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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

L’écart et l'entre

Publié le 28 Mai 2015 par Jean Mirguet

J’aimerais faire partager mon admiration pour le beau texte de François Jullien, L’écart et l’entre,  écrit pour sa « Leçon inaugurale de la Chaire sur l’altérité » donnée le 8 décembre 2011 au Collège d’études mondiales (publié aux éditions Galilée en 2012).

François Jullien y forge le concept d’écart qui, « en même temps qu’il sépare, met en tension, met au travail ce qu’il a séparé ; et qu’il est, par là, exploratoire des deux côtés ».

Dans le regard qu’il porte sur la culture occidentale, usant d’une méthode consistant à en passer par l’épreuve d’une pensée extérieure (la chinoise), François Jullien opère ce qu’il appelle « une déconstruction du dehors », une déconstruction depuis le dehors permettant d’élaborer une prise oblique sur notre impensé c’est-à-dire ce à partir de quoi nous pensons et que, par là même, nous ne pensons pas.

Cet impensé est le refoulé, défini comme le possible d’une pensée mais dont celle-ci s’est détournée, qu’elle a laissé dans l’ombre ou négligé.

Dans une culture composée d’éléments hétérogènes, certains éléments s’imposent plus que d’autres qui se retrouvent enterrés. Pour retrouver ce qui s’est trouvé enfoui, il faut sortir, nous dit François Jullien, des certitudes qui se sont déposées en nous, celles qu’il appelle « plis de la pensée » (au sens de prendre le pli de quelque chose c’est-à-dire adopter une position et ne plus en changer).

Or, prétend-il, repérer cela en soi-même « n’est possible qu’à la rencontre d’un dehors et par confrontation ». C’est ainsi que la fréquentation de la pensée chinoise rend plus réceptif aux tensions de la pensée européenne et fait resurgir ce qui a été enseveli, fait ressortir une « hétérotopie » c’est-à-dire, selon la définition qu’en donne Michel Foucault, « un espace absolument autre ».

Pour produire une irruption d’un dehors dans le champ du savoir ou pour produire une hétérotopie (un lieu autre), autrement dit pour produire de l’inattendu, du surprenant, du déroutant voire de l’incongru, François Jullien construit le concept d’écart qui procède d’une distance là où la différence établit une distinction.

L’écart met en tension. C’est pourquoi il opère, est productif alors que la différence est descriptive. L’écart a à voir avec l’aventure, avec la surprise quand elle surgit de l’exploration.

L’écart se présente ainsi comme un antidote à l’uniformisation dont nous menace la mondialisation et à l’humanisme mou dans lequel risquent de nous plonger maints débats médiatisés. L’écart, écrit François Jullien, ne répond à aucun besoin identitaire ; au contraire, il ouvre, en séparant les cultures et les pensées, un espace où peut se déployer la pensée.

Ouvrir un écart, c’est produire de l’entre, condition pour promouvoir de l’autre et du commun, donc se préserver du danger de l’assimilation qui standardise et aller à contre-courant de l’offre et de la recherche de proximité qui se véhiculent quotidiennement dans nos façons de vivre.

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Comment accéder à mon blog ?

Publié le 26 Mars 2015 par Jean Mirguet

Si vous ne réussissez pas à afficher la page de mon blog, cliquez sur ce lien :

http://jeanmirguet.over-blog.fr

... ça devrait fonctionner !

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Grands et petits espaces

Publié le 26 Mars 2015 par Jean Mirguet dans Villes

Grace au programme http://mapfrappe.com il est possible de comparer, par superposition des cartes, la superficie d’un pays, d’une région ou d’une ville à celle d’un autre pays, d’une autre région ou d’une autre ville.

Voici quelques exemples qui permettent de prendre la mesure d’un état comme la Californie par rapport à la France, ou de Los Angeles par rapport à la région parisienne ou par rapport à Nancy et la Lorraine.

On peut supposer que, de part et d’autre de l’Atlantique, les dimensions des territoires entraînent des rapports à l’espace très différents, eux-mêmes générateurs de divers effets sur les représentations, les mentalités et les façons de faire société.

