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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

Les petites frappes de la pensée : apologie de la violence, terrorisme intellectuel, censure, par Valérie Toranian

Publié le 17 Octobre 2020 par Jean Mirguet

La journaliste Valérie Toranian, directrice de La Revue des Deux Mondes, dénonce dans son éditorial du 12 octobre dernier la banalisation de cette nouvelle norme de la pensée qui célébre l’entre-soi idéologique, de sexe, de genre, de race, etc… S’y retrouve tout le gratin radical indigéniste, néo-féministe et décolonial  qui occupe de plus en plus l’espace médiatique. Alimentant la haine qui anime les liens sociaux, il est aussi dangereux pour la pensée que l’est le Covid pour la santé.

Question : comment ne pas établir de lien entre les discours de haine de ces « petites frappes de la pensée » qui prêchent le rejet et l’exclusion de l’autre et l’assassinat, hier, de Samuel Paty, professeur d’histoire à Conflans-Sainte-Honorine par un islamiste …

 

 

« On reconnaît la racaille au fait qu’elle terrorise le quartier, impose sa loi et fascine les minus qui rêvent de devenir des caïds. L’intelligentsia française est sous la coupe de petites frappes intellectuelles, qui font la promotion de la violence, suppriment les contradicteurs (pas de liberté d’expression pour les ennemis de leur pensée) et veulent tout faire péter, surtout dans la tête des plus jeunes qu’il faut rééduquer. Ils fascinent les médias qui écoutent avec componction ces esprits « parmi les plus brillants de notre époque », auprès desquels les idéologues de la France insoumise ressemblent à des petits-bras. La pensée ça doit castagner.

Le 30 septembre, Geoffroy de Lagasnerie était l’invité de Léa Salamé et Nicolas Demoranddans le cadre de la matinale de France Inter, c’est-à-dire le créneau le plus prestigieux et le plus écouté de notre respectable radio de service public. Pendant trente minutes, ce « sociologue » fort bien implanté dans le système dont il profite tout en le vomissant, nous a expliqué pourquoi la gauche s’était fourvoyée avec ses combats sociaux et syndicaux ringards et qu’il fallait désormais opter pour la radicalité. Ce qui ne dispense pas de faire de l’entrisme dans les institutions pour les régénérer (pardi, c’est comme ça qu’il justifie son propre statut). Au hasard, quelques perles :

« Moi je suis contre le paradigme du débat, contre le paradigme de la discussion ». « J’assume totalement le fait qu’il faille reproduire un certain nombre de censures dans l’espace public, pour rétablir un espace où les opinions justes prennent le pouvoir sur les opinions injustes ».

« Le respect de la loi n’est pas une catégorie pertinente pour moi, ce qui compte c’est la justice et la pureté, ce n’est pas la loi ». Justice et pureté qui sont définies par « l’analyse sociologique ». « Si jamais vous produisez une action qui soulage les corps de la souffrance, vous produisez une action qui est juste et qui est pure. » Certes, mais plus précisément ? « Tout le monde sait très bien ce que c’est qu’un corps qui souffre ».

Geoffroy de Lagasnerie fait partie du comité Adama et considère l’action d’Assa Traoré comme exemplaire des nouveaux rapports de force. Apparemment, le corps souffrant du jeune homme violé par Adama Traoré en détention ne l’émeut pas. Tous les corps souffrants ne sont pas éligibles à la rhétorique révolutionnaire. Geoffroy de Lagasnerie est un habitué du coup de force contre la liberté d’expression. Avec son ami Édouard Louis, il avait demandé le boycott de Marcel Gauchet aux Rencontres de Blois en 2014 car ne devaient s’y exprimer que des « progressistes ». Édouard Louis a récemment récidivé en expliquant que : « La liberté d’expression, c’est connaître les questions que l’on peut poser et les questions que l’on ne peut pas poser. Il y a des questions qui ne sont pas des questions mais qui sont des insultes. »

Tout cela pourrait prêter à rire si l’aura intellectuelle de ces idéologues était nulle. C’est tout l’inverse. Même la maire de Paris, Anne Hidalgo, a récemment tweeté que la pensée de Lagasnerie était stimulante… Vous imaginez Xavier Bertrand dire que la pensée de Zemmour est stimulante ? On assisterait à un tsunami médiatique. Éric Zemmour lorsqu’il a dit que les mineurs isolés étaient tous des délinquants, des violeurs, des voleurs, a récolté l’hallali. Des journalistes ont même demandé au CSA d’être plus sourcilleux quant à la « droitisation » de certaines chaînes infos.

Que Lagasnerie fasse l’apologie de l’« action directe » et affiche son mépris de la loi devrait les inquiéter aussi. Bien au contraire, on s’incline devant cet esprit brillant et on l’absout. Daniel Schneidermann nous explique que, sur France Inter, « ses punchlines dépassaient un peu sa pensée ». Et qu’il « provoquait, avec un art consommé de la provocation. » Ce qui indigne Daniel Schneidermann, en revanche, c’est que Charlie ait eu le droit de publier des caricatures du Prophète mais que Lagasnerie, lui, ne bénéficie pas « du même droit de prononcer quelques gros mots le matin à la radio. De ces deux blasphèmes, l’un était manifestement plus blasphématoire que l’autre. » Écœurant. Ceux de Charlie sont morts pour la liberté d’expression que Lagasnerie propose justement de supprimer puisqu’il faut créer de nouveaux espaces de censure… Mais Schneidermann en fait un martyre de la liberté d’expression. Oui, car seuls les progressistes ont le droit de s’exprimer librement. Et en caricaturant Mahomet, Charlie a versé dans le camp des islamophobes : selon les racailles de la pensée, qui reprennent les termes des doctrinaires salafistes, c’est « impur ». D’ailleurs, pour Lagasnerie, les djihadistes du 13 novembre 2015 avaient « plaqué des mots djihadistes sur une violence sociale qu’ils ont ressentie quand ils avaient 16 ans ». Les pauvres, ce sont eux les vrais corps souffrants.

Par acquit de conscience, on s’est tout de même plongé dans les différents propos de Lagasnerie pour voir si ses « punchlines » avaient dépassé sa pensée. Dans certaines interviews, son mode politique s’affine. « Moi si on me disait : c’est bon, nous avons autant d’armes que l’État, nous pouvons prendre l’Élysée demain, je serais pour la violence puisque le rapport de force sera à notre avantage… Mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. » Voilà de quoi nous rassurer sur le fond de son discours.

Ces agités du bocal de la radicalité sont-ils dangereux ? Oui, car ils sont de moins en moins marginaux. La théorisation de la censure, la mise à l’index des pensées non conformes, le refus de discuter avec l’autre, la célébration de l’entre-soi (idéologique, de race, de sexe, de genre, d’ethnie) se sont banalisés. De réunions en non-mixité à la suppression des conférences d’intellectuels « indésirables », en passant par les pièces de théâtre censurées, un nouveau paysage médiatique, culturel et universitaire se déploie. Une nouvelle norme de la pensée. Toute remise en question de l’extrême gauche est fascisante. Même si l’exaspération commence à se faire sentir, comment imaginer que les générations formatées à ce moule identitaire relativiste et souvent antirépublicain en sortent indemnes ?

