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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

L’honneur perdu de la gauche française

Publié le 17 Octobre 2023 par Jean Mirguet dans Racisme et antisémitisme

Chacun en fait le triste constat : ce qui se passe en ce-moment au sein de la gauche française est grave. Depuis les attaques terroristes du Hamas contre Israël, Mélenchon et les siens (hormis quelques rares exceptions) se refusent à qualifier ces actes d’inhumanité. Encore récemment, la députée LFI Obono persiste en qualifiant le Hamas de « groupe politique islamiste » qui « résiste à une occupation pour la libération de la Palestine », provoquant la saisine à son encontre du Procureur de la République par le ministre de l’Intérieur « pour apologie du terrorisme ».

La complaisance répugnante de la gauche radicale à l’égard de l’antisémitisme n’est pas nouvelle : souvenons-nous du soutien de ce parti à Jeremy Corbin, de l’accueil chaleureux réservé au rappeur antisémite Médine, de l’accusation portée contre le président du CRIF d’être d’extrême-droite, de sa constance à identifier le Hamas comme un mouvement de «résistance palestinienne ».

Pour cette « gauche », l’abject cynisme et la couardise n’ont décidément aucune limite.

 

Face à se spectacle affligeant, que font les coalisés de la Nupes et, en particulier, le Parti Socialiste ? Dans la suite de l’accord électoral qui l’a vue naître et qui s’est essentiellement traduit par une commune détestation du Président Macron, de jour en jour, leurs relations deviennent de plus en plus conflictuelles. Depuis le refus de leur partenaire LFI de reconnaître les exactions criminelles du Hamas, les désaccords grandissent, rendant inévitable une décision de dissolution, seule solution honorable leur permettant de retrouver un minimum de dignité.

Là où il s’agirait de trancher promptement,  ils s’interrogent, discutent, se tâtent, mégotent, tergiversent, finassent, louvoient. Quand vont-ils décider de s’affranchir de la tutelle des Insoumis ? Quand vont-ils cesser de se fourvoyer,  de se compromettre, de se dévoyer ? Quand vont-ils prendre acte de cette donnée et en tirer les conclusions : les racismes et l’antisémitisme d’extrême-droite et d’extrême-gauche s’additionnent ?

Quand vont-ils cesser de se déshonorer et retrouver un minimum de dignité ? Quid de l’honneur de la gauche ?

 

Par les effets de l’ordre alphabétique, le dictionnaire produit d’étonnantes rencontres. C’est ainsi que dans le Dictionnaire Historique de la Langue Française, le mot honneur voisine avec celui de honte.

Entre l’honneur et la honte se nouent des liens indissolubles puisque c’est de l’absence de honte que naît la perte de l’honneur. C’est ainsi que Lacan s’exprime quand il débute la dernière leçon de son Séminaire, L’envers de la psychanalyse, en juin 1970, en disant : « Il faut bien le dire, mourir de honte est un effet rarement obtenu ».

Autrement dit, la honte, spécialement en politique et en France, est aujourd’hui jetée aux oubliettes. Elle a disparu de certaines consciences même si l’inflation des demandes de pardon, les repentirs, les regrets, les excuses qui se manifestent depuis de nombreuses années pourrait laisser penser l’inverse.

Faudrait-il oublier la honte de la Shoah, celle du stalinisme, celle consécutive au génocide arménien, celle liée à l’agression de Poutine contre l’Ukraine, celle que fait subir Xi Jinping aux Ouïghours, etc, etc… ?

On mesure ce qui résulte de cet effacement de la honte : la progression de l’antisémitisme, le retour des intégrismes, l’impudence sans vergogne des radicaux et des extrémistes pour qui la loi du plus fort devient la seule ligne de conduite.

Avec l’évanouissement de la honte, force est de constater que l’honneur, en tant que « principe moral d’action qui porte une personne à avoir une conduite conforme (quant à la probité, à la vertu, au courage) à une norme sociale et qui lui permette de jouir de l’estime d’autrui et de garder le droit à sa dignité morale » (définition du dictionnaire), a déserté les rangs de la gauche.

 

Le mot honneur (longtemps au féminin) apparaît en ancien français à la fin du XIe siècle. En particulier dans la Chanson de Roland, avec les deux sens qu’il gardera longtemps : une terre qui assure à son possesseur pouvoir, prestige et richesse ; une qualité, une dignité propre à tel ou tel individu, exprimant et soutenant sa réputation.

En substance, l’honneur est une réputation, un patrimoine symbolique, presque spirituel, qu’au Moyen-Age, tout chevalier se devait d’accroître pour ensuite le transmettre à son lignage.

L’honneur est donc un bien moral qui se transmet après avoir été conquis dans la lutte et qui permet à la fois d’acquérir la considération d’autrui et de conserver sa propre respectabilité.

« L’honneur est la récompense de la vertu, accordée aux gens de bien » nous dit Aristote, mais plusieurs siècles plus tard, l’honneur devient, sous la plume de Montesquieu, une demande, celle des préférences et des distinctions et rien ne s’oppose alors à ce que le vicieux l’obtienne, du moment que les conséquences sont heureuses pour la collectivité.

 

Deux versants de l’honneur donc, l’un reposant sur une conception humaniste au service d’un sujet, l’autre sur une conception utilitariste au service du politique.

Ces deux versants de l’honneur correspondent à l’opposition entre l’honneur des anciens et celui des modernes. On dit que l’honneur régnait chez les Grecs et les Romains car il fallait, comme l’écrit Tacite, « mériter sa mort ».

Aujourd’hui, l’honneur des modernes consisterait plutôt à délivrer ces derniers des obligations de l’honneur. Il est triste de constater que tous ceux qui continuent à vouloir sauvegarder cet étrange objet politique qu’est la Nupes ont décidé de s’affranchir de ces obligations et de se satisfaire  des discours idéologiques qui confondent Français juifs et extrême-droite israélienne et « mélangent, comme l’indique Jacques Attali, trois concepts : antisémitisme, antisionisme et « antibibisme », c’est-à-dire la critique d’un gouvernement israélien de droite ».

Honte à eux qui participent, activement par leurs propos ou passivement par

 leur silence, à l’apologie du terrorisme. Si leur indécence voire leur jouissance nous est tant insupportable, c’est sans doute qu’elle franchit les bornes de la pudeur, qu’elle atteint notre pudeur …

Gageons donc que la disparition de la Nupes redonne un peu de force aux vertus de la honte et de l’honneur, celles que la gauche n’aurait jamais dû abandonner.

 

 

 

 

 

 

 

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Le péril de la déshumanisation

Publié le 14 Octobre 2023 par Jean Mirguet dans Israël et Palestine

Chers amis,

Si vous n’en avez pas eu l’occasion, je vous invite à lire cette tribune du philosophe Abdennour Bidar, parue hier dans Le Monde.

Il s’agit, à mes yeux, d’un texte capital appelant à l’union sacrée à la suite des massacres perpétrés par les terroristes du Hamas puis à son impact, ce vendredi, avec l’assassinat à Arras, du professeur de lettres Dominique Bernard.

Abdennour Bidar exhorte chacun à se sentir concerné par la gravité de l’événement, à identifier et assumer sa responsabilité républicaine, à ne pas se taire et à agir.

Il appelle, en particulier, les autorités musulmanes de France à faire entendre leur voix et à ne pas se contenter de prises de parole désespérément incapables d’échapper à l’ambiguïté ou à la demi-mesure. Il importe d’échapper au piège du silence qui pourrait, à terme, devenir synonyme de complaisance.

