Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

Une presse allumeuse

Publié le 12 Avril 2023 par Jean Mirguet dans Politique

« Constituée pour soutenir la défense d'Alfred Dreyfus, la Ligue des droits de l'homme a été de tous les combats du XXe siècle. Elle peut s'enorgueillir d'avoir porté haut les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité pendant plus de cent ans.

Plusieurs événements récents obligent, hélas, à constater que la Ligue a aujourd'hui bradé cet héritage (…) La LDH a cru pouvoir répondre au racisme dont sont victimes les jeunes issus de l'immigration en faisant preuve de complaisance à l'égard des organisations religieuses qui prétendent les représenter ». 

C’est ainsi que s’exprimaient en 2006, le journaliste Antoine Spire et l’avocat Cédric Porin, après avoir décidé de quitter la LDH.

Lors de l’affaire Redecker, ce philosophe menacé de mort pour avoir critiqué l’Islam radical, la LDH avait d'abord fait état de son rejet d' « idées nauséabondes », avant de concéder : « Quoi que l'on pense des écrits de M. Redeker, rien ne justifie qu'il subisse un tel traitement... ». « Mais l'ambiguïté et la timidité de ce soutien s'accommodent mal avec l'intransigeance qu'exige le combat pour la liberté d'expression », poursuivaient les deux démissionnaires qui concluaient ainsi : « Sans distance à l'égard du mouvement social, trop souvent ambiguë ou même compromise à l'égard d'un intégrisme islamiste dangereux, et en recul sur la lutte contre l'antisémitisme ou la défense de la liberté d'expression, la Ligue a perdu sa légitimité d'autorité morale de la République. Depuis longtemps, elle n'est plus l'organisation conçue pour défendre Dreyfus. Jusqu'à aujourd'hui, nous pensions que, association pluraliste, elle pourrait, malgré sa dérive, entendre une minorité à laquelle nous participions depuis des années. Mais cette dérive continue sans garde-fous. Il ne nous reste plus qu'à la quitter ».

 

Quid aujourd’hui de l’engagement de la Ligue des Droits de l’Homme pour la défense des droits et des libertés ? Quid de son autorité morale quand sa désinformation sur Sainte-Soline (cf. l’article du Point ci-dessous) s’inscrit dans la suite logique d’une dérive que nombre d’organes de presse, tels Le Monde, Télérama, n’hésitent pas à emprunter pressés qu’ils sont de dénoncer « les graves menaces que fait peser le gouvernement sur certains des garants des droits fondamentaux de notre pays » (sic !).

 

L’intox de la LDH sur Sainte-Soline fissure la Commission des droits de l’homme

Le Point 12/04/2023

La Licra, membre de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), se désolidarise publiquement d’un courrier « à la rhétorique radicale » envoyé notamment en son nom.

La Ligue des droits de l’homme (LDH) a accusé l’État d’avoir délibérément empêché les secours d’accéder aux blessés lors de la manifestation de Ste Soline.

Dans un enregistrement audio publié et relayé par de nombreux médias, la Ligue des droits de l'homme (LDH) a accusél'État d'avoir délibérément empêché les secours d'accéder aux blessés lors de la manifestation qui a dégénéré а Sainte-Soline le 25 mars. De nombreux témoignages ont démontré qu'il n'en était rien et que, jamais, le Samu n'avait étéinterdit d'accéder aux blessés par les forces de l'ordre.

En dépit de ces témoignages qui interrogent sur le rôle joué par la LDH dans le débat public, le président de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) Jean-Marie Burguburu a adressé le 7 avril un courrier courroucé à la Première ministre pour défendre l'association. Dans cette missive, Jean-Marie Burguburu prend la défense de la LDH, dans des termes proches de ceux utilisés par l'association.

« La Commission observe une tendance devenue systématique dans la rhétorique du ministre de l'Intérieur à dénigrer les défenseurs des droits humains et les organisations de la société civile, et à menacer de toucher à leurs subventions. Le ministre les présente comme des agitateurs, des délinquants, voire des terroristes. Ce discours, qui n'est pas sans rappeler celui largement utilisé par les autocraties à l'égard des défenseurs des droits de l'homme, conduit à une dangereuse remise en cause de l'utilité et de la valeur des actions de ces personnes engagées dans la défense des droits humains. Ce risque est d'autant plus grand que les associations de défense des droits de l'homme, comme les citoyens ordinaires, font le constat de nombreuses difficultés dans l'exercice des libertés fondamentales : liberté de manifestation, liberté d'expression, libertéd'information, liberté d'association, droit а la sûreté face à des arrestations sommaires, voire arbitraires, et droit au respect de l'intégrité physique face aux violences policières illégitimes », s'agace le président de la CNCDH dans ce courrier particulièrement véhément.

La Licra évoque un « dérapage alarmant »

Cette lettre et plus largement l'attitude de la LDH, ne fait cependant pas consensus au sein de la CNCDH. La Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), qui siège aussi à la CNCDH, a fait savoir qu'elle se désolidarisait fermement de l'initiative du président de la commission, et plus largement de l'attitude de la Ligue des droits de l'homme avec laquelle elle entretient des relations plutôt fraîches. « А l'occasion des incidents survenus аSainte-Soline, cette association n'a en effet pas craint de laisser croire à une accusation mensongère en parlant d'entrave délibérée des secours aux manifestants. Ce comportement, loin d'être anodin, nous semble révélateur d'une dérive supplémentaire de cette association. La cautionner est une faute », s'alarme la Licra, qui s'agace aussi que le président de la CNCDH reprenne sous sa plume les termes particulièrement vifs de la LDH en faisant état d'un « caractère structurel des violences policières illégitimes », de « phénomènes institutionnels », « d'exactions » des forces de l'ordre, d'un discours du ministre « largement utilisé par les autocraties à l'égard des défenseurs des droits de l'homme », « d'arrestations sommaires, voire arbitraires », ou encore de « violences policières illégitimes ».

Ces termes, « inappropriés » d'après la Licra, « valident la thèse de la violence d'État [et accordent] un blanc-seing à ceux qui, aujourd'hui, désignent les pouvoirs publics comme l'ennemi public numéro un. La CNCDH n'est pas le porte-voix de la Ligue des droits de l'homme. Ce dérapage est alarmant », s'agace l'association, qui poursuit : « La CNCDH doit être capable de nommer sans outrances des situations conflictuelles, sans reprendre, mot pour mot, la rhétorique radicale qui enflamme aujourd'hui notre pays. » Mario Stasi, le président de la Licra, conclut que la CNCDH « ne peut, sans faillir àses fondamentaux, concourir а accréditer l'idée que la violence puisse connaître un début de légitimité, dés lors qu'elle est orientée vers des représentants de l'État », et évoque carrément l'idée d'une « entreprise de déstabilisation » pilotée par la LDH. Contactée par Le Point, la CNCDH n'a, pour l'heure, pas réagi.

Un membre de la Commission s'étonne de la démarche de la Licra et parle même de bombe à fragmentation : « C'est un courrier ultra politique fait pour fissurer le front uni des associations contre les propos de Darmanin qui attaque les associations de défense des droits humains. » Puis d'ajouter : « Cette association est clairement dans une démarche de GONGO [une organisation non gouvernementale parrainée par un gouvernement pour promouvoir ses intérêts politiques, NDLR), ils bénéficient de subventions énormes de la part de l'État. » La prochaine session plénière de la CNCDH promet d'être agitée.

 

Récemment, un post du site @medias_citoyens soulignait la « bonne santé » de la presse d’opinion en France, celle qui penche de plus en plus ouvertement vers la gauche mélanchonisée (Mediapart, Libération, France Info, Le Monde) ou celle qui lui fait face, animée par une ligne droitière, populiste ou réactionnaire comme Le Figaro, BFM TV, CNews, Marianne.

Au Monde, l’époque des réflexions exigeantes et d’un positionnement de centre gauche appartient au passé ; le service public, quant à lui, ne propose plus d’information suffisamment neutre et dépourvue de filtre idéologique. Aujourd’hui, le racolage est préféré à l’information … bien qu’il existe des millions de Français, composants les électorats modérés de la gauche, du centre et de la droite, qui aspirent à une information qui les éclaire, à des réflexions croisées et plurielles qui nourrissent leur pensée.

