité, le spectateur est confronté au « Que veux-tu ? » que semble lui adresser, par exemple, l’homme austère du Portrait d’homme, daté de 1623 … Un « Que veux-tu ? » à entendre tout aussi bien comme un « Que me veut-il ? », présent chez le sujet qui contemple l’oeuvre.

La confrontation aux portraits de Velázquez possède ce pouvoir – démoniaque ? - de nous faire plonger dans la machinerie du désir : la volonté de l’Autre est interrogée de prime abord, avant que ne soit questionné le désir de celui qui regarde. Bien avant l’aphorisme de Lacan, « le désir de l’homme est désir de l’Autre », l’art du peintre nous fait percevoir la part obscure, non représentable du désir de l’Autre.

Peut-être le journaliste de Télérama, Olivier Cena, a-t-il l’intuition de ces questions quand il titre « Velázquez broie du noir », compris par certains comme une critique de la manière dont certaines salles sont plongées effectivement dans une semi-obscurité ! Il en déduit que « Velázquez déçoit », compte-tenu d’un nombre de visiteurs moins important que celui prévu, comme si la qualité d’une oeuvre se mesurait au nombre de ses spectateurs.

Etonnante conception de l’art réduit à n’être qu’un élément de la société du spectacle.

Devant une autre entrée du Grand Palais, une longue queue patiente pour l’exposition consacrée à Jean-Paul Gaultier… Est-ce le même public que celui de Velázquez ? S’il est différent, il ratera une occasion unique, celle, comme l’écrit Philippe Lançon dans Libération, de traverser l’exposition comme un plongeur en eau profonde, parmi les saintes et les musiciens, les prélats et les mendiants, les étoffes et les grimaces.

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Vieillir ensemble

Publié le 8 Juin 2015 par Jean Mirguet

Ils approchent de la septantaine et apprécient de vivre, depuis environ 26 ans, dans un bel appartement de caractère du centre ville. Si ce n’était l’âge qui avance et les prévisibles problèmes de santé qui en découleront, ils aimeraient rester là mais leur appartement situé au 3ème étage pourrait bien devenir handicapant dans les années à venir.

Comment continuer à demeurer là, y vieillir tout en supportant l’ascension des trois étages, de plus en plus pénible pour elle qui souffre d’insuffisance respiratoire ?

Certes, ils pourraient déménager, revendre leur bien et en acheter un autre. Ils ont tenté l’expérience, sans succès.

 

Ils ont donc réfléchi à la meilleure manière de concilier désir de rester là et pénibilité des étages. Ils ont eu alors l’idée de faire installer, à leurs frais, un ascenseur privatif et, avec l’aide d’un architecte, ont monté un projet.

Leur appartement constituant un élément d’une petite copropriété, il leur faut, comme la réglementation l’exige, obtenir une autorisation des copropriétaires pour mener à bien leur projet.

 

Ils organisent donc une réunion de l’ensemble des copropriétaires pour, en présence de leur architecte, présenter le projet, de telle sorte que lors de la prochaine assemblée générale de la copropriété, ceux-ci disposent de tous les éléments leur permettant de se forger un avis et voter en toute connaissance de cause.

Compte-tenu des liens emplis d’urbanité voire d’affabilité qui paraissent les lier aux autres de l’immeuble, ils sont plutôt confiants et supposent que leur demande ne devrait pas rencontrer d’obstacle.

 

Arrive la réunion. Leur architecte a pris soin d’être là un peu en avance et c’est avec lui qu’ils accueillent les arrivants.

Deux d’entre eux (ils possèdent les deux appartements les plus petits) sont plutôt souriants et avenants, curieux du projet et manifestement ouverts à la discussion.

Pour les deux autres qui, dans l’immeuble, possèdent des appartements quasiment identiques à celui de notre couple, c’est d’emblée plus problématique et inattendu. Là où notre tandem s’attendait à une arrivée aimable, conviviale, avenante, il constatent que ces deux-là sont soit de méchante humeur soit animés d’une sourde hostilité à l’encontre du projet : aucun sourire ne vient les dérider, ils affichent le visage de la bête arrogance de ceux qui, sûrs de leurs droits de petits propriétaires jaloux, redoutent un dérèglement de leur existence réglée comme du papier à musique.

D’emblée, nos futurs septuagénaires subodorent que la partie ne sera pas gagnée.

 

Le déroulement de la réunion va malheureusement le démontrer puisque quelque soient les arguments avancés, les explications fournies, les voisins rejettent, non sans fourberie, le bien fondé de l’installation de ce fichu ascenseur qui, à n’en pas douter, perturbera le cours de leur vie : il empêchera la lumière de passer, il fera du bruit, il gênera l’imprenable vue sur une cour où pousse un énorme charme, etc, etc … Personne ne dira un mot des raisons pour lesquelles nos plus de soixante ans se sont engagés dans cette entreprise.

 

Sans doute, faut-il ne pas trop douter de la bienveillance des autres. L’intérêt pour autrui est un semblant nécessaire, un minimum requis pour vivre ensemble sans trop se déchirer. Mais il atteint ses limites dès que l’intérêt personnel est mis en jeu, que le risque se profile de voir sa tranquillité menacée.

Les vieux incarnent ce péril qu’est l’inconfort, aussi gênent-ils, peut-être parce qu’ils préfigurent aussi et surtout l’hideux visage de la mort qui fait pâlir le soleil.