Les grands espaces sont là où la loi n’est pas encore installée, où règnent les outlaws. Dans Le Père Goriot, Vautrin veut s’établir dans le Sud des Etats Unis, sans être surveillé par l’Etat, en faisant sa propre loi. D’une manière voisine, plusieurs héros de Steinbeck refusent les conventions sociales et sont animés par la volonté profonde d’exprimer leur individualité contre la société

L’attrait américain pour les grands espaces de l’Ouest, objets d’un désir de conquête, sont associés à un désir d’entreprise et d’aventure éloigné du mode de vie français marqué par les petites délimitations individuelles, les clôtures, les distances sociales bien marquées, l’attachement à la petite propriété.

Los Angeles (périmètre bleu) vs Nancy

Los Angeles (périmètre bleu) vs Nancy

Los Angeles (périmètre bleu) vs Paris

Los Angeles (périmètre bleu) vs Paris

La Californie (périmètre bleu) en France

La Californie (périmètre bleu) en France

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Le pas de côté

Publié le 16 Mars 2015 par Jean Mirguet

Le pas de côté

L’écart et l’entre est le titre donné par le philosophe et sinologue François Jullien à sa leçon inaugurale de la Chaire sur l’altérité du Collège d’études mondiales, prononcée le 8 décembre 2011.

Dans ce texte paru aux Editions Galilée en septembre 2012, François Jullien forge le concept d’écart qu’il distingue radicalement de celui de différence, accroché à l’identité.

Pourquoi faire un pas de côté, se démarquer, prendre de la distance, se déplacer, tous termes faisant référence à l’espace ? Ce n’est pas pour introduire une différence mais pour produire un écart qui procède d’une distance quand la différence établit une distinction.

La fonction de l’écart qui produit un espacement est de mettre en tension : c’est en ce point qu’il opère. L’écart est donc productif là où la différence est descriptive.

Du coup l’écart féconde alors que la différence range puisqu’elle suppose que les objets qu’elle différencie appartiennent en amont à un genre commun qui constitue leur soubassement.

Lorsqu’on fait un écart, cet écart peut être une embardée, possiblement génératrice d’un accident. Aussi, faut-il se demander jusqu’où peut aller l’écart c’est-à-dire jusqu’où sortir de la norme, de la route tracée, de ce qui est connu ?

On voit ainsi que l’écart a à voir avec l’aventure, avec la surprise quand elle surgit de l’exploration. Il est peut-être un antidote à l’uniformisation dont nous menace la mondialisation.

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Cet obscur objet du mépris

Publié le 11 Mars 2015 par Jean Mirguet

Dans L’identité malheureuse, Finkielkraut demande si la violence dans les quartiers dits « sensibles » ne serait pas liée à l’exclusion de la féminité, et si elle n’est pas une conséquence du déni de sensibilité et de l’interdiction d’être galant que ces quartiers imposent.

Il cite l’exemple du film de Jean-Paul Lelienfeld, La journée de la jupe. Une prof de français, exaspérée par la violence verbale et les ricanements de certains de ses élèves car elle porte une jupe, réclame l’instauration d’une journée spéciale où l’Etat affirmerait solennellement qu’on peut porter une jupe au collège sans être une « pute ».

Autre exemple : dans Tableau noir. La défaite de l’école, Iannis Roder, un enseignant d’histoire-géo en ZEP, rapporte que celle qui se risque à féminiser sa tenue est considérée comme « une tepu, une tassepé, une lopesa qui mérite de se faire tourner ». Des élèves mêmes confient à leur professeur que s’habiller comme une femme, c’est chercher les problèmes.

La jupe fait de la femme un objet de désir et donc de mépris, écrit Finkielkraut. C’est cette logique épouvantable qui rapproche deux vêtements qu’apparemment tout sépare : le pantalon et le voile. Celles qui ne portent pas le voile doivent porter un pantalon pour cacher leur féminité . Camouflées sous le déguisement masculin d’un survêtement informe, elles échappent aux insultes, on les laisse tranquilles. Certaines ont tôt fait d’intérioriser ces nouvelles normes ; leur langage en atteste, constitué de termes grossiers, vulgaires, troupiers tels qu’on peut les entendre chez les gros bras s’imaginant en avoir. L’unisexualisation (identique à la désexualisation) ou le harcèlement : tel est le choix qui gouverne leur vie.