A force d’informations aguicheuses, de recherche du buzz, de propagande à peine déguisée, de propos orientés, les jugements se radicalisent en oppositions binaires et la nuance disparaît petit à petit, ce schématisme conduisant notre pays vers une radicalité et une rigidité critique propice au populisme et aux extrémismes.

 

commentaires

Coup de gueule

Publié le 30 Mars 2023 par Jean Mirguet dans Politique

Avertissement aux lecteurs pressés  et dont l’attention faiblit après la lecture d’une dizaine de lignes : ce texte est inhabituellement long, il leur faudra donc faire un petit effort s’ils veulent bien se donner la peine d’en lire l’intégralité !

 

Aujourd’hui, ce propos fait suite à mon précédent article relatif à la maltraitance dont le langage est quotidiennement la victime dans l’univers politico-médiatique.

La relation, par une grande partie des médias, des violences récentes, consécutives aux manifestations d’opposition aux projets de réforme des retraites et à la construction des bassines fait l’objet, pour le moins, d’une grande désinvolture de la part de maints journalistes. Le niveau d’informations véhiculées est consternant d’inexactitudes quand il n’est pas purement et simplement délirant !

A propos de Sainte-Soline où, samedi dernier, l’action des services de secours auraient été entravés par les forces de l’ordre (alerte de la Ligue des Droits de l’Homme que Le Monde s’est précipité de relayer), on découvre grâce à l’éditorial de Patrick Cohen dans C à vous (https://www.youtube.com/watch?v=LrhlBTbdZ74) et à un article du Point (ci-après), que la réalité de l’événement est beaucoup moins claire que les commentaires journalistiques tentent de nous le faire croire. Je pense, en particulier, à l’article du Mondeprenant le relai de la Ligue des Droits de l’Homme, sans prise de distance, sans vérification et faisant preuve, pour le moins, d’une grande légèreté !

A cela, j’ajouterai ma stupéfaction à entendre des commentateurs, experts autoproclamés de l’agriculture, de l’agronomie, de la gestion des eaux, dérouler leurs discours théoriques et idéologiques, dénoncer les méfaits de l’agriculture productiviste (qui existent, c’est vrai et qu’il faut combattre) alors que, manifestement, leur connaissance du monde agricole est dérisoire. Dans le cas de la gestion de l’eau, on sera plus inspiré de consulter, par exemple, le site coordinationrurale.fr, un syndicat agricole qui, régulièrement,  tire la sonnette d'alarme sur l’état de l’agriculture et la mise en danger de la souveraineté alimentaire de la France.

Quant à la question des retraites, je suis consterné par le lot d’inepties, d’inexactitudes, d’arguments de mauvaise foi, de raccourcis proférés ici et là. Certes, nos dirigeants n’ont pas fait montre d’une grande habilité dans la présentation du projet mais présenter celui-ci comme un cauchemar absolu est stupéfiant !

Enfin, il y a l'irresponsabilité totale dans laquelle une partie de la gauche politique se vautre quand elle encourage les groupes violents alors que ceux-ci devraient être isolés et combattus.

En démocratie, aucune colère ne peut justifier quelque exaction que ce soit sur les personnes ou sur les biens privés ou publics. Absolument aucune. Dans la constitution et le droit, il y a le droit de manifester et celui de faire grève. Mais il n’est inscrit nulle part que le droit de s'en prendre aux personnes et aux biens est légitime.

N’ayant rien à voir ni avec la question de l’eau ni avec celle des retraites, les partisans de la culture de la haine et de la conflictualité dénaturent, à l’évidence, les combats écologiques et sociaux.

Mais, force est de constater que ces activistes étant encouragés par une partie de la gauche politique, elle conduit celle-ci et ses soutiens (qui ne sont en mesure de proposer aucune alternative ou alternance) à se métamorphoser en marchepied pour l’extrême-droite. Nul n’a besoin de grandes démonstrations pour deviner les dangers d’un tel scénario.

 

 

Sainte-Soline : l’enregistrement de la LDH qui ne prouve rien

Le Point 29/03/2023

Par Clément Pétreault, Erwan Seznec et Géraldine Woessner

 

Un enregistrement rendu public par la LDH affirme qu’il aurait été interdit au Samu d’intervenir auprès du manifestant aujourd’hui dans le coma. La réalité semble beaucoup moins claire.

 

Un manifestant âgé de 32 ans se trouverait toujours entre la vie et la mort au CHU de Niort. Selon la LDH (Ligue des droits de l'homme, cosignataire de l'appel à manifester), qui a produit un enregistrement, les secours auraient reçu l'ordre de ne pas intervenir alors que son état était préoccupant (pouls а 160, tension artérielle systolique а 85). La publication de cet enregistrement sème le trouble. L'appel des avocats et du médecin de la LDH au Samu a lieu а 14 h 50.

Il est important de le préciser : ces personnes ne sont pas sur place, mais à 16 kilomètres du lieu de la manifestation, àMelle, d'où elles centralisent les informations qui leur parviennent du « front ». C'est donc depuis cette salle de Melle que le médecin généraliste rappelle les pompiers, puis est mis en liaison avec un opérateur du Samu. « Le problème, c'est que vous n'êtes pas sur place. On a eu un médecin sur place et on lui a expliqué la situation : on n'enverra pas d'hélico ou de moyens Smur sur place parce qu'on a ordre de ne pas en envoyer par les forces de l'ordre », lui explique l'opérateur.

« Des observateurs sur place disent que c'est calme depuis trente minutes et qu'il est possible d'intervenir », répond le médecin. « Je suis d'accord avec vous, vous n'êtes pas le premier à nous le dire. Le problème, c'est que c'est àl'appréciation des forces de l'ordre et qu'on est sous leur commandement », explique le Samu. Les avocats insistent : « Vous confirmez que vous avez interdiction d'intervenir ? » « Nous n'avons pas l'autorisation d'envoyer des secours parce que c'est considéré comme dangereux sur place », précise l'opérateur du Samu. Les avocats insistent : « C'est de la non-assistance à personne en danger. […] Qui interdit l'accès à cette personne en danger, grave, vital ? […] Vous êtes empêchés de travailler… » « On monopolise la ligne d'urgence, là », élude l'opérateur, avant de raccrocher.

La préfète des Deux-Sèvres apportera un droit de réponse dans un long communiqué qui vient préciser ces propos. « Le principe fondamental d'intervention des secours dans un contexte hostile est de garantir au premier chef la sécurité des personnels des sapeurs-pompiers ou du Samu. Pour ce faire, il appartient aux forces de l'ordre, informées en temps réel de la situation, de définir si l'arrivée d'un véhicule de secours à un certain point est possible ou non de façon sûre pour lui. » « Nous n'intervenons pas en zone d'exclusion. Il n'y a pas de débat », confirme de son côté le Samu sur les réseaux sociaux, démentant fermement avoir été empêché dans ses fonctions.

Pas de dispositif partagé

L'organisation des secours aurait-elle pu être plus efficace ? Sans doute, si les organisateurs de la manifestation avaient accepté de se coordonner avec les services de secours… Mais ils ont refusé, révèle un rapport de la préfecture des Deux-Sèvres sur les manifestations du week-end, rendu public mardi soir. Les témoignages de terrain démontrent que, dès que les gendarmes ont été mis au courant de l'existence d'un blessé grave par les manifestants, ils se sont portés а son secours.

Si une heure peut-être critique a été perdue, c'est en amont de la manifestation qu'il faut en chercher la cause. « Les organisateurs ont refusé tout échange avec la préfecture, le Sdis et le Samu pour mettre en place un dispositif professionnel, partagé et fiable de prise en charge des blessés », écrit la préfète. Il n'a donc pas été possible de « préparer conjointement un dispositif prévisionnel de secours partagé avec les organisateurs, ni de convenir des modalités sécurisées d'évacuation des blessés, ni de définir des éléments de cartographie » pour les localiser plus rapidement.