Pour les gentils copropriétaires, ce qu’il savent, tout en le méconnaissant, c’est qu’il est temps pour ce couple de dégager de la circulation.

 

Cueillez, cueillez votre jeunesse :

Vivez si m’en croyez, n’attendez à demain.

Comme à cette fleur, la vieillesse

Fera ternir votre beauté.

Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie

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L’écart et l'entre

Publié le 28 Mai 2015 par Jean Mirguet

J’aimerais faire partager mon admiration pour le beau texte de François Jullien, L’écart et l’entre,  écrit pour sa « Leçon inaugurale de la Chaire sur l’altérité » donnée le 8 décembre 2011 au Collège d’études mondiales (publié aux éditions Galilée en 2012).

François Jullien y forge le concept d’écart qui, « en même temps qu’il sépare, met en tension, met au travail ce qu’il a séparé ; et qu’il est, par là, exploratoire des deux côtés ».

Dans le regard qu’il porte sur la culture occidentale, usant d’une méthode consistant à en passer par l’épreuve d’une pensée extérieure (la chinoise), François Jullien opère ce qu’il appelle « une déconstruction du dehors », une déconstruction depuis le dehors permettant d’élaborer une prise oblique sur notre impensé c’est-à-dire ce à partir de quoi nous pensons et que, par là même, nous ne pensons pas.

Cet impensé est le refoulé, défini comme le possible d’une pensée mais dont celle-ci s’est détournée, qu’elle a laissé dans l’ombre ou négligé.

Dans une culture composée d’éléments hétérogènes, certains éléments s’imposent plus que d’autres qui se retrouvent enterrés. Pour retrouver ce qui s’est trouvé enfoui, il faut sortir, nous dit François Jullien, des certitudes qui se sont déposées en nous, celles qu’il appelle « plis de la pensée » (au sens de prendre le pli de quelque chose c’est-à-dire adopter une position et ne plus en changer).

Or, prétend-il, repérer cela en soi-même « n’est possible qu’à la rencontre d’un dehors et par confrontation ». C’est ainsi que la fréquentation de la pensée chinoise rend plus réceptif aux tensions de la pensée européenne et fait resurgir ce qui a été enseveli, fait ressortir une « hétérotopie » c’est-à-dire, selon la définition qu’en donne Michel Foucault, « un espace absolument autre ».

Pour produire une irruption d’un dehors dans le champ du savoir ou pour produire une hétérotopie (un lieu autre), autrement dit pour produire de l’inattendu, du surprenant, du déroutant voire de l’incongru, François Jullien construit le concept d’écart qui procède d’une distance là où la différence établit une distinction.

L’écart met en tension. C’est pourquoi il opère, est productif alors que la différence est descriptive. L’écart a à voir avec l’aventure, avec la surprise quand elle surgit de l’exploration.

L’écart se présente ainsi comme un antidote à l’uniformisation dont nous menace la mondialisation et à l’humanisme mou dans lequel risquent de nous plonger maints débats médiatisés. L’écart, écrit François Jullien, ne répond à aucun besoin identitaire ; au contraire, il ouvre, en séparant les cultures et les pensées, un espace où peut se déployer la pensée.

Ouvrir un écart, c’est produire de l’entre, condition pour promouvoir de l’autre et du commun, donc se préserver du danger de l’assimilation qui standardise et aller à contre-courant de l’offre et de la recherche de proximité qui se véhiculent quotidiennement dans nos façons de vivre.

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Comment accéder à mon blog ?

Publié le 26 Mars 2015 par Jean Mirguet

Si vous ne réussissez pas à afficher la page de mon blog, cliquez sur ce lien :

http://jeanmirguet.over-blog.fr

... ça devrait fonctionner !

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Grands et petits espaces

Publié le 26 Mars 2015 par Jean Mirguet dans Villes

Grace au programme http://mapfrappe.com il est possible de comparer, par superposition des cartes, la superficie d’un pays, d’une région ou d’une ville à celle d’un autre pays, d’une autre région ou d’une autre ville.

Voici quelques exemples qui permettent de prendre la mesure d’un état comme la Californie par rapport à la France, ou de Los Angeles par rapport à la région parisienne ou par rapport à Nancy et la Lorraine.

On peut supposer que, de part et d’autre de l’Atlantique, les dimensions des territoires entraînent des rapports à l’espace très différents, eux-mêmes générateurs de divers effets sur les représentations, les mentalités et les façons de faire société.

Les grands espaces sont là où la loi n’est pas encore installée, où règnent les outlaws. Dans Le Père Goriot, Vautrin veut s’établir dans le Sud des Etats Unis, sans être surveillé par l’Etat, en faisant sa propre loi. D’une manière voisine, plusieurs héros de Steinbeck refusent les conventions sociales et sont animés par la volonté profonde d’exprimer leur individualité contre la société

L’attrait américain pour les grands espaces de l’Ouest, objets d’un désir de conquête, sont associés à un désir d’entreprise et d’aventure éloigné du mode de vie français marqué par les petites délimitations individuelles, les clôtures, les distances sociales bien marquées, l’attachement à la petite propriété.

Los Angeles (périmètre bleu) vs Nancy

Los Angeles (périmètre bleu) vs Nancy

Los Angeles (périmètre bleu) vs Paris

Los Angeles (périmètre bleu) vs Paris

La Californie (périmètre bleu) en France

La Californie (périmètre bleu) en France

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