Abdenour Bidar invite au bien-dire, à la parole décente puisqu’à l’inverse, écrit-il, « il est indécent d’entendre, ces derniers jours, des déclarations qui voudraient expliquer ce qui s’est passé en arguant de la situation intolérable faite par Israël aux habitants de la bande de Gaza, ou de tout ce que l’on peut reprocher à l’extrême droite israélienne nationaliste ou ultraorthodoxe (…) Il y a un temps pour chaque chose, une éthique du juste moment, et c’est cette temporalité qui doit être respectée. En de pareilles heures, il s’agit de condamner et de compatir, et non pas de relancer un débat ni de prétendre l’élargir, ce qui ne fait que noyer l’horreur dans le relativisme (…) Nous ne pouvons pas faire comme si cet événement ne nous convoquait pas, personnellement et collectivement, alors qu’il doit nous engager au motif de notre humanité même. Car c’est ici la déshumanisation du monde qui est le péril, une nouvelle fois hélas, dans notre modernité ensauvagée ».

°°°°°°°°°

Le philosophe Abdennour Bidar sur l’attaque du Hamas contre Israël : « Vite, une parole claire et forte des représentants de la communauté musulmane de France ! »

Tribune Le Monde, 14/10/2023

Abdennour Bidar

Philosophe spécialiste de l’islam

Pas de « oui mais ». Oui, en tant qu’intellectuel musulman, je condamne sans réserve, sans ambiguïté et sans aucune hésitation les massacres et prises d’otages perpétrés par le Hamas, et je les dénonce comme une pure barbarie et sauvagerie absolument injustifiables.

A cette condamnation, j’ajoute immédiatement l’expression de ma compassion envers tous les Israéliens, toutes les victimes de toutes nationalités, qui sont mes sœurs et frères en humanité, en pensant particulièrement aux enfants, aux femmes, aux personnes âgées, à tous les innocents qui ont été fauchés par cette violence et qui, pour les survivants, continuent de la subir dans des conditions qu’il est difficilement supportable d’imaginer.

Je suis également très alarmé de constater que, du côté musulman, se fasse attendre à ce point une prise de parole à la hauteur de la gravité des faits. Je ne voudrais pas que dure trop longtemps ce silence aussi assourdissant, ou bien que nous n’entendions que des prises de parole désespérément incapables d’échapper à l’ambiguïté ou à la demi-mesure. J’appelle donc les autorités musulmanes de France à réagir enfin.

Poison de cet événement

Attention toutefois, il s’agit de le faire vite, mais aussi de le faire bien, c’est-à-dire de façon décente. Car il est à l’inverse indécent d’entendre, ces derniers jours, des déclarations qui voudraient expliquer ce qui s’est passé en arguant de la situation intolérable faite par Israël aux habitants de la bande de Gaza, ou de tout ce que l’on peut reprocher à l’extrême droite israélienne nationaliste ou ultraorthodoxe.

Cela, parfaitement entendable en soi, n’est pas recevable aujourd’hui : il y a un temps pour chaque chose, une éthique du juste moment, et c’est cette temporalité qui doit être respectée. En de pareilles heures, il s’agit de condamner et de compatir, et non pas de relancer un débat ni de prétendre l’élargir, ce qui ne fait que noyer l’horreur dans le relativisme.

Vite, donc, une parole claire, forte, responsable et courageuse des représentants de la communauté musulmane de France ! Des intellectuels, des engagés, des citoyens de culture musulmane ! Cette parole est indispensable, requise, cruciale, tandis qu’à l’inverse demeurer dans le silence serait inexcusable.

Je m’insurge, aussi, contre ceux qui, en France et de par le monde, voudraient faire de cette barbarie une cause religieuse, en l’occurrence la cause de l’islam. Non ! Non, l’islam ne saurait être légitimement invoqué ici, et personne n’a le droit de se réclamer de l’islam pour commettre ou prétendre fonder en raison l’irrationalité de tels actes. Aucune sacralité n’exonère leurs auteurs du sacrilège qui est le leur, à l’encontre de la personne humaine, de l’humanité, et d’une religion l’islam qu’ils prétendent servir alors qu’ils l’assassinent.

Plus largement que l’islam, aucune autre « cause idéologique » ne peut justifier ces actes. La cause palestinienne, si défendable, nécessaire et cruciale qu’elle soit, ne peut pas être légitimement évoquée pour pardon de l’horreur du mot face à l’horreur commise « relativiser » la gravité de ces massacres qui sont des crimes contre l’humanité. A ce titre, c’est la conscience humaine mondiale qui doit être accablée par ces actes, et c’est hélas notre humanité tout entière qui est perdante ici, d’autant plus que le poison de cet événement commence à se répandre un peu partout sur la planète.

Fraternité républicaine

Déjà en France, en effet, nous venons d’être les témoins sidérés de son impact, avec l’assassinat abject du professeur d’Arras vendredi 13 octobre. Face à cela, j’appelle à l’union sacrée. Tout cela risque de faire beaucoup pour notre vivre-ensemble déjà trop fragilisé, voire pour notre paix civile. A cet égard, notre responsabilité collective est aussi immense qu’urgente. Ne nous laissons pas diviser ! Nous devons empêcher de toutes nos forces que ne se déchaînent ici les rejets de l’autre, les replis sur soi, le racisme et l’antisémitisme, les haines et les violences qui nous gangrènent déjà et qui sont toujours plus invraisemblablement excités par telle radicalité religieuse ou tel extrémisme politique.

J’appelle tout particulièrement mes coreligionnaires musulmans à n’avoir en ces temps dangereux et face un avenir aussi incertain que des attitudes et des paroles de paix en toutes circonstances, exemplaires envers tous nos concitoyens. Et je les invite à manifester tout spécialement leur soutien à nos concitoyens juifs, si terriblement affectés par ce qui s’est passé, de la manière la plus active, claire, large, en descendant dans la rue avec eux, en allant à leur rencontre.

Une fois de plus, c’est notre fraternité républicaine qui est en jeu ! Il faut veiller à ce que cette énième mise à l’épreuve ne soit pas pour elle le coup de grâce. Face à ce risque, chacun doit identifier et assumer sa part propre de responsabilité.

Du côté politique, tous partis et toutes fonctions ensemble, c’est le moment de prononcer des discours d’une tout autre envergure. De rappeler publiquement nos fondamentaux éthiques à l’ensemble de la communauté nationale : à savoir que, quelles que soient l’origine, la couleur de peau, la conviction ou la croyance, toutes ses composantes sont membres de la fraternité républicaine. Ce qui veut dire que nous devons pouvoir compter les uns sur les autres, non seulement en termes de respect et de tolérance, mais aussi de solidarité et d’empathie en acte.

Déshumanisation du monde

Un événement comme celui-ci risque de faire entre nous tellement de dégâts supplémentaires en termes de déchirements du corps social que cette parole politique doit se faire entendre afin de réassurer la solidarité du peuple français. Cependant, là encore, quelle prise de parole, ces derniers jours, a été à la hauteur de cet enjeu, a su s’élever à une dimension supérieure, notamment en fixant le cap clair de ces fondamentaux ?

La même responsabilité républicaine est également celle des chefs des communautés culturelles ou religieuses. Mais elle est bien, plus globalement encore, celle de toutes celles et de tous ceux qui, dans notre société, occupent une position de responsabilité, du niveau national au niveau local : des médias aux différents encadrements d’institutions publiques et d’entreprises privées, des chefs d’établissement aux professeurs de l’enseignement public et privé.

Personne, face à un tel événement, ne saurait réclamer d’être « hors-sol », c’est-à-dire exonéré de sa responsabilité républicaine : chacune et chacun est sommé par la gravité de l’événement, et de ses conséquences possibles, à prendre la parole et à agir au lieu de se dire frileusement « ce n’est pas ici le lieu », « ça ne fait pas partie de mes attributions », etc.