« Inversion complète de la charge »

Dans l'entourage du ministre de l'Intérieur, on précise : « La chronologie des faits est rappelée dans le rapport de la préfète. C'est au PC de sécurité de déterminer si, oui ou non, il était possible de se déplacer. La preuve que c'était violent : le médecin de la gendarmerie, qui est allé sur place porter les premiers secours à un homme en situation d'urgence absolue, s'est fait caillasser ! Cet enregistrement prouve juste que la situation là-bas était très complexe. Que n'aurait-on dit si on avait engagé des secours qui eux-mêmes auraient été attaqués ? »

Sous-entendre que l'Etat interdirait aux forces de secours d'accéder а des victimes, « c'est de la désinvolture journalistique, s'agace un haut fonctionnaire habitué des opérations de maintien de l'ordre. Le verbatim publié ne dit rien de ce qui se passe avant et ne permet pas d'apprécier la situation. » Ce dernier confirme qu'il est d'usage de ne pas envoyer les secours dans la zone d'exclusion tant que les affrontements sont en cours, car « faire intervenir du personnel avec des bombonnes d'oxygène sous une pluie d'engins incendiaires, c'est forcément très dangereux », mais il précise que, « si une alerte est donnée sur un blessé en urgence absolue, on réévalue évidemment la situation ».

Le spécialiste rappelle que les témoignages évoquent dans un premier temps « une victime consciente » et souligne le climat de confusion générale qui peut régner sur de telles opérations. Lors de la manifestation de Sainte-Soline, les services de l'Etat ont ainsi assisté а une multiplication de faux appels d'urgence, ainsi qu'а la communication d'informations contradictoires ou parcellaires, et au caillassage de secouristes. Quoi qu'il arrive, « il faudra éclaircir les conditions du tir, а supposer qu'il s'agisse effectivement d'un tir des forces de l'ordre. Le retex [NDLR, retour d'expérience] permettra de déterminer si ces conditions de tir étaient réglementaires. Il est possible qu'elles l'aient été, ce qui ne suffira sans doute pas à calmer les polémiques », analyse le praticien du maintien de l'ordre.

Témoignage direct

Notre journaliste présent sur place, Alix Vermande, raconte les faits qu'il a pu constater а partir de 14 h 55. « J'ai vu un attroupement d'environ 15 personnes, dont 3 observateurs de la LDH, autour d'un fourgon privé dans lequel était allongé un homme sous une couverture de survie. Un manifestant s'occupait du blessé, qui était conscient, et répétait “reste avec nous, reste avec nous”. On me parle alors dans l'entourage du blessé d'un “traumatisme crânien important”.

Une manifestante a déclaré : “Il fait des crises d'angoisse а cause des explosions, il faut qu'il parte.” Cela m'a laisséentendre qu'il était alors conscient. Peu avant 15 heures, un porte-parole de la Confédération paysanne, Benoît Jaunet, est parti à la rencontre des forces de l'ordre positionnées à environ 100 mètres du blessé, là où les heurts ont été les plus violents et s'étaient calmés depuis 14 h 20, en agitant son drapeau jaune de la Confédération et en levant les mains. Les forces de l'ordre ont échangé avec lui puis se sont rapprochées des manifestants autour du véhicule pour discuter de la prise en charge du blessé. J'ai une photo qui atteste de cette scène. Plusieurs hommes des forces de l'ordre sont alors retournés en direction de leur poste, moment choisi par le porte-parole de la Confédération paysanne pour les rattraper et discuter avec eux à mi-chemin entre le manifestant blessé et la position d'origine des gendarmes. C'est à ce moment-làque des black blocs ont lancé des projectiles sur le groupe à environ 50 mètres du blessé, composé des forces de l'ordre et du porte-parole de la Confédération paysanne. Une des manifestantes a alors crié “arrêtez ! Il est des nôtres ! ça devient n'importe quoi”. Quelques minutes plus tard, une ambulance est arrivée via la petite route où était positionné le véhicule. »

Nous avons tenté, sans succès, de contacter Benoît Jaunet, le porte-parole de la Confédération paysanne, dont le témoignage sera clé. Contactés également, le secrétaire général adjoint de la LDH, Lionel Brun-Valicon, ainsi qu'un des avocats envoyés à Melle, Me Pierre-Antoine Cazaux, se refusent а tout commentaire. Nous n'avons donc pas pu savoir pourquoi un appel aux services de secours était passé par des avocats, se préoccupant explicitement d'établir des responsabilités en cas d'éventuel décès.

 

 

 

 

 

commentaires

LE LANGAGE SERVITEUR DE LA DÉMOCRATIE

Publié le 24 Mars 2023 par Jean Mirguet dans Langage

Depuis que le débat public s’est emparé du projet de réforme des retraites, il a fait proliférer, par le canal des médias, divers termes qui, à force d’être répétés, employés à tout bout de champ sont devenus des mots fétichisés, des mots qui, à la façon des mantras, ces formules sacrées du brahmanisme, possèdent, associées à certains rites, une vertu magique.

La répétition, à longueur de journées, des mots retraite, 49.3,  démocratique et antidémocratique, violence, mépris (pour ne citer que ceux-là) leur donnent une puissance rhétorique qu’ils ne posséderaient pas dans un autre contexte.

Il n’est qu’à voir comment, dans certains débats télévisés, des participants d’extrême-gauche jubilent à l’évocation des violences de certains manifestants ou de la répression policière, comme si la redondance de ces mots utilisés pour évoquer ces situations faisait de ces mots des objets érotisés, pourvoyeurs d’excitation.

 

Cette répétition a pour effet de consolider la crédibilité perçue de l’information, d’où la tendance à renforcer, de façon irrationnelle, la croyance envers une information si celle-ci nous parvient de façon récurrente.

L’effet de répétition sur la croyance est un enjeu crucial à l’ère où l’information est de plus en plus accessible. Nombreux sont ceux qui prennent leur source d’information sur les réseaux sociaux et dans les médias en ligne ou les chaînes d’information continue où les contenus sont réitérés.

Dans cette mesure, il est facile de concevoir que des organisations politiques radicales et leurs militants puissent se servir de la répétition pour augmenter la crédibilité de fausses informations ou d’informations parcellaires.

Lorsque, ces derniers jours, sont diffusées en boucle  les images des exactions des casseurs lors des manifestations ou celles des scènes de matraquage policier, ces images dominent le flot des informations et ont pour effet de remiser au second plan l’immense cortège des manifestants défilant dans le calme. L’effet de répétition se répercute sur les comportements de manifestants radicalisés et amplifie les réactions violentes.

 

Cette intoxication des esprits par la redondance langagière doublée de celle des images s’est particulièrement manifestée par la dénonciation, répétée ad nauseam, du caractère antidémocratique de l’emploi des outils que la Constitution de la Vème République met à la disposition des gouvernants.

Il est certain qu’en abuser est sinon maladroit du moins contreproductif  mais parler d’atteinte à la démocratie en se drapant dans sa dignité ou parler de coup d’état ou parler de despotisme comme on n’a cessé de l’entendre, c’est s’employer à détériorer la langue au risque de menacer la démocratie. C’est le règne des idées toutes faites qu’Arendt appelait bêtise : l’automaticité de la parole, le prêt-à-penser, les éléments de langage.

 

Faut-il rappeler que le niveau de langage, la maîtrise du verbe, la rigueur de l’expression écrite et de la parole sont indissociables du niveau de la pensée exprimée ? Que la dégradation du langage reflète l’abaissement des esprits, en même temps qu’elle prépare la violence ? Faut-il encore et toujours rappeler Camus affirmant que mal nommer les choses ajoute au malheur du monde ? Ou encore Francis Ponge qui, dans son essai Pour un Malherbe, note que « la meilleure façon de servir la République est de redonner force et tenue au langage ».

 

Réaliser ce qu’on dénonce, qui échapperait à cela ? demandait, il y a quelques années, le psychanalyste Jean Allouch. Il ajoutait que plus vive, plus soutenue sera la dénonciation, plus implacable sera la réalisation.

Cette loi se vérifie d’une façon d’autant plus caricaturale que l’enjeu est plus important. En témoignent les brailleurs qui dans le Palais Bourbon font un bras d’honneur ou insultent leurs collègues, ou affirment que dans le face-à-face entre la rue et les institutions, la rue doit l’emporter.