On nous raconte à longueur de journaux, de radio et de télévision que la violence dans les quartiers est une conséquence de l’exclusion sociale. C’est en partie vrai, mais en partie seulement, du moins du point de vue sociologique. Sous un autre angle, celui de la logique à l’œuvre dans ces fonctionnements, ces événements constituent un effet d’une haine du féminin ou d’un féminin haï car inaccessible qui conduit un jeune de Vitry à railler les « bouffons qui tiennent la main d’une meuf », alors que quelques jours plus tôt, Sohane, une adolescente, a été aspergée d’essence et brûlée vive par celui qu’elle avait éconduit.

C’est ainsi que des petits mâles (beurs salafistes ou nervis bleu-blanc-rouge de la Manif pour tous tabassant les Femen) imbus de leur prétendue supériorité phallique voient leur intégrité masculine menacée et asservissent les femmes.

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L’Angels Flight, d’hier à aujourd'hui

Publié le 6 Mars 2015 par Jean Mirguet dans Los Angeles

Situé au coeur de Downtown à Los Angeles, ce funiculaire fut mis en service en 1901. Durant toute la première moitié du XXe siècle, il permettait aux résidants demeurant dans le quartier résidentiel très convoité de Bunker Hill de rejoindre leurs demeures lorsqu’ils revenaient du quartier commercial qui s’étalait à leurs pieds. Ils pouvaient également utiliser l'escalier de 123 marches qui longeait le funiculaire.

En 1898, au pied de Bunker Hill, quelques années avant la construction de l’Angels Flight

En 1898, au pied de Bunker Hill, quelques années avant la construction de l’Angels Flight

Mise en service en 1901

Mise en service en 1901

L’Angels Flight en 1947, tel que John Fante l’a connu

L’Angels Flight en 1947, tel que John Fante l’a connu

En 1956

En 1956

Dernière nuit de service le 1er janvier 1969

Dernière nuit de service le 1er janvier 1969

L’Angels Flight aujourd'hui

L’Angels Flight aujourd'hui

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La ville de nulle part

Publié le 5 Mars 2015 par Jean Mirguet dans Villes

Dans un de ses récents posts, LAist daily, une newsletter consacrée, entre autres, à la vie culturelle agitant Los Angeles, évoque vingt romans ayant à coeur de raconter une Los Angeles différente des clichés qui, trop souvent, caricaturent cette mégapole … de quoi ravir les amoureux de la Cité des Anges, « ville de lumière et de péché », comme la qualifiait Orson Welles.

Cette Ville de Nulle Part (Alison Lurie) a inspiré de multiples écrivains, autant pour l’aduler que pour l’exécrer. Aussi, l’authentique identité de Los Angeles s’est-elle forgée dans une incroyable et florissante culture, malheureusement trop peu connue. Compte-tenu de la profondeur et de l’ampleur de son héritage littéraire, cette ville s’est dotée d’une richesse incomparable, avec laquelle aucune autre ville ne peut rivaliser.

En conséquence, quelle meilleure manière d’aimer cette ville que de lire cette vingtaine de romans. Imaginez Los Angeles sans sa culture littéraire : que serait une vie à Bunker Hill sans John Fante et Demande à la poussière ? Ou marcher dans Downtown sans penser à Raymond Chandler ? Le paysage angelinien serait-il aussi étonnant, fabuleux et surréaliste sans le Zeroville de Steve Erickson ou Vice Caché de Thomas Pynchon ?

La vingtaine de romans dont la liste suit prouve que Los Angeles est loin de l’image stéréotypée qui habituellement la représente. Cette Babel s’est montrée capable d’inspirer, d’enchanter et de rendre célèbres les écrivains qui sont devenus les plus impitoyables et féroces critiques des poncifs qui la caricaturent.

Southland, de Nina Revoyr

Le Dernier Nabab, de F. Scott Fitzgerald

The Loved One, de Evelyn Waugh

Temps Futurs, de Aldous Huxley

Vice Caché, de Thomas Pynchon

Le Diable en Robe Bleue, de Walter Mosley

Zeroville, de Steve Erickson

American Prophet, de Paul Beatty

Laurier Blanc, de Janet Fitch

Moins que zéro, de Bret Easton Ellis

La Maison des Feuilles, de Mark Danielewski

Le Dahlia Noir, de James Ellroy

America, de T.C. Boyle

L’Incendie de Los Angeles, de Nathanael West

La Medusa, de Vanessa Place

Le Postier, de Charles Bukowski

Demande à la poussière, de John Fante

Le Grand Sommeil, de Raymond Chandler

Maria avec et sans rien, de Joan Didion

Mildred Pierce, de James M. Cain

La ville de nulle part
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Obscurantisme et vandalisme, par André Ropert (L’Express)