Nous ne pouvons pas faire comme si cet événement ne nous convoquait pas, personnellement et collectivement, alors qu’il doit nous engager au motif de notre humanité même. Car c’est ici la déshumanisation du monde qui est le péril, une nouvelle fois hélas, dans notre modernité ensauvagée.

Abdennour Bidar est philosophe et spécialiste de l’islam. Il s’intéresse tout particulièrement aux évolutions de la vie spirituelle dans le monde contemporain. Il est notamment l’auteur de "Les Cinq Piliers de l’islam et leur sens initiatique", Albin Michel.

 

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Nous vivrons

Publié le 11 Octobre 2023 par Jean Mirguet dans Israël et Palestine

Récemment, le dessinateur, écrivain et réalisateur Joann Sfar, connu pour ses séries Le Chat du rabbin, publiait un dessin du symbole Haï associant deux lettres de l'alphabet hébreu, le het et le youd, qui signifie « vivre », « vivant », accompagné de ce message : « Nous vivrons ».

Dans un entretien édité dans le prochain numéro du Point, il revient sur ce message de vie, après les effroyables exactions commises contre Israël et ses habitants. Il pointe du doigt ceux qui choisissent de se taire ou qui, à force de contorsions verbales ignobles, tentent de justifier la barbarie des terroristes ayant égorgé des civils, y compris des bébés, par centaines, ce qui s’appelle un pogrom.

Joann Sfar rappelle qu’avant l'attaque du Hamas, Israël était tout entier opposé à Benyamin Netanyahou et manifestait toutes les semaines contre lui. En une journée, le Hamas a réussi à unir tout Israël derrière son gouvernement actuel.

Il rappelle des vérités historiques indiscutables et que, à l’encontre de ce qui s’entend, chez les jeunes en particulier, « qui s'imaginent que Gaza est occupé par des Israéliens, il n'y a pas un seul Israélien à Gaza depuis 2006. Le Hamas est un mouvement islamique financé par l'Iran et dirigé par des gens qui se trouvent au Qatar. Il a pris le pouvoir à Gaza en abattant une centaine de chefs du Fatah, l'autorité palestinienne.

Depuis cette époque règne à Gaza un ordre qui relève de l'État islamique : on jette les homosexuels des toits, les opposants sont tués et traînés derrière des poteaux et les milliards que donne la communauté internationale pour les Palestiniens vont dans les caisses du Hamas pour construire des tunnels et acheter des armes plutôt que pour construire des hôpitaux, des écoles… Que l'on soit clair : le but du Hamas n'est pas la création d'un État palestinien, c'est l'extermination de tous les Juifs d'Israël. Face à ce projet, il est évident que les Israéliens doivent se défendre. Aujourd'hui, ce que l'on peut constater, c'est que la paix vient de reculer de vingt ans, et c'est tragique.

Si notre jeunesse est solidaire de la cause palestinienne et si elle souhaite qu'il y ait un jour un État palestinien, dans ce cas-là il faut réhumaniser les deux partis et il ne faut pas excuser les crimes du Hamas qui sont au-delà du terrorisme. Quand on viole des jeunes femmes et qu'on exhibe leurs cadavres, quand on va chercher une vieille dame, qu'on l'abat à bout portant et qu'on poste le cadavre sur son Facebook, quand on enlève des enfants et qu'on les maltraite… on est dans quelque chose qui est de l'ordre des pires crimes de guerre ».

Le week-end dernier Joann Sfar diffusait un message dans lequel il affirmait que  « celles et ceux qui, depuis des années, ouvrent les bras au Hamas et à ses alliés sont les ennemis déclarés de la Palestine et d'Israël. Ils ont sur les mains le sang des pogroms ».

A la question de savoir si, après les attentats de Mohammed Merah à Toulouse en 2012, puis ceux contre Charlie Hebdo en 2015, quelque chose avait changé dans l’opinion publique, Joann Sfar répond qu’ « il y a une immense lâcheté collective ». « Quand en 2014, il y a eu cette manifestation près de la Bastille, qu'une synagogue a été attaquée aux cris de « mort aux juifs » dans la rue et qu'après on a interrogé Jean-Luc Mélenchon à ce sujet,  il a répondu : « Je n'ai rien entendu, il ne s'est rien passé »… Il y a toute une part de la société française qui, pour plusieurs raisons, refuse de s'exprimer sur cette question, de condamner clairement ».

Pour lui, alors que les juifs représentent moins de 1 % de la population française, plus de 40 % des agressions racistes violentes sont commises contre eux. « On s'est résigné à ça. La haine des juifs est multiple et il ne faut pas me faire croire que la haine qu'exprime le Hamas aujourd'hui relève du projet territorial palestinien. C'est une haine exterminatrice qui prend ses origines dans le fanatisme religieux. J'ajoute que les gens qui veulent que l'on confonde l'Islam, le monde arabe et de l'autre côté le Hamas et les mollahs, ce sont eux les islamophobes, ce sont eux les racistes anti-arabes. Le Hamas est le plus grand ennemi de la Palestine ».

Il précise que s’il a publié ce Haï, c’est en référence à « l'hymne d'Israël : « Am Yisrael chai », qui signifie « Israël survivra ». Et depuis la création de l'État hébreu, la seule chose que demandent les Juifs, c'est de survivre. Il faut savoir que les gens qui ne veulent pas de juifs en Israël ne veulent pas non plus de juifs en dehors d'Israël. Je pense que là où ils souhaitent que l'on soit, c'est sous la tombe. On leur répond : pas tout de suite ».

En ne condamnant pas clairement la barbarie du Hamas, Mélenchon et ses affidés Panot et Bompard, rejoints par le marginal Besançenot, ne peuvent prétendre représenter la gauche. Ils ont commis une faute morale impardonnable. Même si « le sang sèche vite » comme le formulait De Gaulle, il faudra ne pas oublier les propos de ces activistes qui se revendiquent de gauche en mettant sur le même plan Israéliens et Palestiniens, à un moment où il n'est pas décent de le faire. Là également, le devoir de mémoire doit s’imposer.

Il ne faudra pas oublier non plus cette marionnette grandeur nature d'un banquier juif ressemblant à Emmanuel Macron, qui était portée lors d'une manifestation parisienne, de l'Opéra à Bastille, à l'appel de La France insoumise le 5 mai 2018 : un nez crochu, des doigts crochus pour attraper d'autres dollars que ceux qui dépassaient déjà des poches de son costume... L'étonnant, c'est que cette mise en scène antisémite ne fit pas scandale.

Quand l’antisémitisme de ceux qui se proclament « de gauche », camouflé sous la langue de bois et la lâcheté des déclarations, fera-t-il scandale ?

Il faut condamner cette attaque sans ambiguïté et avec la plus grande fermeté, et, en même temps, comme le souligne le géopolitologue Dominique Moïsi,  se poser la question des origines de cette sauvagerie.

Mais analyser la cause n'est pas justifier l'action.

 

 

 

 

 

 

 

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Le wokisme ou la bêtise en action

Publié le 22 Août 2023 par Jean Mirguet dans Racisme et antisémitisme

La Revue des Deux Mondes consacre son numéro de l’été au « Bêtisier du wokisme », un dossier drôle, impertinent, irrespectueux, provocateur, à l’envers de la mode woke, cette police du langage et de la pensée, dépourvue de toute forme d’humour, assénant des certitudes et s’érigeant en parangon de vertu.

Ce numéro réjouira tous ceux à qui le puritanisme, la pudibonderie, le dogmatisme donnent de l’urticaire !

