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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

A propos de gymnastique cérébrale

Publié le 14 Novembre 2014 par Jean Mirguet

Dans le dernier supplément Science et médecine du Monde, la neuroscientifique Angela Sirigu remet les pendules à l’heure à propos des soi-disant bienfaits de la « gymnastique cérébrale », indispensable, comme le proclame la pub, pour booster sa mémoire et doper ses méninges.

L’idée est simple : le cerveau est un muscle et il faut le renforcer pour en tirer le maximum d’efficacité. Idée qui ne manque pas de séduire celles et ceux qui, prenant de l’âge, s’inquiètent de la détérioration de leur potentiel intellectuel ou certains parents désireux de stimuler et améliorer les performances cognitives de leur progéniture.

Ces programmes d’entraînement cognitif ont-ils une quelconque efficacité ?

Une équipe de chercheurs de Los Angeles a montré qu’un entraînement à la mémoire et à l’attention auditive de sujets âgés de plus de 65 ans, si elle améliorait les performances à des tests de rappel et de manipulation de mots et de nombres, avait en revanche des effets très variables d’une personne à l’autre et qu’il y avait peu de différence significative entre le groupe entraîné et le groupe témoin. De surcroît, les progrès enregistrés s’évanouissaient après 3 mois.

Une autre étude portant sur l’entraînement aux capacités multitâches (il est demandé d’exécuter, simultanément, des tâches différentes) montre que, grâce à l’entraînement, les participants, âgés entre 60 et 85 ans, peuvent atteindre et conserver pendant près de 6 mois les capacités de sujets de 20 ans. Mais, là aussi, la portée des résultats est discutable car les tests et retests ont été réalisés avec le matériel ayant servi à l’entraînement !

Une importante étude canadienne, portant sur 11430 participants, fait état de l’existence d’une amélioration des performances de sujets ayant bénéficié d’un entraînement à diverses fonctions cognitives (raisonnement, mémoires verbale et spatiale, planification, attention) mais aucune généralisation n’a pu être démontrée.

 

On attend donc la méthode qui saura rajeunir le cerveau.

Angela Sigu conclue malicieusement sa chronique en évoquant une autre piste, celle de Charles Hillman, de l’Université de l’Illinois, qui montre que l’exercice physique améliore le métabolisme cérébral, favorise la neurogenèse et freine le ralentissement cognitif.

Un conseil : pour fortifier votre matière grise, raffermissez votre ventre et vos mollets !

 

 

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Là-bas

Publié le 10 Novembre 2014 par Jean Mirguet

« Là-bas » est le titre donné par Roland Barthes à son premier chapitre de L’Empire des signes.

Là-bas, où est-ce ? Quelque part dans le monde, répond-il, un lieu duquel il va extraire un certain nombre de traits qui formeront un système qu’il nommera Japon.

Le système Japon ne représente ni analyse la moindre réalité, ce que ferait un énoncé occidental. Il se constitue à partir du prélèvement d’éléments qui, combinés, forment un système symbolique « inouï, entièrement dépris du nôtre ». Système symbolique foncièrement séparé, dégagé de l’emprise du système symbolique qui règle et organise notre existence d’Occidental.

Ce que vise la construction de cet autre système, « c’est la possibilité d’une différence, d’une mutation, d’une révolution dans la propriété des systèmes symboliques ». L’important n’est pas qu’il y ait d’autres symboles ou une autre sagesse, l’important est « la fissure même du symbolique ». Le geste de Roland Barthes consiste à trouer le symbolique, à en disjoindre les éléments.

Se produit alors en lui un réel séisme du sens, un renversement des modes habituels de lecture. Cet événement est un satori, un ébranlement qui conduit au vacillement du sujet, place les productions symboliques dans un autre espace et «opère un vide de parole », d’où se produit l’écriture quand "écrire c’est permettre au mystère de jaillir dans une apothéose » (Hélène Pommarel, Jours de grande parole, éd. La Dragonne, 2014)

Ce système n’est pas fait de représentations : en somme, il n’y a rien à dire. Comme l’écrit François Jullien, « les saisons suivent leur cours, tous les existants prospèrent : quel besoin le ciel aurait-il de parler ? ».