Le Génie lesbien d’Alice Coffin est un coquet succès d’édition, preuve que ses thèses intéressent voire convainquent. Elle y écrit qu’« à défaut de prendre les armes, il nous faut organiser un blocus féministe. Ne plus coucher avec eux (les hommes), ne plus vivre avec eux en est une forme. Ne plus lire leurs livres, ne plus voir leurs films, une autre. » Tout cela est-il marginal ? Consultons, pour se changer les idées, le programme du Centre Pompidou, respectable établissement public. Le musée se félicite d’accueillir Paul B. Preciado « philosophe et commissaire d’exposition, l’un des penseurs contemporains les plus importants dans les études du genre, des politiques sexuelles et du corps ». À partir du 15 octobre, cette sommité incontournable nous propose « une narration chorale du processus révolutionnaire en cours » avec des acteurs du monde culturel (en fait toute la fine fleur radicale indigéniste, néo-féministe et décoloniale). « La proposition est de construire un cluster révolutionnaire antifasciste, transféministe et antiraciste ». Il s’agit, s’enthousiasme Paul B. Preciado, de « penser l’identité politique comme un virus et les agencements d’oppression, d’action et de transformation comme des clusters. »

Quand Lagasnerie jugera qu’il y a suffisamment d’armes pour attaquer l’Élysée, nul doute qu’il choisira Preciado comme ministre de la propagande. Et le centre Pompidou comme siège de sa Kommandantur ? »

 

 

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Le séparatisme islamiste enfin nommé

Publié le 6 Octobre 2020 par Jean Mirguet dans Politique

« Mal nommer les choses, jugeait Camus, c’est ajouter au malheur du monde ».

Or, avec son récent discours sur le séparatisme, le Président de la République vient précisément de qualifier ce qui, aujourd’hui, met en danger notre République et notre capacité à vivre ensemble : le séparatisme islamiste, « projet conscient, théorisé, politico-religieux, qui se concrétise par des écarts répétés avec les valeurs de la République, qui se traduit souvent par la constitution d’une contre-société et dont les manifestations sont la déscolarisation des enfants, le développement de pratiques sportives, culturelles, communautarisées qui sont le prétexte pour l’enseignement de principes qui ne sont pas conformes aux lois de la République (…) Cette idéologie affirme que ses lois propres sont supérieures à celles de la République (…) ce qui fait qu’on en vient progressivement à rejeter la liberté d’expression, la liberté de conscience, le droit au blasphème (…). Cette réalité nous touche, nous frappe. Elle a grandi ces dernières années. Il faut la nommer ».

Dans son éditorial de La Revue des Deux Mondes du 5 octobre, sa directrice Valérie Toranian, analyse les effets de cette nomination et définit quelques conditions nécessaires pour vaincre l’islamisme :

« S’il ne fallait retenir qu’une chose du discours du président Macron sur le séparatisme, c’est qu’il y nomme (enfin) clairement ce qui pose problème : le séparatisme islamiste. C’est un pas de géant dans la communication du chef de l’État dont le moins qu’on puisse dire est qu’il revient de loin. L’homme qui déclarait que la société « n’avait pas à être laïque » vient d’opérer un revirement spectaculaire. Il aura fallu trois ans et demi. Et peut-être que le procès Charlie, puis le récent attentat de la rue Nicolas Appert l’ont aidé à trancher dans le vif… Peu importe. Le ton employé, les exemples donnés, la fermeté affichée ont rassuré tous ceux qui craignaient une dérobade de plus. Emmanuel Macron n’a pas eu peur de citer comme contraire aux valeurs républicaines, les petites filles de 7 ans en voile intégral dans des écoles clandestines, les parents qui retirent leurs enfants de l’école à cause de cours de musique contraires à la religion, les menus confessionnels imposés à la cantine, la revendication d’horaires distincts entre les femmes et les hommes dans les piscines, les agents de la RATP qui refusent l’accès aux femmes en tenues indécentes, la radicalisation à la RATP, SNCF, Roissy… Bravo M. le président.

Il faudra attendre le 9 décembre, date anniversaire de la loi de 1905, pour connaître les détails du projet de loi présenté en Conseil des ministres. Mais on en connaît déjà les mesures phares. Obligation de neutralité étendue aux salariés des entreprises délégataires de services publics (RATP, SNCF…) ; dissolution des associations culturelles et sportives qui jouent un rôle fondamental dans l’entrisme islamiste ; charte de la laïcité pour toute association sollicitant une subvention publique ; enseignement de l’arabe dans le cadre scolaire ; fin des imams détachés rémunérés par l’étranger. Et surtout, ce que le président considère comme une mesure déterminante, l’obligation de l’instruction à l’école et non au domicile dès 3 ans (sauf raisons de santé) pour lutter contre l’endoctrinement islamiste.

Si Emmanuel Macron n’a pas raté son discours sur le séparatisme, va-t-il pour autant réussir son combat contre l’islam politique ? Les mesures qu’il préconise vont-elles en venir à bout ? Sont-elles adaptées à la complexité du fléau ? On aimerait dire oui mais le doute demeure. Pour plusieurs raisons.

Certaines mesures risquent d’être retoquées par le Conseil constitutionnel et d’affaiblir le discours du président. C’est le cas de l’obligation de scolarité pour tous dès 3 ans. On comprend bien l’intention car l’endoctrinement commence très jeune : plus l’enfant intègre le système scolaire tôt, plus il a des chances de voir sa scolarité partir sur de bonnes bases. Mais le libre choix par la famille du cadre d’instruction de leurs enfants est garanti par la loi. Et surtout des lois existent déjà pour surveiller ceux (y compris les parents) qui dispensent des enseignements sectaires ou des enseignements « bidons ». La sanction consiste en l’obligation de rescolariser leurs enfants. Il suffit d’inspecteurs en nombre suffisants pour inspecter (et qui connaissent l’arabe ou le turc…), de préfets qui prennent des décisions rapides de fermeture… : le législateur a tout prévu. Encore faut-il que la loi soit appliquée. Que les moyens existent. Et que les agents publics aient le courage de sanctionner. Ce qui n’est actuellement pas le cas. Le port de la burqa est prohibé. Combien de PV sur la voie publique ? Pratiquement aucun.

L’enseignement de l’arabe dans le cursus scolaire n’empêchera en rien l’islamisation. L’argument selon lequel si l’arabe était enseigné à l’école, les enfants n’iraient pas l’apprendre à la mosquée est faux. Ce n’est pas l’arabe qui est recherché mais l’enseignement coranique. Les cours actuellement dispensés dans le collège ne sont pas un franc succès pour cette raison. Quant à mettre en place l’arabe en cours primaire, si cela se traduit par la création de classes homogènes (rassemblant tous ceux qui veulent apprendre l’arabe), cela reviendra à créer des classes ghetto. L’exact contraire du projet républicain. Et qui donnera de tels cours ? Des profs étrangers, exclusivement tunisiens pour l’arabe (la Tunisie n’est pas en soi un gage de laïcité, vu la force d’Ehnahda sur place) et plus essentiellement turcs, tous ralliés à l’islamo-nationalisme d’Erdogan. Pourra-t-on vraiment assurer la surveillance de ces cours ? Sont-ils vraiment indispensables? La priorité n’est-elle pas au renforcement des enseignements fondamentaux ?