Pour Jean-François Braunstein et Pascal Bruckner qui en sont les contempteurs parmi les plus qualifiés, le wokisme est l’alliance des Verdurin et des Trissotin.

« Dépourvu d’espérance, d’humour et de rigueur intellectuelle, le wokisme se sait sans avenir. Condamné à la médiocrité par ses prémisses, c’est devenu une secte animée par l’énergie du désespoir, qui n’attire que les conformistes et n’impressionne que les esprits faibles. Pour perdurer malgré son échec annoncé, elle a besoin de construire un récit universel dans lequel les mâles blancs hétérosexuels, institués malédiction de l’histoire du genre humain, portent la faute de tout. Elle aura le temps, avant de finir dans dix ou vingt ans, de faire des dégâts considérables. Ceux-ci affecteront le progrès scientifique, l’intelligence politique, la bienveillance et la politesse entre les personnes, la transmission du savoir, le sens commun, la pertinence des débats, et la paix sociale ».

 

Les propositions du wokisme sont fondées sur l’appartenance à une communauté et partent toujours de la domination raciale et sociale, celle du mâle blanc uniquement, qui détermine sa vision d’ensemble.

L’histoire ne fait pas partie de ses codes puisqu’elle est écrite par les dominants. Il faut donc l’effacer. Autant dire que c’est le degré zéro de l’héritage qui appelle à récrire les œuvres et à partir à l’assaut de notre patrimoine culturel.

Annuler l’Autre, exalter le Même, refuser de débattre : c’est leur tendance assumée.

Il est pathétique de voir la gauche radicale et identitaire adopter le wokisme comme gilet de sauvetage alors que le naufrage la guette.

 

Puisque les wokistes se prétendent « éveillés », JF Braunstein propose de les renommer « éveillistes » qui restitue l’aspect secte. P. Bruckner, quant à lui, choisit le terme de « vigilantistes », à l’image de l’ultra-gauche et d’Edwy Plenel qui se veut un « vigilant ».

Quelque terme qu’on utilise pour les nommer, une évidence s’impose : le wokisme est un snobisme d’élites blanches, de blancs riches animés par la haine des Blancs.

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Leon Lewis, l'homme qui a vaincu les nazis à Hollywood.

Publié le 22 Mai 2023 par Jean Mirguet dans Cinéma

Dans une Amérique affaiblie par la crise de 1929, poreuse aux idées fascistes et antisémites, l’arrivée d’Hitler au pouvoir a galvanisé les groupuscules nazis américains. Ceux-ci n’ont qu’un but : faire vaciller la démocratie américaine. Leur moyen d’y parvenir ? Hollywood, la plus grande machine de propagande au monde. Un homme, pourtant, va s’employer à déjouer leurs plans : Leon Lewis. Huit ans durant, à la tête d’un réseau d’espions amateurs, cet avocat juif sera prêt à tout pour sauver son pays de la menace nazie.

Ce documentaire de 52 minutes, inédit, écrit, réalisé et dessiné par Olivier Mirguet sera diffusé dimanche prochain 28 mai, à 22h50 sur France 5

Une production Ex Nihilo, avec la participation de France Télévisions, année 2022.

Merci à tous ceux qui ont accompagné ce projet longue durée : David Coujard Emmanuel Migeot Louis Castro Flo Platarets JB Equal Brothers Yann Mallard Matteo Locasciulli Stéphanie Garnes Bruno Masi Steve Ross Guillaume Bérard et toute l'équipe de Agat films - Ex nihilo

 

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Un bruit de casseroles

Publié le 9 Mai 2023 par Jean Mirguet dans Politique

Peut-être déplorez-vous comme moi la manière dont une majorité de médias relaie sans vergogne les slogans de l’opposition, que ce soit celle de la gauche radicale ou celle de la droite populiste et réactionnaire : les Français sont « en colère », « révoltés » par un « déni de démocratie ». La légitimité des élus est opposée à celle de la foule, de la « rue », du « peuple », pendant que des manifestants font du bruit en tapant sur du vide, avec le soutien de casseroles devenues l’emblème de la gauche. A la radio, à la télévision sont privilégiés les témoignages de personnes hostiles à la réforme. Quant aux violences en marge des manifs, elles sont essentiellement policières.

Il devient très compliqué de dénicher une presse qui sache résister aux sirènes et aux délires idéologiques. Depuis maintenant plusieurs années, Le Monde a abandonné son exigence éditoriale de centre gauche ; quant au service public, il est bien en peine de proposer une information sans filtre idéologique. À l’objectif d’informer s’est substitué celui de racoler et de faire le buzz.    

Pourtant, nombreux sont les citoyens qui aspirent à une information les éclairant sans les manipuler, qui attendent des réflexions croisées, plurielles, rendant compte de la complexité du monde, qui souhaitent des politiques éditoriales respectueuses des grands principes de la démocratie, de la République, du processus européen.

Plutôt que d’évoquer la « crise de la démocratie », expression devenue en quelques semaines le poncif le mieux partagé dans notre pays, ne serait-il pas plus juste d’invoquer une crise de la médiacratie donnant naissance à son rejeton, la médiocratie ?

Infantilisée par les radicalités, l’opinion se laisse de plus en plus contaminée par ce que l’écrivain et journaliste Kamel Daoud appelle la « puérilocratie », « ce jeu dangereux des médias se cherchant une parenté amoureuse avec la casserolade »

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A rebours du bavardage de maints commentateurs reconvertis en directeurs de conscience, je propose à votre lecture cet éditorial de Luc de Barochez, rédacteur en chef du service Monde du Point. Il l’a intitulé « Le misérabilisme performatif français ».

La performativité, c’est quand dire, c’est faire, sport auquel se livrent les grognons et les défaitistes qui, joignant le geste à la parole, décrédibilisent toute action réformatrice en s’évertuant à tenir des discours catastrophistes sur le pays.

 

Le « misérabilisme performatif » français

Par Luc de Barochez

Le Point 09/05/2023

 Le peuple le plus pessimiste au monde s’abuse sur l’état réel du pays. La fin officielle du Covid vient d’en donner un nouvel exemple.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de proclamer, le 5 mai, la fin de l'état d'urgence sanitaire liée au Covid-19. Mesure-t-on bien la rapidité avec laquelle la pandémie, grâce au vaccin, a été endiguée ? Les Français reviennent de loin. En 2020, ils étaient le peuple le plus pessimiste au monde sur l'efficacité attendue du sérum, selon une étude internationale alors réalisée par Ipsos. Seule une minorité (48 %) pensait qu'il finirait par vaincre le virus. Ils n'étaient même que 16 % à juger probable un retour à la normale après le Covid !

Il faut se souvenir de ces données pour mesurer la profondeur de la dépression française, ce mélange de mélancolie et d'autodénigrement identifié de longue date mais qui ne cesse de s'aggraver. Ce printemps, quelque 72 % des personnes interrogées par l'Ifop pour le JDD se disent pessimistes sur l'avenir de la France, un taux en progression spectaculaire de 16 points par rapport à 2021.

Un maître de conférences à Sciences Po Paris, Alexander Hurst, vient de raconter dans The Guardian une expérience éclairante à laquelle il s'est livré avec ses étudiants. Il leur a présenté un graphique indiquant le niveau d'inégalités des pays développés, en omettant leurs noms. Les élèves ont identifié sans difficulté les Etats-Unis, en tête des riches démocraties les plus inégalitaires. Ils se sont en revanche trompés sur la France, qu'ils ont positionnée près de l'Amérique alors qu'elle figure en réalité dans le bas du tableau, non loin des pays scandinaves.