A la différence de nombres de poètes occidentaux qui font porter l’accent sur la profondeur et les métaphores, le vide occupe, au Japon, la plus grande part. « Sur la page, écrit Paul Claudel (A travers la littérature japonaise), la part la plus importante est toujours laissée vide. Cet oiseau, cette branche d’arbre, ce poisson ne servent qu’à historier, qu’à localiser une absence où se complaît l’imagination ».

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La télépathie à l’heure des neuro-technologies

Publié le 7 Novembre 2014 par Jean Mirguet

Dans son émission diffusée sur France Culture, Ce qui nous arrive demain, Nicolas Martin relate deux expériences extraordinaires de communication "télépathique", entre deux cerveaux connectés à distance, sans aucune forme de contact visuel ou auditif. Une personne, l’émetteur, réussit à déclencher une action chez une autre personne, un récepteur, par la seule transmission de sa pensée. 

La 1ère expérience a été publiée par une équipe de Harvard en septembre : un émetteur en Indes, connecté à un EEG, pense « bonjour », « hola », bref un mot de salut. Les impulsions du cerveau sont recueillies par l’EEG puis traduites en code binaire par un ordinateur. Le message binaire, traduit en flashes de lumière, est interprété par le cerveau du récepteur, situé en France qui comprend le salut non-verbal envoyé depuis l’émetteur en Indes.

La 2ème expérience réalisée par une équipe de l'Université de Washington (Seattle) est encore plus impressionnante. Les résultats en ont été publiés ces jours-ci dans la revue Plos One .

Le principe est le même : un émetteur est connecté à des capteurs reliés à un électro encéphalogramme. A 800 mètres de là, dans une autre pièce, se trouve le récepteur sur la tête de qui est placée une bobine de stimulation magnétique transcrânienne (bobine qui va convertir les impulsions en signal magnétique et les propager dans le cerveau, une sorte de mini IRM). Cette bobine est posée à un endroit précis du crâne, près de l’endroit du cerveau qui contrôle le mouvement de la main.

L’émetteur regarde un jeu vidéo : un petit avion volant dans le ciel et au sol un canon à activer pour empêcher l’avion de survoler une ville. L’émetteur n’a ni clavier ni joystick. Il va juste décider par la pensée qu’il faut cliquer pour détruire l’avion.

De son côté, le récepteur ne voit pas le jeu. Il a juste la main en suspend au-dessus d’un clavier ou d’une tablette tactile.

Quand l’émetteur décide de cliquer pour détruire l’avion, en moins d’une seconde, le récepteur clique spontanément et l’avion est abattu.

 

On arrive donc maintenant à convertir des ondes cérébrales en signal informatique qu’un cerveau étranger peut interpréter pour accomplir l’action voulue ... une performance à propos de laquelle les chercheurs affirment  que "des interfaces directes courantes entre les ordinateurs et le cerveau humain seront possibles dans un avenir pas si éloigné, permettant une communication directe de cerveau à cerveau de façon routinière (...) et créant de nouvelles possibilités dans les relations sociales".

 

 

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Islam et démocratie

Publié le 13 Octobre 2014 par Jean Mirguet

L’aveu est terrible, peut-être monstrueux et assurément tragique : c’est celui fait par l’écrivain et réalisateur marocain Abdellah Taïa dans Le Monde de jeudi dernier : il avoue « l’explosion de joie » éprouvée durant quelques secondes au moment des attentats du 11 septembre : « les musulmans depuis trop longtemps dans la chute, la déchéance, étaient enfin vengés. L’Occident surpuissant allait enfin goûter à la même amertume, la même peur, la même terreur que nous, que moi ».

Et de réaliser très vite sa « terrible et terrifiante erreur », ajoutant que les musulmans ont besoin aujourd’hui de cesser de toujours rendre les autres responsables de ce qui leur arrive et de se lancer dans une véritable autocritique d’un système de croyance où tout se juge à partir d’une vision figée de la religion et de l’Histoire et à l’aune d’une soumission à la communauté et à Dieu.

Pour Abdellah Taïa, la véritable catastrophe réside dans le fait d’empêcher la raison de s’installer « pour de vrai » dans la vie quotidienne des musulmans. Et d’appeler à la résistance au terrorisme islamiste qui « veut nous enterrer tous vivants ».