Contrôler l’islam en France, en mettant fin au système des imams détachés de l’étranger, permettra à la majorité tranquille des musulmans de bénéficier d’imams formés en France. C’est une bonne chose, même si elle reste difficile à réaliser. Mais créer un diplôme universitaire, former des imams, les rémunérer par la cagnotte du Pèlerinage à la Mecque (business probablement assuré par l’Amif, association proche des frères musulmans…) n’empêchera pas la radicalisation de s’accomplir par ailleurs. Car les imams « républicains » ressembleront un peu aux prêtres assermentés de 1791 : les « vrais » catholiques n’en voulaient pas ; les « vrais » (comprendre les plus radicaux) musulmans n’en voudront pas plus. Ils ont d’autres sources religieuses où s’abreuver : les réseaux sociaux, les antennes paraboliques, les sites fréristes, salafistes…

L’agenda islamiste n’est pas un agenda français. Le président l’a lui-même reconnu. Il s’appuie sur une progression mondiale de l’islamisme, notamment en Europe. Bien sûr qu’il faut désenclaver les territoires les plus pauvres, combattre la ghettoïsation, lutter par des mesures sociales contre la précarité qui fait le lit des extrêmes. Mais ne soyons pas naïfs. La France est l’un des pays les plus généreux en matière de politique de la ville, d’aides sociales, de subventions. Quoi qu’elle fasse, elle ne trouvera jamais grâce aux yeux de ceux qui veulent détruire le consensus républicain. Pour qu’existe cet « amour » de la France évoqué par Emmanuel Macron, il faudrait que les Français s’aiment eux-mêmes, soient conscients de la beauté de leur pays, de leur langue, de leur histoire, de leur civilisation. Sans fierté imbécile. Mais sans renoncement, lâcheté ou résignation. Pour que l’islamisme soit vaincu, il faut cinq conditions :

            1. une vraie détermination. Le président semble l’avoir.
            2. Un État profond et une administration qui jouent le jeu, surveillent et sanctionnent. En ont-ils la volonté ?
            3. Des profs bien rémunérés et soutenus par leur institution. Le sont-ils ?
            4. Une élite française « musulmane » (issue des communautés d’origine musulmane) capable de s’opposer à l’islam politique, car elle seule peut véritablement créer la contradiction. Existe-t-elle en force suffisante ?
            5. Une élite française qui ne se perde pas dans un islamo-gauchisme qui fait le bonheur des séparatistes islamistes, des décoloniaux et de tous les ennemis de la République.

Et ça, c’est une autre histoire. »

 

 

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Le racolage du quotidien Le Monde

Publié le 30 Août 2020 par Jean Mirguet dans Journalisme

Une nouvelle fois, Le Monde se fait le spécialiste de la Une accrocheuse, avec un titre dont on découvre rapidement qu’il n’a pas grand chose à voir avec le contenu des articles.

Dans son édition du vendredi 28 août, la Une annonce en gros caractères : « L’exécutif face au risque d’un chômage massif ». 

Que l’exécutif (euphémisme souvent utilisé par ce quotidien pour désigner le Chef de l’Etat et son gouvernement ) soit confronté à un risque, certes. Mais ma première réaction en lisant ce titre a surtout été de penser que ce sont déjà les Français et la France qui se retrouvent confrontés au risque … ce que je découvre très rapidement dans les pages intérieures où le titre est devenu : « La France face à l’augmentation inexorable du chômage », une formulation dans laquelle le bien-dire (celui de journalistes soucieux d’objectivité) a été préféré au sensationnalisme racoleur de la Une … cette Une qui, de surcroît, prévient que le pouvoir s’inquiète d’un réveil des syndicats et de l’appel à manifester le 12 septembre par des « gilets jaunes » et JM Bigard qui sera en tête du cortège pour défendre « tous ceux qui en ch… ».

Diantre ! Alors la pandémie flambe de nouveau, à défaut d’être une information de première importance, voici un coup de pub bienvenu pour les GJ (on notera le « des » vague et indéfini  de l’énoncé «des gilets jaunes ») que les chaînes d’info en continu reprendront en boucle. Je suppose que le responsable du journal n’est pas sans savoir ce qu’il fait en formatant ainsi ses titres et qu’il n’y a pas loin du formatage des titres à celui de l’opinion.

 

Etonnant journal que ce quotidien qui, autrefois, faisait référence et qui, aujourd’hui, contribue, sous couvert d’une pseudo-objectivité, à entretenir la peur et le catastrophisme, et à participer, au travers de maints articles approximatifs et caricaturaux quant à l’action du gouvernement, au déclinisme ambiant. 

Comme le commente un lecteur : « Tout fout le camp ma bonne dame. Heureusement il reste les gilets jaunes et Bigard. Comediante, tragediante ! »

 

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LA HAINE AUJOURD’HUI

Publié le 1 Juillet 2020 par Jean Mirguet dans Le malaise

Felix Vallotton, « La Haine », 1908

Dans une récente tribune du Monde, le chercheur en sciences sociales Antoine Bristielle, auteur d’une étude sur les groupes Facebook « pro-Raoult », montre que l’extrême défiance à l’égard des principales figures d’autorité, politiques et médiatiques, est l’un des principaux traits communs aux soutiens de l’épidémiologiste. Cette  suspicion se traduit par un rejet massif de l’exécutif en place et une très faible confiance dans les médias auxquels sont nettement préférés les réseaux sociaux. 

Ce rejet a pour conséquence le développement de comportements populistes qui privilégient le pouvoir direct du peuple sur celui de ses représentants élus. C’est ainsi que ces individus ne seraient pas opposés à la candidature en 2022 de figures médiatiques et non politiques comme celles de Jean-Marie Bigard ou Cyril Hannouna !

Quand la parole publique est si décriée, l’adhésion aux thèses complotistes en devient la conséquence immédiate : 89% des soutiens au Pr Raoult sont convaincus que le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique, 42% adhèrent à la théorie du « grand remplacement (deux fois plus que les Français en général) et les climatosceptiques y sont deux fois plus représentés que l’ensemble des Français.

Avec ses discours provocateurs et ses interventions à l’emporte-pièce, le Pr Raoult, parce qu’il dérange, est un bon client pour nombre de médias à l’affût de l’esclandre qui fera vendre du papier ou faire monter le taux d’audience. 

 

On voit ainsi les afficionados du dégagisme se faire les chantres de personnalités adoptant des postures anti-système. Leur popularité est symptomatique du malaise démocratique actuel – qu’il se développe en France, en Europe et au-delà – marqué par un accroissement de la haine qu’il devient de plus en plus difficile de combattre, peut-être par indifférence  ou par lâcheté.

Dans un livre récemment paru, Actualité de la haine, une perspective psychanalytique (Navarin Editeur)-, la psychanalyste Anaëlle Lebovits-Quenehen note que la montée des antagonismes

 et de la malveillance s’accompagne d’une fragmentation du corps social en une multitude de groupements dont les membres partagent en commun un mode particulier de jouissance de l’existence basé, par exemple, sur l’orientation sexuelle ou sur le rapport singulier à la religion, au savoir, aux origines, à la race, etc… Chaque groupe revendique dans son coin ses croyances, exclusives de celles des autres, objets de haine, qu’elles s’affichent dans le racisme, l’antisémitisme, la misogynie et la misandrie, l’homophobie, l’aversion pour l’argumentation logique (particulièrement développée chez les gilets jaunes), etc…

L’homogénéité de chaque groupe n’existe que par exclusion de ceux dont les choix différent de la norme qui y domine, d’où un rejet de la différence produisant de nouvelles séparations et ségrégations. Plus l’égalité se développe, plus la démocratie accentue l’intensité du rejet de la différence tout en la revendiquant. Comme l’avait remarqué Tocqueville, la vie en commun devient, à terme, impossible.

 

Annaëlle Lebovits-Quenehen pointe une autre manifestation du regain actuel de haine dans les domaines du savoir et de la pensée. 

Elle s’étale dans les réseaux sociaux où n’importe qui peut dire n’importe quoi sur n’importe quel sujet et être cru : la post-vérité devient l’un des transmetteurs les plus importants de la haine de l’Autre, une haine qui vise du même geste la démocratie et les principes qui la fondent.

Elle s’exprime, également, dans l’usage de ce qui est devenu le nouveau vocabulaire de l’antiracisme, soutenu par des mouvements soulignant le poids de l’héritage colonial et le caractère « systémique » des discriminations. De nouveaux termes s’imposent dans le monde de l’antiracisme, engendrant de violentes controverses : « privilège blanc », « personne racisée », « pensée décoloniale », « racisme d’Etat ».