Ce qui est antidémocratique, écrit Raphaël Enthoven dans Franc Tireur, c’est de vouloir priver des gens de leur bien quand ils sont riches, de dresser des listes d’élus à menacer, de croire comme un enfant gâté et capricieux qu’il faut bloquer tout un pays ou une économie tant qu’on n’obtiendra pas satisfaction, c’est de couper le courant dans les permanences des députés adversaires, etc…

Lorsque l’opinion est instrumentalisée par les réseaux sociaux, les médias d’information continue, toute forme de libre parole, ce que Michel Foucault appelle la parrêsia, se trouve décimée par la pente au grégarisme et le conformisme de la pensée. Pour que la vérité démocratique émerge, il ne suffit pas de respecter des règles comme le partage du temps de parole ou la transparence des débats : il faut aussi accepter le principe du « dire-vrai » qui bouscule les opinions majoritaires et les évidences confortables.

Le courage démocratique consiste à avoir une parole dérangeante : l’homme politique ne doit rien cacher à ses concitoyens de la gravité de la situation ou de la dureté des choix à venir. C’est même le propre d’un homme d’Etat que de prendre le risque de s’exposer à la colère de l’autre, comme le fit Périclès qui, au Ve siècle avant J.-C., pendant la guerre du Péloponnèse, adressa au peuple d’Athènes des vérités douloureuses en suscitant son indignation, sa rage et sa haine.

Un Président n’est pas le pantin de l’avis du plus grand nombre s’exprimant dans les sondages d’opinion ou du nombre de manifestants défilant dans la rue. La promulgation d’une loi qui déplaît à la majorité ne constitue pas un coup de force mais la conséquence du pouvoir obtenu dans les urnes par un Président et son gouvernement.

Si la démocratie consiste à construire des consensus, la rupture de ce consensus peut être également un marqueur de vérité. Ce n’est pas de l’antidémocratie, démontre Michel Foucault, c’est l’idée qu’une démocratie doit être critique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

commentaires

UNE NÉCESSAIRE RÉFORME DES RETRAITES

Publié le 23 Janvier 2023 par Jean Mirguet dans Politique

Je l’avoue volontiers : le coup de gueule de Franz-Olivier Giesbert, à propos de la contestation du projet de réforme des retraites, dans le dernier numéro du Point, est jubilatoire !

Les voilà tous ressortis de leur boîte, les croquemitaines du grand soir, les professionnels de la gréviculture, fulmine-t-il. Il cible les responsables syndicaux de la SNCF ou de la RATP discourant sur la pénibilité au travail alors que certains d’entre eux, bénéficiant de régimes spéciaux, comme les conducteurs de bus peuvent, pour compenser la pénibilité, faire valoir leur droit à la retraite à 52 ans s’ils ont 27 ans de service. A la SNCF, l’âge minimal de départ à la retraite est situé entre 55 et 57 ans pour les agents sédentaires, entre 50 et 52 ans pour les conducteurs de train.

Chacun défendant son pré carré, ils n’expriment que peu de compassion pour les agriculteurs ou pour tous ceux dont le métier transforme leur colonne vertébrale en marmelade.

De là à penser que, dans notre pays, la parole sociale est confisquée, avec la complicité de nombreux médias, de la CGT, de Sud Rail, de LFI et de tous ceux qui leur emboîtent le pas, il n’y a pas loin.

 

Je fais partie de ceux qui considèrent que la réforme du système de retraite est une nécessité et que différer sa mise en application est un mauvais calcul. Cette réforme, décrite par ses opposants comme un sommet de brutalité, est un minimum et s‘y atteler sans tarder est un impératif si l’on considère l’état de nos finances publiques. C’est parce que l’Italie, argumente F.O Giesbert, était dans une situation financière pire que la nôtre aujourd’hui que le gouvernement Monti procéda à la réforme radicale de 2011, en portant l’âge de la retraite à 67 ans.

 

Comment financer une baisse de la durée du travail alors que les projections démographiques font état d’un déséquilibre structurel du système que l’État aura de plus en plus en peine à compenser ? Mystère … puisque pour les opposants, ce n’est pas parce qu’on vit plus longtemps qu’on devrait travailler plus longtemps. Pourtant, l’évolution de la démographie prouve la nécessité d’une réforme compte-tenu du déséquilibre implacable de la pyramide des âges : c’est ainsi que pour l’Insee, la fécondité a été revue à la baisse à 1,8 enfants par femme contre 1,95 dans les précédentes projections. L’Insee a également revu à la baisse l’augmentation de l’espérance de vie, et ajusté son estimation de l’impact du solde migratoire.

Au terme de cette nouvelle analyse, la population française augmenterait jusqu’en 2044 pour atteindre 69,3 millions avant de refluer à 68,1 millions en 2070. Soit à peine plus qu’aujourd’hui… mais avec une composition radicalement différente : 5 millions de plus de personnes âgées de plus de 70 ans, et 5 millions de moins pour les personnes de moins de 60 ans.

La nouvelle projection aboutit ainsi à une révision importante de la population active à l’horizon 2070. Elle devrait être inférieure de 750.000 à ce qu’elle est aujourd’hui tandis que la précédente projection la voyait progresser de 2 millions (source le Gerep).

 

Comme le démontre l’analyse des Gracques, le think tank social-libéral, paru dans le dernier numéro du Point, notre système de retraite fait aujourd’hui reposer la charge des ajustements à venir sur les prochaines générations.

Ce que les jeunes qui défilent contre la réforme n’ont pas compris, c’est que plus le système est déséquilibré, plus ils seront mis à contribution en tant qu’actifs – et ensuite pénalisés en tant que retraités.

Sans réforme générant des recettes, c’est la dette qui financera le niveau de vie élevé des retraités actuels, alors que s’organise déjà le décrochage de la retraire future des cotisants d’aujourd’hui.

Sans réforme, les jeunes générations seront donc doublement perdantes : parce qu’elles auront à payer la dette à venir en tant qu’actifs et contribuables ; et parce que leurs retraites, quand elles cesseront de travailler, auront décroché.

Il y a donc un réel incontournable contre lequel le déni des opposants, vent debout contre la réforme, ne peut venir que se briser.

 

Mais, on ne le sait que trop, la France reste une exception européenne, un village gaulois pas concerné par les lois de la démographie. L’ignorance fait notre tranquillité, le mensonge notre félicité, écrivait autrefois Anatole France.

N’est-il pas temps de mettre un terme aux affrontements stériles, à la démagogie et à l’immobilisme ?

 

 

commentaires

Mes voeux pour 2023

Publié le 4 Janvier 2023 par Jean Mirguet dans Politique

Victoire pour l’Ukraine

Poutine et son comparse Prigojine jugés devant un Tribunal Pénal International

Renversement du pouvoir islamiste en Iran et liberté retrouvée pour les Iraniennes et les Iraniens

Chute des dictatures comme celles de Kim Jong-un et Bachar al-Assad

Victoire de l’opposition en Turquie

Que les woke, les néoféministes, les transactivistes, les islamistes, les insoumis et l’extrême-droite s’autoéliminent

Que vous soyez tous en bonne santé.

Croyez en vous, faites confiance aux autres, ne soyez pas défaitistes et ne vous résignez pas : le pire n’est jamais certain !

 

commentaires

Le meilleur des mondes trans

Publié le 3 Janvier 2023 par Gérard Biard dans Gente et sexualité

Article de Gérard Biard, paru dans Charlie Hebdo du 28 décembre :

La croisade des militants trans contre Caroline Eliacheff et Céline Masson continue. Impossible pour ces pédopsychiatres et psychanalystes de venir parler publiquement de leur livre La Fabrique de l’enfant-transgenre (Éditions de l’Observatoire), dans lequel elles analysent en détail les dangers du prosélytisme transactiviste sur les jeunes enfants et les dérives qu’il peut entraîner. Notamment quand il les incite à s’engager dans des transitions de sexe par chirurgie ou traitement hormonal. Chaque débat, chaque conférence engendre une avalanche d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux, avec à la clé, trop souvent, l’annulation pure et simple.

Un palier a toutefois été franchi le 15 décembre, lors de leur intervention au Café Laïque de Bruxelles. Des militants cagoulés on fait irruption lors du débat et, outre les agressions physiques et verbales habituelles, ont balancé des excréments dans le local et sur les participants. Plus précisément des merdes de chat et de chien mélangées à de la litière. Dans L’Express du 19 décembre, une cinquantaine d’universitaires et d’intellectuels signaient une tribune pour dénoncer cette attaque. Sans surprise, le mot « fascisme » y est prononcé. Pour une fois, il n’est pas usurpé : balancer de la merde sur les communistes faisait partie des jeux favoris des fascistes italiens.