Il faut prendre toute la mesure de cette prise de position remarquablement courageuse comme il faut apprécier le refus de nombreux musulmans de céder à ceux qui exigent d’eux qu’ils se démarquent plus clairement du terrorisme se réclamant de l’Islam afin, comme on l’entend parfois, de dissiper toute ambiguïté.

 

Abdellah Taïa a raison d’écrire que condamner le terroriste islamiste ne suffit pas et qu’un travail critique doit être mené au sein de l’Islam (qui, redoutable obstacle n’est pas Un) à propos des errances des sociétés musulmanes.

L’enseignement des maîtres soufistes qui milite en faveur de la pluralité des croyances est sans conteste un des antidotes à la violence actuelle. « Que ton cœur soit le temple qui accueille toutes les croyances », professait Ibn Arabi. De même, il faut tenir compte des déclarations du Conseil français du culte musulman quand ses dirigeants affirment que la violence meurtrière de l’ « Etat islamique » n’a rien à voir avec l’Islam et les textes coraniques.

 

Mais - car il y a un mais -, je ne peux pas ne pas faire le parallèle entre ces nobles déclarations et les proclamations formulées il y a deux ans par ces mêmes responsables au moment de la publication des caricatures de Mahomet.

A l’époque, ils s’en prenaient à la liberté d’expression et contestaient à la presse sa liberté de publier tel ou tel article, telle ou telle caricature et appelaient les Musulmans de France à s’en prendre à Charlie Hebdo, alors que, comme citoyen français, ils auraient dû défendre le droit à s’exprimer.

Dans une lettre ouverte, Philippe Torreton dénonçait cette incitation à la haine et soulignait que les dessinateurs de Charlie n’interdisaient à personne de croire, qu’ils ne rêvaient pas de voir Israël réduite en cendre mais critiquaient la politique israélienne , qu’ils n’interdisaient pas l’accès à l’éducation aux jeunes filles, qu’ils ne faisaient pas des femmes – comme l’Islam radical - leur cible favorite, qu’ils ne rêvaient pas de voir les programmes scolaires passés au crible de la religion, qu’ils ne détruisaient pas des lieux de cultes à coups de lance-roquettes dédicacées à Allah.

 

Aujourd’hui, ces responsables condamnent clairement et fermement la violence des islamistes, en appellent à la solidarité républicaine. Dont acte.

Mais, comme l’exprime Philippe D’Iribarne, auteur de L’Islam devant la démocratie, un rapport au monde attaché à la certitude et à l'unité d'une communauté, qui alimente souterrainement, dans des proportions certainement inégales mais jamais insignifiantes, la vision de la société de ceux qui baignent dans l'univers de l'Islam, n'est-il pas difficilement compatible avec des pratiques démocratiques fondées sur le doute et le débat ?

Là où le pluralisme fait de l’individu et de ses libertés civiles une limite à la souveraineté du pouvoir, la « communauté des frères » prône un asservissement individuel au corps collectif.

Cet état de fait est-il de circonstance ou doit-on y voir un trait structurel de l’Islam, signant une incompatibilité avec la démocratie ?

 

 

 

 

 

Islam et démocratie
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Nécessité de l’ennemi

Publié le 9 Octobre 2014 par Jean Mirguet dans Politique

Dans sa tribune du 3 octobre dernier publiée dans Le Monde et titrée « La Russie de M. Poutine et l’islamisme radical sont nos meilleurs ennemis », Pascal Bruckner rappelle cette remarque d’Alexander Arbatov, conseiller diplomatique de Mikhaël Gorbatchev, à l’endroit des Occidentaux (nous sommes en 1989 et l’empire soviétique s’effondre) : « Nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d’ennemi ».

Rien de nouveau dans le ciel des idées puisque, sans aller jusque Matthieu et Luc qui enjoignent d’aimer nos ennemis, Karl Schmitt avait déjà montré que la fonction du politique est d’identifier l’ennemi, le politique étant selon lui le lieu de la distinction ami-ennemi.

Quant à Freud, son texte sur la Psychologie des masses démontre combien un individu peut, au sein d’une collectivité et conditionné par ses identifications, s’autoriser à se débarrasser des refoulements des pulsions inconscientes qui l’animent.

Dans les phénomènes de ségrégation, dans le racisme, la xénophobie, le nationalisme ou l’intégrisme, l’identification c’est-à-dire, comme la définit Freud, « la manifestation la plus précoce d’une liaison de sentiment à une autre personne », s’effectue toujours sur le dos de l’autre mauvais, de l’autre à détruire voire à exterminer. C’est ainsi que se constitue une communauté, autrement dit ce qui fait norme pour chacun.