En septembre de l’an passé,  un collectif de 80 psychanalystes s’était d’ailleurs insurgé contre l’emprise croissante de la pensée dite décoloniale qui « racialise » et « essentialise » le débat public. En distillant subrepticement une idéologie aux relents totalitaires, cette pensée réintroduit la « race ». Le racialisme – une forme de racisme masquée – pousse à la position victimaire, au sectarisme, à l’exclusion et finalement au mépris ou à la détestation du différent. Il s’appuie sur une réécriture fallacieuse de l’histoire, qui nie les notions de progrès de civilisation mais aussi des racismes et des rivalités tout aussi ancrés que le racisme colonialiste. Là où l’on croit lutter contre le racisme et l’oppression socio-économique, on favorise le populisme et les haines identitaires.

 

La publication dans Le Monde du 25 juin d’une tribune de l’écrivaine franco-camerounaise Léonora Miano,  à propos du vandalisme et du déboulonnage des statues mémorielles, celles de Colbert plus spécialement, constitue une illustration  exemplaire de cette pensée décoloniale justicière. 

Le Président de la République avait déclaré récemment que « la République ne déboulonnera pas de statue (…) Nous serons intraitables face au racisme, à l'antisémitisme et aux discriminations.. Mais ce combat noble est dévoyé lorsqu'il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé. Ce combat est inacceptable lorsqu'il est récupéré par les séparatistes». A ces propos du chef de l’Etat, l’auteure répond en interrogeant ce qui les motive : « Des citoyens français exigent le retrait de ces monuments. De quelle « récriture haineuse de l’histoire » sont accusés ceux qui souhaitent que l’auteur du Code noir cesse d’être honoré dans l’espace public ? ». Elle affirme alors que « ce qui dérange, c’est le profil de ceux qui demandent le déplacement des statues de Colbert ». Or, pour elle, ce profil ne se définit que dans les termes de la stigmatisation des populations dites « blanches », désignées comme coupables et de celles des victimes dites « descendants d’esclavagisés », « descendants des Subsahariens déportés et réduits en esclavage », « issues d’un crime contre l’humanité » ou « citoyens français nés d’une violence ineffable ». 

Dans leur tribune, les 80 psychanalystes cités plus haut indiquaient que c’est par le « retournement du stigmate » que s’opère la transformation d’une identité subie et victimisée en une identité revendiquée et valorisée, qui ne permet pas de dépasser la « race ». Tout le propos de Léonora Miano est construit sur ce renversement ;  il s’agit là d’« identités meurtrières », pour reprendre le titre d’un essai d’Amin Maalouf, publié chez Grasset en 1998, qui prétendent se bâtir sur le meurtre symbolique de l’autre. Comme l’énonce la strasbourgeoise femme de lettre franco-sénégalaise Fatou Diome : « La rengaine sur la colonisation et l’esclavage est devenue un fonds de commerce ».

 

Toutefois, si l’ardeur iconoclaste qui a saisi les justiciers projetant de déboulonner les statues de certains personnages historiques, de débaptiser des lieux publics ou de changer des noms de rues peut paraître vaine, de telles initiatives - qui reviennent aux élus et aux gouvernants -contreviennent aux principes républicains. Mais, surtout, « il est néfaste de s’abandonner à un danger majeur que les historiens connaissent bien. Il s’agit de l’anachronisme ». C’est ce qu’écrivent, dans ce même Monde du 25 juin, cinq historiens de renom : Jean-Noël Jeanneney, Mona Ozouf, Maurice Sartre, Annie Sartre et Michel Winock, dans une tribune intitulée L’anachronisme est un péché contre l’intelligence du passé. « Cette faute consiste à plaquer sur les personnages d’autrefois un jugement rétrospectif d’autant plus péremptoire qu’il est irresponsable ». Pour ces historiens, il revient à ceux qui ont en charge la pédagogie républicaine, « non pas de faire passer l’histoire sous le rabot uniforme d’une déploration rétrospective, mais remettre tout dans son contexte, expliquer, expliquer, expliquer ».

 

A l’heure où se développe dans notre pays un penchant marqué pour le complotisme, autrement dit pour la paranoïa, la lecture anachronique du passé participe de l’ère de la défiance dans laquelle nous sommes entrés. La haine y trouve de quoi être généreusement alimentée.

Un sondage de janvier 2019, publié par Le Magazine Littéraire, indiquait que, pour 64% des Français, la France pourrait prendre le chemin d’une société dominée par la haine. Selon ce même sondage, seuls 46% des Français trouvaient inacceptables les violences commises par les gilets jaunes. 

En excluant la raison de l’espace public, la haine et les discours violents portés contre ceux qui incarnent une différence, c’est-à-dire chacun d’entre nous, ne sont-ils pas en train de saper les fondements de notre démocratie ? 

 

 

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La pandémie, ses maux, leur traitement

Publié le 23 Mai 2020 par Jean Mirguet dans Politique

La pandémie nous rappelle quotidiennement une vérité qu’ordinairement nous négligeons ou que nous feignons d’oublier : l’existence du mal. Or, de quels maux le coronavirus est-il le nom ?

 

Le premier de ces maux est la recrudescence des actes de malveillance : arnaques, actes de criminalité, de cybercriminalité, les pirates informatiques profitant de la pandémie pour mener des cyber attaques cibléesPar exemple, Interpol a émis une alerte sur le fait que des organisations criminelles écoulent des masques contrefaits, des gels hydro alcooliques de mauvaise qualité. On voit aussi certaines sociétés proposer la décontamination des logements privés ; prétextant qu’elle serait obligatoire, ils profitent de cette situation pour s’introduire frauduleusement au domicile des gens. D’autres proposent des tests de dépistage du coronavirus sans avoir autorité ou compétence pour le faire. Ou encore, profitant de l’élan de solidarité d’aide aux personnels soignants, des plateformes d’appel aux dons, frauduleux, sont organisés. Enfin, nombreux sont les cas d’actes de cybercriminalité qui vont du simple “hameçonnage” aux fausses commandes ou aux modifications de virements bancaires frauduleux…

 

D’autres actes de malveillance se multiplient : la propagation de fausses informations, de  théories du complot, de faux conseils de traitement et de prévention qui nuisent au combat des autorités pour endiguer la pandémie. Ce qui conduisait, dès février, l'Organisation mondiale de la santé a alerter sur l'"infodémie massive" qui entourait le Covid-19, à savoir une surabondance d'informations, pas toujours vraies ou exactes, avec les mêmes canulars qui apparaissent en Asie, en Europe, aux Etats-Unis, en Amérique latine. 

Si certains créent et partagent délibérément du contenu mensonger, à des fins conspirationnistes, d’autres relaient, a priori sans "malveillance" mais avec une dose de naïveté ou de crédulité (quand ce n’est pas une couche de bêtise confondante) proprement stupéfiante, des affirmations en ignorant qu'elles sont fausses. 

 

Pour d’autres encore, qui font montre d’ingénuité, leur jeu plus ou moins pernicieux a pour effet de décrédibiliser la parole publique, ce qui ne les empêchera pas ensuite de dénoncer l’incurie, l’incompétence, l’inaction, les mensonges du gouvernement. On en trouve un exemple récent dans les propos injurieux d’Ariane Mnouchkine qui fait la démonstration qu’on peut avoir un immense talent dans son domaine et se ridiculiser dès qu’on se laisse aller à la médiocre polémique politicienne et à la démagogie.

 

Avec la mise en place des mesures de confinement puis de déconfinement, l’étendue du virus de la malhonnêteté intellectuelle s'intensifie, avec une mésinformation qui touche tout le monde, y compris les gens cultivés. 

On voit, comme le note Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef de La Croix, se produire une surenchère de plaintes devant les tribunaux et de recours administratifs contre l’Etat, jugé insuffisamment protecteur. Cette judiciarisation de la crise se double d’une cascade de critiques agressives et malveillantes, de pétitions contre ceux qui nous gouvernent. 