Dans les geôles des dictatures, on laisse les victimes baigner dans leur merde et leur pisse. On retrouve les excréments dans les outils d’humiliation et d’avilissement de tous les régimes totalitaires de la planète. Dans Salò ou les 120 Journées de Sodome, de Pasolini, le « cercle de la merde » précède juste le « cercle du sang », celui des tortures et des exécutions… Est-ce cela qu’ont voulu nous dire les petits nervis qui ont fait irruption dans le Café Laïque ?

Lorsqu’il est adulte et responsable, un citoyen doit être libre de faire ce qu’il veut de son corps et de sa sexualité, si cela ne nuit à personne. Mais dès lors qu’il prétend faire de son « ressenti » un modèle de société, le débat est indispensable. Or le débat, c’est précisément ce que refusent ces activistes, avec des méthodes d’intimidation qui sentent de plus en plus, au minimum, le camp de rééducation. Tout récemment, le seul groupe lesbien qui demeurait encore affilié au centre LGBT de Paris, les Senoritas, a été exclu – du coup, le centre n’est plus que GBT –, au motif qu’il serait « transphobe ». C’est vrai que pour parler d’identité sexuelle, on est mieux entre hommes… Ces militants font le ménage au nom de la transphobie comme d’autres le font au nom de la pureté ethnique. Ils auraient tort de se gêner puisque, désormais, la transidentité est devenue le sujet plus hype qui soit, et qu’il est du dernier chic parisien d’afficher une identité sexuelle « fluide ».

Dans un reportage diffusé le 11 décembre sur France Inter, on apprend qu’entre 2010 et aujourd’hui, en Suède, les demandes d’enfants voulant changer de sexe ont augmenté de 2 300 % (!). Certes, on peut tout mettre sur le dos des pesticides et des perturbateurs endocriniens. Mais on peut aussi y voir le résultat spectaculaire d’un lobbying agressif, dans un contexte politique et institutionnel très favorable. Alors qu’une campagne militante bat son plein contre un auteur de bandes dessinées accusé de pédophilie pour avoir simplement dessiné ses fantasmes, on ouvre micros, plateaux de télévision et colonnes de journaux à des individus dont le seul but est d’intervenir sur la sexualité d’enfants et d’adolescents. Des institutions déroulent même le tapis rouge pour leur donner la parole, croyant, on espère de bonne foi, qu’il ne s’agit là que de lutter contre les discriminations subies par les personnes trans. C’est un lieu commun, mais il est bon de le rappeler, vu les circonstances : toutes les idéologies totalitaires visent la jeunesse en priorité. •

commentaires

Quand la prudence est pervertie ...

Publié le 14 Décembre 2022 par Jean Mirguet dans Le commun

Par une étrange alchimie de communication, la capacité à anticiper les coupures de courant s’est transformée en aveu d’inconséquence, tandis que la prudence s’est pervertie en alarmisme suspect, regrette dans sa chronique salutaire du 12 décembre, Stéphane Lauer, éditorialiste au Monde.

Une fois n’est pas coutume, le quotidien qui, plus souvent qu’à son tour, n’hésite pas à produire des unes racoleuses et alarmistes, publie une chronique démontrant que le catastrophisme est vendeur et que le monde médiatique se plait à ne retenir que ce qui cloche, privilégiant les ratages à ce qui marche.

On ne peut s’empêcher de penser que, décidément, nos compatriotes réagissent parfois en enfants gâtés, attendant de l’Etat et du gouvernement, quel qu’il soit, qu’ils résolvent tous les problèmes. Ils leur attribuent fantasmatiquement un pouvoir omnipotent et illimité, autrement dit une toute-puissance.

 

BLACK OUT MORAL

« La France a peur », lançait en février 1976 Roger Gicquel en ouverture du journal télévisé de TF1. La France de 2022, elle, a plutôt tendance à adorer se faire peur. En témoigne le débat sur la potentielle pénurie d’électricité cet hiver.

Il a suffi d’une communication ministérielle maladroite, d’une prise de parole intempestive d’Enedis, le gestionnaire du réseau de distribution électrique, d’une mauvaise foi caractérisée et d’un opportunisme malsain de la part des oppositions et enfin d’un pays à fleur de peau pour qu’un simple dispositif administratif destiné à anticiper d’éventuelles coupures aussi courtes que planifiées se transforme en scénario digne d’Armageddon. Alors que nous ne sommes pas encore à la mi-décembre, la France est déjà sur le point de disjoncter, non par manque d’électricité, mais par défaut de bon sens et de rationalité.

Dès le printemps, le risque de tension sur le réseau électrique cet hiver était connu. Une conjonction d’aléas de court terme et un manque de vision énergétique ont fragilisé notre production d’électricité, dont plus des deux tiers sont d’origine nucléaire. Sur les 56 réacteurs disponibles, seize sont toujours à l’arrêt. Certains font l’objet d’une maintenance qui a pris du retard en raison des confinements dus à la crise pandémique, d’autres présentent des problèmes de corrosion qui nécessitent de longues réparations.

La situation est inconfortable, mais pas insurmontable. D’abord, la situation s’améliore : le nombre de réacteurs à l’arrêt a été divisé par deux depuis septembre. Ensuite, la France importe de l’électricité produite par ses voisins. Cela coûte très cher car la guerre en Ukraine a fait exploser les prix de l’énergie, mais le mécanisme d’un marché européen si souvent décrié a le mérite d’exister, quoi qu’en pensent ses contempteurs.

Distinguer le probable du possible

Pour le reste, notre approvisionnement doit miser sur les énergies alternatives, les caprices de la météo et la capacité des Français à maîtriser leur consommation. Concernant les premières, le sous-investissement se paye cash. La fluctuation des températures et l’adhésion des Français à la sobriété énergétique sont plus aléatoires et conduisent le réseau de transport d’électricité (RTE) à envisager en cas de pic de consommation des opérations de délestage, c’est-à-dire de coupures temporaires et pilotées.

Motif d’espoir dans cet océan de mauvaises nouvelles : les Français ont compris les enjeux. En novembre, ils ont réduit de 10 % leur consommation d’électricité.

Mais par une étrange alchimie de communication, la capacité à anticiper s’est transformée en aveu d’inconséquence, tandis que la prudence s’est pervertie en alarmisme suspect. Dans une société qui s’est habituée à ce que la puissance publique prenne systématiquement en charge les aléas du quotidien, tout en faisant du principe de précaution la pierre angulaire de toute prise de décision, une partie de l’opinion est aujourd’hui incapable de distinguer le probable du possible, de faire le tri entre un scénario extrême et celui qui a 99 % de chances de se produire. Les mêmes qui reprochent au gouvernement de chercher à faire peur pour pallier ses errements auraient été les premiers à fustiger son manque d’anticipation si tous les cas de figure n’avaient pas été envisagés.

De toute évidence, la parole gouvernementale n’a pas réussi à résoudre cette quadrature du cercle. L’acmé de l’emballement méticuleusement entretenu par les chaînes d’information en continu a été atteint lorsqu’un porte-parole d’Enedis a laissé croire qu’en cas de coupure de courant, les personnes sous respirateur artificiel ne sont pas un public prioritaire, alors qu’ils font évidemment l’objet d’une prise en charge spécifique.

Un florilège d’outrances

La maladresse en dit long sur la nervosité ambiante à laquelle les oppositions ont cédé en se livrant à un florilège d’outrances, chacune agitant ses épouvantails favoris. Quand Eric Ciotti, alors pas encore président du parti Les Républicains (LR), n’hésite pas à comparer la France à l’Union soviétique, Marine Le Pen alerte sur la tiers-mondisation de l’Hexagone et Ségolène Royal s’indigne que « la cinquième puissance mondiale » en soit arrivée là. Cette façon de larmoyer sur le déclin national est une posture confortable qui évite à chacun d’assumer ses propres impensés sur la politique énergétique.

Pendant des années, pour une bonne partie de la gauche et des écologistes, l’urgence était de fermer les réacteurs qui nous font aujourd’hui défaut, pas de se préoccuper de l’allongement de leur durée d’exploitation. Se plaindre aujourd’hui de l’état du parc nucléaire revient à se prévaloir de sa propre turpitude.