Pour que cette communauté tienne, il faut qu’il y en ait au moins un qui en soit exclu. Cette condition doit-elle être le prix à payer pour réveiller les Occidentaux de la torpeur dans laquelle le confort démocratique les a bercé jusqu’il n’y a pas si longtemps ?

A cette question, Pascal Bruckner répond positivement en proposant d’être reconnaissants envers le président Poutine comme envers le « calife » Al-Baghdadi pour l’hostilité qu’ils nous manifestent. Ils seraient en somme des bienfaiteurs puisque poussant à nous mobiliser et à résister, donc à renforcer nos liens.

Identifiés comme ennemis à vaincre mais simultanément à conserver puisque c’est d’eux que nous tirons notre énergie, ils deviendraient autant détestables que nécessaires.

C’est dans ce paradoxe que nous entraînent le déchainement de barbarie et les périls dont, pour le moment et pour la plupart d’entre nous, nous ne faisons l’expérience que par l’intermédiaire de nos écrans de télévision. C’est un paradoxe périlleux qui, comme l’écrit Pascal Bruckner, peut nous détruire ; il peut aussi nous sauver.

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Tout est-il possible ?

Publié le 29 Septembre 2014 par Jean Mirguet

« Non seulement j’ai envie, mais je n’ai pas le choix », déclare Sarkozy dimanche dernier, pour justifier son retour en politique face au PS et au FN. Non pas empêché de devenir lui-même mais obligé de le devenir, voilà son choix impossible.

Aujourd’hui, nombreux sont les psychanalystes qui considèrent que la clinique à laquelle ils ont affaire est de moins en moins celle de la répression et de l’interdit (comme au temps de Freud) mais de plus en plus celle de l’idéal.

Dans La Société du malaise, paru il y a quatre ans, le sociologue Alain Ehrenberg interprète cette nouveauté comme la conséquence d’un changement social qu’il formule ainsi : « Il ne s’agit plus de libérer l’individu des contraintes qui l’empêchaient de devenir lui-même, mais de le soustraire aux séductions morbides des idéaux qui le contraignent à devenir lui-même ».

Cette nouvelle libération entraîne de nouvelles souffrances rangées dans la catégorie des « pathologies de l’idéal » qui condensent les malaises générés par les normes de l’autonomie. Ces normes exaltent l’importance de la responsabilité individuelle et ce, d’autant plus que fléchissent les contraintes sociales encadrant les comportements.

C’est ainsi que l’on assiste à une désinstitutionalisation des rapports sociaux qui se psychologisent. Le discours de Sarkozy comme celui de Hollande lors de sa conférence de presse quand il confie qu’il a été dur avec lui-même en témoignent amplement.

Certes, être Président de la République n’est pas une sinécure, mais ils ne sont pas les seuls aujourd’hui à être confrontés à un surcroît de responsabilités et d’épreuves que les individus ne connaissaient pas auparavant, en tous cas pas dans les proportions atteintes aujourd’hui.

Cette situation ne manque pas d’être en rapport avec le constat d’un affaiblissement du lien social, chacun devant s’appuyer toujours plus sur lui-même, sur sa subjectivité, sur son intériorité, perspective à laquelle le discours de la psychanalyse tel qu’il se répand dans le grand public a pris et prend une large part.

Puisque l’idée ou le fantasme que chacun peut devenir quelqu’un par lui-même est devenue un idéal, Alain Ehrenberg indique que la question n’est plus « que m’est-il permis d’espérer ? » mais « suis-je capable de le faire ? ».

Il y a un déplacement du monde du permis à celui où tout serait possible …en somme, un monde sans limites, autrement dit sans réel.

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Pour Israël

Publié le 26 Août 2014 par Jean Mirguet dans Israël et Palestine

L’infatigable et intraitable défenseur d’Israël, Claude Lanzmann, dénonce dans une Tribune du Monde du jeudi 21 août, le caractère « partisan, menteur, sans courage et racoleur » du texte publié il y a deux semaines dans le même quotidien par Rony Braumann, Régis Debray, Edgar Morin et Christiane Hessel.