Sans doute faudra-t-il plus tard faire le bilan des erreurs, fautes, maladresses commises mais, pour l’heure, cet emballement de procès est stupéfiant et révélateur, observe la journaliste, d’une sorte de panique morale qui s’est emparée de notre société : on se plaint d’être exclu d’une protection qu’on critique autant qu’on la désire.

Mais qui aura la modestie de reconnaître que, face à cette catastrophe inédite, les services publics ont plutôt fonctionné, qu’il n’y pas eu de rupture dans l’approvisionnement alimentaire, que le système de santé a tenu (dans les conditions que l’on sait) et que le gouvernement a fait son travail dans le domaine des aides. 

 

Ce concert de manifestations hostiles est révélateur de la façon dont, en France, nous supportons les risques et exerçons nos responsabilités individuelles. Il en dit long sur la fièvre de passions haineuses et irascibles qui, depuis presque deux ans, s’est emparée de notre pays, faisant d’Emmanuel Macron et de sa politique, le bouc émissaire systématique de tout ce qui cloche, le coupable des malheurs collectifs et individuels. Ses détracteurs sont légion, les réquisitoires pleuvent, ce qui est légitime dans le jeu démocratique mais qui rend perplexe quand tout, l’accessoire comme l’essentiel, devient prétexte à dénigrement. Etonnante « morale civile », pour reprendre l’expression de Marc Bloch dans L’Etrange défaite qui ajoutait   « A nos erreurs est-il plus commode paravent que les fautes d’autrui ? ».

 

Si l’Autre est l’incarnation de la faute voire du mal, c’est souvent en raison de la puissance qui lui est prêtée. Le fantasme de l’Autre tout-puissant le rend imaginairement détenteur de possibilités infinies, exerçant une emprise sur le monde extérieur, seul à décider du cours des choses. Il est l’effet d’une pensée magique au service de l'illusion dans laquelle nous serions réduits à n’être que de simples marionnettes. 

Que l’Autre soit imaginé comme tout-puissant, invulnérable, implique l’ignorance de l’existence de ses limites. Il est fantasmé comme ne connaissant ni bornes ni défaillances, indemne de toute erreur et sachant tout.

Or, la pandémie et ses conséquences nous mettent face à la redoutable réalité des limites de la puissance des connaissances scientifiques et des progrès de la technique que nous connaissions depuis le milieu du XIXème siècle. Comme le formulent Jean-Luc Nancy et Jean-François Bouthors dans une tribune que Le Monde vient de publier, la maîtrise de notre destin personnel et collectif n’est plus à portée de main. 

La fiction de cette puissance infinie, incapable d’autolimitation est sérieusement ébranlée. On le constate dans les effets des dégâts environnementaux, de la consommation croissante d’énergie et, soulignent les auteurs, du « vertige des questions que la science se pose à elle-même lorsqu’elle établit que ses progrès les plus pointus la placent au bord d’un non-savoir abyssal ». 

Emil Nolde, Hohe Sturzwelle, 1948

Avec ce virus, nous voici placés dans une immense précarité. « Il a, poursuivent-ils, collé la possibilité de la mort sous nos yeux, nous plaçant devant l’impensable et l’inconnu par excellence. Ce n’est pas simplement la finitude de l’existence qui nous est difficilement supportable, c’est le non-savoir face auquel nous nous trouvons (…) Le « gouvernement par les nombres » - pour reprendre les termes du juriste Alain Supiot – se trouve mis en échec par le « retour » de la mort comme horizon ineffaçable »… cruelle expérience de castration, pourraient ajouter les psychanalystes.

Pour JL Nancy et JF Bouthors, l’inconnu de cette catastrophe nous commande, non pas de croire en ceci ou en cela ou de construire des plans sur la comète pour l’après, mais « d’oser prendre le risque de vivre en situation de non-savoir ». Accepter de laisser entamer notre prétention à la maîtrise (« je maîtrise ! »… quelle détestable expression), se rendre « disponible à l’inconnu qui vient ». 

Face à l’incertitude, il nous est proposé de se risquer à vivre, en se débrouillant et en construisant collectivement et individuellement nos propres inventions … dans une démocratie, seul régime en mesure de « donner un corps politique à cet acte de foi radicalement laïc ». La démocratie n’a pas pour visée de résorber l’inaccessible ou l’impensé mais « elle peut offrir la partage à voix égales du poids de la finitude et du non-savoir ». 

« Le démocrate est modeste. Il avoue une certaine part d’ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné. Et à partir de cet aveu, il reconnaît qu’il a besoin de consulter les autres, de compléter ce qu’il sait par ce qu’ils savent », écrivait Camus  au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, cet autre événement producteur de mal.

 

 

 

 

 

 

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Nicolas Hulot, Juliette Binoche et Vincent Lindon … L’avenir radieux du monde d’après, par Valérie Toranian

Publié le 12 Mai 2020 par Jean Mirguet dans Confinement, Politique

Je ne résiste pas au plaisir de publier cet éditorial de Valérie Toranian, directrice de La Revue Des deux Mondes. 

Un texte des plus jubilatoires, rafraîchissant, iconoclaste, impertinent qui va réjouir celles et ceux qui, comme moi, en ont assez des publications bon chic bon genre de célébrités de la politique ou du showbiz, sociétaires de cette « nouvelle intelligentsia : le penseur-people radical ».  

Comme moi, vous apprécierez peut-être les piques confraternelles adressées au quotidien Le Monde qui ne perd jamais une occasion d’ouvrir ses pages à ces néo-penseurs  et de s’associer à ceux qui ont fait de l’opposition systématique à Macron et à son gouvernement leur fond de commerce. On retiendra surtout l’édition du 7 mai et sa Une annonçant en gros titre « Le manifeste de Nicolas Hulot pour l’après- Covid » qui nous renvoie aux double-pages 28-29 titrant : « 100 principes pour un nouveau monde ». Pour notre ex-ministre et grâce à la désormais célèbre figure de  rhétorique, l’anaphore, « le temps est venu », entre autres, de transcender la peur en espoir, d’applaudir la vie ou encore de redéfinir les fins et les moyens … qu’on se le dise, Nicolas Hulot est le précurseur d’un monde nouveau !

            

 

« On a les dirigeants qu’on mérite et les élites qu’on peut. En ces temps de coronavirus où le politique a cédé la place à des comités scientifiques pour décider de l’ouverture des salons de coiffure et du nombre d’occupants dans un ascenseur, les élites intellectuelles, elles, n’ont plus qu’à s’incliner devant le surgissement fécond d’une nouvelle intelligentsia : le penseur-people radical.

Ancien ministre, ancien animateur de télé, ayant parcouru en avion des centaines de milliers de kilomètres pour nous présenter la beauté du monde et les désastres du réchauffement climatique, Nicolas Hulot, inspirateur de la célèbre marque de shampooing Ushuaia, est notre leader vert national. Il traîne sa gueule de baroudeur burinée, sa mélancolie d’humaniste déçu et ses fulgurances idéalistes, de plateaux télé en ministère depuis quarante ans. On l’aime comme un particularisme national, avec ses paradoxes et ses ridicules (qui n’en a pas dans notre classe médiatico-politique ?), ses faiblesses et ses atermoiements, son déchirement perpétuel entre éthique de conviction et éthique de responsabilité.

L’homme aux six voitures a écrit un manifeste de cent propositions. La première : « Le temps est venu, ensemble, de poser les premières pierres d’un monde nouveau ». La dernière : « Le temps est venu de créer un lobby des consciences ». (Qui œuvrera dans l’ombre pour contraindre et mettre au pas les consciences récalcitrantes ???) Nicolas Hulot y prône la sobriété, rappelle que « la vie ne tient qu’à un fil » et explique que le temps est venu de se « réapproprier le bonheur » et de « transcender la peur en espoir ». Signe des temps, ce manifeste est publié en Une du quotidien Le Monde, journal qui, à une autre époque, aurait sûrement ri de bon cœur à la lecture de cette longue litanie pleine de bons sentiments. Mais certains médias sont plus prompts que d’autres à percevoir l’irruption du monde nouveau. Or, le monde nouveau arrive et il faut vraiment être demeuré pour ne pas l’avoir compris. Le bonheur est une idée neuve en Europe, disait Saint-Just, membre du Comité de salut public, en 1794 : il voulait en imposer sa vision au peuple, de gré ou de force.