A droite, les critiques des partisans du tout nucléaire sont tout aussi irrecevables. Il suffit d’écouter les arguments donquichottesques du Rassemblement national et d’une partie de LR consistant à fustiger l’éolien. Les pénuries actuelles sont aussi le résultat d’un manque criant d’investissements dans ce domaine. C’est surtout en soutenant de telles options énergétiques que la comparaison avec l’Union soviétique prend tout son sens.

Le ton pris par ce débat est à la fois dangereux, contreproductif et indigne. Dangereux, parce qu’il alimente la propagande poutinienne qui exploite toutes les dimensions de la crise énergétique, même quand celle-ci n’a rien à voir avec les sanctions contre la Russie.

Il est contreproductif parce que ce n’est pas la panique qui permettra de passer l’hiver. Les Français craignent d’être pris au dépourvu par des coupures inopinées de courant ? Comment se fait-il alors que sur trente millions de ménages, moins de deux millions ont téléchargé l’application écoWatt, qui permet de connaître trois jours à l’avance les pics de tension et de se préparer à d’éventuelles coupures qui ne dureront pas plus de deux heures dans une journée ? C’est là qu’intervient l’indécence du catastrophisme ambiant : certains Ukrainiens, eux, n’ont même pas deux heures d’électricité par jour. Le black-out, s’il survient, sera surtout moral.

 

commentaires

Un horizon possible sur terre

Publié le 19 Novembre 2022 par Jean Mirguet dans Le commun

Le sociologue Jean Viard était l’invité, ce midi sur France Inter, de l’émission Le grand face à face.

Pour lui, la question  est d’avoir une pensée qui nous fasse avancer et de ne pas casser le commun de la planète et le désir de vivre. Parce que l'homme, dit-il, avance par son désir, il n'avance pas par ses besoins. Il faut donc avancer en renforçant le désir, et le diriger dans la bonne direction. Il faut dessiner un horizon.

Sans doute, y a-t-il lieu de prendre ses propos à la lettre puisque le besoin et le désir constituent deux des trois termes d’un triptyque dont le troisième est la demande.

Dès que nous sommes dans la parole et le langage, nous avons affaire au triptyque besoin - demande – désir.

Il y a quelque chose que nous connaissons bien, c’est qu’une demande ne peut jamais être totalement satisfaite, comme telle. Lorsqu’elle est radicale, par exemple dans l’amour, il existe toujours un reste qui demeure inexaucé et toute demande comporte toujours son fond de déception car, derrière la demande, il y a toujours autre chose qui est demandé.

Or, c’est dans cet écart entre la demande et le besoin que, sous l’effet du désir, peut s’ébaucher une autre demande adressée à celui ou celle susceptible de procurer la satisfaction attendue, demande qui en passe par la parole et le langage. Au fond, le désir interprète la demande.

Dans l’ordre de la vie sociale, c’est, dit Jean Viard,  le désir ou le rêve qui donnent l’idée qu’il y a un horizon possible sur la terre. « Le réel, dit-il, se saisit par le récit qui le met en désir et en mouvement ». A l’encontre des déclinistes et autres collapsologues, il explique que le réel se réduit à l'obscénité de son état dans les moments où l'on est en manque d'histoires. C’est le moment où « il est de bon ton de se parer des vertus du pragmatisme, voire de se nourrir d'images de mort et d'effondrement qui étouffent notre créativité et mènent à la violence et à la recherche de boucs émissaires».

Au-delà de la crise qui nous déstabilise, jamais la société n'a changé aussi vite. Pour Jean Viard, il faut analyser à la fois le recul de nos grandes appartenances de classes et de nations, le rôle nouveau de l'art de vivre, du bonheur privé, des habitudes et des identités. Son livre, La France dans le monde qui vient, invite à comprendre notre culture de mobilité, le réchauffement climatique, la place nouvelle du travail, la pression d'un monde en permanence co-­informé et le développement extraordinaire d'une société collaborative, liée par des réseaux tous les jours plus nombreux.

Oui : le monde s'unifie, la terre chauffe, la société se morcelle mais internet nous relie.
Comment alors penser les formes politiques de cette société et de ce monde-là ? Comment penser l’individu devenu plus tribal que social ? De quelle manière réinventer du récit politique ?

A propos de la Coupe du Monde de football au Qatar, il déclare dans une interview qu’ « il est normal de regarder les conséquences négatives et de voir si on aurait pu faire autrement. Mais l'humanité est en train de se construire comme humanité. Pendant la grande pandémie, on a été 5 milliards à avoir les mêmes comportements. Avant la pandémie, il y avait presque 1 milliard et demi de touristes internationaux, et on va très vite arriver à 2 ou 3 milliards. Pourquoi c'est important ? Parce que la crise climatique que l'humanité a induite, et notamment l'humanité des pays du Nord, cette crise a besoin d'une bagarre commune.

La guerre climatique est un commun, et donc ce commun a besoin de vivre, d'avoir des émotions, que ce soit des émotions artistiques, parce qu'on regarde les mêmes films, parce qu'on lit les mêmes livres, parce qu'on a des leaders qui nous fascinent, que ce soit Mandela, en Afrique du Sud, Lula au Brésil, etc. Donc on a besoin de ce commun et de le construire comme objet culturel, c'est essentiel. Le sport est un des grands moments de cette construction, notamment parce que c'est populaire, et là, c'est la première Coupe du monde dans un pays arabe. Cela est des plus importants.

Ça aurait pu être négocié autrement. Le monde a changé, bien entendu. Je crois qu'il faut dire les choses sur le positif, et un peu arrêter de systématiquement critiquer, de donner le nombre d'avions qui se déplacent, etc. Il y a des millions de gens qui prennent l'avion tous les jours. Dès qu'il y a un phénomène culturel festif, départs en vacances, festivals, etc, on sort l'impact écologique, et c'est normal d'essayer de le limiter. Mais il est beaucoup plus faible par exemple que celui des vaches, qui pèse 5% du CO2 en France et qui pètent, si je peux me permettre, l'équivalent du CO2 de 15 millions de voitures.

Donc oui, il y a une hiérarchie. Je crois qu'il faut sauver les plaisirs de la vie, créer du commun et ça, ça n'a pas de prix". 

 Jean Viard : un penseur résolument positif, optimiste, qui insiste sur l'urgence de penser et de retrouver un récit commun.

 

 

commentaires

Troubles dans la sexualité … vers une psychanalyse non dogmatique

Publié le 7 Novembre 2022 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

Avec la publication de son dernier livre, Vers une psychanalyse émancipée, aux Editions La Découverte, la psychanalyste Laurie Laufer nous propose un questionnement  particulièrement stimulant qui pourrait bien venir troubler le dogmatisme et certains commentaires circulaires freudiens et/ou lacaniens.

Pour l’auteur, il existe aujourd’hui un enjeu de taille, celui de « l’émancipation de la psychanalyse elle-même, d’un soulèvement face à ses propres dogmes, d’une liberté à la barbe des énoncés canoniques », à une époque où les analyses de Foucault, les identités de genre, les mouvements LGBTQI+ et les études queers inventent d’autres perspectives en matière de genre et de sexualité. Quid de l’Oedipe, de l’ « envie du pénis », de la « différence des sexes » ? Comment la psychanalyse peut-elle prendre en compte les évolutions sociales sans s’en trouver dénaturée ? Comment peut-elle se laisser instruire par un autre discours, qui ne soit pas un discours autoréférencé ?

Pourtant, il n’est pas rare d’entendre des psychanalystes se faire les détenteurs de normes sexuelles et sociales ou s’ériger en experts de la vie psychique : pour eux, l’homoparentalité, la PMA, la transidentité sont à comprendre comme des symptômes du règne de l’individualisme contemporain … en somme, ce qui s’écarte de la bonne conduite est pathologisé avec le risque, pour la psychanalyse, de devenir un modus vivendicomportemental.

Ne pas dialoguer pas avec les théories féministes contemporaines et les mouvements trans ne présente-t-il pas le risque de passer à côté de ce que peut nous enseigner ces expériences érotiques et politiques inédites ?

Dans son livre, Laurie Laufer soutient que c’est en redevenant une théorie critique et inventive, en prenant langue avec ces nouveaux savoirs et pratiques, que la psychanalyse a chance de renouer avec l’émancipation. C’était d’ailleurs déjà l’ambition de Lacan qui incitait le psychanalyste à « rejoindre la subjectivité de son époque » car la psychanalyse n’est pas hors-histoire.