Publié le 2 Mars 2015 par André Ropert (L’Express)

Obscurantisme et vandalisme, par André Ropert (L’Express)

Ainsi, nous venons de voir les forcenés de Daech s’acharner sur les antiquités du musée de Mossoul, attaquant à la masse, sinon au marteau piqueur, les vestiges des grandes civilisations mésopotamiennes au motif qu’il s’agissait d’idoles païennes alors qu’Allah est le seul vrai dieu qu’il convient d’honorer. A vrai dire, ils avaient connu un précédent quand d’autres furieux tout aussi fanatiques avaient explosé en Afghanistan, en 2001, les grands Bouddha de Bamiyan classés au patrimoine de l’humanité.

« Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant? » s’interrogeait déjà Voltaire en 1764, faisant de manière prémonitoire le portrait parfait du djihadiste façon Daech. Que répondre à un homme qui croit plaire à son dieu en anéantissant des objets qui témoignent, au-delà des millénaires, tant du geste créatif de l’artiste inconnu qui les a produits que d’une quête de cette transcendance que l’imbécile casseur s’imagine servir ? De quelle ignorance, de quelle incapacité à dépasser leurs formules récitées sont porteurs ces abrutis bornés, dont la science religieuse se limite à vociférer « Dieu est grand ! » en décapitant leurs prisonniers ou en brisant des œuvres d’art. Si c’est là la grandeur de Dieu, elle nous donne une bien triste idée de la divinité !

Il est évidement facile d’imputer au seul islamisme radical des comportements aussi absurdes. On ne prête, dit-on, qu’aux riches. Mais cela constaté, n’est-ce pas plus largement le procès de tous les fanatismes qu’il faut instruire ?

Qu’est-ce que le fanatisme ? "Pas une erreur, nous dit J-J. Rousseau, mais une fureur aveugle et stupide que la raison ne retient jamais". Ancré dans la conviction de détenir l’unique vérité et son corollaire : la certitude que quiconque pense autrement n’est pas digne d’exister, le fanatique est irrépressible. Inutile de tenter de discuter ou de négocier : il sait, il sait aussi que vous devriez savoir et que votre ignorance est coupable ; il est au service du bien, vous vous complaisez dans la soumission au mal. Il considère aussi que tout ce qui s’est dit ou fait avant que s’impose la suprématie du bien qu’il incarne est caduc et nuisible. En conséquence, il élimine aussi bien le mécréant qu’il anéantit tout vestige d’un passé (ou d’un présent) qui ne peut qu’être qu’erreur.

Il serait donc injuste de réserver à l’islam, même fondamentaliste, le monopole de ces comportements. Le Livre des rois de la Bible est empli de violences qui ressemblent beaucoup à celles dont Daech se rend aujourd’hui coupable et Jéhu, prenant Samarie, y fait briser la statue de Baal. Les premiers chrétiens ne sont guère plus modérés quand l’occasion s’en présente, et si le Polyeucte de Corneille s’attire tant d’ennuis, c’est qu’il est allé casser dans le temple les statues des dieux… En des temps moins lointains, la Querelle des images, qui agite l’Empire byzantin aux VIII° et IX° siècles après que l’empereur Léon III l’Isaurien ait voulu bannir toute représentation du sacré, entraîne la destruction de nombre d’icônes, de mosaïques d’une immense valeur artistique, en particulier dans la basilique Ste Sophie de Constantinople. Une nouvelle bouffée iconoclaste secoue la chrétienté lors de la Réforme. Calvin ayant dénoncé le risque d’idolâtrie, les Protestants saccagent les églises des villes qu’ils occupent lors des guerres de religion, cassant les statues, brisant les rétables et les reliquaires, détruisant des chefs d’œuvre des âges roman et gothique en les déclarant sacrilèges.