« En 2020, les bobos et les prolos n’ont toujours pas la même grille de lecture : prôner la décroissance est plus facile de sa villa du Cap Ferret que de la France périphérique où l’on a du mal à joindre les deux bouts. »

Le cru 2020 du bonheur est arrivé. Nicolas Hulot est son prophète et Marion Cotillard sa pythie. (L’actrice oscarisée n’avait-elle pas compris avant tout le monde qu’« on nous ment sur beaucoup de sujets », dont la mort de Coluche, le 11 septembre et l’homme sur la lune ?) Des personnalités de premier plan comme Sibeth Ndiaye ont immédiatement saisi la portée révolutionnaire du projet de Nicolas Hulot. La porte-parole du gouvernement a salué sur son compte Twitter cette « vision qui dessine un horizon commun » dont la 9e proposition est, précisons-le : « Le temps est venu de ne plus se mentir ». Il est vrai qu’elle sait de quoi elle parle.

En proposition 71, le manifeste propose de nous libérer de nos addictions consuméristes. Mais consommer librement reste encore le rêve de la majorité des exclus. Les « gilets jaunes » étaient furieux qu’on taxe leur consommation de gazole. Ils rêvaient de payer des vacances et des iPhone à leurs enfants. Et même, pardi, de bonnes études parce que ça coûte. La consommation n’est pas que le symbole du mal. Comme le rappelait Raymond Aron en 1969, la majorité des Français souffre non pas de la société de consommation mais de ne pas accéder aux biens que produit cette société de consommation. En 2020, les bobos et les prolos n’ont toujours pas la même grille de lecture : prôner la décroissance est plus facile de sa villa du Cap Ferret que de la France périphérique où l’on a du mal à joindre les deux bouts.

Dans la même édition du Monde, décidément au taquet !, on peut lire le remarquable « Non à un retour à la normale, signé par 200 artistes et scientifiques", parmi lesquels Juliette Binoche, Madonna, Robert de Niro, Cate Blanchett, Vanessa Paradis, Bob Wilson, Joaquin Phoenix, Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, et bien sûr Nicolas Hulot et Marion Cotillard. « La catastrophe écologique en cours relève d’une “méta-crise”, peut-on lire. L’extinction massive de la vie sur terre ne fait plus de doute et tous les indicateurs annoncent une menace existentielle directe. À la différence d’une pandémie, aussi grave soit-elle, il s’agit d’un effondrement global. » Bigre. « La transformation radicale qui s’impose – à tous les niveaux – exige audace et courage, poursuit le texte. À quand les actes ? » Cette tribune, qui ne brasse prudemment que des généralités, recueille l’assentiment quasi général de tout le show-biz, inquiet que « la pollution, le réchauffement et la destruction des espaces naturels mènent le monde à un point de rupture. »

« Le temps n’est pas à l’exactitude et à l’esprit critique des Lumières, le temps est (re)venu de croire au grand soir, à l’élan effréné pour ouvrir de nouvelles voies. »

Peu importe si notre pandémie est due à l’infection du pangolin par la chauve-souris, pangolin lui-même consommé par les Chinois selon une bonne vieille coutume ancestrale qui, pour l’espèce, n’a pas grand-chose à voir avec le réchauffement climatique. Le temps n’est pas à l’exactitude et à l’esprit critique des Lumières, le temps est (re)venu de croire au grand soir, à l’élan effréné pour ouvrir de nouvelles voies. Juliette Binoche, tête d’affiche de cette tribune, veut en finir avec l’affreux monde d’avant. Elle a dénoncé sur les réseaux sociaux les odieux agissements du gouvernement qui veut nous tracker « Ce sont des opérations organisées par des groupes financiers internationaux (principalement américains) depuis longtemps. Ils manipulent (sans être parano) : les vaccins qu’ils préparent en font partie : mettre une puce sous-cutanée pour tous c’est NON. NON aux opérations de Bill Gates » [sic]. No comment.

Le César du meilleur acteur penseur-people radical revient cependant à Vincent Lindon. Dans un long texte quil égrène face caméra pour le site Médiapart, le comédien étrille le quinquennat d’Emmanuel Macron : goût du président pour la pompe monarchique, affaire Benalla, crise des « gilets jaunes », réforme des retraites, gestion de la crise du coronavirus… La totale. Un véritable pastiche d’Edwy Plenel comme s’en est amusée Catherine Nay sur l’antenne d’Europe 1. Vincent Lindon néanmoins propose du concret. La taxe Jean Valjean. Dont l’objectif est de taxer la fortune des riches au-dessus de 10 millions. Avec un barème qui s’échelonne entre 1 et 5 % selon le niveau de richesse. Pourquoi un seuil de dix millions ? De très mauvaises langues sur les réseaux sociaux prétendent qu’un tel seuil mettrait à l’abri la grande majorité du showbiz prêt à soutenir l’initiative sans en subir les conséquences. Ignoble diffamation. Pourquoi Jean Valjean ? Parce qu’il serait le symbole de la redistribution ? Le précurseur d’une vision moderne née au XIXe siècle de l’État providence soucieux de la détresse des plus vulnérables ? C’est vrai de Victor Hugo, bataillant à l’Assemblée contre le travail des enfants, pour l’école laïque, prononçant son célèbre « Discours sur la misère ».

« Ce qui caractérise Jean Valjean c’est sa conduite. La mise en conformité de ses actes et de sa révolte. Il ne parle pas, il ne fait pas de beaux discours, il agit. Le penseur-people radical donneur de leçons est-il prêt à donner autant de sa poche que Jean Valjean ? »

Jean Valjean, héros des Misérables, bien au contraire, n’attend rien de l’État et ne lui demande rien. Il n’exige pas, indigné, qu’on taxe les riches : il se taxe lui-même. L’ancien bagnard s’enrichit honnêtement, ouvre une fabrique de verroterie, construit un dispensaire, une école, secoure les nécessiteux, deviendra le bienfaiteur de la ville de Montreuil-sur-Mer et finalement son maire. Ce qui caractérise Jean Valjean c’est sa conduite. La mise en conformité de ses actes et de sa révolte. Il ne parle pas, il ne fait pas de beaux discours, il agit. Le penseur-people radical donneur de leçons est-il prêt à donner autant de sa poche que Jean Valjean ?

Parmi les artistes et les célébrités, certains sont des exemples. Ils font beaucoup et en parlent peu, voire pas du tout. On les applaudit. Certains font peu et en parlent beaucoup. C’est mieux que rien. D’autres sont des révoltés professionnels qui s’indignent que le système soit pourri et que l’État ne fasse rien, car c’est à lui et à lui seul de faire. Triste tropisme français. Toujours tout attendre de l’État. Surtout quand ça nous arrange ?"

 

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DU TROP PLEIN À LA PLÉNITUDE DU VIDE, par Michel Brun.

Publié le 4 Mai 2020 par Jean Mirguet dans Philosophie

Michel Brun est psychanalyste et philosophe. Il exerce à Epinal, pratique et enseigne également le yoga. 

Il s’intéresse depuis plus de trente ans aux différents aspects de la pensée orientale auxquels il a consacré divers articles. Il a publié Dieu, encore ? Jalons pour une théologie négative contemporaine, Collection Voix psychanalytiques, Montréal, Liber, 2012.