De fait, l'Hexagone est plus égalitaire que l'Allemagne, la Suisse ou l'Italie. Le coefficient de Gini, qui mesure le taux d'inégalité, en fait foi. Il est même meilleur aujourd'hui en France qu'il ne l'était pendant les Trente Glorieuses, cette période à croissance économique forte (1945-1973) pendant laquelle le pays était plus sûr de lui, mais moins bien loti et plus inégalitaire qu'aujourd'hui. L'enseignant de Sciences Po en tire une leçon capitale : un « incroyable décalage » sépare la réalité du discours hyperbolique et catastrophiste que la France tient sur elle-même. Ce « misérabilisme performatif », selon son expression, alimente la nostalgie du « c'était mieux avant » qui fait le jeu des extrêmes à droite comme à gauche et décrédibilise l'action réformatrice du politique.

Performance environnementale

La France n'est certes pas un paradis ! Sa dette publique, qui ne cesse de grossir malgré les prélèvements obligatoires les plus lourds d'Europe, en témoigne. L'état de son système éducatif, aussi. Mais elle n'est pas non plus l'enfer que beaucoup de ses habitants imaginent. Septième puissance économique mondiale, elle est un pays où, même après la réforme, les travailleurs pourront partir à la retraite plus tôt que n'importe où ailleurs en Europe, où le taux de fécondité est le plus élevé du continent, où l'espérance de vie à la naissance figure parmi les meilleures, où le chômage structurel qui perdure depuis un demi-siècle est en voie d'être vaincu, où l'écart des salaires entre hommes et femmes est parmi les plus bas et continue à diminuer.

La performance environnementale de la France, selon l'indice calculé par l'université américaine Yale, la place au 12e rang mondial, devant – excusez du peu – le Japon, l'Italie, l'Allemagne ou les Etats-Unis. Elle est l'un des pays qui ont le mieux négocié leur transition numérique et où le coût de l'Internet mobile est le plus bas. Elle est, pour la troisième année consécutive, le pays européen qui attire le plus d'investissements étrangers. Elle est même, selon le blog spécialisé Fipaddict, le seul grand pays européen où le pouvoir d'achat a augmenté pendant la crise sanitaire, pour s'établir fin 2022 à 1,5 % au-dessus de son niveau de 2019. Bref, une puissance moyenne qui n'a pas à rougir.

D'où vient alors ce déficit de bonheur qui ne cesse d'assombrir le moral des Gaulois réfractaires ? Il y a quarante-cinq ans, l'économiste Jean Fourastié, l'auteur des Trente Glorieuses (Fayard, 1979), pointait déjà les dépenses sociales élevées mais inefficaces, l'incapacité à organiser un dialogue social digne de ce nom, la rigidité du droit du travail, la grande fragilité du commerce extérieur. Le jugement reste valable. On pourrait y ajouter l'angoisse devant une mondialisation qu'on peine à appréhender, la frustration devant un État nounou de plus en plus impotent, et surtout la crainte du déclassement, qui se nourrit justement de la conscience de sa situation privilégiée. C'est quand on est nanti qu'on a le plus а perdre.

 

 

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L’humeur du jour : des opinions en place de critères

Publié le 18 Avril 2023 par Jean Mirguet dans Le malaise

Je vous propose la lecture de ce passage, extrait de La tache, puissant roman de Philip Roth (1998), qui n’est pas sans évoquer notre actuelle République bien-pensante, éclairée par l’ultra-gauche et l’activisme écologique faisant fonction de Surmoi de notre Hexagone chéri, dans lequel la culture de la plainte semble ne plus avoir de limite.

Ernestine, sœur de Coleman, le personnage principal du livre :  « Du temps de mes parents, et encore du mien et du vôtre, les ratages étaient mis sur le compte de l’individu. Maintenant, on remet la matière en cause. C’est trop difficile d’étudier les auteurs de l’Antiquité, donc c’est la faute de ces auteurs. Aujourd’hui, l’étudiant se prévaut de son incompétence comme d’un privilège. Je n’y arrive pas, c’est donc que la matière pèche, c’est surtout que pèche ce mauvais professeur qui s’obstine à l’enseigner. Il n’y a plus de critères, monsieur Zuckerman, il n’y a plus que des opinions ».

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Une presse allumeuse

Publié le 12 Avril 2023 par Jean Mirguet dans Politique

« Constituée pour soutenir la défense d'Alfred Dreyfus, la Ligue des droits de l'homme a été de tous les combats du XXe siècle. Elle peut s'enorgueillir d'avoir porté haut les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité pendant plus de cent ans.

Plusieurs événements récents obligent, hélas, à constater que la Ligue a aujourd'hui bradé cet héritage (…) La LDH a cru pouvoir répondre au racisme dont sont victimes les jeunes issus de l'immigration en faisant preuve de complaisance à l'égard des organisations religieuses qui prétendent les représenter ». 

C’est ainsi que s’exprimaient en 2006, le journaliste Antoine Spire et l’avocat Cédric Porin, après avoir décidé de quitter la LDH.

Lors de l’affaire Redecker, ce philosophe menacé de mort pour avoir critiqué l’Islam radical, la LDH avait d'abord fait état de son rejet d' « idées nauséabondes », avant de concéder : « Quoi que l'on pense des écrits de M. Redeker, rien ne justifie qu'il subisse un tel traitement... ». « Mais l'ambiguïté et la timidité de ce soutien s'accommodent mal avec l'intransigeance qu'exige le combat pour la liberté d'expression », poursuivaient les deux démissionnaires qui concluaient ainsi : « Sans distance à l'égard du mouvement social, trop souvent ambiguë ou même compromise à l'égard d'un intégrisme islamiste dangereux, et en recul sur la lutte contre l'antisémitisme ou la défense de la liberté d'expression, la Ligue a perdu sa légitimité d'autorité morale de la République. Depuis longtemps, elle n'est plus l'organisation conçue pour défendre Dreyfus. Jusqu'à aujourd'hui, nous pensions que, association pluraliste, elle pourrait, malgré sa dérive, entendre une minorité à laquelle nous participions depuis des années. Mais cette dérive continue sans garde-fous. Il ne nous reste plus qu'à la quitter ».

 

Quid aujourd’hui de l’engagement de la Ligue des Droits de l’Homme pour la défense des droits et des libertés ? Quid de son autorité morale quand sa désinformation sur Sainte-Soline (cf. l’article du Point ci-dessous) s’inscrit dans la suite logique d’une dérive que nombre d’organes de presse, tels Le Monde, Télérama, n’hésitent pas à emprunter pressés qu’ils sont de dénoncer « les graves menaces que fait peser le gouvernement sur certains des garants des droits fondamentaux de notre pays » (sic !).

 

L’intox de la LDH sur Sainte-Soline fissure la Commission des droits de l’homme

Le Point 12/04/2023

La Licra, membre de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), se désolidarise publiquement d’un courrier « à la rhétorique radicale » envoyé notamment en son nom.

La Ligue des droits de l’homme (LDH) a accusé l’État d’avoir délibérément empêché les secours d’accéder aux blessés lors de la manifestation de Ste Soline.

Dans un enregistrement audio publié et relayé par de nombreux médias, la Ligue des droits de l'homme (LDH) a accusél'État d'avoir délibérément empêché les secours d'accéder aux blessés lors de la manifestation qui a dégénéré а Sainte-Soline le 25 mars. De nombreux témoignages ont démontré qu'il n'en était rien et que, jamais, le Samu n'avait étéinterdit d'accéder aux blessés par les forces de l'ordre.