Mais « la fureur aveugle et stupide », comme dit Rousseau, n’est pas l’apanage des seuls fanatiques religieux. Il existe aussi un vandalisme de nature politique qui accompagne souvent les troubles révolutionnaires. A son pire moment, la Révolution française a mis à mal un patrimoine artistique accusé d’être le véhicule de la tyrannie et de la superstition, ce qui a conduit à des événements comme le saccage de la nécropole royale de Saint Denis ou la mise à bas de la galerie des rois d’Israël et de Juda à Notre-Dame de Paris, dont les statues actuelles sont des copies du XIX° siècle. La révolution russe n’a pas fait mieux et que dire de la frénésie destructrice de la révolution culturelle chinoise, orchestrée par Mao-Tsé-Toung, s’acharnant contre les «vieilleries » ? De leur côté, certains des régimes totalitaires du XX° siècle s’en sont pris pour des raisons idéologiques à des œuvres plus contemporaines comme ce fut le cas dans l’Allemagne nazie, brûlant les tableaux de « l’art dégénéré » jusqu’à ce que Goebbels découvre qu’il pourrait en tirer de l’argent en les vendant à l’étranger, ce que réaliseront peut-être (espérons-le) les dévastateurs de Daech.

En 1794, alors qu’il est député à la Convention, l’abbé Grégoire, témoin atterré des destructions de chefs d’œuvre du passé, déclare courageusement : « Les barbares et les esclaves détestent les sciences et détruisent les monuments des arts, les hommes libres les aiment et les conservent! ».

Une formule qui reste d’actualité quand on constate aujourd’hui combien soumission à l’obscurantisme et barbarie mortifère et dévastatrice se confondent.

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Salmigondis

Publié le 26 Janvier 2015 par Jean Mirguet dans Charlie

Je propose à votre lecture cet article de Jacques Tarnero, essayiste, publié dans le Huffington Post du 26 janvier 2015, sous le titre : « Charlie Hebdo : fusion et confusions après le massacre ».

Les grands élans émotionnels ont leur vertu: ils agissent comme pansement et consolation après le drame. Ils ont un tort: ils font illusion et « l'après Charlie » n'y déroge pas. Tous les unanimes « je suis Charlie » ou « nous sommes un peuple » ont du être revus à la baisse devant les refus de la minute de silence par un certain nombre d'élèves et les nombreux « je ne suis pas Charlie » ont aussi apporté un démenti dans cette grande fusion. Personne ne s'est avisé à proposer un « je suis Juif » dans des classes du 9-3. Le test aurait été intéressant. Désormais ce sont les « je suis Gaza » qui fleurissent sur la toile.

Il faut donc penser « l'après ». Bien évidemment, mais pour penser cet « après » il faudrait alors être capable d'effectuer un retour sur soi, capable de développer un regard critique sur ce qui a permis non seulement à ces jeunes français de devenir des islamistes tueurs mais aussi analyser les constructions intellectuelles qui les ont entourés.

Il est surprenant par exemple de retrouver dans le numéro spécial de Libération, la signature d'Etienne Balibar, grand pourfendeur de tous les méfaits passés, présents et à venir de l'Etat d'Israël, dire sa leçon avec la même assurance : « lucidité particulière mais sans réticence (...) communauté n'est pas sans exclusive (...) les épisodes les plus sinistres de notre histoire (...) boucs émissaires de nos peurs (...) séduits par la prose de Houellebecq (...) une saine provocation (...) imprudents (...) le sentiment d'humiliation de millions d'hommes déjà stigmatisés (...) politiques sécuritaires mises en œuvre par des Etats de plus en plus militarisés...»

Pas un mot sur la part spécifiquement antijuive des crimes du magasin casher. Tant d'aveuglement idéologique et tant de contre-vérités émises par l'éminent philosophe font que le doute sur sa lucidité sans réticence s'impose. Autre perle tirée du journal des lecteurs de Marianne, « Indignez vous ! Merci monsieur Stéphane Hessel ! » écrit un lecteur. Oui vraiment merci à celui qui est allé à Gaza, accompagné de Régis Debray, serrer la main du chef du Hamas et encore merci à ce saint homme qui affirmait devant des lycéens, en France, que les roquettes tirées sur Israël étaient d'innocents jouets pour enfants.