Ce texte en appelait à François Hollande pour sévir contre Israël et suspendre l’accord d’association avec l’Union Européenne.

Comme le rappelle l’écrivain Richard Rossin, ancien secrétaire général de MSF et co-fondateur de Médecins du Monde (cf. Le Monde du 18 août), il est arrivé que ces quatre signataires soutiennent ouvertement le Hamas, donc son idéologie : refus de la démocratie, éviction des femmes, mise à mort des apostats, éducation de la haine et formation militaire des enfants, culture du goût pour la mort et le martyr. Surprenant donc que ces "quatre mousquetaires" ne disent rien de l’utilisation de mosquées et d’écoles (dont certaines de l’ONU) comme base de lancement de missiles sur la population civile d’Israël … malheureux gazaouis, boucliers humains dans leur pays, boucliers moraux en France.

Avec raison, Claude Lanzmann affirme que le Hamas a voulu les bombardements israéliens, qu’il les a provoqués. Il est responsable des milliers de morts et de blessés civils, n’en déplaise aux bien-pensants de gauche qui, ici depuis leur petit coin de France, n’hésitent pas à constater de manière obscène : « 1.900 morts pour Goliath et 52 pour David, il n'y a pas photo » ou qui, sur leur page Facebook, appellent à manifester contre l’intervention à Gaza « au risque d’avoir à côtoyer des pro-Hamas » (sic).

Depuis la Shoah et la mort de six millions de Juifs, écrit Claude Lanzman, les Israéliens accordent à la vie de chacun des leurs un prix sans mesure. Depuis la Shoah, ajoute-t-il, il y a une relation unique entre le judaïsme et la vie qui n’a cessé de croître et de s’approfondir.

Nous autres, Occidentaux, Européens, en nous enseignant de la Shoah, avons fait nôtre cette valeur sacrée de l’existence. Il y a aujourd’hui un respect pour la vie dont nous sommes redevables à l’expérience des camps de la mort et à Israël de nous l’avoir appris.

C’est pourquoi je soutiens Israël, en première ligne face à la déferlante islamiste qui menace les démocraties. Y aurait-il quelque utopie à espérer que les musulmans de France … et d’ailleurs, en fassent autant ?

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Los Angeles à fleur de peaux

Publié le 26 Août 2014 par Jean Mirguet dans Etats-Unis

A Los Angeles, théâtre d'émeutes en 1992, les violences policières restent fréquentes. Trois jours avant la mort de Michael Brown à Ferguson dans le Missouri, un jeune noir a été tué par des policiers dans un quartier noir de Los Angeles. Depuis les tensions restent vives. 

Le reportage à Los Angeles de Thierry Vivier et Olivier Mirguet pour Arte Info

Los Angeles, théâtre d'émeutes en 1992, les violences policières restent fréquentes. Trois jours avant la mort de Michael Brown à Ferguson dans le Missouri, un jeune noir a été tué par des policiers dans un quartier noir de Los Angeles. Depuis les tensions restent vives. Le reportage à Los Angeles de Thierry Vivier et Olivier Mirguet. - See more at: http://info.arte.tv/fr/etats-unis-los-angeles-fleur-de-peaux#sthash.cy1wOhk2.dpuf
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Voyage au bout de l'enfer

Publié le 15 Août 2014 par Jean Mirguet dans Etats-Unis

C’est une crise humanitaire qui a lieu à la frontière entre le Mexique et les Etats Unis. Depuis quelques mois, le nombre d'enfants et de jeunes adultes qui tentent de rejoindre le territoire américain ne cesse d'augmenter. Depuis octobre dernier, 52.000 enfants ont traversé seuls, soit le double de l'année d'avant. Face à cet afflux de clandestins, la police des frontières américaine a dû ouvrir de nouveaux centres de rétention qui sont aujourd'hui pleins à craquer. Reportage en Arizona d' Olivier Mirguet pour Arte Info.

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Le réel de l'art

Publié le 24 Juin 2014 par Jean Mirguet dans Art

« À quoi vise l'art, demande Bergson dans Matière et Mémoire, sinon à nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience ? ».