En dépit de ces témoignages qui interrogent sur le rôle joué par la LDH dans le débat public, le président de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) Jean-Marie Burguburu a adressé le 7 avril un courrier courroucé à la Première ministre pour défendre l'association. Dans cette missive, Jean-Marie Burguburu prend la défense de la LDH, dans des termes proches de ceux utilisés par l'association.

« La Commission observe une tendance devenue systématique dans la rhétorique du ministre de l'Intérieur à dénigrer les défenseurs des droits humains et les organisations de la société civile, et à menacer de toucher à leurs subventions. Le ministre les présente comme des agitateurs, des délinquants, voire des terroristes. Ce discours, qui n'est pas sans rappeler celui largement utilisé par les autocraties à l'égard des défenseurs des droits de l'homme, conduit à une dangereuse remise en cause de l'utilité et de la valeur des actions de ces personnes engagées dans la défense des droits humains. Ce risque est d'autant plus grand que les associations de défense des droits de l'homme, comme les citoyens ordinaires, font le constat de nombreuses difficultés dans l'exercice des libertés fondamentales : liberté de manifestation, liberté d'expression, libertéd'information, liberté d'association, droit а la sûreté face à des arrestations sommaires, voire arbitraires, et droit au respect de l'intégrité physique face aux violences policières illégitimes », s'agace le président de la CNCDH dans ce courrier particulièrement véhément.

La Licra évoque un « dérapage alarmant »

Cette lettre et plus largement l'attitude de la LDH, ne fait cependant pas consensus au sein de la CNCDH. La Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), qui siège aussi à la CNCDH, a fait savoir qu'elle se désolidarisait fermement de l'initiative du président de la commission, et plus largement de l'attitude de la Ligue des droits de l'homme avec laquelle elle entretient des relations plutôt fraîches. « А l'occasion des incidents survenus аSainte-Soline, cette association n'a en effet pas craint de laisser croire à une accusation mensongère en parlant d'entrave délibérée des secours aux manifestants. Ce comportement, loin d'être anodin, nous semble révélateur d'une dérive supplémentaire de cette association. La cautionner est une faute », s'alarme la Licra, qui s'agace aussi que le président de la CNCDH reprenne sous sa plume les termes particulièrement vifs de la LDH en faisant état d'un « caractère structurel des violences policières illégitimes », de « phénomènes institutionnels », « d'exactions » des forces de l'ordre, d'un discours du ministre « largement utilisé par les autocraties à l'égard des défenseurs des droits de l'homme », « d'arrestations sommaires, voire arbitraires », ou encore de « violences policières illégitimes ».

Ces termes, « inappropriés » d'après la Licra, « valident la thèse de la violence d'État [et accordent] un blanc-seing à ceux qui, aujourd'hui, désignent les pouvoirs publics comme l'ennemi public numéro un. La CNCDH n'est pas le porte-voix de la Ligue des droits de l'homme. Ce dérapage est alarmant », s'agace l'association, qui poursuit : « La CNCDH doit être capable de nommer sans outrances des situations conflictuelles, sans reprendre, mot pour mot, la rhétorique radicale qui enflamme aujourd'hui notre pays. » Mario Stasi, le président de la Licra, conclut que la CNCDH « ne peut, sans faillir àses fondamentaux, concourir а accréditer l'idée que la violence puisse connaître un début de légitimité, dés lors qu'elle est orientée vers des représentants de l'État », et évoque carrément l'idée d'une « entreprise de déstabilisation » pilotée par la LDH. Contactée par Le Point, la CNCDH n'a, pour l'heure, pas réagi.

Un membre de la Commission s'étonne de la démarche de la Licra et parle même de bombe à fragmentation : « C'est un courrier ultra politique fait pour fissurer le front uni des associations contre les propos de Darmanin qui attaque les associations de défense des droits humains. » Puis d'ajouter : « Cette association est clairement dans une démarche de GONGO [une organisation non gouvernementale parrainée par un gouvernement pour promouvoir ses intérêts politiques, NDLR), ils bénéficient de subventions énormes de la part de l'État. » La prochaine session plénière de la CNCDH promet d'être agitée.

 

Récemment, un post du site @medias_citoyens soulignait la « bonne santé » de la presse d’opinion en France, celle qui penche de plus en plus ouvertement vers la gauche mélanchonisée (Mediapart, Libération, France Info, Le Monde) ou celle qui lui fait face, animée par une ligne droitière, populiste ou réactionnaire comme Le Figaro, BFM TV, CNews, Marianne.

Au Monde, l’époque des réflexions exigeantes et d’un positionnement de centre gauche appartient au passé ; le service public, quant à lui, ne propose plus d’information suffisamment neutre et dépourvue de filtre idéologique. Aujourd’hui, le racolage est préféré à l’information … bien qu’il existe des millions de Français, composants les électorats modérés de la gauche, du centre et de la droite, qui aspirent à une information qui les éclaire, à des réflexions croisées et plurielles qui nourrissent leur pensée.

A force d’informations aguicheuses, de recherche du buzz, de propagande à peine déguisée, de propos orientés, les jugements se radicalisent en oppositions binaires et la nuance disparaît petit à petit, ce schématisme conduisant notre pays vers une radicalité et une rigidité critique propice au populisme et aux extrémismes.

 

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Coup de gueule

Publié le 30 Mars 2023 par Jean Mirguet dans Politique

Avertissement aux lecteurs pressés  et dont l’attention faiblit après la lecture d’une dizaine de lignes : ce texte est inhabituellement long, il leur faudra donc faire un petit effort s’ils veulent bien se donner la peine d’en lire l’intégralité !

 

Aujourd’hui, ce propos fait suite à mon précédent article relatif à la maltraitance dont le langage est quotidiennement la victime dans l’univers politico-médiatique.

La relation, par une grande partie des médias, des violences récentes, consécutives aux manifestations d’opposition aux projets de réforme des retraites et à la construction des bassines fait l’objet, pour le moins, d’une grande désinvolture de la part de maints journalistes. Le niveau d’informations véhiculées est consternant d’inexactitudes quand il n’est pas purement et simplement délirant !

A propos de Sainte-Soline où, samedi dernier, l’action des services de secours auraient été entravés par les forces de l’ordre (alerte de la Ligue des Droits de l’Homme que Le Monde s’est précipité de relayer), on découvre grâce à l’éditorial de Patrick Cohen dans C à vous (https://www.youtube.com/watch?v=LrhlBTbdZ74) et à un article du Point (ci-après), que la réalité de l’événement est beaucoup moins claire que les commentaires journalistiques tentent de nous le faire croire. Je pense, en particulier, à l’article du Mondeprenant le relai de la Ligue des Droits de l’Homme, sans prise de distance, sans vérification et faisant preuve, pour le moins, d’une grande légèreté !

A cela, j’ajouterai ma stupéfaction à entendre des commentateurs, experts autoproclamés de l’agriculture, de l’agronomie, de la gestion des eaux, dérouler leurs discours théoriques et idéologiques, dénoncer les méfaits de l’agriculture productiviste (qui existent, c’est vrai et qu’il faut combattre) alors que, manifestement, leur connaissance du monde agricole est dérisoire. Dans le cas de la gestion de l’eau, on sera plus inspiré de consulter, par exemple, le site coordinationrurale.fr, un syndicat agricole qui, régulièrement,  tire la sonnette d'alarme sur l’état de l’agriculture et la mise en danger de la souveraineté alimentaire de la France.

Quant à la question des retraites, je suis consterné par le lot d’inepties, d’inexactitudes, d’arguments de mauvaise foi, de raccourcis proférés ici et là. Certes, nos dirigeants n’ont pas fait montre d’une grande habilité dans la présentation du projet mais présenter celui-ci comme un cauchemar absolu est stupéfiant !