Le Point n'est pas en manque de confusion quand François Kersaudy y écrit au sein d'une longue analyse censée décrypter le moment présent : "S'il est vrai que le fanatisme islamiste a tué bien plus de musulmans que de juifs et de chrétiens, il est également vrai que le fanatisme juif a assassiné autant de musulmans que de chrétiens et de juifs - depuis le comte Folke Bernadotte jusqu'au Premier ministre Yitzhak Rabin." Des précisions monsieur Kersaudy ! De quoi parlez vous ? De Der Yassine, du King David, de l'Irgoun ? Et vous êtes sérieux en mettant cela sur le même plan que Boko Haram ou le 11-Septembre ? Ce souci de l'équilibre met à mal la volonté prétendue de « sortir de l'angélisme ». Le pompon revient à la couverture de l'Obs qui n'est plus « nouvel » mais qui radote: « Continuons le combat ! » Il ne manque juste que « ce n'est qu'un début ! ». Image de la statue, place de la République. Ah ! Mai 68 ! De quel combat s'agit-il ? Le seul qui ait été mené fut celui de la police contre les tueurs et non pas celui des Indignés hesselliens.

« Pas d'amalgame », « ne pas stigmatiser », bien sûr, mais qui en a fait et qui continue à en faire ici et maintenant ? Qui a tué et qui a été tué ? « Qui tue qui », comme s'interrogeait déjà la pensée progressiste durant les massacres commis par le GIA en Algérie. Le 20 janvier 1976, pendant la guerre civile libanaise (1975-1990) les habitants chrétiens de Damour (Liban) furent massacrés par les milices palestiniennes suite au massacre de Karantina du 18 janvier 1976 perpétré contre des civils palestiniens par les phalangistes chrétiens libanais. Pourtant cette réalité ne fut pas considérée et seuls les « palestino progressistes » du village de Tal el Zaatar (aout 1976) massacrés par les chrétiens avec l'aide des syriens de Hafez el Assad eurent droit aux hommages de la gauche de gauche qui voyait dans ce conflit une guerre d'Espagne orientale. Qui se souvient de Elie Hallak, médecin juif libanais kidnappé en même temps que Jean Paul Kauffman et Michel Seurat et assassiné par les islamistes libanais parce qu'il était juif ET libanais. Qui eut une pensée pour ce médecin des pauvres qui soignait indistinctement TOUS les libanais? A-t-on noté à l'époque la part intimement raciste de ce crime ? Pourquoi ces rappels ? Tous les ingrédients du drame qui vient de se dérouler à Paris étaient déjà en germe dans ce passé.

On ne peut rien y comprendre en faisant l'économie de ce qui, dans l'imaginaire collectif, a enveloppé l'interminable conflit israélo-arabe. Il a nourri en France les représentations des « Juifs » et des « Arabes ». La figure du Juif-victime sorti des camps en 1945 a muté en 1967, en celle du Juif-vainqueur, puis en occupant impérialiste et raciste, tandis que l'Arabe, fellagha en 1954 est devenu Résistant dès la fin des années 70. Cette Résistance substitutive s'invente des Jean Moulin : « Geismar-Arafat Résistance » titrait la Cause du peuple. Avec la Seconde Intifada (2000), le renversement s'achève: le juif/Israélien/sioniste est devenu un colon/raciste/nazi pourchassant le Palestinien FFI/FLN/OLP.

Le soutien à ce juif de substitution qu'est le Palestinien-victime sert de rédemption commode pour les Européens soucieux d'éponger la culpabilité de la Shoah, sans oublier bien sûr ceux qui disent que la Shoah est une escroquerie juive et ceux qui viennent souffler que « la terre d'Israël fut inventée ». Les morts de Charlie ne le furent pas que pour leurs sarcasmes contre les religions et Mahomet en particulier. Leur assassinat est un aboutissement, pas uniquement le produit de la relégation sociale des « jeunes des quartiers ».

La haine que leurs mentors leur avaient injectée s'appuyait AUSSI sur une légitimation politique. Les Juifs étaient la représentation du méchant, du MAL, de celui qui fait subir aux palestiniens ce que les nazis leur avaient fait subir. Les frères Kouachi et Coulibaly n'ont surement pas lu Edgard Morin mais la pensée « complexe » de Morin a sa part dans la nazification d'Israël et des Juifs. Quand dans les rues de Paris défilaient des banderoles abjectes affichant un signe = entre la croix gammée et l'étoile juive, en soutien à la flottille de « pacifistes turcs » vers Gaza, c'est le produit de cette bouillie intellectuelle qui s'affichait.