Pour quiconque a expérimenté une psychanalyse, les normes révèlent leur caractère conventionnel et arbitraire. La pratique analytique confronte le sujet à une réalité qui déborde le domaine du normatif et du biologique. C’est ce trop plein que les discours normatifs aspirent à contrôler et c’est à ces restes indomptables que s’adresse la psychanalyse qui s’affirme comme une pratique à l’envers des normes.

Comme tout savoir, le savoir psychanalytique est constitué historiquement et n’échappe pas à l’institution d’un pouvoir normalisant.

Pour penser le statut des normes dans la psychanalyse, Laurie Laufer prend un large appui sur le travail de Foucault. Celui-ci a, en effet, sévèrement critiqué la pratique normalisante de la psychanalyse, située à la pointe des dispositifs de pouvoir contemporains.

A l’opposé de Foucault, Lacan n’a cessé de se doter de concepts permettant de concevoir ce que la jouissance implique toujours de non symbolisable et de non normé, d’excès et de dérèglement (l’objet petit a, la jouissance féminine supplémentaire et « pas-toute » phallique, la jouissance hors-sens du sinthome).

Il revient alors au psychanalyste de questionner son rapport au savoir et aux normes qui peuvent découler de sa pratique. « Je voudrais vous donner cette règle de première approximation, dit Lacan en 1970, - la référence d’un discours, c’est ce qu’il avoue vouloir maîtriser. Cela suffit à le classer dans la parenté du discours du maître ». Le discours de l’analyste, lui, « doit se trouver à l’opposé de toute volonté, au moins avouée, de maîtriser. Je dis au moins avouée, non pas qu’il ait à la dissimuler, mais puisque, après tout, il est facile de redéraper toujours dans le discours de la maîtrise ».

Il évoque également le « discours de la synthèse, discours de la conscience qui maîtrise ».

La critique de Laurie Laufer reprenant les thèses foucaldiennes affirme que ce discours de la conscience fait prévaloir le discours de la norme sur le discours du droit. C’est un glissement de la loi vers la morale qui, écrit-elle, « rectifie par la médicalisation une conduite et un comportement que le champ social et politique considère comme anormaux ». « Nous sommes entrés, écrit Foucault, dans la société de la norme, de la santé, de la médecine, de la normalisation qui est notre mode essentiel de fonctionnement maintenant ». On psychologise les choses c’est-à-dire qu’on les médicalise » puisque, par pensée médicale, Foucault entend une façon de percevoir les choses qui s’organisent autour de la norme.

Avec Michel Foucault, Laurie Laufer affirme que la pratique freudienne n’a pas échappé, comme dispositif, à cette normalisation des conduites, même si Freud a dépathologisé le fait sexuel humain en promouvant le continuum normal-pathologique et si Lacan a mis en évidence les modes de jouissance de la sexuation. Toutefois, les lignes de fracture, les divergences entre Lacan et Foucault demeurent indépassables, même si l’un et l’autre donnent à la subjectivation une place prépondérante dans le dédale des normes et accordent une place majeure à la singularité, à l’énonciation et à un rapport éthique au corps.

Une fois liquidé le préjugé de la guérison de l’homosexualité, Freud puis Lacan ont soutenu l’accès des homosexuels à la pratique psychanalytique, le premier en montrant que la guérison de l’homosexualité est sans objet pour la psychanalyse, le second, en étant le premier à garantir la pratique psychanalytique d’homosexuels ayant rejoint l’École Freudienne de Paris.

Cela n’a pas empêché des psychanalystes français de prendre parti contre le PACS ou contre le mariage pour tous et les différentes formes de parentalités. Aujourd’hui encore, affirme Laurie Laufer, nombre de psychanalystes – certains homophobes - considèrent toujours que les homosexuels et les transgenres présentent une pathologie psychique et qu’ils ne peuvent pratiquer la psychanalyse.

Pour Laurie Laufer, ce qui pose problème n’est pas tant le désir homosexuel qui reste une variante de la sexualité, chacun se débrouillant avec lui pour bricoler une position subjective. Ce qui pose problème, ce sont, écrit-elle, « les fantasmes et les discours du monde hétérosexuel sur ce qu’on imagine être l’ »homosexualité », non pas comme identité sexuelle mais comme position politique (…) Lorsque les homosexuels, les queers, les transgenres, les trans souhaitent se marier, élever des enfants, la boussole de la psychanalyse s’affole. Or, l’ « honneur politique de la psychanalyse » est rappelé par les théoriciens sur le genre qui s’inscrivent dans les pas de Foucault. Il ne s’agit pas d’ériger comme identité une pratique sexuelle, il s’agit d’en faire un acte politique. »

De nos jours, affirme Laurie Laufer, les psychanalystes sont amenés à travailler avec l’ « identité » homosexuelle en tant que stratégie politique qui permet une reconnaissance des droits, la déconstruction des identités, la fluidité du genre. Les termes de « sexualité », « homosexualité », « perversion » n’ont plus le sens qu’ils avaient au temps de Freud, les configurations familiales et sexuelles ont changé.

Dans son Histoire de la sexualité, Michel Foucault écrit que « la sodomie – celle des anciens droits civil ou canonique – était un type d’actes interdits ; leur auteur n’en était que le sujet juridique. L’homosexuel du 19ème siècle est devenu un personnage : un passé, une histoire et une enfance, un caractère, une forme de vie (...) Il ne faut pas oublier que la catégorie psychologique, psychiatrique, médicale de l’homosexualité s’est constituée du jour où on l’a caractérisée – le fameux article de Westphal en 1870, sur les « sensations sexuelles contraires » peut valoir comme date de naissance – moins par un type de relations sexuelles que par une certaine qualité de la sensibilité sexuelle, une certaine manière d’intervertir en soi-même le masculin et le féminin. L’homosexualité est apparue comme une des figures de la sexualité lorsqu’elle a été rabattue de la pratique de la sodomie sur une sorte d’androgynie intérieure, un hermaphrodisme de l’âme. Le sodomite était un relaps, l’homosexuel est maintenant une espèce ».

L’homosexuel, un hérétique devenu une catégorie … ce qui fait dire à Michel Foucault que « nous ne sommes rien d’autre que ce qui a été dit ». Dire ce que l’on est ne serait donc rien d’autre qu’être ce qui est dit, être porteur d’une « identité » sexuée qui, aujourd’hui, se dessine en une myriade de genres.

Laurie Laufer cite le philosophe espagnol Paul B. Preciado, théoricien de l’abolition des différences entre les sexes, des genres et des sexualités qui, après s’être considéré comme une femme lesbienne puis comme gouine trans et garçon-fille, a décidé de choisir le masculin pour s’identifier. Sa pratique, écrit-elle,  est étrangère à l’emprise des discours médicaux, psychiatriques, psychanalytiques ou autres et passe par le corps comme lieu d’une vérité subjective.

Cette vérité ne se laisse pas attraper par le langage, elle va au-delà, elle le déborde, ce qui oblige à inventer des manières de le signifier. Preciado évoque sa « sortie » du genre binaire, sortie du régime de la différence sexuelle. « Sortir », commente L. Laufer, n’est pas seulement tenter de s’échapper de l’impasse du sexuel et de la différence sexuelle, c’est aussi une « sortie du placard ».

Ainsi, le jeu des signifiants entre eux - ce jeu qui oriente le devenir d'un individu, ses discours et ses actes - se rend maître des « identités » sexuées et les fait voler en une myriade d’éléments. Est remis alors au cœur de l’invention freudienne ce qui en constitue tout le sel : les troubles dans la sexualité.

Dans une interview récente donnée au Monde, Laurie Laufer insiste pour dire qu’ « il n’y a pas d’analyse pour les LGBTQI + car cela sous-entendrait qu’il y a un « eux », et un « nous » universel. En revanche, il peut y avoir des contextes de discrimination et d’oppression qui produisent des effets réels. Mais si une personne souffre ou a envie de parler à quelqu’un, de s’inventer, de retrouver des capacités d’agir et d’aimer, un élan érotique, alors la psychanalyse peut être une expérience intéressante. Judith Butler parle de l’agency – la puissance, la capacité d’agir – ainsi : « Qu’est-ce que je fais avec ce que l’on fait de moi ? » Pour le dire autrement, que fait-on avec les assignations dans lesquelles on est enfermé ? Pour l’expérience analytique, j’ajouterais : comment fais-je avec ce que je ne sais pas de moi-même ? ».