Enfin, il y a l'irresponsabilité totale dans laquelle une partie de la gauche politique se vautre quand elle encourage les groupes violents alors que ceux-ci devraient être isolés et combattus.

En démocratie, aucune colère ne peut justifier quelque exaction que ce soit sur les personnes ou sur les biens privés ou publics. Absolument aucune. Dans la constitution et le droit, il y a le droit de manifester et celui de faire grève. Mais il n’est inscrit nulle part que le droit de s'en prendre aux personnes et aux biens est légitime.

N’ayant rien à voir ni avec la question de l’eau ni avec celle des retraites, les partisans de la culture de la haine et de la conflictualité dénaturent, à l’évidence, les combats écologiques et sociaux.

Mais, force est de constater que ces activistes étant encouragés par une partie de la gauche politique, elle conduit celle-ci et ses soutiens (qui ne sont en mesure de proposer aucune alternative ou alternance) à se métamorphoser en marchepied pour l’extrême-droite. Nul n’a besoin de grandes démonstrations pour deviner les dangers d’un tel scénario.

 

 

Sainte-Soline : l’enregistrement de la LDH qui ne prouve rien

Le Point 29/03/2023

Par Clément Pétreault, Erwan Seznec et Géraldine Woessner

 

Un enregistrement rendu public par la LDH affirme qu’il aurait été interdit au Samu d’intervenir auprès du manifestant aujourd’hui dans le coma. La réalité semble beaucoup moins claire.

 

Un manifestant âgé de 32 ans se trouverait toujours entre la vie et la mort au CHU de Niort. Selon la LDH (Ligue des droits de l'homme, cosignataire de l'appel à manifester), qui a produit un enregistrement, les secours auraient reçu l'ordre de ne pas intervenir alors que son état était préoccupant (pouls а 160, tension artérielle systolique а 85). La publication de cet enregistrement sème le trouble. L'appel des avocats et du médecin de la LDH au Samu a lieu а 14 h 50.

Il est important de le préciser : ces personnes ne sont pas sur place, mais à 16 kilomètres du lieu de la manifestation, àMelle, d'où elles centralisent les informations qui leur parviennent du « front ». C'est donc depuis cette salle de Melle que le médecin généraliste rappelle les pompiers, puis est mis en liaison avec un opérateur du Samu. « Le problème, c'est que vous n'êtes pas sur place. On a eu un médecin sur place et on lui a expliqué la situation : on n'enverra pas d'hélico ou de moyens Smur sur place parce qu'on a ordre de ne pas en envoyer par les forces de l'ordre », lui explique l'opérateur.

« Des observateurs sur place disent que c'est calme depuis trente minutes et qu'il est possible d'intervenir », répond le médecin. « Je suis d'accord avec vous, vous n'êtes pas le premier à nous le dire. Le problème, c'est que c'est àl'appréciation des forces de l'ordre et qu'on est sous leur commandement », explique le Samu. Les avocats insistent : « Vous confirmez que vous avez interdiction d'intervenir ? » « Nous n'avons pas l'autorisation d'envoyer des secours parce que c'est considéré comme dangereux sur place », précise l'opérateur du Samu. Les avocats insistent : « C'est de la non-assistance à personne en danger. […] Qui interdit l'accès à cette personne en danger, grave, vital ? […] Vous êtes empêchés de travailler… » « On monopolise la ligne d'urgence, là », élude l'opérateur, avant de raccrocher.

La préfète des Deux-Sèvres apportera un droit de réponse dans un long communiqué qui vient préciser ces propos. « Le principe fondamental d'intervention des secours dans un contexte hostile est de garantir au premier chef la sécurité des personnels des sapeurs-pompiers ou du Samu. Pour ce faire, il appartient aux forces de l'ordre, informées en temps réel de la situation, de définir si l'arrivée d'un véhicule de secours à un certain point est possible ou non de façon sûre pour lui. » « Nous n'intervenons pas en zone d'exclusion. Il n'y a pas de débat », confirme de son côté le Samu sur les réseaux sociaux, démentant fermement avoir été empêché dans ses fonctions.

Pas de dispositif partagé

L'organisation des secours aurait-elle pu être plus efficace ? Sans doute, si les organisateurs de la manifestation avaient accepté de se coordonner avec les services de secours… Mais ils ont refusé, révèle un rapport de la préfecture des Deux-Sèvres sur les manifestations du week-end, rendu public mardi soir. Les témoignages de terrain démontrent que, dès que les gendarmes ont été mis au courant de l'existence d'un blessé grave par les manifestants, ils se sont portés а son secours.

Si une heure peut-être critique a été perdue, c'est en amont de la manifestation qu'il faut en chercher la cause. « Les organisateurs ont refusé tout échange avec la préfecture, le Sdis et le Samu pour mettre en place un dispositif professionnel, partagé et fiable de prise en charge des blessés », écrit la préfète. Il n'a donc pas été possible de « préparer conjointement un dispositif prévisionnel de secours partagé avec les organisateurs, ni de convenir des modalités sécurisées d'évacuation des blessés, ni de définir des éléments de cartographie » pour les localiser plus rapidement.

« Inversion complète de la charge »

Dans l'entourage du ministre de l'Intérieur, on précise : « La chronologie des faits est rappelée dans le rapport de la préfète. C'est au PC de sécurité de déterminer si, oui ou non, il était possible de se déplacer. La preuve que c'était violent : le médecin de la gendarmerie, qui est allé sur place porter les premiers secours à un homme en situation d'urgence absolue, s'est fait caillasser ! Cet enregistrement prouve juste que la situation là-bas était très complexe. Que n'aurait-on dit si on avait engagé des secours qui eux-mêmes auraient été attaqués ? »

Sous-entendre que l'Etat interdirait aux forces de secours d'accéder а des victimes, « c'est de la désinvolture journalistique, s'agace un haut fonctionnaire habitué des opérations de maintien de l'ordre. Le verbatim publié ne dit rien de ce qui se passe avant et ne permet pas d'apprécier la situation. » Ce dernier confirme qu'il est d'usage de ne pas envoyer les secours dans la zone d'exclusion tant que les affrontements sont en cours, car « faire intervenir du personnel avec des bombonnes d'oxygène sous une pluie d'engins incendiaires, c'est forcément très dangereux », mais il précise que, « si une alerte est donnée sur un blessé en urgence absolue, on réévalue évidemment la situation ».

Le spécialiste rappelle que les témoignages évoquent dans un premier temps « une victime consciente » et souligne le climat de confusion générale qui peut régner sur de telles opérations. Lors de la manifestation de Sainte-Soline, les services de l'Etat ont ainsi assisté а une multiplication de faux appels d'urgence, ainsi qu'а la communication d'informations contradictoires ou parcellaires, et au caillassage de secouristes. Quoi qu'il arrive, « il faudra éclaircir les conditions du tir, а supposer qu'il s'agisse effectivement d'un tir des forces de l'ordre. Le retex [NDLR, retour d'expérience] permettra de déterminer si ces conditions de tir étaient réglementaires. Il est possible qu'elles l'aient été, ce qui ne suffira sans doute pas à calmer les polémiques », analyse le praticien du maintien de l'ordre.

Témoignage direct

Notre journaliste présent sur place, Alix Vermande, raconte les faits qu'il a pu constater а partir de 14 h 55. « J'ai vu un attroupement d'environ 15 personnes, dont 3 observateurs de la LDH, autour d'un fourgon privé dans lequel était allongé un homme sous une couverture de survie. Un manifestant s'occupait du blessé, qui était conscient, et répétait “reste avec nous, reste avec nous”. On me parle alors dans l'entourage du blessé d'un “traumatisme crânien important”.