La politique d'Israël a le droit d'être critiquée mais la haine obsessionnelle qui entoure ce pays dit autre chose que la critique d'une politique. Il faut croire que la lucidité politique n'est pas à chercher du côté des intellectuels de gauche français mais bien plutôt de ces intellectuels du Maghreb qui eux savent à qui ils ont à faire : Kamel Daoud, Boualem Sansal, Mohamed Kacimi, Fethi Benslama, Abdelwahab Medeb, Abdenour Bidar et tant d'autres qui ont déjà payé du prix du sang leur refus de la nuit islamiste. C'est avec eux que nous devons penser l'avenir.

Puisqu'il est question de tout repenser et que « rien ne doit plus être comme avant », commençons par regarder de près tous les préjugés, tous les clichés et tous les dénis idéologiques des réalités gênantes. Très bonne résolution.

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« Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde » (Albert Camus)

Publié le 21 Janvier 2015 par Jean Mirguet dans Charlie

Pendant combien de temps encore va-t-on entendre cette affirmation, faute contre la pensée, erreur de jugement consistant à affirmer que l’Islam n’a rien à voir dans le déferlement de barbarie et de mort qui, chaque jour, nous pète à la gueule, ici et ailleurs.

Il se trouve que, par profession, j’invite souvent, ceux qui viennent me parler de leur malaise, à s’interroger sur la part qu’ils prennent dans ce dont ils se plaignent. C’est un questionnement qui s’impose à quiconque se veut sujet donc responsable du bon comme du mauvais qui animent son existence.

S’il est vrai que cette interrogation est salubre voire salvatrice pour ceux que leurs choix de vie tourmentent, pourquoi ne la serait-elle pas pour ceux dont les choix philosophiques, religieux ou politiques sèment la haine et la mort de par le monde?

Pourquoi une religion s’exonérerait-elle de cette démarche critique?

Pourquoi ne faudrait-il pas (se) demander quelle part prend l’Islam (pour autant que cette dénomination unifiante soit justifiée) dans le retour à l’obscurantisme et à la barbarie caractérisant ce début de XXIe siècle ?

Qu’est-ce qui dans l’essence même de cette religion provoque de tels effets conduisant à une dictature des pulsions de mort sur les pulsions de vie ?

Pourquoi cette question est-elle refoulée voire forclose et génère-t-elle autant d’oukases, d’insultes en direction de ceux qui la posent et qui tentent d’y répondre ?

Pourquoi, les Musulmans - en tous cas une majorité d’entre eux - l’évitent-ils malgré les appels ou les témoignages de personnalités comme le réalisateur marocain Abdellah Taïa, le philosophe Abdennour Bidar, le président de l’Egypte Abdel Fattah al-Sissi, le blogueur palestinien Waleed Al-Husseini ou encore l’anthropologue Malek Chebel ?

Pourquoi la foi religieuse radicale devient-elle une prison pour ceux qui, cédant à la passion de l’ignorance, se mettent à l’abri d’un « n’en rien vouloir savoir » ?

L’écrivain et poète allemand Zafer Senocak, d’origine turque, avait publié dans Die Welt, en 2007, une tribune intitulée « La terreur vient du cœur même de l’Islam ». A nouveau, il exhorte les élites musulmanes à « créer une alternative libérale crédible » (Le Monde du 20 janvier), leur reprochant de ne pas être parvenues à concilier les sources traditionnelles de la foi islamique et le monde contemporain et à les engager dans un face-à-face qui aurait entraîné un débat fécond.

Il rappelle que le gouvernement turc, d’inspiration islamique, a récemment supprimé l’enseignement de la philosophie dans les écoles destinées aux futurs imams et que, ce faisant, les responsables de cet amaigrissement de la culture islamique ne sont pas moins dangereux que ceux qui transforment leur foi en arme à feu. Tirant leur supériorité de l’ignorance et de la paresse intellectuelle des musulmans paisibles et modérés, ils participent activement à l’étiolement de la doctrine islamique.

Il ne suffit plus aux musulmans de condamner la terreur exercée en leur nom, écrit-il. Il est temps que les questions portant sur les valeurs de la civilisation, sur l’avenir de la coexistence dans un monde globalisé entrent dans leurs univers existentiels.

A nous, non-musulmans, croyants d’autres religions, athées, agnostiques de les y aider et de nous trouver à leur côté dans cette immense tâche.

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