Le poète est ce révélateur de ce qui pour nous, spectateurs, échappe à la représentation. Cette idée est soutenue par Gérard Wajcman dans L’objet du siècle (Verdier, 1999) : l’art conçu comme instrument pour faire voir ce qu’on ne peut représenter ni en mot ni en image. En atteste, par exemple, le film de Claude Lanzmann, Shoah, qui n’est pas un film « sur » mais une œuvre qui contribue à constituer la Shoah comme événement irreprésentable et qui fait « voir au présent ce qu’on ne voit pas dans le présent, mais qui y est ». L’œuvre d’art fait donc voir ce qui reste invisible aux yeux du commun.

« Je ne vois rien », dit Watson dans L’Escarboucle bleue » ; « pas du tout, lui rétorque Holmes, vous voyez tout, mais vous n’arrivez pas à tirer de conclusion de ce que vous voyez ». Il s’en déduit que l’art interroge, pose des questions en même temps qu’il y répond : regarder un tableau, c’est se demander à quelle question il apporte une réponse. Autrement dit, une œuvre d’art se regarde comme une réponse ou une solution, elle localise la place où git la trouvaille de l’artiste-inventeur … «On me prend d’habitude pour un chercheur, disait Picasso. Je ne cherche pas, je trouve » … reprenant ainsi à son compte l’assertion de Hegel affirmant que « tout ce que l’on trouve n’est pas trouvé, mais produit ».

Si l’œuvre d’art est une solution singulière à une question unique, valable pour un seul et non universalisable, comment, à la regarder, agit-elle sur un sujet ?

En donnant une représentation du monde, l’œuvre d’art fait jouir l’œil du regardeur et le corps qui va avec, ainsi que son esprit mais elle fait plus que cela : elle modifie voire transforme notre regard sur le monde. Elle implique donc le sujet dans ce qu’il voit. En somme, elle nous offre une autre paire d’yeux, sorte de prothèse à notre cécité qui nous empêche de pénétrer le mystère de l’énigme des choses.

Avec l’idée que « l’art ne reproduit pas le visible, il rend visible », Paul Klee donne son amplitude maximale à l’idée de l’art créateur du regard.

Mais rendre visible n’implique pas de donner quelque chose à voir : de son Carré noir sur fond blanc, Malevitch dit que ce n’était pas un simple carré vide qu’il avait exposé mais plutôt l’expérience de l’absence d’objet. Il présentifie l’absence, il donne une forme à ce qu’il n’y a pas.

On trouve le même type d’approche chez le photographe Olivier Mirguet qui, dans son travail L.A Supervision, USA (Agence Vu’), tente un travail d’écriture de la nuit noire angelinienne, fantasmée comme la menace invisible qu’exerceraient les SDF, les gangs et les drogués. Ici, est donné à regarder ce qui échappe à la visibilité et qu’on imagine menaçant, incarnation de la nuit médiévale faite de dangers réels et fantasmés qu’essayent de rendre visibles les puissants rais de lumière des hélicoptères de la police.

Gérard Wajcman donne également l’exemple des monuments de l’artiste allemand Jochen Gerz, en particulier son Monument contre le fascisme conçu en 1986 à Hambourg ((« Une colonne recouverte de plomb de douze mètres de haut qui disparaît dans le sol à mesure que le passant y appose sa signature ») et son Monument invisible à Sarrebrück (« Les pavés de la place ont été clandestinement descellés pour être remplacés, avec, à leur base, gravé, le nom d’un cimetière juif d’Allemagne»). Ces monuments ne donnent strictement rien à voir, l’artiste déclarant qu’avec l’art, il a l’impression de pouvoir être « dans » l’événement, en phase avec le réel. Comme le souligne Wajcman, Gerz, plutôt que d’entretenir le devoir de mémoire, montre ce qu’il est : l’oubli. Ses monuments montrent, paradoxalement, ce qu’on préfère ne pas voir et servent à réintroduire l’absence dans le visible. Or, cette absence est un réel.

Cela conduit à situer l’art au lieu où se montre ce qui ne peut se voir ni se dire, ce qui est au-delà du voir et du dire, en un point qui touche au réel et qu’on pourrait appeler la vérité, du moins cette part de vérité qui va au-delà de toute image ou tout mot.

La place de l’art est celle où une vérité peut être vue, pas toute la vérité certes mais seulement certains de ses éléments. Ce qui reviendrait à dire que la place de l’art aujourd’hui est là où l’œuvre vise au réel c’est-à-dire à la chose même, sans avoir à en passer par l’écran de la représentation et de la signification.

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