Une manifestante a déclaré : “Il fait des crises d'angoisse а cause des explosions, il faut qu'il parte.” Cela m'a laisséentendre qu'il était alors conscient. Peu avant 15 heures, un porte-parole de la Confédération paysanne, Benoît Jaunet, est parti à la rencontre des forces de l'ordre positionnées à environ 100 mètres du blessé, là où les heurts ont été les plus violents et s'étaient calmés depuis 14 h 20, en agitant son drapeau jaune de la Confédération et en levant les mains. Les forces de l'ordre ont échangé avec lui puis se sont rapprochées des manifestants autour du véhicule pour discuter de la prise en charge du blessé. J'ai une photo qui atteste de cette scène. Plusieurs hommes des forces de l'ordre sont alors retournés en direction de leur poste, moment choisi par le porte-parole de la Confédération paysanne pour les rattraper et discuter avec eux à mi-chemin entre le manifestant blessé et la position d'origine des gendarmes. C'est à ce moment-làque des black blocs ont lancé des projectiles sur le groupe à environ 50 mètres du blessé, composé des forces de l'ordre et du porte-parole de la Confédération paysanne. Une des manifestantes a alors crié “arrêtez ! Il est des nôtres ! ça devient n'importe quoi”. Quelques minutes plus tard, une ambulance est arrivée via la petite route où était positionné le véhicule. »

Nous avons tenté, sans succès, de contacter Benoît Jaunet, le porte-parole de la Confédération paysanne, dont le témoignage sera clé. Contactés également, le secrétaire général adjoint de la LDH, Lionel Brun-Valicon, ainsi qu'un des avocats envoyés à Melle, Me Pierre-Antoine Cazaux, se refusent а tout commentaire. Nous n'avons donc pas pu savoir pourquoi un appel aux services de secours était passé par des avocats, se préoccupant explicitement d'établir des responsabilités en cas d'éventuel décès.

 

 

 

 

 

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LE LANGAGE SERVITEUR DE LA DÉMOCRATIE

Publié le 24 Mars 2023 par Jean Mirguet dans Langage

Depuis que le débat public s’est emparé du projet de réforme des retraites, il a fait proliférer, par le canal des médias, divers termes qui, à force d’être répétés, employés à tout bout de champ sont devenus des mots fétichisés, des mots qui, à la façon des mantras, ces formules sacrées du brahmanisme, possèdent, associées à certains rites, une vertu magique.

La répétition, à longueur de journées, des mots retraite, 49.3,  démocratique et antidémocratique, violence, mépris (pour ne citer que ceux-là) leur donnent une puissance rhétorique qu’ils ne posséderaient pas dans un autre contexte.

Il n’est qu’à voir comment, dans certains débats télévisés, des participants d’extrême-gauche jubilent à l’évocation des violences de certains manifestants ou de la répression policière, comme si la redondance de ces mots utilisés pour évoquer ces situations faisait de ces mots des objets érotisés, pourvoyeurs d’excitation.

 

Cette répétition a pour effet de consolider la crédibilité perçue de l’information, d’où la tendance à renforcer, de façon irrationnelle, la croyance envers une information si celle-ci nous parvient de façon récurrente.

L’effet de répétition sur la croyance est un enjeu crucial à l’ère où l’information est de plus en plus accessible. Nombreux sont ceux qui prennent leur source d’information sur les réseaux sociaux et dans les médias en ligne ou les chaînes d’information continue où les contenus sont réitérés.

Dans cette mesure, il est facile de concevoir que des organisations politiques radicales et leurs militants puissent se servir de la répétition pour augmenter la crédibilité de fausses informations ou d’informations parcellaires.

Lorsque, ces derniers jours, sont diffusées en boucle  les images des exactions des casseurs lors des manifestations ou celles des scènes de matraquage policier, ces images dominent le flot des informations et ont pour effet de remiser au second plan l’immense cortège des manifestants défilant dans le calme. L’effet de répétition se répercute sur les comportements de manifestants radicalisés et amplifie les réactions violentes.

 

Cette intoxication des esprits par la redondance langagière doublée de celle des images s’est particulièrement manifestée par la dénonciation, répétée ad nauseam, du caractère antidémocratique de l’emploi des outils que la Constitution de la Vème République met à la disposition des gouvernants.

Il est certain qu’en abuser est sinon maladroit du moins contreproductif  mais parler d’atteinte à la démocratie en se drapant dans sa dignité ou parler de coup d’état ou parler de despotisme comme on n’a cessé de l’entendre, c’est s’employer à détériorer la langue au risque de menacer la démocratie. C’est le règne des idées toutes faites qu’Arendt appelait bêtise : l’automaticité de la parole, le prêt-à-penser, les éléments de langage.

 

Faut-il rappeler que le niveau de langage, la maîtrise du verbe, la rigueur de l’expression écrite et de la parole sont indissociables du niveau de la pensée exprimée ? Que la dégradation du langage reflète l’abaissement des esprits, en même temps qu’elle prépare la violence ? Faut-il encore et toujours rappeler Camus affirmant que mal nommer les choses ajoute au malheur du monde ? Ou encore Francis Ponge qui, dans son essai Pour un Malherbe, note que « la meilleure façon de servir la République est de redonner force et tenue au langage ».

 

Réaliser ce qu’on dénonce, qui échapperait à cela ? demandait, il y a quelques années, le psychanalyste Jean Allouch. Il ajoutait que plus vive, plus soutenue sera la dénonciation, plus implacable sera la réalisation.

Cette loi se vérifie d’une façon d’autant plus caricaturale que l’enjeu est plus important. En témoignent les brailleurs qui dans le Palais Bourbon font un bras d’honneur ou insultent leurs collègues, ou affirment que dans le face-à-face entre la rue et les institutions, la rue doit l’emporter.

Ce qui est antidémocratique, écrit Raphaël Enthoven dans Franc Tireur, c’est de vouloir priver des gens de leur bien quand ils sont riches, de dresser des listes d’élus à menacer, de croire comme un enfant gâté et capricieux qu’il faut bloquer tout un pays ou une économie tant qu’on n’obtiendra pas satisfaction, c’est de couper le courant dans les permanences des députés adversaires, etc…

Lorsque l’opinion est instrumentalisée par les réseaux sociaux, les médias d’information continue, toute forme de libre parole, ce que Michel Foucault appelle la parrêsia, se trouve décimée par la pente au grégarisme et le conformisme de la pensée. Pour que la vérité démocratique émerge, il ne suffit pas de respecter des règles comme le partage du temps de parole ou la transparence des débats : il faut aussi accepter le principe du « dire-vrai » qui bouscule les opinions majoritaires et les évidences confortables.

Le courage démocratique consiste à avoir une parole dérangeante : l’homme politique ne doit rien cacher à ses concitoyens de la gravité de la situation ou de la dureté des choix à venir. C’est même le propre d’un homme d’Etat que de prendre le risque de s’exposer à la colère de l’autre, comme le fit Périclès qui, au Ve siècle avant J.-C., pendant la guerre du Péloponnèse, adressa au peuple d’Athènes des vérités douloureuses en suscitant son indignation, sa rage et sa haine.

Un Président n’est pas le pantin de l’avis du plus grand nombre s’exprimant dans les sondages d’opinion ou du nombre de manifestants défilant dans la rue. La promulgation d’une loi qui déplaît à la majorité ne constitue pas un coup de force mais la conséquence du pouvoir obtenu dans les urnes par un Président et son gouvernement.

Si la démocratie consiste à construire des consensus, la rupture de ce consensus peut être également un marqueur de vérité. Ce n’est pas de l’antidémocratie, démontre Michel Foucault, c’est l’idée qu’une démocratie doit être critique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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