Dans son article, il articule le négatif du manque à être et la positivité du vide et met en perspective l’actualité brûlante du Covid et Démocrite, ce philosophe grec du IIIè siècle av. J-C qui affirmait : « Le quelque chose n’est pas plus que le rien »

 

La pandémie qui nous touche se mesure d’abord à ses effets en termes de santé publique. Elle exerce aussi des ravages sur l’équilibre de l’échiquier politique, sur l’économie, le travail et l’emploi. Mais il ne faudrait pas sous-estimer son impact psychologique, abstraction faite des polémiques que la virulence du Covid19 a pu susciter ici ou là.

Etant décentrés de nos modes de vie territoriaux, familiaux, amicaux, amoureux et socio-professionnels, nous voici psychologiquement déstabilisés. Déconfinés de nos automatismes et habitudes mentales par le confinement. Voire confrontés à une sorte de vertige existentiel, rançon d’une brutale perte de repères…

Assigné à résidence, notre corps, sous contrainte, n’est plus tout à fait cette demeure sécurisante, ce camp de base à partir duquel nous créons notre vision du monde et de la réalité quotidienne. 

Pour certains sujets, les plus créatifs, surgit alors une occasion de défier l’adversité de mille et une manières, mais pour d’autres, ceux qui ne supportent pas le bouleversement de leur « Umwelt », se déclenche une apocalypse intime. Et chacun tente de négocier comme il le peut avec sa propre fragilité…

En ce temps de pandémie se dessine l’envers du décor qui nous est familier. Que sont devenus l’Etat Providence, la société du spectacle, la promesse des jouissances à venir, l’offre continue d’objets publicitaires appelés à combler l’infantile d’une demande insatiable ? 

La mort est là, réelle ; elle rôde, elle nous guette. Sa proximité subvertit notre habitus, mettant à mal cet incoercible besoin d’une  sécurité permanente, que nous pourrions « freudiennement » désigner comme envers d’un fantasme anxiogène d’invulnérabilité, voire d’immortalité. 

En quoi est-ce révélateur de nos sociétés occidentales ? Ne  fonctionneraient-elles pas dans une logique du trop plein, dans le déni qu’il puisse y avoir de l’aléatoire, du vide ou du manque quelque part, et ce à tous niveaux ? Que penser notamment de l’inflation asymptotique des textes législatifs et règlementaires ? Comment comprendre la référence constante au principe de précaution, devenu grotesque par sa démesure même ? N’est-elle point le symptôme d’une névrose collective ?

Le paradoxe, souligné par Lacan, c’est que nous sommes névrosés, non pas parce que nous manquons de quelque chose, mais bien plutôt parce que nous manquons de manque. Osons une ellipse pour faire l’hypothèse que cette frilosité vis à vis du risque inhérent au fait de vivre peut générer une morale d’esclave à grande échelle : au nom d’un excessif besoin de sécurité nous courons tout droit vers la servitude volontaire, celle qu’attendent de nous les Etats fascisants, pourtant réputés démocratiques. Et il convient de ne pas se leurrer : derrière chaque texte de loi se cache un dispositif policier…

Imaginons maintenant une sorte  d’univers totalement plein, sans vide. Cela serait l’étouffement, l’angoisse, en raison d’une insupportable proximité avec les objets. À titre d’exemple nous savons bien qu’un enfant phobique ne l’est qu’à l’aune de l’envahissement maternel. Ou encore que la jeune fille anorexique n’a que son refus de nourriture pour en jouer comme d’un désir au singulier, exigeant par là même que sa mère ait enfin un désir en dehors d’elle.

Ainsi, la problématique, mieux, la dialectique du plein et du vide est au cœur de nos existences, dans une combinatoire d’incidences philosophiques et psychologiques.

Avec la physique d’Aristote s’inaugure en Occident quelque chose comme une culture du plein : au livre IV de la « Physique » Aristote nie l’existence du vide et affirme son incompatibilité avec le mouvement. Et de la physique on passe à cet énoncé quasi métaphysique : « la Nature a horreur du vide ». Au point que « l’horror vacui »  débouche par la suite sur une confusion entre vide et néant.  

Cette prééminence du substantiel pour définir l’Etre se retrouvera des siècles plus tard chez Spinoza avec sa conception du  « Deus sive Natura » : « Dieu, ou la Nature » et de manière moins littérale, Dieu, c’est la Nature.

Mais à se vouloir le thuriféraire du plein, et dans la mesure où Dieu est mort, on en arrive à une éthique contemporaine selon laquelle le Souverain Bien, soit  le bonheur, c’est d’être comblé… de préférence grâce à des objets. Les publicitaires le savent bien car leur stratégie passe par le maniement d’un ressort puissant, la frustration.

En fait le trop-plein est mortifère. On en crève comme l’a bien illustré le film de Marco Ferreri,  « La grande bouffe ». Quatre amis se réunissent pour un « séminaire gastronomique » qui est en fait le moyen choisi par eux pour mettre en acte leur suicide collectif. 

Quasi contemporain d’Aristote, Démocrite quant à lui accorde une place éminente au vide.  Pour les philosophes de l’école d’Abdère, à laquelle il appartient, l’opposition entre le plein et le vide est en même temps une opposition entre l’être et le non-être. Démocrite affirme l’existence du vide, d’où il résulte que le non-être existe. La thèse de Démocrite débouche alors sur cette formule pour le moins surprenante : « Le quelque chose n’est pas plus que le rien ».

En somme, cette formule positive le vide, conférant à celui-ci une dignité, une réalité équivalente à celle de l’être. Ce qui permet donc d’attribuer une fonction causale au vide dont on trouvera aussi la mise en valeur dans les philosophies traditionnelles de l’Extrême-Orient et la physique contemporaine. 

Le Taoïsme, le Védanta, le Shivaîsme du Cachemire, le Bouddhisme n’ont cessé à leur manière de célébrer la souveraineté du vide, comme lieu de l’Ouvert et de l’Originaire, comme alpha et oméga de tout phénomène. La vacuité est notre visage originel, celui qui a précédé la naissance de nos parents. Tel est l’enseignement du plus célèbre des Koans Zen.

Et le rien, habituellement supposé être le lieu de l’angoisse, est en fait le lieu de la plénitude. L’Absolu est l’ami des interstices. « Le trou, l’espace libre, dit tout simplement le Bhagavata-Purana, est la marque caractéristique de l’Atman «  kham lingam âtmanah » (III,5,31) .

Comment articuler le négatif du manque à être et la positivité du vide ? La Chine l’a bien compris avec sa dialectique tourbillonnante du yin et du yang. Et au bout du compte peut-être avons-nous besoin du vide comme lieu des transformations silencieuses, comme antidote à ce que peut avoir de bruyant le trop-plein. Promotion aussi des bonheurs minuscules et invisibles.

Et si l’acceptation du manque à être, en tant qu’elle révèle notre finitude, était après tout notre gloire, la seule qui nous permette de cueillir la saveur de l’instant et son parfum d’éphémère ?

Je laisserai Henri Michaux conclure :

            CLOWN, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l'esclaffement, le sens que contre toute lumière je m'étais fait de mon importance.

             Je plongerai.

Sans bourse dans l'infini-esprit sous-jacent ouvert à tous

ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée

à force d'être nul

et ras...

et risible...

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Le confinement au jour le jour … ou presque J+44 : Les Shadoks et la maladie mystérieuse

Publié le 30 Avril 2020 par Jean Mirguet dans Confinement

« Hommage" des Shadoks à tous ces « informés » qui à la télé, à la radio, dans les journaux palabrent, jacassent, pérorent ou pontifient en donnant leur opinion sur tout, alors qu’ils ne savent à peu près rien, que les données manquent, que la variation d’un paramètre peut tout changer.