 

 

 

 

commentaires

LES DANGERS DE LA THÉRAPIE DITE « DE CONVERSION »

Publié le 24 Octobre 2022 par Jean Mirguet dans Psychothérapies

Qu’est-ce qu’une « thérapie de conversion » ? En quoi les psychothérapies qui explorent le malaise des adolescents qui se questionnent sur leur identité sexuée ne sont pas des thérapies de conversion.

Qu’est-ce qu’une thérapie de conversion ?

La thérapie de conversion appelée encore « thérapie de réorientation sexuelle » est un ensemble de méthodes coercitives très diverses qui visent à modifier, à réprimer l’orientation sexuelle de personnes homosexuelles afin de les « convertir » à l’hétérosexualité. Cette torture psychologique voire physique (électrochocs, exorcisme etc..) a été pratiquée par des professionnels de la santé et par des religieux ou des sectes notamment aux Etats-Unis.

La loi sur les thérapies de conversion

Le 25 janvier 2022, la loi d'interdiction des thérapies de conversion est définitivement adoptée, inscrivant dans le code pénal un délit spécifique, passible de 2 ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende.
 

En quoi cette loi concerne l’identité de genre ?

Le législateur a associé dans la même loi la répression de l’orientation sexuelle à celle de l’identité de genre :
Art.225-4-13 Les pratiques, les comportements ou les propos répétés visant à modifier ou à réprimer l'orientation sexuelle ou l'identité de genre, vraie ou supposée, d'une personne et ayant pour effet une altération de sa santé physique ou mentale sont punis de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende.
 
Toutefois il est précisé :
« L'infraction prévue au premier alinéa n'est pas constituée lorsque les propos répétés invitent seulement à la prudence et à la réflexion, eu égard notamment à son jeune âge, la personne qui s'interroge sur son identité de genre et qui envisage un parcours médical tendant au changement de sexe. »
 
COMMENTAIRES
 
Nous approuvons sans réserve l’interdiction des thérapies de conversion pour les homosexuels. Ceux-ci ne doivent subir aucune contrainte en raison de leur orientation sexuelle et être acceptés et respectés et écoutés dans leur questionnement au même titre que tout autre.
La situation des transgenres n’est pas de même nature. Elle implique des transformations du corps qui pour certaines sont irréversibles. Elle comprend la prise d’hormones et le plus souvent s’accompagne d’actes chirurgicaux. L’homosexuel ne demande rien à la médecine tandis que le transgenre demande le plus souvent une prise en charge médicale à vie, voire chirurgicale, remboursée par la sécurité sociale. Dès lors, cette prise en charge concerne la société dans son ensemble donc chacun d’entre nous. Les jeunes qui se disent transgenres éprouvent un profond malaise dans leur corps de fille ou garçon et affirment qu’il ou elle ne serait pas né(e) dans le
« bon corps ». Il ou elle demande dès lors à en changer, considérant qu’ils ont été «assignés » à un sexe dont ils ne veulent pas au nom de leur ressentis et de leur droit à l’autodétermination.
 
Un adulte décide pour lui-même ce qui est bon pour lui mais un mineur ? Toutes les nuances peuvent exister entre transitions sociales et médicales, mais une confusion existe entre sexe et genre : une transition médicale demandée au nom du changement de genre qui implique des modifications sur le sexuel, la sexualité, et le corps sexué, à court, moyen ou long terme n’est- elle pas une « conversion » ? Un mineur (qui n’a généralement encore aucune expérience sexuelle) peut-il décider sur son seul ressenti d’en passer par des traitements médicaux qui ont des conséquences dont certaines sont irréversibles sur sa santé, son développement neurocognitif, son insertion sociale future, ses possibilités de procréation sans prendre un peu de temps de réflexion ?
Les « ressentis » sont à entendre et non à prendre à la lettre sans les intégrer dans le récit d’un patient et de sa famille. Les ressentis sont labiles d’autant plus à cet âge de métamorphoses psychiques et physiques où de très nombreux adolescents se questionnent sur leur identité sexuée. Une transition médicale peut s’entendre, pour nombre d’entre eux, comme une volonté de changer d’orientation sexuelle : une fille qui aime une fille deviendrait un garçon qui aime une fille.
 
Les personnes de plus en plus nombreuses qui reviennent à leur sexe natal quelques années plus tard, se plaignent amèrement du mode de prise en charge dit «transaffirmatif » consistant à accompagner le désir exprimé par le jeune sans les interroger plus avant. Ils dénoncent les enrôlements rapides sans évaluation de leur psychopathologie ou de leur traumatisme notamment dans le cadre dit « d’un consentement éclairé » problématique dans des conditions de souffrance psychique. Elles soulignent qu’elles auraient eu besoin d’un accompagnement qui leur permette d’explorer leurs souffrances psychiques. Nombre d’entre elles disent que, si elles se traduisent par la demande de changement de genre, en fait elles ne concernaient pas le genre. Elles se sont rendues compte que, pour 60 à 70% d’entre elles, leur dysphorie était liée à leur psychopathologie et pas au genre. Ainsi, et c’est la demande de jeunes qui en ont été privés et qui en ont pâti, accueillir cette demande dans un cadre psychothérapeutique exploratoire et bienveillant ne relève aucunement de la thérapie de conversion comme la loi le précise. Cette prise en charge a pour but de permettre à ces jeunes de comprendre la nature de leur malaise, d’aller mieux psychiquement, et ainsi de faire des choix, quels qu’ils soient, en dehors de toute pression.
 
La notion de « demande » au sens psychanalytique a été pervertie au profit d’une demande d’autorisation à avoir accès aux traitements médicaux et s’inscrit dans une demande effrénée de réponses immédiates symptomatiques de nos temps présents et constatées dans d’autres registres très prisés par les adolescents : consommation numérique massive et addictions diverses etc… Dans tous ces cas, le registre émotionnel immédiat et les circuits de la récompense sont sollicités sans qu’aucune limite soit posée par des adultes.
 
Le psy se retrouve pris dans une démarche idéologique qu’il le veuille ou non, à devoir satisfaire cette « demande ». Ainsi dans les consultations dédiées, il est préconisé d’accompagner la demande et de ne pas l’interroger.
Cette demande risque de cautionner un passage à l’acte médico-psychologique chez un adolescent en proie à des questionnements subjectifs. En tant que professionnels, l’éthique nous amène à respecter une temporalité fiable, dans les entretiens et séances psys pour tenter d’aider un jeune à éclairer le sens de sa demande.
 
Une information récente datant du 28 juillet 2022, annonce la fermeture de la plus importante et renommée clinique du genre pour enfants et adolescents en Europe – le GIDS Gender Identity Development Service – après qu’un rapport d’une pédiatre le Dr. Hilary Cass, ait révélé, dans sa mission d’expertise pour la NHS (National Health Service : la Santé publique du Royaume- Uni), les dysfonctionnements du GIDS. Notamment la prise en charge inadaptée proposée à ces jeunes qui souffrent de nombreux troubles psychopathologiques (troubles anxio-dépressifs, troubles du comportement alimentaire, autisme, TDAH, traumatismes divers…). Par ailleurs, les bloqueurs de puberté sont largement pointés du doigt face au manque d'études scientifiques et cliniques sur les effets à court, moyen et long terme aussi bien sur le développement neurocognitif que sur le plan somatique (lettre du Dr Cass publié le 19 juillet dernier et adressé à la NHS Englandhttps://cass.independent-review.uk/wp-content/uploads/2022/07/Cass- Review-Letter-to-NHSE_19-July-2022.pdf).
 
Dès lors accompagner cette demande de changement de sexe fondée sur les seuls ressentis est fortement remis en question comme seule solution à un malaise adolescent. Écouter, interpréter, laisser du temps au temps ne peut d’aucune façon être assimilé à une thérapie de conversion.
 

Ce texte a été signé par  l’Observatoire La Petite Sirène, l’ALI, Association Lacanienne Internationale, le Mouvement du Coût freudien et Psychanalyse Actuelle.

 

commentaires
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>