Ils tournent en rond, comme dans les réseaux sociaux, quintessence de la com conformiste et panurgique...

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Le confinement au jour le jour … ou presque J+41 : Présence de l’autre

Publié le 26 Avril 2020 par Jean Mirguet dans Confinement

 

Celles et ceux qui se donnent la peine de lire mon blog sont moyennement nombreux. Entre soixante et soixante-dix, me disent les statistiques d’Overblog.

Parmi celles et ceux-là, il en est qui me font savoir leur plaisir à me lire. Je les remercie de leur gentillesse. Je ne veux pas le cacher : elle me réjouit, elle flatte le narcissique qui sommeille en moi et elle m’encourage à poursuivre !

De la plupart des autres lecteurs, j’ai rarement des retours sous forme de commentaires. Je les comprends : noyés sous le flot de publications, ils n’ont pas toujours le temps ni le loisir de faire part de leurs observations.

 

Alors, pourquoi continuer à tenir ce blog ? Pour qui ?

Je dois avouer que je le fais d’abord pour moi, pour ordonner mes idées. Rendre compte de la manière dont je digère ce que je lis, entends et vois me paraissant être une manière, pas plus bête qu’une autre, d’appréhender ce qui agite mes semblables, sous un angle que j’essaye d’être un peu différent de ce qu’on a coutume de lire, d’entendre ou de voir.

 

Avec la survenue du confinement, je me suis attelé, comme de nombreux autres, à tenir une sorte de  chronique des effets produits par ce huis clos étonnant puisqu’avec lui, l’omniprésence des autres autour de nous ne s’est jamais fait sentir aussi pressante ou peut-être même oppressante. 

Dans son article publié dans le n°24 de Tracts de crise  (Gallimard), la philosophe de France Culture, Adèle van Reeth fait ce même constat : « Quand je prends ma douche, écrit-elle,  désormais, je sais qu’ils sont tous là, derrière le mur, de l’autre côté de la rue, à l’autre bout de la ville, tous, chez eux, et d’imaginer autant de corps amassés au même endroit au même moment me met mal à l’aise. Ils sont là ! Tous ! Leurs corps sont soudain trop présents. Jamais je ne m’étais imaginée entourée de tant de personnes à la fois, seule dans ma baignoire ».

 

Cette profusion de présence est étonnante. 

Pourquoi cet excès ? Pour ne pas se laisser entraîner à tomber dans le vide ? Pour ne pas se perdre et risquer de se retrouver seul ? 

Si le trop de présence insiste tant, c’est peut-être aussi qu’il masque l’inquiétude voire l’angoisse de l’absence, de l’abandon … ou de la mort. On pense à Winnicott qui, à propos de la pure présence dit à son patient Harry Guntrip, vers la fin de sa première séance: « Je n’ai rien de particulier à dire maintenant, mais si je ne dis pas quelque chose, vous pourriez commencer à ressentir que je ne suis pas là ».

Quel oubli toute cette présence voudrait-elle faire oublier ? Aurions-nous peur d’être demain nous-mêmes oubliés ?

Il faut se cultiver, s’occuper, lire, regarder des films, faire du sport, dessiner, visiter des expos virtuelles, etc, etc… Aurions-nous si peur de n’être pas occupés, d’être confrontés à la vacuité de nos agendas, à l’ennui ? Sommes-nous devenus des sujets boulimiques, qu’il faut remplir d’une multitude d’objets de consommation, en quête d’une satisfaction impossible à trouver ? 

Il faut également savoir, vite, très vite, quitte à s’approprier le premier savoir readymade venu, circulant sur les réseaux sociaux : pour vaincre la peur de ne pas savoir ? pour triompher de la peur de l’incertitude ?

 

C’est quand l’Autre risque de venir à manquer que chacun de nous s’accroche encore davantage à lui.  Tout le monde écoute alors tout le monde et, tous ensemble, nous formons une vaste chaîne de connectés pour la vie.

L’expérience du confinement nous rappelle cette évidence : nous n’existons pas les uns sans les autres. Le Huis Clos de Sartre l’illustre symboliquement : chaque nom est relié métonymiquement à l’autre par ses dernières ou ses premières lettres. GarcIN n’existe pas sans INés, et InÉS forme avec EStelle un autre maillon de la chaîne. Huis Clos est une version métaphorique de l’existence où chacun fait l’expérience de l’aliénation et vit l’épreuve de sa finitude. 

 

Les nécessaires mesures de distanciation sociale, en mettant l’autre à distance, ne font que renforcer sa présence : quoiqu’il arrive,  elle sera toujours celle d’un modèle, d’un objet, d’un associé ou d’un adversaire, comme Freud le rappelle dans son « Introduction » à Psychologie collective et analyse du moi.

Cette pandémie modifiera-t-elle la nature de nos liens à autrui ? Rien n’est moins certain. 

A la fin de La Peste, alors que l’épidémie est terminée, Camus écrit du journaliste Rambert qu’il veut « faire comme tous ceux qui avaient l’air de croire, autour de lui, que la peste peut venir et repartir sans que le cœur des hommes en soit changé (…) Du port obscur montèrent les premières fusées des réjouissances officielles. La ville les salua par une longue et sourde exclamation. Cottard, Tarrou, ceux et celle que Rieux avait aimés et perdus, tous, morts ou coupables, étaient oubliés. Le vieux avait raison, les hommes étaient toujours les mêmes ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le confinement au jour le jour … ou presque J+38 : Autoportraits de confinement

Publié le 23 Avril 2020 par Jean Mirguet dans Confinement

Marie-Florence Artaux est art-thérapeute à l’ITEP de Méhon à Lunéville. Elle a publié Entre l’enfant et l’élève, L’écriture de soi, PUN, 1999 et La maison sur la têteÉcriture et position clinique en art-thérapie, L’Harmattan, 2015.

Les "Autoportraits de confinement" ont été publiés dans le petit journal du confinement de l’Itep. Photos de Gérard Franchetto.  

 

1-Refuge de confinement :

Choisis un endroit que tu adores chez toi et prends une position « confinée » avec un masque si tu en as ou un foulard. Demande à quelqu’un de te photographier.

 

 

 

 

 

 

2-Technotrombines de confinement :

Choisis des objets de la nature ou des objets que tu aimes (portable, souris d’ordinateur, fourchette ….) Sur un fond noir ou de couleur, compose ton autoportrait avec un masque de confinement ou un foulard. Prends une photo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3-Inventaires de confinement

 

Choisis une ou deux listes parmi ces inventaires à la manière de Seî Shonagon et énumère les choses importantes pour toi ou demande à quelqu’un de les écrire pour toi

 Choses que tu adores faire en étant confiné chez toi

 Choses extraordinaires vues et entendues en période de confinement

 Choses ordinaires qui distraient dans les moments d’ennui

 Choses et objets les plus précieux que tu garderais avec toi dans un confinement très long

 Choses que tu ne voudrais plus faire après le temps de confinement

 Choses qui remplissent d’angoisse

 Choses qui font battre le coeur

 

Inventaire de M-Florence

Choses extraordinaires vues et entendues en période de confinement

3 chevreuils dans mon jardin

Des caddys remplis de papier WC

La rue pleine de chats qui dorment

Les bravos de fenêtre à fenêtre et de colline à colline à 20h pour les soignants

Nancy désert

Les professeurs du collège qui téléphonent à la maison et font des groupes WhatsApp

Des ordinateurs partout dans la maison pour le télétravail

Des messages qui rassurent

 

Enfants et adultes, si vous jouez le jeu, merci d’envoyer vos oeuvres de confinement : refuge, autoportraits et vos inventaires au journal de Méhon. Merci par avance… Nous devions recevoir une intervenante photographe. Peut-être pourrons-nous faire avec son aide, plus tard, un livre avec tous vos autoportraits de confinés ?

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